La ponctuation



Pourquoi parler de la ponctuation ?


À part le plaisir de percer « les mystères de la virgule », rappelons que des études majeures sur le français écrit des étudiants du secondaire dans les années 70-80 mettent la ponctuation parmi les principales faiblesses en français. Plus près de nous, en 1987, sur la base d’épreuves du Ministère de l’éducation du Québec (MEQ) administrées à des élèves de 5e et 6e du secondaire, le Conseil supérieur de l’éducation (CSE) constatait que l’enchaînement des idées était généralement bon et le vocabulaire, correct et assez varié. Par contre, les principales faiblesses touchaient la construction des phrases, la ponctuation et surtout la grammaire (La qualité de la langue au Québec, p.139).

En 1988-89, une étude comparative a été réalisée à l’échelle du réseau des « Universités du Québec » auprès d’élèves en première et troisième année du baccalauréat en éducation pour l’enseignement préscolaire et primaire. Cette recherche révèle que les erreurs de structure, de ponctuation et de vocabulaire (entre autres les anglicismes) sont plus fréquentes que les erreurs d’orthographe, de morphologie et d'accord. Néanmoins, les élèves de première année font en moyenne 19,91 erreurs par copie alors que les finissants en 11,9 (La qualité de la langue au Québec, p.140).


Tableau II
Résultats confondus des tests de français écrit administrés
aux étudiants et étudiantes des cégeps et des universités
du Québec pour les années 1992 et 1993
Moyennes obtenues (en %)

Critères

Mai 1992

Janvier 1993

Mars 1993

Nb. d’étudiants sondés

18262

2079

20241

1.        Énonce du sujet

85

81

85

2.        Clarté de l’opinion

97

91

92

3.        Argumentation

87

76

76

4.        Articulation

90

87

91

5.        Vocabulaire

90

67

79

6.       Syntaxe et ponctuation

47

32

45

Bulle rectangulaire à coins arrondis: Faiblesse ici

7.        Orthographe

54

45

54

Ensemble des critères (1 à 7)

74

63

69


Quelques remarques :

1) L’ensemble de la population québécoise (et plus particulièrement parents, gestionnaires et journalistes …) obtiendrait  probablement des résultats similaires.

2) Notons qu’on associe syntaxe et ponctuation. C’est également l’approche que suit André Dugas (1997. Le guide de la ponctuation, Montréal, Les Éditions Logiques).


E.T. écrire maison : Ce qui est sans doute plus important, c’est qu’avec le développement des technologies de l’information et, particulièrement du traitement de texte, dans un sens très général, on exigera de plus en plus de tous ceux qui œuvrent sur le marché linguistique (rédacteurs(-trices), réviseur(-e)s, journalistes, traducteurs(-trices), secrétaires spécialisé(-e)s, etc.), le respect de normes strictes, allant de l’orthographe et de la typographie jusqu’à l’utilisation de sous-langages (cf. le Nortel Standard English) pouvant être traduits automatiquement dans plusieurs langues.


Bibliographie :

Dugas, André. 1997. Le guide de la ponctuation, Montréal, Les Éditions Logiques.

Jacquenod, Raymond. 1993. La ponctuation maîtrisé, Alleur, Marabout.

Doppagne, Albert. 1984. La bonne ponctuation, Paris, Duculot.

Drillon, Jacques. 1991. Traité de la ponctuation française, Paris, Gallimard.

Saffache, J.-C. 1990. Lexique des règles typographiques, Paris, Imprimerie nationale.

Dionne, P. 1990. Guide pour la rédaction et la révision linguistique, Québec, Les Publications du Québec.



Bref historique

Les premiers signes de ponctuation ont été utilisés il y a bien longtemps. On distingue trois étapes de l’évolution de la ponctuation: celle qui a précédé et suivi l’imprimerie (Gutenberg à la fin du 15ème siècle), celle qui couvre les XVIIIe et XIXe siècles et, enfin, celle qui marque le XXe siècle. Pendant la première période, on ne s’est servi que des trois signes de base : le colon, devenu le point [.], le comma, devenu les deux-points [:] et la virgule [,]. Cette division tripartite représente les trois fonctions de la ponctuation que nous aborderons plus bas. De façon secondaire, trois autres figures de points s’utilisent : le point-virgule [;], le point d’exclamation [!] et les parenthèses [()]. D’autres signes font leur apparition pendant l’étape suivante (XVIIIe et XIXe). Les grammairiens de la deuxième période définissent la ponctuation en fonction des besoins des lettrés d’alors qui faisaient la lecture à haute voix : les signes étaient placés pour simuler l’intonation et la pause de la voix. De nos jours, le nombre des signes de ponctuation s’est accru et la panoplie des caractères spéciaux s’est considérablement élargie. La ponctuation n’est plus le domaine réservé des gens de lettres et des gens du livre : la diffusion des signes, anciens et nouveaux, se fait largement grâce aux machines à traitement de texte.

Zone de Texte: Les manuels scolaires présentent le plus souvent une description étriquée, voire contradictoire de la ponctuation ; l’emploi des signes n’obéirait pas à des conditions formelles et dépendrait davantage de l’imagination débridée des auteurs d’œuvres de fiction. Sans un enseignement du bon usage de la ponctuation, les élèves et les étudiants en sont réduits à pratiquer les signes au jugé. Il en résulte une mauvaise structuration de la phrase, qui devient illogique ou agrammaticale, quand elle n’est pas investie de contresens et d’ambiguïtés. Un mauvais usage de ces signes entraîne à tout le moins un ralentissement dans la compréhension d’un texte, forçant ainsi le lecteur à reprendre pour lui-même la ponctuation du texte qui lui est soumis.


Espace, titres et textes

Il y a un rapport entre la disposition spatiale du texte et la ponctuation. C’est ainsi que l’absence totale de ponctuation peut se justifier par la disposition du texte. Ainsi, les titres de journaux ont-ils une syntaxe et une ponctuation particulières. On recommande de séparer par une virgule les éléments générique et spécifique d’une raison sociale quand ils sont inscrits à l’horizontale mais, à la verticale, on n’inscrit pas de virgule, tout comme pour une inscription sur un monument :


GUY LEBLANC, SCULPTEUR

GUY LEBLANC

SCU LPTEUR



Le blanc, cette petite espace

Par écrit, nous noterons le blanc :  í

Ex. : « í Vous y croyez, í n’est-ce pas í ? í »
Ex. : Il la grondaití : í « í Avez-vous donc entrepris de peupler toute seule la Petite Poule d’Eauí !í »
Ex. : « í Vous y croyez, n’est-ce pas í ?í »

Règle 1 : Le blanc ou espace (féminin ou masculin en typographie) est obligatoire après tous les signes [ , : ; … ? ! « » ( ) [ ] - ] sauf en fin de texte.

Règle 2 : (priorité à droite) Lorsqu’une ponctuation est suivie d’une autre ponctuation, c’est la règle de la ponctuation qui suit qui a préséance[1] :



Ex. : « íIl lit quoi í ?… í »
Bulle rectangulaire à coins arrondis: […] a préséance sur [?] et [»] a préséance sur […]
 

Trois grands types de ponctuation

Définissons une phrase comme ce qui contient un verbe à temps conjugué (indicatif, subjonctif…) ou comme le résultat de phrases coordonnées par une conjonction. On peut distinguer les trois types suivants :

1. Les ponctuations qui peuvent servir à séparer des phrases [ . ? ! … ]
2. Les ponctuations qui peuvent servir à relier des phrases, comme les conjonctions [ : ; ]
3. Les ponctuations qui servent à mettre en retrait des phrases et des parties de phrases [ « » - - () , , ].

Soulignons que plusieurs ponctuations ont une fonction secondaire dans le mot plutôt que dans la phrase (ex. : le point dans un abréviation, le point de suspension dans un mot : ex. Va ch… !).

Les signes de ponctuation de la phrase, tels que nous allons les présenter, sont décrits en relation avec la structure phrastique. Poser que le point sert à marquer la division des phrases entre elles entraîne que la maîtrise de l’usage de ce signe ne pourra se faire sans des analyses de base de la phrase. Les phrases du texte suivant sont toutes typiques :

L’érable à sucre est un de nos plus grands arbres. Il atteint généralement vingt-sept mètres de haut et peut s’élever dans certaines circonstances favorables jusqu’à quarante mètres. Son diamètre est alors de cent vingt centimètres. Les forestiers emploient le sigle HPH (hauteur à poitrine d’homme) pour désigner le lieu du tronc où l’on mesure le diamètre ou la circonférence d’un arbre. Un érable à sucre vit en moyenne deux cent cinquante ans. Certains individus vivent jusqu’à quatre cents ans. Mais leur croissance diminue beaucoup après cent cinquante ans.

(Pierre Morency, L’oeiI américain)

On se rend compte qu’il n’y a qu’un signe de ponctuation qui les marque : le point qui sépare une phrase d’une autre. Tous les autres signes de ponctuation sont inutiles dans des phrases de ce type, l’auteur en a-t-il jugé ainsi. Le point sert donc à découper un texte en phrases.

Nous posons au départ que le point sert à distinguer des phrases et que les autres signes de ponctuation de la phrase marquent les relations que des parties de la phrase entretiennent entre elles. Dans la mesure où la ponctuation reflète les relations syntaxiques de la phrase, elle s’applique d’une façon méthodique. Elle relève donc des recherches faites en grammaire et doit favoriser l’apprentissage du français, en écriture et en lecture.  


Le point          . í

Un(-e) espace après, aucun(-e) avant :

Mes jupes sont pleines de boue. í Mon corsage est décousu.

Dugas présente le [.] comme une ponctuation neutre qui sépare les phrases du texte en les terminant.

Les ponctuations de même fonction que le point [ ! ? … ], qui peuvent terminer les phrases, ont en plus une fonction interrogative, exclamative, non conclusive. Par conséquent, le point n’apparaît pas dans les titres contrairement à  [ ! ? … ], l’espace jouant le rôle du point :

Zone de Texte: L’érable à sucre est un de nos plus grands arbres. Il atteint généralement vingt-sept mètres de haut et peut s’élever dans certaines circonstances favorables jusqu’à quarante mètres. Son diamètre est alors de cent vingt centimètres. Les forestiers emploient le sigle HPH (hauteur à poitrine d’homme) pour désigner le lieu du tronc où l’on mesure le diamètre ou la circonférence d’un arbre. Un érable à sucre vit en moyenne deux cent cinquante ans. Certains individus vivent jusqu’à quatre cents ans. Mais leur croissance diminue beaucoup après cent cinquante ans. Pierre Morency, L’oeiI américain On se rend compte qu’il n’y a qu’un signe de ponctuation qui les marque : le point qui sépare une phrase d’une autre. Tous les autres signes de ponctuation sont inutiles dans des phrases de ce type, l’auteur en a-t-il jugé ainsi. Le point sert donc à découper un texte en phrases.

Je suis comme une truie qui doute Bulle rectangulaire à coins arrondis: pas de point
C. Dunneton

Attendez que je me rappelle…
R. Lévesque

Chérie, passe-moi tes microbes !
San Antonio

Aimez-vous Brahms ?
Françoise Sagan

Par convention, toute phrase terminée par  [ . ! ? … ] commencera par une majuscule. Notons que le point d’abréviation est absorbé par le point final et le point final est absorbé par [ . ! ? … ].

Le point dans le mot : Le point apparaît également dans une abréviation. Il faut distinguer l’abréviation du sigle et de l’acronyme :

  • L’acronyme est suite de mots représentée par la première lettre de chaque mot et pouvant se prononcer ex. : ONU, Cégep. Dans ce cas, on ne met ni espace ni point.
  • Le sigle est comme l’acronyme mais il ne se prononce pas (ex. : FTQ). Autrefois ponctué, la tendance est d’omettre le point dans les sigles.
  • L’abréviation est un mot (ou une suite de mots) commençant par les premières lettres du mot jusqu’à la première voyelle et se terminant par la consonne (ou le groupe de consonnes suivant)[2]. L’abréviation est ponctuée par le point. Lorsque l’abréviation consiste en une suite d’une seule lettre, il n’y a pas d’espace :

p.í ex.Bulle rectangulaire à coins arrondis: espace parce que ex contient plus d’une lettre
F.í Labelle
p.d.g.
n.d.l.r.Bulle rectangulaire à coins arrondis: pas d’espace : suite d’une seule lettre
loc.í cit.  (loco citato : passage cité précédemment à telle page ex : loc. cit. p. 230)
op.í cit.  (opere citato : ouvrage cité précédemment à telle page)
et.í al.  (et alii : et collaborateurs) id.       (idem : dernier ouvrage cité)

ONU Bulle rectangulaire à coins arrondis: la tendance est de ne pas mettre de [.]
U.S.A.


Exercices

A. Comment doit-on abréger les mots suivants ?

1.

2.

3.

4.

5.

6.

7.

B. Comment doit-on ponctuer les abréviations suivantes (indiquez les espaces) ?

1.

2.

3.

4.



Le point d’interrogation       í ? í

Une espace (fine) avant, une espace après.

Le point d’interrogation ponctue l’interrogation directe signalée soit par la présence de pronoms interrogatifs (qui, que, quoi…), par une inversion (est-ce que, vient-elle). Un mot seul peut être ponctué :

- Chérie ?
- Quoi, mon pit ?

On ne met jamais le [? ] dans une interrogative indirecte :

Il lui a demandé ce qu’il voulait faire.

Si la question est sans réponse, on peut retrouver le [ ! ] : 

Avez-vous perdu la boule !

Peut être suivi d’un verbe « élocutif » comme « demander ». Ce sont les mêmes verbes qui introduisent un discours rapporté et qui demandent, lorsqu’ils précèdent, la présence des [ « » ] :

Tu Dieu ! lança-t-elle. D’où venez-vous ? enchaîna-t-elle.
Elle lança : « Tu Dieu ! » et elle enchaîna : « D’où venez-vous ? ».


Le point d’exclamation        í ! í

(Dugas) Le point d’exclamation est une sorte de codage de certains contours d’intonation de la phrase, semblable au procédé qui vaut pour l’interrogation. Il s’agit de « traduire » l’étonnement, la stupéfaction, la surprise, l’emportement, l’émerveillement, la peur, le refus, l’interdiction, etc. C’est un signe plus « pragmatique » que syntaxique qui s’emploie beaucoup comme signe du mot :

«  Il faut célébrer ma femme et mon fils ! Une fête à tout casser ! Sonnez les cloches ! Carillonnez les verres ! Ding ! Dong ! je suis un homme fou ! »

Anne Hébert, Kamouroska


Les points de suspension      í

Ils sont composés de trois points consécutifs. Comme l’apostrophe, c’est un signe d’élision. Il indique que du matériel linguistique a été soustrait dans la phrase pour l’une ou l’autre des principales raisons suivantes :

1. Un auteur juge que la suite d’une énumération, com­posée d’éléments du même ordre, est peu importante et qu’il désire en épargner la lecture ; il la termine abruptement par trois points de suspension:

Il était pernicieux, moi monstrueuse, affreuse, indigne...

Hubert Aquin, L ‘Antiphonaire

2. Dans une citation, du texte,  un ou un groupe de mots  a été retiré. L’auteur insère à cet endroit les trois points entre parenthèses(…). L’éditeur ou le commentateur utilisera les crochets [...] dans le cas où il retire quelques mots ou une portion plus importante de texte :

Les indigènes ne cultivent aucune plante. [...] Ils sont très inférieurs, par leur constitution physique et par leur industrie, aux habitants de l’île Ségalien.

L.-F. de Lapérouse, Voyage autour du monde

3. L’interlocuteur a été interrompu, s’est interrompu volontairement ou ne dit rien :

— Ce n’est pas moi qui vous ai fait partir ? Vous veniez d’arriver.
— Et vous?
— Moi ? d’arriver ? Je... je... Il m’avait suivie, le benêt.
— …

Raymond Queneau,  Les oeuvres complètes de Sally Mara

4. Une autre valeur des points de suspension est extralinguistique ils servent à indiquer que le locuteur marque une hésitation et que la narration est rompue, pour toutes sortes de raisons, pendant un certain laps de temps :

« La plus noble conquête de l’homme, c’est le cheval, dit le Président... et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là. »

Jacques Prévert, Paroles

Remarques :

Il est assez facile de trouver des contextes où les points de suspension peuvent être remplacés par « etc. ». L’emploi conjugué de « etc. » avec les points de suspension, « etc.... » ou « etc... », est cependant fautif car c’est l’un ou l’autre. Les points de suspension qui suivent un autre signe de ponctuation ne sont pas séparés par un blanc.


Le point-virgule        í ; í    

Une espace (fine) avant, une espace après.

Dans l’édition générale en France et au Québec, on retrouve un(-e) espace avant. Cet(-te) espace peut-être un(-e) demi(-e) espace. Cependant, le Guide pour la révision et la rédaction linguistique du gouvernement québécois et le Multi-dictionnaire ne mettent aucun(-e) espace avant.

Donc : « Tu pars í ; í  je reste. » ou « Tu pars;í  je reste. » selon l’employeur.


1. Le point-virgule est utilisé entre phrases « coordonnées » ou « juxtaposées ». Il joue donc un rôle semblable aux conjonctions de coordination comme mais, et , ou, ni…

Mais, toutes les phrases d’un texte ne sont-elles pas « coordonnées » ou « juxtaposées » ? Pour plusieurs grammairiens le [ ; ] marque un rapport étroit entre deux phrases. Or, on peut dire la même chose de toutes les phrases d’un texte. Quelle est alors la différence entre [ . ] et [ ; ] ? Essayons de préciser.

Les phrases doivent être en rapport d’opposition, de contraste, (=mais) comme dans les exemples suivants :

Bulle rectangulaire à coins arrondis: mais
Le religieux procède du sacré ; le politique ne peut s’en passer.
Alain-Gérard Slama, L’Angélisme exterminateur

Bulle rectangulaire à coins arrondis: mais
Les uns concluent que Georgina a été la proie d’une hallucination ; d’autres estiment plutôt que leur belle voisine est un champ de canne à sucre qui n’a pas été arrosé dans les derniers temps et qui hurlait à la bénédiction de l’eau fraîche et mâle.
(René Depestre, Alléluia pour une femme jardin)

Bulle rectangulaire à coins arrondis: mais
Il  en est d’atroces ; et d’autres d’une bouleversante douceur.
Marguerite Yourcenar,  Mémoires d Hadrien.


Dès que je me trouve devant la page blanche, au­cune créature inventée ne me sollicite plus, ne m’in­trigue plus, ne me dicte plus son histoire ; mais, ce qui m’eût permis de lui donner vie, je le détiens encore et plus que jamais.
(François Mauriac, Le Nouveau Bloc—Notes, 1961 - 1964)


Sans doute tout n’est pas égal dans ce petit livre, encore que je n’en voulusse rien retrancher ; mais les plus belles pages s’élèvent à une beauté si surprenante que l’on oublie le mal qu’on eut parfois à les atteindre […]
(Gide, Journal)

Pointe-aux-Trembles la riche et francophone; Petite Patrie la pauvre.
Bulle rectangulaire à coins arrondis: Pas d’espace devant à La Presse(La Presse, 3 oct.1998)



2. Le point-virgule peut encore marquer la relation étroite entre des moments différents d’une même action, qui se reconnaît par des marques syntaxiques évidentes comme des pronoms ou des déterminants en coréférence (=qui désigne la même chose) :




La montre a cessé d’être signe de pouvoir ; le détenteur de montres ne peut plus qu’être à l’heure.
(Jacques Attali, Histoires du temps)


Les pages les mieux réussies sont celles où il garde le mieux le ton et l’allure de la conversation ; certaines, en ce sens, sont à peu près parfaites […]
Bulle rectangulaire à coins arrondis: de ces pages

  Gide, Journal


3. De la coréférence, on peut passer à la répétition ou à ce que certains appellent le parallélisme, i.e. une répétition de structure :



Plus la religion du devoir s’amenuise, plus nous consommons de la générosité ; plus les valeurs individualistes progressent, plus les mises en scène médiatiques des bonnes causes se multi­plient et font audience.
(Gilles Lipovetski, Le Crépuscule du devoir)

Cette répétition de structure est évidente entre phrases où il y a ellipse du verbe (le verbe répété est remplacé par [ , ] :


Bulle rectangulaire à coins arrondis: choisir               Bulle rectangulaire à coins arrondis: choisir                  
Ma sœur choisit la poupée ; mon frère, le train électrique ; moi, la toupie à musique.


D’Annunzio, plus pincé, bridé, crispé, plus réduit, et aussi plus sémillant que jamais. L’oeil est sans bonté, sans tendresse; la voix plus cajoleuse que vraiment caressante; la bouche moins gourmande que cruelle; le front assez beau. Bulle rectangulaire à coins arrondis: est                                        Bulle rectangulaire à coins arrondis: est                         Bulle rectangulaire à coins arrondis: est

  Gide, Journal


Bulle rectangulaire à coins arrondis: il était heureux
Il était heureux que la voiture fût disponible ; qu’elle fût en état de marche ; que le plein d’essence eût été fait ; qu’il y eût un chauffeur.

Raymond Jacquenod, La ponctuation maîtrisée


Et Jean avait pris l’habitude de peser les nombreux amants de sa mère sur sa balance à lui deux sous, quand elle ne poussait qu’un petit gémissement ; cinq, quand elle allait jusqu’au cri; dix, quand elle se mettait à chanter.

Noel Audet, Frontières ou Tableaux d’Amérique


Si la joie d’un bal eût reflété ses teintes rosées sur ce visage pâle; si les douceurs d’une vie élégante eussent rempli, eus­sent vermillonné ces joues déjà légèrement creusées; si l’amour eût ranimé ces yeux tristes, Victorine aurait pu lutter avec les plus belles jeunes filles.
Bulle rectangulaire à coins arrondis: Parallélisme : répétition de si. Ou ellipse de Victorine aurait pu…? Honoré de Balzac, Le père Goriot.


La fonction d’opposition, de contraste et de parallélisme de structure explique l’apparition de [ ; ] entre les conjonction qui exprime une corrélation :


  • plus [...]; plus [...]

  • plus [...] ; moins [...]

  • les uns [...] ; d’autres [...]

  • tantôt [...]; tantôt [...]

  • tant [...]; tant [...]

  • autant [...] ; autant [...]

  • etc.



4. Super-énumération : Comme une énumération peut être considérée comme un cas d’ellipse, on retrouvera le [ ; ] en compétition avec la [ , ]. Cependant, on utilise le [ ; ] pour une énumération de syntagmes longs (verbe à l’infinitif, N + relative) ou dans une énumération verticale, généralement avec puces ou numéros :


Dans un texte contenant des règles du jeu, on peut trouver les composantes suivantes :
— Les origines du jeu ;
— Des schémas illustrant un ou plusieurs aspects du jeu ;
— Le matériel nécessaire au jeu;
— [...] Les variantes.

James Rousselle, Nouveaux Parcours


L’amant erre sans cesse entre ces trois idées :

1. Elle a toutes les perfections ;
2. Elle m’aime ;
3. Comment faire pour obtenir d’elle la plus grande preuve d’amour possible ?

Stendhal, De l’amour



Remarque : Une liste verticale d’attendus dans un procès-verbal sera ponctuée par le [ ; ], avec ou sans numéros.


Exercice : Expliquez pourquoi Jacques Drillon (1991. Traité de la ponctuation française, Gallimard) porte le jugement suivant : « Dans cet autre exemple, un point-virgule eût rendu clair le parallélisme de la construction :

Champion en exercice, il aurait à redouter la défaite, champion invaincu, il aurait à redouter le jour fatal du retrait.

Paul Fournel, Les athlètes dans leur téte. »



Cas limites : Évidemment, il existe des cas limites. Parfois une même action (on étire la coréférence) ou une coréférence avec phrase courte.



Les deux-points         í : í   

Il a déclaré í : í « í Le régime Montignac m’a fait perdre du poids.í »

Les deux-points peuvent parfois être confondus avec le [ ; ] puisque les deux signes peuvent apparaître entre des phrases juxtaposées. Commençons par les cas où il n’y a aucune confusion possible.


1. Discours direct : Avec des verbes de « communication » comme dire, déclarer, répondre, apprendre… Dans ce cas, les [ : ] ont le sens du verbe être. On met «  » et le 1e mot en majuscules.

Ex: Il a déclaré í : í « í Le régime M m’a fait perdre du poids.í »

« í Le régime M m’a fait perdre du poids í » est (le contenu de) sa déclaration.

Par extension, tout un dialogue et, alors, pas de « » parfois même discours indirect.


2. Les [ : ] d’énumération : Là aussi, les [ : ] ont le sens du verbe être ou, plus abstraitement, le sens de l’égalité=.


J’aime les aliments à saveur marquée : le piment rouge, le raifort et l’ail.
le piment rouge, le raifort et l’ail sont des aliments à saveur marquée.
aliments à saveur marquée = le piment rouge, le raifort et l’ail

Extension :

Bulle rectangulaire à coins arrondis: ce qu’il apprend=…
Au téléphone, il résuma ce qu’il venait d’apprendre des otages : peu de choses.
(Malraux, Romans)


Bulle rectangulaire à coins arrondis: la cause=…
Dehors, je comprends la cause de son trouble : d’Annunzio l’enlève dans son automobile.
(Gide, Journal)


Bulle rectangulaire à coins arrondis: l‘exemple=…
Ex. : blablabla.


L’énumération doit être correctement introduite par suivant, voici, ce(-s,-tte), ou les suivi d’un nom et d’adjectif (s) précis (restrictif) :


Caca : J’aime les aliments : le piment rouge, le raifort et l’ail.
Bien : J’aime les aliments suivants : le piment rouge, le raifort et l’ail.
Bien : J’aime les aliments à saveur marquée : le piment rouge, le raifort et l’ail.

Caca : Dans son sac, il transportait : du piment rouge, du raifort et de l’ail.
Bien : Dans son sac, il transportait du piment rouge, du raifort et de l’ail.

3. Les [ : ] amènent également des éléments de cause, d’explication (car, parce que, puisque) ou de conclusion (donc, par conséquent). Voici un exemple qui illustre la différence entre les [ : ] et le [ ; ] :


                    
Tout comme le dindon, la dinde prend un sens péjoratif : une dinde est une femme prétentieuse et sotte ; un dindon est un homme stupide et niais (le dindon de la farce) : pour une fois, il y a égalité dans la dérive du sens.

Marina Yaguello, Le Sexe des mots

Bulle rectangulaire à coins arrondis: car
Eh bien moi ! c’était pire : j’exultais.
(Camus, Théâtre, Recits)

Bulle rectangulaire à coins arrondis: car
Et puis dare-dare vers le métro : il s’agit d’arriver la première chez l’éventuel employeur.
(Montherlant, Essais)

Bulle rectangulaire à coins arrondis: car
Or, agir avec le Parti est agir avec lui sans réserve : le Parti est un bloc.
(Malraux, Romans)


La carlingue bondit dans la flamme, qui se tordit sur elle-même, s’écrasa, jaillit de nouveau en chantant : l’avion capotait.
Bulle rectangulaire à coins arrondis: donc
(Malraux, Romans)

Bulle rectangulaire à coins arrondis: car
Sa surprise fur extrême : la clarté était telle qu’elle l’éblouissait.
( Saint-Exupéry, Vol de nuit)


La clarté était telle qu’elle l’éblouissait : sa surprise fut extrême.
Bulle rectangulaire à coins arrondis: donc
(Saint-Exupéry inversé)


Exercice : Drillon p.393



Les guillemets français (chevrons) [ «  » ] :

Discours rapporté (direct). Le discours direct doit être textuel.

 

Il rétorqua aussitôt : «í Ah ! putain ! M’fais pas chier ! í ».

 

L’auteur se sert des chevrons pour rapporter ce que quelqu’un d’autre, en général ou en particulier, sans se prononcer sur la vérité ou la réalité du mot ou de l’expression. Ne se prononçant pas, l’auteur se trouve à prendre ses distances du mot ou de l’expression :

 

C’était l’histoire classique d’un fils à papa riche qui n’avait eu qu’à payer des domestiques et des cuisiniers, le moins cher possible, pour amasser un « honnête » capital.

Bulle rectangulaire à coins arrondis: Honnête selon le fils à papaPierre Léon, Sur la piste des Jolicoeur

 

Les tirets [ -  - ] :

Dugas (p.83) présente les tirets comme l’équivalent « moderne » des deux virgules. Ils servent à isoler des compléments optionnels sauf la relative appositive :

Elle passait ses journées entières – sous l’occupation – à noircir des feuillets.

Alain Fournier, Le Grand Meaulnes

Les parenthèses et les crochets  [ (  ) [ ]  ] :

Membre gauche : espace avant, pas d’espace après

Membre droit : pas d’espace avant, espace après

Stephen Flemingí (Jeremy Irons)í vit une liaison fatale avec Anna Barton, la fiancée de son filsí (Juliette Binoche).

Bulle rectangulaire à coins arrondis: priorité du point : pas d’espace 


En concurrence avec la [ , , ], les parenthèses et les crochets, mettent en retrait une information supplémentaire qui s’intègre mal syntaxiquement à la phrase. Ainsi, dans l’exemple précédent, si on avait utilisé les virgules plutôt que les parenthèses, on aurait obtenu l’effet incorrect d’une énumération. Si on connaît pas Irons et Binoche, la phrase est encore plus incongrue : personnages et acteurs sont alors confondus.

 

??Stephen Fleming, Jeremy Irons, vit une liaison fatale avec Anna Barton, la fiancée de son fils, Juliette Binoche.

 

Les dessins, gravures, estampes (150 000 environ) témoignent aussi d’une évolution.

Article sur le Louvre

 

S’il n’accomplissait pas les prescriptions qu’il s’était imposées, il s’en punissait par des châti­ments : corporels (se lever une heure plus tôt qu’à l’ordinaire), ou spirituels (se réconcilier avec un ad­versaire, ne pas lire un livre dont il avait envie).

Marcel Arland, L’Ordre

 

Le discours populiste de Christoph Blocher, député de Zurich, a fait florès. Surtout au sein de la communauté alémanique, redoutant d’être diluée dans l’Allemagne voisine et de perdre, au sein de la Confédération, les atouts que lui procure son statut majoritaire (les Alémaniques, germanophones, re­présentent 70% des 6,8 millions de Suisses).

Alain Louyot, « Le réflexe du hérisson », L’Express

 

Dans l’exemple suivant, l’écrivain se sert des parenthèses pour ajouter une information qui n’aurait pu être syntaxiquement intégrée à l’aide de virgules et pour souligner que l’information ne s’intègre pas non plus au plan du contenu (doux et humain, bagne et guillotine) :

 

C’est au reste une tradition de geôle et de chiourme qui ne s’est pas perdue, et que les menottes conservent encore précieusement parmi nous, peuple civilisé, doux, humain (le bagne et la guillotine entre parenthèses).

Victor Hugo, Notre-Dame-de-Paris

 

On retrouve les parenthèses dans les scripts de films ou au théâtre pour souligner que les indications scéniques se situe à un niveau différent du texte. On parle alors de didascalies :

 

ULYSSE : Du courage … Allons-y. (Il fait un premier pas).

Jean Giraudoux, La guerre de Trois n’aura pas lieu.

 

L’information supplémentaire peut être un mot, une partie de phrase ou plusieurs phrases, ce que la virgule ne permet pas.

 

Évidemment, il y a des cas limites où on aurait pu utiliser la [ , , ]. Dans les exemples suivants, les auteurs auraient pu se servir des virgules ; mais, ils leur préfèrent les parenthèses pour bien distinguer le monde présent du monde passé, le rêve et la réalité :

 

Ce restaurant (lequel existe encore) portait le même nom que la rue habitée par Odette.

Marcel Proust, Du côté de chez Swann

 

Elle déjeuna (comme souvent dans ses rêves) rue Royale.

F. Mauriac, Thérèse Desqueyroux

 

(R. Jacquenod) Les parenthèses, qui permettent d’introduire « un discours dans le discours », sont pour les écrivains un moyen commode — et souvent employé — pour intervenir dans leur propre récit. Il se produit alors comme une interrup­tion, un entracte dans la narration, au cours duquel l’au­teur semble quitter son sujet et vient nous faire personnel­lement une confidence. Nous sentons un rapprochement, une complicité entre lui et nous : un bon moyen de s’atta­cher son lecteur !

Il s’agit bien d’une interruption, de deux plans différents. Mais, comme la « voix off » au cinéma, les [ ( ) ] peuvent abolir une distance entre l’auteur et le lecteur, alors que les [ «  » ] peuvent marquer la distance que prend l’auteur quant au contenu de l’information.

 

Les  crochets [ [ ] ] sont utilisés pour commenter un texte dont on n’est pas l’auteur. On les utilise pour préciser la référence d’un nom ou d’un pronom lorsqu’on cite un passage d’un ouvrage ou lorsqu’on a omis une partie du passage :

Bulle rectangulaire à coins arrondis: texte extrait

Il [le peintre] avait oublié d’avertir la femme de ménage […]. Elle eût la surprise de sa vie.

 

Bulle rectangulaire à coins arrondis: partie de texte omiseBulle rectangulaire à coins arrondis: précision du rapporteur

La virgule      , í

Nous suivrons Dugas en distinguant deux grandes fonctions de la virgule : la mise en retrait de mots ou constituants optionnels de la phrase (généralement par [ , ,]) et, d’autre part, l’ellipse et l’énumération [,]. Commençons par le second emploi.

 

A. L’ellipse et l’énumération :

La virgule simple [,] sépare les membres d’une énumération. Les membres de l’énumération doivent partager la même fonction syntaxique dans la phrase (sujet, objet direct, objet indirect, circonstanciel, compléments du nom, groupe verbal ou phrases courtes, etc.) :

 

Vincent, Paul et les autres dîneront dans le salon, sur la terrasse ou chez Maxime.

Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ;       (Phèdre)

Il est bleu, blanc et rouge.

Elle avançait doucement, sans faire de bruit, flairant le danger.

 

La virgule simple [,] signale l’ellipse (la disparition) d’un élément de la phrase (généralement le verbe) :

Vous possédez tout ; moi, rien.   (ellipse de je ne possède)

X. coupe les cheveux entre quatre pour en avoir plus ; Y., pour se faire valoir.

Bulle rectangulaire à coins arrondis: coupe les cheveux en quatre

Dans l’ellipse et l’énumération, la virgule signale un constituant absent. C’est évident dans le cas de l’ellipse. Dans l’énumération, le constituant absent est le reste de la phrase : Il est bleu, il est blanc et il est rouge.

 

B. La mise en retrait :

La virgule et surtout les [ , , ] met en retrait un élément optionnel de la phrase (sujet ou objet, complément circonstanciel, incise, relative, adjectif, nom, groupe prépositionnel en apposition…). Par optionnel, il faut comprendre que la phrase serait syntaxiquement correcte sans cet élément. Cet élément mis en retrait peut apparaître à divers endroits dans la phrase (sauf pour la relative).

 

Sujet : J’aime quand vous souriez, Abel.
Chérie, tu me les gonfles !
L’amour, c’est la salutation des anges aux astres.  (Victor Hugo, Les Misérables)

Objet direct ou indirect :
Ton ami, je le connais : je lui ai prêté un disque.

 

Bulle rectangulaire à coins arrondis: obligatoire : pas de virguleUn complément circonstanciel (et même un objet indirect) peuvent être optionnels ou obligatoires. Avec un verbe de mouvement (ex. sauter, courir, aller, venir…), le complément circonstanciel dénote le but du mouvement. Dans ce cas, il est obligatoire comme le serait un objet direct et apparaît après le verbe sans virgules. Observez la différence de sens entre (a) et l’étrange (b) :

 

a) Quelques instants plus tard, le suspect sautait dans sa voiture pour se rendre chez le défunt.

Bulle rectangulaire à coins arrondis: optionnel : virgulesb) ??Quelques instants plus tard, dans sa voiture, le suspect sautait pour se rendre chez le défunt.

 

Ce qui fait vraiment la différence, c’est l’utilisation des virgules : (c) n’est pas mieux que (b) :

 

Bulle rectangulaire à coins arrondis: optionnel : virgulesb) ??Quelques instants plus tard, le suspect sautait, dans sa voiture, pour se rendre chez le défunt.

 

En (b) et en (c), sauter a un sens intransitif (soit sauter de haut en bas sur place ou être victime d’une explosion), alors qu’en (a), il est synonyme de monter, « embarquer » dans sa voiture.

Lorsqu’un complément circonstanciel est obligatoire, il apparaît après le verbe sans virgules. Lorsqu’il est optionnel, il est encadré par les virgules et peut se déplacer à plusieurs endroits dans la phrase.

 

Les phrases suivantes sont-elles correctes ? Justifiez.

1. Le suspect connaissait, sa victime.

2. Le suspect, connaissait sa victime.

3. Je lui ai demandé, qui il était.

 

Ce qui vient d’être dit est valable pour les compléments du nom également (adjectifs, groupes prépositionnels, les relatives et les nom en apposition). Dans ce cas, on doit distinguer entre complément restrictif (ou épithète) et complément non restrictif (appositif).

Bulle rectangulaire à coins arrondis: la restriction

Les employés embauchés en septembre ont été mis à pied.

Bulle rectangulaire à coins arrondis: appositif=> parmi l’ensemble des employés, ceux qui ont été embauchés en septembre ont été mis à pied (mais pas ceux qui ont été embauchés avant septembre).

 

Les employés, embauchés en septembre, ont été mis à pied.

Bulle rectangulaire à coins arrondis: Au début et à la fin : une virgule=> tous les employés ont été mis à pied et tous les employés ont été embauchés en septembre.

(,) Embauchés en septembre, les employés ont été mis à pied.

=> tous les employés ont été mis à pied et tous les employés ont été embauchés en septembre.

Bulle rectangulaire à coins arrondis: la restriction

Les syndicats qui sont démocratiques défendent les droits des citoyens.

=> parmi l’ensemble des syndicats, ceux qui sont démocratiques défendent les droits des citoyens (mais pas ceux qui ne sont pas démocratiques).

 

Les syndicats, qui sont démocratiques, défendent les droits des citoyens.

=> Tous les syndicats sont démocratiques et tous défendent les droits des citoyens sans restriction.

 

Bulle rectangulaire à coins arrondis: La virgule disparaîtL’emploi d’une seule virgule lorsque le circonstanciel est début ou en fin de phrase peut être expliqué par un effacement de l’une des deux virgules en début ou en fin de phrase. La preuve en est que lorsqu’il y a conjonction, la deuxième virgule refait surface :

 

Au cours de la nuit, elle tomba malade.

Elle vida le contenu du flacon et, au cours de la nuit, elle tomba malade.

Bulle rectangulaire à coins arrondis: La virgule apparaît

 

Les phrases suivantes sont-elles correctes ? Justifiez.

1. Tous ceux, qui ont échoué à l’examen, ont droit de reprise.

2. J’ai des bonbons pour les enfants qui sont dans ma poche.

3. Chambre à louer pour homme seul avec Jaccuzi.

 

Incise et vocatif : Dans un dialogue, on parle et à quelqu’un. On pourrait mettre il dit devant chaque phrase d’un dialogue et il y a toujours un destinataire de ce dialogue. Ces éléments implicites (donc optionnels) peuvent refaire surface :

 

Chérie, j’ai gonflé les enfants, lança-t-il.

 

Exercices :

1. Ponctuez à l’aide de [ : ] [ , ] ou [ ; ]  s’il y a lieu. Indiquez les espaces. Justifiez.

a) Elle était enfin satisfaite elle avait réussi son examen.

b) À présent Gilbert n’avait plus que méfiance pour la religion  rien n’avait remplacé son ancienne croyance.

c) Un proverbe le dit pauvreté n’est pas vice.

d) La reprise aux U.S.A. qui semble désormais assez solide pour que notre journal l’ausculte ne sera pas trop forte.

e) Vous êtes vous le premier responsable.

f) Vous êtes-vous rendu compte de votre responsabilité ?

g) Veuillez faire savoir à nos représentants en province que la réunion a eu lieu et que le rapport a été publié.

h) Ce qui constitue l’essentiel de notre projet c’est que la gestion sera assurée par une entreprise sous-traitante.

i) Vous souhaitiez la grève du spectacle. Les acteurs en grève n ‘ont pas joué comme vous le souhaitiez.

j) L’épargne produit l’aisance la prodigalité  la misère.

 

2. Des deux phrases suivantes, laquelle est bien ponctuée ? Justifiez.

a) Les légumes, qui contiennent des colorants artificiels, ne doivent pas être consommés.

b) Les légumes qui contiennent des colorants artificiels ne doivent pas être consommés.

 

3. Des deux phrases suivantes, laquelle correspond au sens de il est mort de mort naturelle ?

a) Il est mort naturellement.

b) Il est mort, naturellement.


Les circonstanciels précédant une phrase en inversion ne prennent pas de virgule: Durant l’été 89 avait éclaté l’affaire Ochoa. Incorrect : Durant l’été 89, avait éclaté l’affaire Ochoa.

 

Les moutons noirs : [Et, ou, ni], [mais, car, or, donc].

Les ouvrages sur la ponctuation s’embrument profondément lorsqu’on approche de ce terrain marécageux. Pour y voir un peu plus clair, il faut distinguer les trois fonctions suivantes. Nous montrerons que la complication vient du fait que [mais, car, or, donc] peuvent avoir deux de ces fonctions :

A) les conjonctions de coordination (et, ou, ni) ;

B) les adverbes (ainsi, déjà…) ;

C) les conjonctions de subordination (lorsque, parce que, si…).

 

A) Les conjonctions de coordination (et, ou, ni) peuvent conjoindre des constituants de même nature : noms groupe nominaux, groupe verbaux, adjectifs,  phrases, verbes, etc. Traditionnellement, on considère que les éléments conjoints sont de même niveau alors que dans la subordination, le subordonné est le complément de l’autre :

 

Il n’aime ni danser le ska ni chanter du blues.

Il n’aime ni Julie ni Nathalie.

Danser ou/et chanter suffit(-sent) pour tenir en forme.

Julie ou/et Nathalie aime(nt) nager.

 

Règle : Pour ce groupe, la règle est simple : on ne met pas de virgule à moins qu’ils ne soient répétés (cas d’énumération). Pour ni, on considère que plus de deux occurrences constitue une énumération :

 

Ni l’or, ni la puissance, ni la gloire ne suffiront à le convaincre.

Il aime (, et) le ska, et le blues, et  le trip-hop.

 

Remarque : Évidemment, et peut être suivi d’un circonstanciel qui sera entouré de ses virgules. Ex. : Il dormait depuis longtemps et, un jour, la réalité devait le rattraper.

 

B) Les conjonctions de subordination sont suivis, en général, de que Phrase. Parfois le que  disparaît avec certaine conjonctions (ex : si). Dans ce cas, on ne met aucune virgule après la conjonction. Et devant, qu’est-ce qu’on met ? Une subordonnée est une circonstancielle. La réponse est donc : tout dépend si cette circonstancielle est obligatoire (a) ou optionnelle (b) :

 

Incorrect : *Je reviendrai lorsque (après que), tu te seras calmé(e).

 

a) Je reviendrai lorsque (après que) tu te seras calmé(e).

=> Je ne reviendrai qu’à ce moment-là (obligatoire)

b) Je reviendrai, lorsque (après que) tu te seras calmé(e).

=> je reviendrai, c’est sûr et , probablement, lorsque tu te seras calmée. (optionnel)

 

C) Les adverbes, comme tous les circonstanciels, peuvent apparaître en tête de phrase, encadrés obligatoirement par des virgules (ou suivis d’une virgule).

 

Il opéra soigneusement la patiente et, après, il retourna calmement chez lui.

 

Le cas de [mais, donc, or, car] semble complexe parce que ces éléments peuvent fonctionner comme adverbe ou comme conjonction de subordination, tout comme alors, après, avant, depuis, puis/puisque,…

Comme adverbes en tête de phrase, ils doivent être suivis d’une virgule :

 

Donc, tu pars demain ?

Alors, tu pars demain ?

Mais, où vas-tu comme ça ?

 

Remarque : Comme adverbe, donc peut apparaître après un verbe, généralement sans virgules :

 

J’ai donc fait le tour de la chambre.

J’ai aussitôt fait le tour de la chambre.

 

[mais, donc, or, car] peuvent aussi être employés comme conjonction de subordination et, dans ce cas, ne seront pas suivis de virgule mais pourront en être précédés selon qu’ils sont optionnels ou non :

 

Je pense donc je suis.

Je peux dire que je pense parce que j’existe.

=> C’est parce que je pense que je peux dire que j’existe. (obligatoire)

Je pense, donc je suis.

=> Je constate que je pense et j’en conclus que j’existe.

 

La distinction est parfois ténue et dépend souvent du (con-)texte. Cependant, l’utilisation de la virgule est cohérente : lorsque [mais, car, or, donc] sont utilisés comme conjonction de coordination, ils deviennent des circonstanciels.

 

Mais et donc peuvent être employés dans une fonction qui se rapproche de la coordination, mais de façon plus contrainte (comme, d’ailleurs, plusieurs conjonctions de subordination):

 

Heureux, puisque guéri, notre héros mordit à belles dents dans la vie.

Heureux, mais pas idiot, notre héros mordit à belles dents dans la vie.

Bulle rectangulaire à coins arrondis: position anormale pour circonstant : donc virgule

Jules et Jim aiment Marie.

*Jules mais pas Jim aime(-nt) Marie.

 

Dans ce genre de structures, ils demeurent des conjonctions de subordination et, lorsqu’ils suivent le verbe, ils peuvent être obligatoires ou optionnels :

 

Elle l’a trouvé triste mais pas suicidaire.

Elle l’a trouvé triste, mais pas suicidaire.


 


Le vocatif et l’incise :

On retrouve parfois le terme vocatif pour désigner la personne à qui on s’adresse. L’incise est généralement un verbe d’élocution, synonyme de parler, dire (lancer, reprendre, rétorquer, glapir…). En fait, ce sont des éléments sous-entendus dans toute communication : on dit quelque chose à quelqu’un. On peut toujours les rendre explicites mais ils seront optionnels et entre virgules.

 

La personne à qui on s’adresse :

Chérie, j’ai gonflé les enfants.

J’ai gonflé les enfants, Chérie, .

 

Le sujet, les objets directs ou indirects détachés de la phrase :

Le salaud, il l’a eu, son poste !

 

Inversion : Durant l’été 89 avait éclaté l’affaire Ochoa.

 

Les circonstanciels peuvent être des adverbes : Hier, Demain, tout à coup, justement,

 

Enfin, la virgule ne devrait pas être utilisée avec les conjonctions et, ou, ni. Ce sont de véritables conjonctions qui réunissent des noms, des adjectifs, groupes prépositionnels, des phrases contrairement à mais, car … qui sont à ranger avec les conjonctions de subordination qui peuvent être utilisés avec ou sans virgule.

 

 

 

 

À la différence

 

- Quand le suspect est-il parti ?

- Le suspect est parti à 8h.

-?? Le suspect, à 8h., est parti.


Ce restaurant (lequel existe encore) portait le même nom que la rue habitée par Odette: Lapérouse.

(Marcel Proust, Du côté de chez Swann.)


 

 

On les invite à entrer ; ceux-ci ne se laissent pas prier.

jean Provencher

Les Quatre Saisons dans la vallée du Saint-Laurent

 

Les fausses gardes sont des feuilles blanches qui précèdent et suivent la partie imprimée ; leur rôle est de protéger tout en habillant le texte.

Oscar Beausoleil

Reliure-dorure

 

« Il y a du bon là, dit-il en se frappant le cœur ; je n’ai jamais trahi personne »

Honoré de Balzac

Le Père Goriot

 



[1]Une exception : pas d’espace entre les […] suivies d’une ponctuation. Ex. : Tu…?

[2]La formule est  (Cn)  Vn  Cn  où V : voyelle, C : consonne, n=1 à 2 et () signifient optionnel.