L'accord des déterminants

Références:




Dans cette section, nous examinerons les problèmes relevant des relations qu'entretiennent les déterminants et les mots auxquels ils se rapportent:


  1. Les divers types de déterminants ;  (Allons-y!)
  2. L'accord des déterminants complexes; (Allons-y!)
      Noms collectifs; (Allons-y!)
      Déterminants quantifiants et prédéterminants; (Allons-y!)
            Tout; (Allons-y!)
          Quelque; (Allons-y!)
           Même; (Allons-y!)
           Tel; (Allons-y!)
           Leur; (Allons-y!)
  3. Les adjectifs; (Allons-y!)
      Différents types; (Allons-y!)
      Comparatif; (Allons-y!)
  4. L'accord du participe; (Allons-y!)
      Employé seul; (Allons-y!)
      Employé avec avoir; (Allons-y!)
      Employé avec les pronominaux et avec être;  (Allons-y!)

Le groupe nominal : les types de déterminants qui le composent

La terminologie utilisée est celle qui est recommandée par le PrFrSec (p.157). Les déterminants sont des éléments particuliers provenant historiquement de quatre catégories. On peut les classer en deux grands groupes selon qu’ils peuvent apparaître directement devant le nom (les déterminants simples) ou selon qu’ils exigent la préposition DE (les déterminants complexes).


Groupe 1. DET + NOM :

1.1 Les déterminants référents (définis) proviennent historiquement de pronoms. On peut les subdiviser en définis (le, la, les), possessifs (mon, mes…) et démonstratifs (ce-s, cet-te). Comme leurs ancêtres les pronoms, ils renvoient à une entité soit connue universellement (ex: la lune), soit introduite préalablement dans le discours ou déterminée par un complément (ex: la fille qui parle).


1.2 Les déterminants quantifiants proviennent historiquement d’adjectifs. On peut les subdiviser en numéraux (un, deux…), négatifs (aucun, nul, pas un) partitifs et indéfinis (des, plusieurs, tout, maint, certains, chaque, tel, différents, quelques, divers…), interrogatifs (quel-le-s). Provenant historiquement d’adjectifs, certains déterminants quantifiants peuvent aussi fonctionner comme adjectif.  Ex : Un certain sourire, les quelques (divers, différents) amis… Ils étaient deux, plusieurs…


Groupe 2. DET + DE + NOM :

2.1 Les éterminants quantifiants adverbiaux proviennent historiquement d’adverbes (beaucoup de, assez de, plus de, peu de, trop de, moins de, pas mal de, tant de, énormément, infiniment, passablement, tellement, suffisamment de … ) et plusieurs éléments de ce groupe fonctionnent aussi comme adverbe. Ex : Jules mange beaucoup, peu.


2.2. Les déterminants collectifs proviennent historiquement de noms " transparents " de quantité (un groupe, un paquet, une poignée, une gang, deux pelletées, la plupart, la moitiéou de qualité (un genre, un type, une espèce…).


Groupe 3. Les prédéterminants :

Pour compléter le tableau, il faut ajouter le groupe des prédéterminants qui sont surtout des adverbes (sauf tel, tout, seul) et qui peuvent apparaître devant un déterminant.  Ex : Seuls le premier 10% des cas de violence…

* Petit truc: ils ne peuvent être séparés du nom par une virgule.



Le groupe 2 présente la difficulté de l’accord en genre et en nombre qui peut se faire soit avec le collectif soit avec le nom suivant le collectif. Les déterminants quantifiants et les prédéterminants présentent des problèmes propres à chacun (ex : tout, tel, quel…). Nous allons maintenant résoudre les difficultés d'accord propres à chaque type de déterminant.




L’accord avec les déterminants complexes


1. L'accord avec les noms collectifs

Nous commencerons par la classe des noms collectifs (ex. un groupe de motards). La difficulté qu’ils présentent consiste à déterminer si on doit faire l’accord en genre et en nombre avec le nom collectif (ex. groupe) ou avec le nom déterminé (ex. motards). Pour se persuader de l’existence du problème, il suffit de faire l’exercice suivant.

Exercice :Que doit-on écrire ? Et y a-t-il une logique ?

a. Un groupe de chercheurs danois (avoir) réussi à isoler le VIH.

a

ont

les deux sont possibles

b. Ce cortège de banalités défilant devant elle (1. a 2. ont 3. les deux sont possibles) réussi à l’étourdir.

c. Monod, Laborit et McEwan sont tous des employés de Glaxo. Ce groupe de chercheurs (1. a 2. ont 3. les deux sont possibles) réussi à isoler le virus.

d. Voilà une sorte de compromis qui est (1. intéressant 2. intéressante 3. les deux sont possibles).

e. Ce genre d’amitiés (1. a 2. ont 3. les deux sont possibles) fini par le corrompre.

f. La sorte de camion qui m’intéresse doit être (1. fort 2. forte 3. les deux sont possibles).

g. … et c’est cette majorité de finissants qui (1. a 2. ont 3. les deux sont possibles) voté pour X.

h. Une poignée de dollars n’(1. a 2. ont 3. les deux sont possibles) pas réussi à le convaincre.

i. Une poignée de participants (1. a 2. ont 3. les deux sont possibles) tenu bon.

j. Cette foule de fermiers en colère (1. l’a 2. l’ont 3. les deux sont possibles) fait reculer.

k. La poignée de dollars qui lui (1. a 2. ont 3. les deux sont possibles) servi à atteindre ses objectifs (1. est 2. sont 3. les deux sont possibles) épuisé (e ou s ) ?

l. Cette poignée de dollars n’(1. a 2. ont 3. les deux sont possibles) pas réussi à le convaincre.

m. Cette espèce d’oiseaux (1. est 2. sont 3. les deux sont possibles) en voie d’extinction.

n. L’espèce de con est (1. entré 2. entrée 3. les deux sont possibles) chez moi par effraction.


Des noms " transparents "

Pour jeter un peu d’éclairage sur le problème, il faut comprendre ce qui fait la spécificité des noms collectifs. Ceux-ci proviennent d’un groupe de noms pouvant généralement être interprétés sémantiquement de deux ou plusieurs façons : une interprétation abstraite de quantité (contenant) ou de qualité et une interprétation neutre, dénotative (parfois plus physique). Ainsi, dans l'exemple (1a), on peut constater que sac est pris dans son sens abstrait, transparent, de contenant. Jules n'a pas mangé le sac physique mais son contenu.

1. a) Tout à l’heure, Jules a mangé un sac de caramel et maintenant, il n’a plus faim.
    b) ? Jules a mangé un sac et maintenant, il n’a plus faim.

2. a) Claudine Mercier a fait rire un plein autobus de retraités de Roberval.
    b) ? Claudine Mercier a fait rire un autobus.

3.a) Voilà l’espèce de con qui est entré chez moi par effraction.
   b) Voilà une espèce de faucon qui est menacée.

De même, en (2a), ce n'est pas l'autobus physique qu’on a amusé, mais son contenu, i.e. les retraités. Cette classe de noms collectifs est assez large et de nouveaux éléments s’y ajoutent couramment (en langue parlée : une trâlée, une flopée…). Voici d’autres noms appartenant à cette catégorie: la moitié / plupart / majorité… de, un groupe de, une gang de, équipe, partie, quantité, nombre, couple, une tablée, une poignée.... Plusieurs mots formés avec ée (deux pelletées / bouchées... de raisins secs). En anglais: a lot/amount/stack/heap of, a bunch of, a group of, a mouth+ful of, a handful, a fistful... En fait, tout nom pouvant être interprété métaphoriquement comme un contenant peut figurer dans cette classe.


Le problème d’accord que posent ces noms collectifs vient de leur double sens. Ainsi, équipe peut désigner le groupe lui-même (sens neutre, de base) ou les individus dans le groupe (contenant). Certains facteurs vont privilégier le sens de base du collectif et l’accord se fera avec le collectif, d’autres facteurs vont plutôt favoriser le sens de contenant du collectif et l’accord se fera avec le nom qui suit le collectif. Cet équilibre dépend du déterminant qui précède le collectif et du type sémantique du nom qui suit le collectif.


  1. Facteur référentiel: Plus l’emploi est (co-)référentiel, plus l’emphase sera mise sur le collectif et plus l’accord devra se faire avec celui-ci. On peut se baser sur le déterminant qui précède le collectif et sur l’échelle de détermination suivante: - UN < LE < CE, MON +

    Ex: Un groupe de chercheurs a / ontréussi à isoler le VIH.
         Ce/leur groupe de chercheurs a réussi…


  2. Facteur d’abstraction : Plus le nom qui suit le collectif est abstrait (donc inanimé), plus le collectif prendra son sens dérivé (de contenant ou de qualité) et plus l’accord devra se faire avec le nom qui suit. Ce facteur jouera avec des mots comme espèce, sorte, genre qui ont un sens neutre et un sens qualitatif dérivé (péjoratif).

    Ex. C’est une espèce de faucon qui est menacée.
         Une foule de locution verbales sont susceptibles de… (Gr. p. 649)
         Ce cortège de banalité m’ont ennuyé.
         Un tas de gens semblaient avoir oublié…(tas ¹ tas de neige, Gr. p. 649)

Un corollaire important :

Les collectifs qui n’acceptent pas CE / MON ou qui ne sont pas précédés d’un déterminant, perdront leur pouvoir référentiel et l’accord se fera avec le nom qui suit :

Ex: La plupart (bon nombre de, quantité de…, beaucoup de, peu de…) des gens disent que c’est bien.


Exercices :

  1. Une troupe de canards, tous rangés à la file, traversèrent en silence le ciel (Gr. p.653)
  2. Une troupe d’oies sauvages traversa le ciel.
  3. Un couple de vieilles gens habitaient là.
  4. Par l’échalier (clôture), une troupe de gamins saute dans le pré.
  5. Le peuple de réfugiés est venu de là-bas l’avertir (sont venus dans une édition précédente corrigé par la suite).
  6. Que ces bandes de pélicans sont belles !
  7. Pourquoi l’accord se fait-il toujours avec le nom qui suit plutôt qu’avec le collectif ?
    a) dans le cas de Une infinité de…
    b) dans le cas de Un paquet de…



2. L’accord avec les déterminants quantifiants et des prédéterminants:

Les déterminants quantifiants ont leur sens propre, parfois difficile à préciser. Les problèmes d’accord leur sont également propres, en particulier tout, tel, quelque, le prédéterminant même et le déterminant référent leur.

 

Tout

(Inspiré de Grevisse, M. et A. Goosse. 1995. La nouvelle grammaire française, Louvain, Duculot.)


A) Réglons tout de suite le cas simple : Tout est un nom quand, employé avec un déterminant, il signifie « chose entière ». Tout [tu] fait alors touts [tu] au pluriel.

Ex : Le tout est plus grand que la partie. Plusieurs touts distincts les uns des autres. (Acad.)

Dans la locution tout ou partie, on peut se demander si tout est un nom. Il paraît considéré comme tel dans cet exemple: ... prendre le commandement de tout ou partie des maquis du secteur. (De Gaulle.)


B) Tout [tu], [tut] en liaison, féminin toute [tut], est déterminant quantifiant dans le sens de « n’importe quel, chaque ».Dans ce cas, il s’emploie seulement au singulier. À la différence de chaque, il ne requiert pas de contexte préalable.

Ex : Toute faute est pardonnable. «Chaque faute »exigerait qu’on ait défini au préalable un groupe de fautes de référence.

Grevisse le considère comme adjectif quand il signifie « unique » ou « seul », puisqu’il apparaît dans les mêmes contextes que les adjectifs unique et seul, mais il ajoute qu’on pourrait aussi le considérer comme un déterminant.

Ex : Pour toute boisson, il prend de l’eau.=> Pour unique boisson, pour seule boisson…

La prononciation est la même que dans le A). Dans ce sens, tout accompagne surtout des noms singuliers. Cependant, avec des noms n’ayant pas de singulier ou ayant un sens propre au pluriel, on trouve le pluriel. 

Ex. : Il n’avait pour toutes ressources qu’une maigre pension.

Tout fonctionne également comme prédéterminant, avec le sens de " n’importe quel, chaque ", mais aussi avec le sens de totalité (=entier). Au singulier, tout [tu], [tut] en liaison, féminin toute [tut]; au pluriel, tous [tu] en liaison, féminin toutes [tut].

Ex : Elle a passé toute son enfance [=entière] au Québec. Il a cueilli toutes les fleurs.

Il est aussi prédéterminant quand il est détaché avec le sens de " n’importe quel " ou de « entier ».

Ex : Elle était toute en sueur. (M. Butor.) [On pourrait le laisser invariable comme adverbe: voir D.].

Cet emploi « détaché » est important et est responsable des difficultés que pose l’emploi de tous. Dans certains cas, on pourrait dire que c’est un prédéterminant qui a été extrait et déplacé dans une position adverbiale

Ex: Tous les enfants ont assisté à l’émission=> ___ les enfants ont tous assisté à l’émission.

Cette analyse n’est pas toujours naturelle, notamment lorsque le sujet est un pronom. Ainsi, Elle était toute en sueur n’a pas de contrepartie où tout est prédéterminant :  ?Toute elle était en sueur. Comment peut-on dire que c’est un « adjectif détaché » comme le dit Grevisse ? De plus, cet adjectif détaché est dans la position d’un adverbe : elle était encore en sueur.

Important : Le prédéterminant tout est invariable avec des noms propres.

Ex. : Il a lu tout Anne Hébert. Tout Rome a acclamé les vainqueurs.


C) Selon Grevisse, tout employé seul est pronom indéfini. Cependant, lorsqu’on examine les exemples qu’il donne, on pourrait tout aussi bien dire que c’est un prédéterminant dont le groupe nominal qu’il modifie est implicite dans le (con-)texte :

1. Au singulier, tout [tu] comme nominal neutre signifie « toutes les choses » 

Ex : Tout est à recommencer.

2. Au pluriel, tous [tus], féminin toutes [tut] est, soit représentant (pour des personnes ou des choses), soit nominal (« tous les hommes ». ou « toutes les personnes d’une communauté »).

Ex :Elle a vérifié les billets: tous étaient faux. Les billets étaient tous faux. Tous cherchent le bonheur.

Dans les cas précédents (B-C), tout s’accorde en nombre et en genre et peut généralement être ramené à " n’importe quel ", ce qui peut fournir un moyen de le distinguer de l’emploi adverbial.

Ex :Toute faute peut être pardonnée=> Prends n’importe quelle faute, elle peut être pardonnée.
Pour toute boisson, elle ne boit que du Pepsi=> Prends n’importe quelle boisson qu’elle boit, c’est du Pepsi.
Elle a vérifié les billets: tous étaient faux=> Prends n’importe quel billet qu’elle a vérifié, ils étaient faux.
Elle a passé toute son enfance au Québec=> Prends n’importe quel moment de son enfance, elle l’a passé au Québec.

D) Tout [tu], [tut] en liaison, est adverbe et invariable quand il signifie « entièrement, tout à fait ». Il renforce alors un adjectif, une locution adjective, un participe, un adverbe.

Ex : La ville tout entière acclamait les gladiateurs.
Les grands hommes ne meurent pas tout entiers. Ils sont tout seuls.
Elles sont tout en larmes, tout étonnées, tout hébétées.
Allons tout doucement.

Tout est encore adverbe dans la locution tout (+ attribut) que signifiant « quelque ... que », et aussi devant un gérondif :

Ex: Tout habiles et tout vantés qu’ils soient, ils ne réussiront pas.
Tout vieillards qu’ils sont, ils marchent vite.
Tout en parlant ainsi, elle se mit à pleurer.


Dossier-X : Quoique adverbe, tout varie en genre et en nombre devant un mot féminin commençant phonétiquement par une consonne ou quand il y a disjonction [dans un groupe de mots, ceux qui commencent par une consonne l’emporte, h- est une voyelle pour Grevisse].

Ex: Elles sont toutes confuses, toutes honteuses.
Toutes raisonnables qu’elles sont, elles ont fort mal jugé.
Toute femme qu’elle est, elle n’aime pas pouponner.

Elles sont toutes confuses peut donc signifier :

a) Prends n’importe quelle de ces filles, elle est confuse (on pourrait ajouter un peu).

b) Elles sont entièrement (totalement) confuses (on ne peut pas ajouter un peu).

Important : Tout est également adverbe avec des noms ou des adjectifs qui désignent une position sur une échelle. Ainsi, on aura : Les tout débuts, premiers, derniers… et la toute fin (puisque fin commence par [f ]).


Tout + gérondif : Selon Grevisse, tout suivi du gérondif est adverbe et signifie « en même temps que ». Mais, logiquement, cette analyse est difficile à concilier avec le fait que tout comme adverbe signifie « entièrement ». Une autre analyse serait de dire quetout suivi du gérondif est un prédéterminant modifiant un pronom cela implicite.

Ex : Il sifflait tout en travaillant=> Il sifflait, tout (cela) en travaillant.


Exercice : Les emplois suivants sont-ils corrects ? Justifiez.

  1. Elles exprimaient toute leur joie (=leur joie entière).
  2. Elles exprimaient toutes leur joie (=toutes exprimaient leur joie).
  3. Demandez-moi tout autre chose.
  4. Demandez-moi toute autre chose
  5. Les villes et les villages ont ici une tout autre apparence.
  6. Toute autre vue eût été mesquine.
  7. Elles sont venus tout près de réussir.

Quelque

Comme déterminant, quelque a un sens différent au singulier et au pluriel. Au singulier, il ne désigne personne en particulier, personne qu’on pourrait nommer ou est employé avec un nom non comptable. Alors qu’au pluriel, quelques a une référence plus spécifique :

Ex : Elle avait quelque peine à le suivre.
Quelque historien en aura parlé.
*Il y a quelque historien qui en aura parlé.
Quelques historiens en ont parlé (=des).
Il y a quelques historiens qui en ont parlé.

Il peut aussi être employé comme prédéterminant (adverbial) invariable.

Ex : Quelque cent personnes ont assisté à la manifestation. [=approximativement]

Il peut être employé comme adverbe, de façon littéraire, avec le sens de si ou aussi :.

Ex : Quelque fidèle et quelque attachée qu'elle me fût.
Quelque méchants que soient les hommes.

Il faut noter la confusion possible avec le pronom interrogatif ou exclamatif quel lorsque celui-ci est suivi de que et du subjonctif soit.

Ex : Quelle que soit la ligne politique qu’on adopte, nous serons perdants.=> Que la ligne politique soit (n’importe la-) quelle….


Même

Même peut être adverbe, avec le sens de « d’ailleurs ».

Ex : Et même (d’ailleurs), on pourrait ajouter que la partie est perdue.
On pourrait même/d’ailleurs ajouter que la partie est perdue.

Même peut être un adjectif prénominal (sujet de la prochaine section) avec le sens de « semblable, pareil, similaire » ou adjectif postnominal, comme adjectif d’emphase équivalent à « en soi, profond, lui-même ». Dans ce cas, il est variable.

Ex : Les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Il faut remonter aux causes même du problème.

Même peut être un prédéterminant (adverbial), donc invariable :

Ex : Même les causes perdues peuvent être gagnées ¹ D’ailleurs les causes perdues…


Tel

Tel peut être déterminant avec le sens de « indéterminé, non précisé, non spécifié ».

Ex : Rendez-vous dans cent ans à telle heure, tel jour, dans telles conditions…

Tel peut être un prédéterminant (=comme) et est alors variable, comme tout et seul .

Ex : Tel un tigre, telles des gouttes d’eau.
Des critères telles la rentabilité, la qualité, la pertinence sont essentiels à notre réussite.=> Des critères sont essentiels à notre réussite. La rentabilité, la qualité, la pertinence sont telles.

Tel peut être un adjectif après ou devant le nom avec dénotatif (=du type, du genre) ou un sens connotatif (péjoratif). Il aura alors tendance à être suivi de que ou d’un point d’exclamation.

Ex : Il est arrivé dans de telles conditions !
Elle travaille dans des conditions telles qu’elle a fait une dépression.
Des critères tels que la rentabilité, la qualité, la pertinence.

Dans tel quel et comme tel, tel et quel sont des adjectifs et s’accordent avec le nom qu’ils modifient. Celui-ci peut être éloigné.

Ex : Cette maison, je l’ai retrouvée telle quelle, pareille à ce qu’elle était autrefois.


Leur

Le problème que le déterminant référent leur peut poser est attribuable à son homonyme (ou à sa fonction): le pronom leur. Comme les déterminants le, la, les; leur apparaît comme pronom « clitique » devant un verbe, avec la fonction d’objet indirect.

Ex : Je leur ai répété la règle plusieurs fois mais ils n’écoutent pas.

Le problème vient du fait que dans la langue parlée, lorsqu’il y a un pronom clitique pluriel, comme les, on a l’habitude de faire la liaison.

Ex : Je les [z]ai vus / [Z ezevy]

Or, leur ,bien que singulier est sémantiquement pluriel (il désigne un groupe d’individus). Le réflexe, en langue parlée, est d’ajouter un [z] coupable.

Ex : Je leur[z] ai dit. (Non standard)

Cette habitude, bien ancrée, amène plusieurs à introduire le –s graphique à l’écrit.

Ex : *Je leurs ai dit.

Pour corriger cette tendance, il faut simplement souligner que le pronom leur est toujours suivi d’un verbe et jamais d’un nom.






Les adjectifs

En français, les adjectifs se distinguent selon la position qu’ils occupent devant ou après le nom. Cette distinction est reliée aux propriétés dénotatives ou connotatives de l’adjectif.


Exercice: Les phrases suivantes sont-elles correctes  ? Pourquoi ?

1a) Le Dr. No est un misérable ver de terre.
 b) Le Dr. No est un ver de terre misérable.

2a) Haïti est un pays misérable.
 b) Haïti est un misérable pays.

3a) Un profond désaccord.
 b) Un désaccord profond.

4a) Un profond puits.
 b) Un puits profond.

5a) Un homme curieux.
 b) Un curieux homme.

6a) Une curieuse déclaration.
 b) Une déclaration curieuse.


Les différents types d'adjectifs

Le terme adjectif recouvre en français des éléments appartenant à des classes sémantiques diverses et ont conséquemment des comportements divers. Les critères qu'on utilisera sont les suivants:


1. La position prédicative: l'adjectif peut apparaître en position prédicative sans changer de sens.

Ex : Une transaction illégale=> La transaction est illégale
La prochaine transaction=> *La transaction est prochaine

2. La position prénominale: L'adjectif peut apparaître devant le nom.

Ex : Une puissante motivation / *La chinoise délégation

3. La position postnominale: L'adjectif peut apparaître après le nom.

Ex : La délégation chinoise /*Le tango dernier (à Paris)

4. La gradation: L'adjectif peut être modifié par des adverbes de degré (très, le plus).

Ex : Une très puissante motivation /*Une délégation très chinoise

5. L’ objet phrase: L'adjectif peut avoir une phrase comme complément : Il est ADJ que P.

Ex : Il est évident (*illégal) qu'elle va trop vite.

6. L’objet verbal: L'adjectif peut avoir un complément verbal: SN est ADJ de V+er / Il est ADJ de la part de SN de V+er.

Ex : Tu n'es pas brillante (*évidente) de l'avoir écouté.

7. La fonction adverbiale: l'adjectif peut fonctionner comme adverbe (modifier un verbe).

Ex : Il a coupé carré (*catholique) / elle parle drôle / voler bas


Exercice: Classez les adjectifs selon les critères présentés ci-haut:

 

1

2

3

4

5

6

 

1

2

3

4

5

6

La paix sociale

           

Une adhésion ferme

           

Une histoire remarquable

           

La gratuité scolaire

           

Un pauvre fou

           

Une brillante interprétation

           

Une assiette jaune

           

Une catastrophe nucléaire

           

Une légère augmentation

           

Un plancher brillant

           

Le départ pobable de Reagan

           

L'Eglise catholique

           

La stabilité économique

           

L'unité canadienne

           

Le dernier métro

           

Un véritable reportage

           

Le simple consommateur

           

Le climat politique

           

Le gouvernement chinois

           

Un mince mérite

           

Une déclaration maladroite

           

L'actuel gouvernement

           

Une résidence secondaire

           

Une résidence secondaire

           

Un syntonisateur électronique

           

Des réseaux terroristes

           

Un certain sourire

                         


Les adjectifs nominaux

Ces adjectifs sont proches du nom auquel ils peuvent généralement être reliés directement ou par une paraphrase.

Ex : La paix sociale=> La paix dans la société.

Autres: énergie solaire, gouvernement provincial, journal parisien, production charbonnière trafic aérien... etc (N+aire, N+ique, N+(i)er, N+(i)en, N+(i)el/al, N+if, N+(i)eux...).

Ces adjectifs se placent près du nom qu'ils modifient (A) et ne sont généralement pas gradables (B) et fonctionnent mal en position prédicative. En français, ces adjectifs se placent après le nom qu'ils modifient et leur emploi est sémantiquement restrictif.

Ex : Un déficit budgétaire annuel écrasant.
*Un déficit annuel écrasant budgétaire.
*Un déficit très budgétaire

Le module électronique a été introduit dans la fente.
*L'électronique module a été introduit dans la fente


Les adjectifs orientés vers la phrase

Il s'agit des adjectifs pouvant avoir un complément phrase: Il est ADJ que P. (ex: Probable / heureux). Ils expriment l'attitude du locuteur envers la probabilité, la vérité ou sa réaction face à un événement (surprise, rejet, accord). L’adverbe qui en dérive est également un adverbe de phrase.

Ex : Il est évident (*illégal) qu'elle va trop vite / Évidemment, elle va trop vite.


Les adjectifs orientés vers le sujet

Il s'agit des adjectifs pouvant avoir un complément verbal: SN est ADJ de V+er / Il est ADJ de la part de SN de V+er. Contrairement aux adjectifs nominaux, ils expriment l'attitude du locuteur envers le responsable d'un geste ou d'une action.

Ex : Je le trouve galant / adroit d'avoir offert son aide à Miss Marple.
Une mesure politique adroite


Les positions post- et prénominale et le sens connotatif et dénotatif des adjectifs :

Nous allons voir que la position postnominale est associée à l'emploi restrictif : on y retrouve les adjectifs nominaux et les adjectifs qui sont employés dans cette position ont un emploi dénotatif, plus concret. La position prénominale est associée à l'emploi appositif : les adjectifs qui sont employés dans cette position ont un emploi connotatif, plus figuré ou plus subjectif. Nous nous servirons d'adjectifs pouvant occuper les deux positions afin de bien faire sentir la nuance. Nous examinerons ensuite les adjectifs qui changent de sens selon la position.

Texte1: Sur le bureau de 007, on pouvait apercevoir deux sculpture, l'une, massive, en bronze dépoli et l'autre, petite, en pierre de savon.

La sculpture pesante [ ]
La pesante sculpture [ ] reflétait les rayons de lune pénétrant par la fenêtre.




Texte2: Dans ce bureau richement décoré, on pouvait apercevoir une moquette en longs poils touffus.

La moquette épaisse [ ]
L'épaisse moquette [ ] était placée sous le bureau pour amortir le choc des objets.



Dans le texte 1, l'adjectif est employé de façon restrictive pour identifier un des deux référents possibles (une des deux sculptures). Dans le texte 2, il s'agit plutôt d'une expression de l'attitude de celui qui parle. La phrase signifie La moquette était placée sous le bureau; elle semble / je la trouve / qu'elle était épaisse. Cet effet est plus net avec le déterminant défini et dans la position sujet.

En général, les adjectifs apparaissant en position prénominale expriment l'attitude du locuteur, une notion de quantité; ou alors ils sont reliés de près à la perspective du locuteur. On peut dire que ce sont des adjectifs relatifs. On retrouvera donc en cette position des adjectifs temporels qui sont relatifs au moment où on parle:comme dernier, présent, ancien, premier, deuxième...

Ex : C'était son dernier tango à Paris (le dernier pour le référent de son). / *le tango dernier
J'ai pris le dernier métro (le dernier par rapport au moment où on parle).
Le prochain premier ministre (par rapport au moment où on parle).

Certains adjectifs, généralement ceux qui expriment dans leur sens de base une évaluation, peuvent apparaître dans les deux positions sans changement de sens (si ce n'est pour le type d'emploi restrictif ou appositif): superbe, brillant, ravissant, charmant, étonnant, affreux, mystérieux., etc.

Ex : Une brillante interprétation de La Traviata.
Une interprétation brillante de La Traviata.

D'autres adjectifs n'apparaîtront qu'en position prénominale ou changeront de sens en position prénominale passant de la qualité physique à la quantité (très/peu) ou à la qualité morale (bon/mauvais):

Ex : Un dur labeur/bois dur;
Une mince contribution/portefeuille mince;
Une haute estime/chaise haute;
Une légère odeur (de merde)/odeur légère *(de merde).

Souvent, ces adjectifs auront une traduction différente en anglais ou dans d’autres langues, ce qui reflète évidemment le changement de sens :

Ex : un triple idiot / *a triple idiot
une sacrée malchance / *a sacred bad luck
l'ancien propriétaire / the previous (*ancient) owner
une maigre contribution / a meager (?lean) contribution
une viande maigre / a lean (*meager) meat
un plancher brillant / a shiny (*brilliant) floor


Le comparatif : origine de la négation

Comme le comparatif est souvent associé à l’adjectif, nous l’aborderons brièvement ici. Du point de vue normatif, la présence de la négation, souvent oubliée, est sans doute l’aspect le plus difficile à expliquer. La structure comparative consiste en un adverbe de comparaison ou de quantité (plus, moins, aussi, autant, plutôt…) suivi d’un élément cible qui peut être un adjectif, adverbe, un groupe prépositionnel et même un groupe nominal ou verbal dans le cas de autant, puis de la conjonction que. Le constituant qui suit la conjonction que peut être une phrase complète ou elliptique :

Ex : IBM vend ses ordinateurs à un prix plus élevé que ses voisins (ne vendent le leur).
Notre société déteste autant l'autonomie que l'hérésie / (qu’elle déteste l’hérésie).
Les salaires augmentent plus fortement que la productivité (n’augmente).

Le comparatif peut exprimer l’égalité (aussi) ou la différence (plus ou moins) et dans ce cas, la négation ne doit être présente dans la phrase qui suit la conjonction que.

Ex : Jules est aussi négligent que l'était son père.
Jules est plus/moins négligent que ne l'était son père.
*Jules est plus/moins négligent que l'était son père.
Les salaires augmentent plus fortement que la productivité n'augmente.
*Les salaires augmentent plus fortement que la productivité augmente.

La présence de la négation dans les structures de différence en français est logique et s'explique à l'aide de la dérivation (paraphrase) suivante qui rend plus explicite la négation :

D’après les experts, Superman serait plus / moins grand que Batman ne le serait.=> Superman serait grand à un degré X. Batman n'atteint pas ce degré X.

Jules est plus / moins négligent que ne l'était son père.=> Jules est négligent au degré X. Son père n'était pas négligent à ce degré X.

Avec aussi et autant une telle analyse est impossible, ce qui explique l’absence de la négation.






L’accord du participe 

Englebert, A. 1996. Accorder le participe passé. Duculot, Louvain-la-Neuve.
Grevisse, M. 1996. Savoir accorder le participe passé. Duculot, Louvain-la-Neuve.
Braine, A. 1993. Participe passé, Montréal, HMH.


Avant d’aborder la question du participe, il faut aborder la question de l’attribut de l’objet.


L’attribut de l’objet (direct)

Ce terme recouvre un ensemble de structures dans lesquelles on retrouve un objet direct et un autre objet (COMPL) qu’on considère sémantiquement comme attribué à l’objet direct. C’est toujours le verbe qui permet cette attribution et l’objet direct peut être pronominalisé (par le ou en) indépendamment de l’attribut :

… V – GN – COMPL

Ex : Jules a trouvé [la pilule] [amère]=> Jules l’a trouvé __ [amère]


Alors que l’objet direct est toujours un groupe nominal, l’attribut peut appartenir à diverses catégories :


  1. Nom ou groupe nominal : nommer, appeler, voir, imaginer, élire, baptiser, (con-)sacrer… (=donner à X le titre Y réellement ou en imagination).

       Ex : Il a baptisé [son fils] [Jules].


  2. Adjectif ou participe: trouver, croire, considérer, dire, imaginer, prétendre, juger, déclarer (et autres verbes pouvant être suivis de que), avoir…

       Ex : On croit [Pauline] [folle].
       La voiture avait [les phares] [allumés].
       J’imagine [Jules] [courant le marathon].


  3. Groupe prépositionnel ou adverbe : avoir (et à la limite tous les verbes à objet indirect).

       Ex : Il a eu [une claque] [sur la gueule] (=> Il l’a eue sur la gueule).
       On l’a habillée [ ] [ chic ].


  4. Proposition infinitive ou relative : voir, sentir, entendre, écouter… (verbes de perception)

       Ex : J’ai vu [Julie] [tomber].
       J’entends [le chat] [qui miaule].


Origine du participe passé : Le participe passé avec auxiliaire (Elle a chaussé ses raquettes) est apparu lors de la période romane (du 3e au 9e s.), période trouble et peu documentée. On pense que la structure a été élaborée sur le modèle de la structure d’attribut de l’objet qui subsiste encore avec avoir.

Ex: Jules a [un bras] [cassé] / [un phrare] [abimé].

On retrouve, en ancien français, des structures du type : Il a ses bottes chaussé(es) dans le sens de Il a chaussé ses bottes.

Historiquement, le participe semble avoir été d’abord un adjectif (c’est un moyen de former un adjectif à partir d’un verbe). Son emploi avec avoir pour former un temps passé et composé est un emploi dérivé. Traditionnellement, on présente le participe selon qu’il est employé seul, avec être ou avec avoir. Pourquoi pas.


1. Le participe passé employé seul

Le participe passé employé seul comme adjectif s’accorde en genre et en nombre avec le nom modifié (auquel il se rapporte) quelle que soit la distance entre eux.

Ex : Pour rendre cette réaction rentable, il faut que l'énergie produite soit supérieure à l'énergie consommée pour le chauffage. (Larousse, sous Fusion nucléaire)


Comme tout adjectif, il peut de même s’antéposer ou se postposer par rapport au nom modifié.

Ex : Autorisé à toucher la plaque avec n’importe quelle partie du corps, le nageur exécute un virage culbuté en se retournant dans l’eau.(Mégasport)


Il peut être employé comme un verbe, dans les propositions participiales ou absolues. Il peut même être en inversion. On pourrait aussi dire qu’il y a un verbe être (étant) implicite dans ce genre de construction :

Ex1 : Mais, cette première impression passée, on ne peut s’empêcher de lui trouver quelque chose d’intéressant, voire d’attachant. (=dès que cette impression est passée, ou étant passée).

Ex2 : Mais, passée cette première impression, on ne peut s’empêcher de lui trouver quelque chose d’intéressant, voire d’attachant.(P. Bellemare, Crimes passionnels)

Dans ce genre de construction, on a une inversion à l’intérieur de la proposition (cette première impression passée) et, à l’extérieur, on a un emploi absolu de la proposition dans la phrase. Cet emploi absolu est essentiellement temporel (circonstanciel) et relié à Le samedi soir, on danse toute la nuit. Ce qui est particulier, c’est l’absence d’une préposition ou d’une conjonction (une fois / aussitôt), ou l’absence d’un étant implicite :

Ex3 : On s’abstient de commenter devant Félicie, mais (sitôt) les crèmes renversées avalées, nous voilà partis pour la Grande Cabane. (San-Antonio, Le standinge selon Bérurier)

Ex4 :(Une fois) Le passé oublié, le printemps revenu, le canot amarré, l’incendie éteint… les pompiers ont pu regagner la caserne.


Deux mots sur l’inversion en français : L’inversion sujet verbe (ici sujet participe) est obligatoire dans l’interrogative directe (Où est Carmen ?) ou l’impérative, optionnelle dans l’interrogative indirecte (Dis-moi où se trouve Carmen ?). Elle est également possible, à la forme déclarative, avec un nombre restreint de verbes intransitifs qu’on pourrait appeler « d’apparition », qui signifient que quelque chose arrive, se produit dans notre champs de perception. Le verbe peut être à la forme active ou pronominale. Le pronom neutre il (masculin singulier seulement) peut apparaître à la place du sujet et dans ce cas, l’accord se fera avec ce pronom.

Ex : Passe, passe le temps, il y a n’en plus pour très longtemps.
Vogue la galère.
Surgissent deux cavaliers, qui l’emportent aussitôt.
Des montagnes environnantes résonna un chant de victoire.
Il se produisit / arriva quelque chose d’étrange.
Il est tombé beaucoup de neige récemment.
Il s’est vendu / mangé beaucoup de Riz Crispé, ces derniers temps.
Il s’est fait / a été fait beaucoup de choses pour les pauvres sur papier.


On peut maintenant poursuivre l’analyse du participe passé et aborder quelques cas difficiles : attendu, compris (non compris, y compris), entendu, excepté, ôté, ouï, supposé, vu , passé, fini.Dans les circonstancielles participiales, lorsque ces cas difficiles ne sont pas en inversion, le participe apparaissant après le nom ou le pronom, il y a accord.

Ex : Il a tant de revenu par mois, sa pension comprise (non comprise, y comprise).
Les parties entendues, on débattit les conditions d’un accord.
Les passagers ont tous péri, nous exceptés.
Ces deux femmes exceptées.
Deux chapitres ôtés, cet ouvrage serait excellent.
Les témoins ouïs, on passa aux plaidoiries.
La cinquantaine passée, il modéra son genre de vie.
Ces complications supposées, que faudra-t-il faire?

Mais ces participes (attendu, compris, non compris, y compris, entendu, excepté, ôté, ouï, supposé, vu) seront invariables, dans les circonstancielles participiales lorsqu’ils sont en inversion, i.e. quand ils sont placés devant le nom ou le pronom. (Grevisse les considère comme préposition, ce qui a du sens lorsqu’on considère la préposition hormis, autrefois participe).

Le cas passé est particulier et révélateur : de ce groupe, il est le seul intransitif inversable (Passe, passe le temps). Or, passé lorsqu’il précède (est inversé) peut s’accorder ou non, contrairement aux autres cas difficiles.

Ex : Attendu son infirmité, il fut exempté de cette charge publique.
Compris (non compris, y compris) sa pension, il a tant de revenu par mots.
Rien ne remuait, excepté les flammes.
Ôté deux ou trois chapitres, cet ouvrage est excellent.
Elle ne le comprenait plus, passé certaines limites.
Je m’abstiens de lire, passées les premières pages.

En résumé, lorsque les participes « difficiles », pour la plupart non inversables, apparaissent devant le nom modifié, ils ne s’accordent pas. Remarquons qu’on retrouve le même phénomène avec avoir, qui n’est pas inversable, contrairement à être qu’on retrouve dans la plupart des cas d’inversion.

Ex : Il a [ses phares] [allumés] : le participe suit le nom modifié et s’accorde.
Il a allumé [ses phares] : le participe précède et ne s’accorde pas.
Deux personnes sont arrivées=> Il est arrivé deux personnes.
Sont visées ici les constructions dans lesquelles…


Le participe passé employé seul comme adverbe

Un peu plus haut, nous avons vu que les adjectifs peuvent être employés comme des adverbes : ils apparaissent dans des positions normalement réservées aux adverbes : tourner carré, couper court, parler bas, haut et fort, marcher droit, filer doux, ch… mou, voir rouge… Mais au fait, ces adjectifs employés comme adverbes, s’accordent-ils ? La règle n’est pas explicitement formulée dans Grevisse 93 mais elle semblent être : a) si on peut analyser l’adjectif comme un attribut du sujet, on peut l’accorder ou non b) si ne peut l’analyser que comme adverbe, on doit l’accorder.

Ex : Elles se tiennent droit / droites=> Elles se tenaient (et elles étaient) droites.
La pluie tombait dru / drue=> La pluie tombait (et elle était) drue. (Gr. 1993, p. 1354)
Elles filaient doux (*douces), parlaient bas (*basses), elles ont coupé court (*courtes) ¹ >  ? ? Elles parlaient (et elles étaient) basses.

On ne sera pas surpris de voir apparaître le participe passé dans ce genre de structure et suivre la même règle que l’adjectif .

Ex : Une veste chaude et tricotée serrée ¹ > ? ? La veste est tricotée (et est) serrée..(R. Lévesque, cité par Grevisse).

J’en ai vu qui se faisaient attacher serré (s)par des badauds, place Clichy, et qui sortaient de leurs liens comme la vaseline sort de son tube lorsqu’on appuie dessus. (San-Antonlo)


Voici ce qu’en dit Annick Englebert :

  1. Sont visées ici les constructions dans lesquelles le participe passé porte sur un verbe. Le verbe n’étant pas un donneur d’accord, le participe passé qui s’y rapporte ne s’accorde pas; il a donc toujours la forme du masculin singulier:
  2. Les emplois adverbiaux des participes passés sont fortement concurrencés par les emplois adjectivaux. Ainsi, dans l’exemple suivant...

Ex : Je relevai ses jupons jusqu’à son genou, où elle les tenait serrés avec ses deux mains. (D.Diderot, Jacques le Fataliste)

...le participe passé serrés, en emploi adjectival, a été rapporté à les et accordé en conséquence. On pourrait admettre toutefois qu’en emploi adverbial, ce même participe soit rapporté à tenait et ne soit donc pas accordé — comme dans l’exemple précédent.

En théorie, aucune des deux analyses n’est contraignante. Seules d’éventuelles incompatibilités sémantiques (entre le verbe et le participe passé, entre le nom et le participe passé) conduiront à rejeter l’une des deux possibilités.

En pratique, lorsqu’aucun élément ne permet d’orienter l’interprétation, l’analyse en terme d’adverbe est considérée comme une interprétation moins naturelle et c’est l’analyse en terme d’adjectif qui prévaut.

Autre cas difficiles : ci-annexé, ci-joint, ci-inclus. Grevisse les présente comme des participes employés adverbialement (donc variables ou non) sauf dans des constructions particulières.

a) Ces expressions sont variables quand on les considère comme épithètes ou attributs:

Les feuilles ci-annexées, ci-jointes, ci-incluses.
Faites photocopier les deux lettres ci-jointes.
Vous trouverez ci-incluse la copie que vous m’avez demandée. (Acad.)
Ci-incluses, ces pièces vous parviendront sûrement.

b) Elles sont invariables quand on leur donne la valeur adverbiale (comme dans ci-contre, ci-dessus, etc.):

Je vous envoie ci-joint / ci-annexé / ci-inclus les lettres.

Grevisse : Dans beaucoup de cas, l’accord dépend de l’intention de celui qui parle ou qui écrit. Ainsi, parallèlement à Je vous envoie ci-annexé (ci-joint, ci-inclus) les lettres, où on a la valeur adverbiale, on pourra écrire :

Je vous envoie ci-annexées (ci-jointes, ci-incluses) les lettres.

Toutefois l’usage est constant de laisser invariables ces expressions dans les cas suivants :



2. Le participe passé employé avec avoir


Le participe passé avec avoir s’accorde avec l’objet direct lorsque celui-ci précède le participe.


L’accord avec les noms de mesures

Certains verbes impliquant une unité de mesure (coûté, valu, pesé, marché, couru, vécu, dormi, régné, duré...) sont suivis d’un faux objet direct de prix, de valeur, de poids, de durée, etc., ce que montre clairement l’absence de passive correspondante.

Ex : Les trois mille francs que ce meuble m’a coûté. (Acad.) ¹ > *Trois mille francs ont été coûtés par ce meuble.  
(Question à poser : ce meuble a coûté combien ? et non pas ce meuble a coûté quoi ?)

Ce cheval ne vaut plus la somme qu’il a valu autrefois. (Acad.)
Les trente kilos que ce sac a pesé.
Les quarante minutes que j’ai marché, couru.
Les quatre-vingts ans que cet homme a vécu.
Les vingt ans que ce souverain a régné.
Les huit heures que j’ai dormi.
Les trois heures que la séance a duré.

Cependant, employés soit avec de véritables objets directs ou métaphoriquement, avec des noms abstraits (donc pas vraiment des unités de mesure ), ils sont variables.

Ex : Les efforts que ce travail m’a coûtés. [=imposer ou demander].
Les honneurs que cette charge m’a valus [=procurés].
Les marchandises que j’ai pesées [=mises sur la balance].
Les dangers que j’ai courus (=affrontés].
Les belles années que j’ai vécues en Italie [=passées].


Le cas des verbes complexes

Par " complexe ", il faut comprendre les verbes pouvant avoir comme objet :


Lorsqu’ils sont employés au participe passé, il faut porter une attention particulière à ces verbes et procéder à une analyse avant de faire l’accord, i.e. reconstruire la phrase en remplaçant le pronom objet direct par son antécédent et vérifier que la reconstruction est logiquement fidèle :


1. Ils sont invariables lorsque l’objet direct est une proposition infinitive ou complétive sous-entendus. C’est la règle de base avec ces verbes et Grevisse conseille, en cas d’hésitation entre cette analyse et une autre, de les laisser invariable (de donner priorité à la règle de base). L’infinitive et la complétive étant neutres, c’est le masculin singulier qui est utilisé :


Il a fait tous les effort qu’il a pu pour elle.
   ¹ > *…il a pu les efforts pour elle.
   => …il a pu faire les efforts pour elle.

Il m’a donné les renseignements qu’il avait dit.
   ¹ > *… il avait dit les renseignements.
   => … il avait dit qu’il donnerait les renseignements.

L’étape a été plus éprouvante qu’on ne nous l’avait annoncé.
   ¹ > *… on nous avait annoncé l’étape.
   => … il avait annoncé que l'étape serait éprouvante.

Elle n’a pas obtenu les résultats qu’elle avait cru.
   ¹ > *… elle avait cru les résultats.
   => … elle avait cru qu’elle aurait les résultats.


Il faut pouvoir répondre à la question suivante : le verbe peut-il avoir l’objet direct comme complément ? Si la réponse est non, on ne l’accorde pas. On comprend sans doute le sens de croire un résultat mais ce n’est pas correct en français : on dirait plutôt croire en la vérité / véracité d’un résultat. Dans l’exemple suivant, prévoir un résultat est possible, mais ce qu’elle avait prévu, était-ce les résultats ou obtenir les résultats ? Le conseil de Grevisse est de ne pas faire l’accord (i.e. de donner priorité à la règle de base) :


Elle n’a pas obtenu les résultats qu’elle avait prévu.
   ¹> Elle avait prévu les résultats.
   => Elle avait prévu obtenir les résultats.

Cette coupe que, pendant un moment, on a cru provenir du Titanic, venait plutôt de Chine.
   ¹ > On a cru la coupe provenir du Titanic.
   => On a cru que la coupe provenait de Chine.



2. Le cas des phrases complexes avec relative et subordonnée : certains des verbes dont nous venons de parler peuvent être employés au participe et être précédés d’un pronom relatif (1) provenant de leur propre complétive (2). Dans ce cas, il n’y a pas accord :

La romance que (1) j’ai entendu que vous chantiez __ (2) a été composée par Elvis Dubois. (la catégorie vide après chantiez est remplie par le premier que, qui correspond à romance.)

Les invités que j’avais prévu qui viendraient ne sont finalement pas venus. (On ne prévoit pas les invités, mais bien que les invités viendraient.)



3. L’accord avec les verbes de perception entendre, voir, écouter, regarder, sentir... suit un peu la même logique, sauf qu’ils permettent deux analyses : dans un cas, c’est leur propre objet direct qui précède le participe et il y aura accord, dans l’autre cas, c’est l’objet de l’infinitive et il n’y aura pas accord :

a) J’ai vu / entendu [les marins] [partir]=> Les marins que j’ai vus ___ [partir].

b) J’ai vu / entendu __ [exécuter cette partition]=> Cette partition que j’ai vu __ [exécuter ___ ].

P.S. On peut se demander dans les deux cas précédents si ce sont les marins qui éxécutent l'action de partir et si c'est la partition qui effectue l'action d'éxécuter, une réponse affirmative signifiant qu'on doit faire l'accord.



Exercice : Accordez et husstifiez :

a) Ce sont les airs que j’ai (entendre) jouer.

entendu

entendus

b) Ce sont les musiciens que j’ai (entendre) jouer.

entendu

entendus



4. L’accord avec faire : Le verbe faire ne permet pas la même analyse que les verbes précédents. On ne peut avoir (a) comme dans le cas des verbes de perception. Lorsque suivi d’une infinitive, il sera donc invariable :

a) *J’ai fait [ma femme] [peindre].

b) J’ai fait [peindre] [ma femme]=> Ma femme, que j’ai fait peindre ___ .

De la même façon, les verbes laisser / donner / avoir [quelque chose] [à …] s’accorderont ou non selon que c’est leur objet direct ou celui de l’infinitive qui précède :

a) La somme que j’ai eu à recueillir.

=> J’ai eu [à recueillir la somme].

b) La somme que vous m’avez donné à recueillir.

=> Vous m’avez donné [à recueillir la somme].

L’accord avec en : Il faut distinguer en comme pronom ayant comme antécédent a) un article partitif (Les gens, des gens) ou b) un complément du nom :

On a aperçu la cheminée de l’usine.
Et l’usine, même cachée, on en a aperçu la cheminée.

Lorsque l’antécédent est complément du nom, il n’y a (évidemment) pas d’accord. Dans l’autre cas, ce sont les grammairiens qui ne sont pas d’accord : Englebert renvoie à la réforme Haby de 1976 et prône l’accord alors que Grevisse et De Villiers (s’appuyant sur Grevisse) conseille de ne pas faire l’accord.

Ex : Mais les fleurs, il n'en avait jamais vu(es).



3. Les pronominaux et le participe passé employé avec être :


Une bonne part de cette section sera consacrée aux pronominaux. Puis, nous reviendrons sur l’accord du participe passé avec les pronominaux.


Le pronom clitique SE et sa fonction : Le signe distinctif d’un verbe pronominal en français est la présence du pronom SE devant le verbe. On utilise, dans les salons chics, le terme clitique pour désigner, dans les langues du monde, des mots grammaticaux faisant bloc avec le verbe, comme il, le, lui, se, je…, en, y, c’, ne… Ils se distinguent des pronoms forts comme moi, toi, eux… qui fonctionnent comme des noms. Parmi les pronoms clitiques personnels, seuls les pronoms de 3e personne ont conservé une distinction des fonctions (cas) objet direct (le) et indirect (lui), alors que me, te , se peuvent désigner à la fois l’objet direct ou indirect. Cette donnée est importante pour les règles d’accord du participe des pronominaux.

a) Je le lui ai donné. (lui=> toujours C.O.I.)
b) Je me suis donné à lui. / Il s’est donné à elle. (me \ se => C.O.I.)
c) Je me suis donné ce titre. / Elle s’attribue le mérite. (me \ se => C.O.D.)


Les types de pronominaux : Les pronominaux sont classés d’après la relation qu’ils entretiennent avec la forme active et transitive du verbe. Dans le 1e cas, il n’y a pas d’équivalent actif (pronominaux intrinsèques ou essentiels) ou alors, il y a un équivalent mais dont le sens est tout à fait différent de sorte qu’on considère les formes actives et pronominales comme non reliées (pronominaux autonomes). Dans le 2e cas, le sujet du pronominal correspond à l’objet de la forme active. On distingue les sous-classes suivantes : les pronominaux passifs (ou moyens), impersonnels et neutres. Dans le 3e cas, le sujet du pronominal est du même type sémantique que le sujet et l’objet direct ou indirect de la forme active. Il s’agit des pronominaux réfléchis et réciproques. Enfin, un 4e cas, formé à partir de verbes transitifs directs qui deviennent des transitifs indirects :: les réfléchis inaliénables.


Pronominaux de type 1 : (pas ou peu de lien avec la forme active)

a) Les pronominaux intrinsèques ou essentiels : Ces verbes pronominaux n’ont pas de forme active correspondante :

se/s’{absenter, abstenir, accouder, accroupir, acoquiner, affairer, agenouiller, amouracher, arroger, autocensurer, autodétruire, autoproclamer, avérer, blottir, contrebalancer, contrefoutre, débiner…} tous les composés avec entre, comme s'entretuer...

Exercice : Trouvez-en trois autres. Indice : des synonymes de blottir.

b) Les pronominaux autonomes : Ces verbes pronominaux ont une forme active correspondante, mais les deux formes ne peuvent être apparentées par le sens et, s’ils peuvent l’être syntaxiquement, c’est souvent de façon difficilement prévisible (ex : pour un certain nombre, l’ajout de de) :

se/s’{ficher (de), foutre (de), plaindre (de), défier (de), démerder, tromper (de), mêler (de), s’en aller, s’y prendre…}

Exercice : Trouvez-en trois autres. Indice : utilisez le schéma se + V + de…


Pronominaux de type 2 : (le sujet de la forme active est neutralisé)

a) Les pronominaux passifs (moyens) : Il existe une forme active transitive correspondante, reliée par le sens. L’objet de l’active devient le sujet du pronominal. On a donc la transformation suivante : [forme active] N1 – V – N2=> [se passif] N2 – se –V.

Ex : On vend facilement ce livre=> Ce livre se vend facilement.

Le pronominal passif a un emploi différent de l’active : il s’agit sémantiquement d’une généralisation, ce qui explique la neutralisation de l’agent (bien que sa présence soit implicitement sentie) et la présence de l’adverbe. Le pronominal passif ne peut être employé pour décrire une situation précise :

Ex : *As-tu vu ? Le livre vient de se vendre à cette dame.

En général, pour produire un pronominal passif, il suffit de prendre un verbe transitif exprimant l’action d’un animé sur un inanimé abstrait ou concret.

Ex : Ce truc se démonte/ s’assemble/ s’entretient facilement.

Exercice : Trouvez-en trois autres.


b) Les pronominaux passifs impersonnels : Il s’agit de pronominaux passifs employés de façon impersonnelle. Il existe donc une forme active correspondante, reliée par le sens sauf que l’objet direct reste en place et que l’agent neutralisé est remplacé par il. On a donc la transformation suivante : [forme active] N1 – V – N2=> Il se – V – N2

Ex : On vend beaucoup de livres cette année=> Il se vend beaucoup de livres cette année.
Il s’est servi beaucoup de repas et s’est bu beaucoup de bière au cours de cette fête.
Il s’est transigé un petit nombre d’actions privilégiées sur le marché des OPA.


c) Les pronominaux neutres : Il existe une forme active correspondante, reliée par le sens et là aussi l’objet de l’active devient le sujet du pronominal. Cependant, contrairement aux deux premiers sous-groupes, l’action d’un agent implicite est absente avec les pronominaux neutres et ils peuvent être employés pour décrire des événements spécifiques.

Ex : Jules vient de casser la branche=> La branche vient de se casser.

Le club vient de se vider. Les fêtards se sont dispersés. Déjà, la rumeur se répand comme une traînée de poudre. Dehors, la neige s’est accumulée et le vent s’est adouci.

Du point de vue sémantique, les pronominaux neutres décrivent un événement déclenché par un processus interne, autonome qui peut être aidé par un élément déclencheur : on peut souvent ajouter sous l’effet de…

Exercice : Trouvez-en trois autres. Indice : Des synonymes ou des activités apparentées aux exemples précédents.



Pronominaux de type 3 : (le sujet de la forme active agit sur lui-même)

a) Les pronominaux réfléchis : Il existe une forme active correspondante, reliée par le sens et il y a un agent qui agit sur lui-même. Il faut donc que le verbe désigne une action faite par un animé et que l’action puisse être faite sur des animés (entre autres).

Ex : Jules lave son père=> Jules se lave.
Marie s’est aperçue dans la glace. Elle s’est habillée et s’est préparée pour l’entrevue.
Elle s’est attribué le premier prix.


b) Les pronominaux réciproques : Il existe une forme active transitive correspondante, reliée par le sens et il y a un agent interprété comme un groupe qui agit sur lui-même. Il faut donc que l’agent puisse être interprété comme un groupe, i.e. il faut que ce soit un nom pluriel, des noms conjoints, un nom collectif, que le verbe désigne une action faite par un animé et que l’action puisse être faite sur des animés (entre autres).

Ex : Jules a épousé Jim=> Jules et Jim se sont épousés.
Marie a rencontré son frère=> Marie et son frère se sont rencontrés

Les adeptes de cette secte , ça se fouette avec joie=>

a) maso (réfléchi) : Chacun fouette lui-même avec joie.
b) sado-maso (réciproque) : Ils se fouettent entre eux avec joie.
c) sado (passif ou moyen) : On les fouette avec joie.

Remarque : Ce sont les seuls pronominaux qui ont une contrepartie en anglais. Les autres pronominaux sont rendus par des intransitifs.



Pronominaux de type 4 : Les réfléchis inaliénables

Bien que moins connu, ce type de réfléchi est important. Il s’agit de verbes transitifs directs (ou intransitifs) qui deviennent transitifs (ou intransitifs) directs. Dans la structure résultante, l’objet direct est une partie du corps (parfois une caractéristique plus abstraite) appartenant à l’objet indirect.

Ex. Paul lave les vitres. Paul lui a lavé les mains, puis il s’est lavé la figure.
Elle a fermé la porte. Elle lui a fermé la gueule. Elle s’est fermé la gueule.

Dans ce type de construction, on retrouve toujours l’article défini comme déterminant de l’objet direct et celui-ci ne peut être modifié :

Ex. : *Elle s’est fermé sa belle gueule.



Règles d'accord:

L’accord du participe avec les pronominaux  suit la règle d’accord avec avoir : il n’y a accord que lorsque l’objet direct précède le verbe. Il y aura donc accord dans les cas suivants :


Par conséquent, des verbes n’ayant qu’un objet indirect seront invariables.

Exemples de verbes : se plaire (plaire à X), se convenir, se déplaire (déplaire à soi), se sourire, se nuire, se complaire, se succéder, s’entre-nuire, se mentir, se suffire, se parler (parler à soi), se ressembler, se survivre, se plaire (plaire à soi), se rire, s’en vouloir.

Ex  : Ces personnes se sont nui.
Ils se sont plu l’un à l’autre.
Les générations qui se sont succédé.
Ces deux sœurs se sont toujours ressemblé.