Gens d'affaires en Nouvelle-France/ merchants in New France

 

Gens d'affaires en Nouvelle-France
 

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 État de question

Les gens d'affaires de la Nouvelle-France, des XVIIe et XVIIIe siècles, étaient dynamiques et polyvalents. Les principaux d'entre eux résidaient surtout à Québec, capitale administrative de la colonie où se trouvait un port maritime, ouvert six mois par année aux marchés antillais et métropolitains. Ils étaient bien situés pour exercer plusieurs activités. Ils s'adonnaient au commerce de denrées, de marchandises et d'articles divers, au niveau local, colonial, parfois même international. Citadins, ruraux, clergé séculier, communautés religieuses, Indiens et gouvernement colonial constituaient, en partie leurs fournisseurs, mais également leurs principaux clients. Plusieurs s'adonnaient en outre à la pêche aux phoques sur la Côte du Labrador, et à la pêche à la morue dans le Golfe Saint-Laurent. D'autres pratiquaient la traite des fourrures, un secteur économique rentable, au domaine du roi (Saguenay), au Témiscamingue, aux Grands Lacs et dans l'Ouest. De plus, la majorité effectuaient des investissements fonciers, souvent considérables, devenant ainsi propriétaires de seigneuries, de censives, et de maisons urbaines. Tous pratiquaient largement le crédit privé, en retour de garanties hypothécaires qu'attestent les rentes constituées et les obligations notariales. Les défauts de paiement conduisaient à des poursuites judiciaires et à des saisies de biens. L'usage du crédit privé était un moyen connu pour arrondir ses biens fonciers. On investissait aussi dans des moyens de transport, terrestres, fluviaux et maritimes. Certains allaient même constituer des rentes sur l'administration publique du Royaume de France. Enfin, on faisait la location de domaines seigneuriaux, de moulins à scie, de moulins à farine, de censives, de propriétés urbaines.

On comprend que de tels gens, parmi lesquels se retrouvaient des femmes, veuves surtout, eussent à leurs services des dizaines, souventes fois, des centaines d'engagés. Les uns travaillaient aux écritures et à la comptabilité, confectionnant de grosses liasses de documents mentionnés aux inventaires de biens, les autres oeuvraient à diverses tâches : approvisionnements, entreposages, transports, fournitures. Les nombreux contrats d'engagements passés devant notaires révèlent à leur sujet des conditions de travail assez rigoureuses.

Dès que leurs activités économiques débordent l'environnement urbain – phénomène fréquent –, les gens d'affaires ont l'habitude de former des sociétés de commerce, chacune d'elles ayant ses propres objectifs. Les associés peuvent être des fournisseurs, d'autres gens d'affaires de Québec, de Montréal (dans ce cas-ci principalement pour la traite aux Grands Lacs et dans l'Ouest), ainsi que des officiers civils, judiciaires et militaires du gouvernement colonial. Les sociétés de commerce, comme l'écrit Jacques Savary, dans Le parfait négociant (1749) permettent généralement une mise de fonds en commun, ensuite, le partage des risques et des profits, au prorata des intérêts de chaque associé. Or, avec des officiers de l'Etat, membres de telles sociétés qui s'impliquent, par exemple, dans des fournitures aux magasins royaux de la colonie et dans des transports intérieurs pour le compte du roi, se pose le problème de conflits d'intérêts pouvant conduire à des abus, profitables aux associés, mais préjudiciables aux intérêts du roi. Les interventions diverses des officiers de l'Etat dans l'économie de la colonie s'expliquent d'autant plus que les gens d'affaires occuperont des postes dans l'administration publique. En outre, des relations sociales et familiales très étroites se noueront entre ces personnes partageant les mêmes intérêts, probablement aussi les mêmes vues sur le développement colonial.

Ainsi, les gens d'affaires de Québec, de Montréal, bref du Canada, exercèrent, aux XVIIe et XVIIIe siècles, un contrôle graduel sur les grands secteurs de l'économie, sur l'administration publique, et sur de nombreux travailleurs urbains et ruraux. Même s'ils se trouvent dans un environnement colonial, en voie de développement, pourraient-ils avoir constitué les premiers capitalistes de la vallée du Saint-Laurent?

 Méthodologie d'analyse

Posons-nous la question suivante: comment peut-on analyser un tel groupe humain, à la fois si complexe et si mobile?

Disons qu'on peut réaliser à leur endroit deux genres d'études: soit une étude particulière sur des familles marchandes, ou une étude globale. Voyons chacune des avenues.

Étude particulière (formule de notre doctorat)

Cette formule consiste à analyser des familles ou des personnages en particulier, qui se sont démarqués des autres par leur réussite. Une telle démarche peut paraître modeste, mais elle requiert une méthodologie rigoureuse et la consultation de sources documentaires, conservées souvent dans plusieurs dépôts d'archives. C'est la formule que nous avons retenue pour notre thèse de doctorat (Ph.D.), soutenue à l'Université Laval en 1984. Nous avons étudié divers aspects d'un négociant de Québec et de sa famille, sur une période de trois générations. Il s'agit de la famille Cadet dont un membre, Joseph-Michel (1719-1781), fut munitionnaire du roi à l'époque de la Conquête (1756 - 1760).

Puis, au cours des dix années suivantes, nous avons travaillé sur cette étude en vue d'améliorer la méthodologie, le contenu et l'articulation de la matière eu égard à la conjoncture générale. D'où un retour aux archives conjugué à l'analyse d'ouvrages portant sur la méthodologie et l'histoire économique et sociale, tant du monde rural qu'urbain. Parmi les ouvrages fondamentaux, lus ou relus, mentionnons l'oeuvre de Fernand Braudel (La Méditerranée, 3 vol.; Civilisation matérielle, 3 vol.; Écrits sur l'histoire, 2 vol.; L'identité de la France, 3 vol.; et Grammaire des civilisations). La publication de notre étude s'est faite en 1998.

Étude globale (formule retenue maintenant)

On analysera dans ce cas-ci les activités économiques variées des gens d'affaires en Nouvelle-France, leurs relations sociales, leur mentalité, leur fortune, ainsi que les liens étroits qu'ils ont développés avec les fonctionnaires (appelés officiers dans le langage de cette époque) du gouvernement colonial et les négociants des grands ports maritimes de France. Ces hommes et parfois ces femmes d'affaires ont adopté des comportements qui allaient dans le sens des intérêts de la colonie, et bien sûr des leurs, contrevenant ainsi souvent aux politiques mercantilistes de la métropole française. Cette dernière réagira d'ailleurs avec vigueur contre de telles actions. Voilà la formule que nous avons adoptée depuis la parution de notre ouvrage en 1998.

Pour développer cette problématique, nous avons retenu les gens d'affaires et les officiers de l'État demeurant à Québec au milieu du XVIIIe siècle. Comme cette ville était la capitale administrative, économique et religieuse de la Nouvelle-France, on y retrouvait les gens d'affaires et les officiers de l'État les plus importants de la colonie. Sur 1234 familles vivant alors à Québec, le monde des affaires en regroupait 77 et les officiers de l'État 41, soit un total de 118. Ce chiffre représente donc 9,5 % des familles. Les autres catégories sociales étaient formées des membres du clergé, des artisans, des manoeuvres, des journaliers, des domestiques et des esclaves.

Nous devrions pouvoir démontrer que la colonie canadienne, malgré sa fragilité, avait discrètement établi, à l'instar des colonies anglaises, des politiques de développement local et régional qui visaient le mieux-être, non pas de la France comme cela dût devoir être, mais de la colonie canadienne. Pour réaliser de tels objectifs, des relations amicales se sont d'abord développées entre les gens d'affaires et les officiers de l'État. Ces relations ont ensuite mené à des unions matrimoniales entre les familles concernées. Puis, vinrent des associations d'affaires conclues tantôt devant notaires, tantôt sous seing privé. Par la suite, ces gens oeuvrèrent discrètement en étroite collaboration entre eux dans l'exercice de leurs activités, dont certaines avaient un caractère privé et d'autres un caractère public. De vastes profits allaient certes dans leur direction, mais comme de nombreux engagés pouvaient avoir du travail, grâce à de telles activités, et que les profits étaient investis dans la colonie canadienne, le résultat global favorisait au bout du compte la colonie.

Sources documentaires

Les principales sources documentaires sont les suivantes: registres de l'état civil, recensements nominatifs, contrats de notaires, archives seigneuriales, archives de gens d'affaires (telles celles du marchand juif Gradis, de Bordeaux), archives du Séminaire de Québec, archives de l'administration publique canadienne et française. Ces documents sont conservés au Canada, en France et en Angleterre. On en trouvera une description sommaire dans l'ouvrage qu'on a fait paraître en octobre 1998.

 Bibliographie

Côté, André. Étude historique: méthodologie de réalisation Ce texte présente sommairement les phases qu'un chercheur franchit dans la réalisation d'une étude historique. Ces phases sont au nombre de quatre, et peuvent s'énoncer comme suit: 1) problématique, 2) recherche, 3) plan de travail, 4) rédaction.

Côté, André. Joseph-Michel Cadet (1719-1781), munitionnaire du roi en Nouvelle-France. Thèse de Ph.D.(Histoire), Université Laval, 1984. lxxxi - 662p., tableaux, cartes.

Côté, André. Joseph-Michel Cadet (1719-1781), négociant et munitionnaire du roi en Nouvelle-France. Sillery/Paris, Septentrion/Éditions Christian, 1998. 400p., 26 tableaux, carte, 2 graphiques. Mise à jour de la thèse de Ph.D.

Côté, André. Famille marchande de Québec à l'époque de la Conquête: Joseph-Michel Cadet (1719-1781), munitionnaire général de vivres. Grandes lignes de l'ouvrage que nous avons publié sur le munitionnaire Cadet.

Côté, André. Généalogie: famille Cadet de Québec (XVIIe - XVIIIe siècles)

Côté, André. Gens d'affaires de Québec à l'époque de la Nouvelle-France: méthodologie d'analyse. On explique la méthodologie à suivre pour réaliser une étude historique sur les gens d'affaires de Québec, et par voie de conséquence, sur les gens d'affaires en Nouvelle-France.

Côté, André. Système monétaire canadien (XVIIe - XIXe siècles)

Côté, André. <<Jacques Quintin de La Bretonnière>>. DBC, III (1741-1770): 354.

Côté, André. <<Marie, esclave panise>>. DBC, III (1741-1770): 464.

Côté, André. <<François-Antoine Pécaudy de Contrecoeur>>. DBC, III (1741-1770): 547.

Langlois, Janick. Les pêcheries de loup-marin en Nouvelle-France. Mémoire de Maîtrise en histoire, Université du Québec à Chicoutimi, août 2000. vii-135p., tableaux, cartes, photos. Résumé du Mémoire Publié au GRIR (Université du Québec à Chicoutimi), 2002.

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