L’orthographe lexicale 


Références:


http://juppiter.fltr.ucl.ac.be./FLTR/ROM/ess.html




Dans cette section, nous examinerons les problèmes relevant plutôt du mot :

  1. le genre;  (Allons-y!)
  2. les difficultés orthographiques;  (Allons-y!)
  3. les réformes de l'orthographe;  (Allons-y!)
  4. l'orthographe grammaticale  (Allons-y!)


Masculin ou féminin 

Quel est le genre des mots suivants (encerclez et demandez-vous ce qui guide votre choix) ?

1. sèche [ m f ] 2. obélisque [ m f ] 3. burnou [ m f ] 4. cimaise [ m f ] 5. cliquet [ m f ] 6. clisse [ m f ] 7. chais [ m f ] 8. salsifis [ m f ] 9. montaison [ m f ] 10. séran [ m f ] 11. hydravion [ m f ] 12. emprise [ m f ] 13. aimant [ m f ] 14. abaisse [ m f ] 15. accastillage [ m f ] 16. accrétion [ m f ] 17. abaca [ m f ] 18. acerbité [ m f ] 19. accon [ m f ] 20. adent [ m f ] 21. aiche [ m f ] 22. acajou [ m f ] 23. abasie [ m f ] 24. ache [ m f ] 25. absinthe [ m f ] 26. ablette [ m f ] 27. accommodat [ m f ] 28. accot [ m f ] 29. agape [ m f ] 30. ahan [ m f ] 31. achaine [ m f ] 32. acquêt [ m f ] 33. acra [ m f ] 34. afflux [ m f ] 35. agui [ m f ] 36. acabit [ m f ] 37. adret [ m f ].

Il faut distinguer entre genre sémantiqueet lexical. Le genre sémantique concerne les êtres humains ou animés. Ainsi, « brigadier » est masculin parce qu’il désigne un être humain mâle contrairement à « brigadière ».

Dans plusieurs langues (allemand, russe… ), les mots sont arbitrairement classés en genres grammaticaux. Ce mécanisme permet de résoudre certaines ambiguïtés: Ex. : Un parfum pour femme raffiné.

Comme pour tout ce que nous verrons dans cette section, il n’y a pas de règles absolues et simples, mais il y a des tendances statistiques basées sur la sémantique et sur la phonétique. Nous allons voir certaines tendances qui permettent de simplifier un peu la tâche d'apprentissage du genre des noms inanimés.

Catégories sémantiques (quelques exemples):

Sont masculins :

Sont féminins:


Les facteurs phonétiques :

Pour les noms qui ne peuvent être regroupés sémantiquement, on observe les tendances suivantes:


1. Masculin : les noms se terminant phonétiquement par une voyelle ont tendance à être masculins :


[a]/[A ]: -a, -at, -ac, -as : le climat, un attentat, un conglomérat, le tabac, le tas, un amas, alléluïa, plagiat, constat, amas, coutelas, repas.... abat, abats, ablegat, achat, achromat, acolytat, actionnariat, actuariat, adjuvat, adstrat, aerostat, agglomerat, agnat, agregat, alcoolat, almicantarat, alumnat, amiralat, anastigmat, anonymat, aoutat, aplanat, aplat, apostat, apostolat, apparat, appat, archidiaconat, archiepiscopat, archimandritat, archontat, artisanat, assassinat, assessorat, assignat, assistanat, attentat, auditorat, auditoriat, augurat… abaca, acacia, addenda, aga, agenda, agha, alcaraza, alea, alexandra, alfa, alinea, alisma…(Juilland p.4,9) Les exceptions sont des emprunts: une casbah, isba, nouba, razzia, corrida, polka, mazurka…

[wa/wA ]: -oi –oit : le tournoi, le détroit, émoi, envoi, choix...hautbois, poids… abois, aloi, arroi beffroi, charroi, effroi, convoi, désarroi, effroi, emploi, foie, un je-ne-sais-quoi, un moi, un octroi, un orfroi,… Mais : une loi, voix, oie…

[aâ ]: -ment, -an, -en, -ant, -and, -ent : un abonnement, et un grand nombre d’autres mots d’action en –ment, le vent, un aliment, un ciment, un cardan, un chaland, un aimant, banc, clan, volcan, flanc, gland, tournant, hareng...  Sauf  maman.

[E ]: -ai, -ait, -ais, -et : le balai, le délai, le ballet, paquet, baquet, jouet, godet, bidet, tabouret, volet, bleuet, trait, extrait, méfait...

[ ]: -ain, -in, -ein, -ien : un lien, un pain, un crin, gradin, aiglefin, confin, frein...

[o]/[ ]: -eau, -au, -o, -aud –ot : un chameau, un chalumeau, un hameau, le métro, le boulot, le dodo, eldorado, fiasco, javelot, noyau, lavabo, drapeau, chapeau....

[â ] : -on, -çon, -lon, -mon, -non, -pon, -ron, -son, -ton : un hameçon, un caleçon, un son, un vallon, un clairon, un bonbon, colimaçon, buisson, frison, goujon, clairon, basson... (sauf tous les mots abstraits en [-sjâ ] comme passion, mission…).

[u] : –ou : chou, bijou, caillou, trou, remou, cou, égout, dégout, clou, chou, sou…

[y] : -u, -ut, -us : un salut, un talus, un cru, le cul, tutu … (sauf les mots en [-ny] comme vue, vertu...).

[O ] : -eu, eux : un pneu, un feu, lieu, essieu, creux, bleu

[e] : -é, -er : le cahier, le guêpier, un été, quai, (sauf les mots abstraits en -té, -tié: la pitié, une amitié;  et les mots de contenu en -ée: pelletée, pochetée…).

[i] : -i, -ie, -it : le tapis, du chichi, un prix, du riz, cri, abri, parti, hachis, pilori, frotti...(sauf les mots en -ie: hiérarchie, télépathie…).


2. Féminin: les noms se terminant phonétiquement par une consonne ont tendance à être féminins:


[s]/[z]: -ace,-ance, -anse, -ence, -ense, -asse, -euse, -ise, -oise, -ose, -aise : faiblesse, face, ambulance, démence, bêtise, perceuse, chaise, une dose, la mélasse, bise, brise...

[t]/[d] : -ette, -ade, -ande, -ante, -arde, -arte, aude, -ente, -ude -ote, -otte, -ute, -utte -onde: alumette, lunette, façade, salade,quiétude, attitude (sauf : jade, grade, stade).

[f]/[v] : -effe, -ève, -offe, -ive, -iffe, -ave, -affe :étoffe, greffe, fève, grève, bave, giraffe, baffe.

[p]/[b]: grappe, trappe, pipe, aube, roube, orbe, opprobe (mais: tube, cube).

[k]/[g] : -èque, -aque, -ague, -ingue –ique : discothèque, pastèque, attaque, blague, vague, meringue, seringue... Mais : un lac, sac, hamac, cognac, vrac, trac, bec, coq, phoque, roc ,troc.

[ò ]/[q ] : flèche, mèche, une attache, une hache, une auge, une luge, ruche, buche, bouche, poche, roche, calèche...


3. Méfiez-vous des sonnantes androgynes [l, Ò ] / [m, n, ø , j]:


Le [l ] et le [Ò] sont particulièrement ambivalents et il faut alors faire intervenir l’orthographe :

  • [l] masculin: -al, -el, -èle, -il, -ile: un journal, le sel, un chenil...

  • [l] féminin: -alle, -elle, -ille -ule: poubelle, manivelle, vaisselle...

  • [é ] masculin: -ard, -eur (acteur, menteur…), -ir, -ire, -or, -ord, -ourd, -our, -oir: un traquenard, un or, un art…

  • [é ]féminin: -ère, -ière, -ure: la chapelure, la bière, une ère...
  • [m]: beaucoup de noms abstraits qui sont masculins: -sme, (charisme) –eme (anathème…);

    [ø ]: féminin en général conformément à nos attentes: vigne, montagne...

    [ j ]: féminin en général conformément à nos attentes: faille, maille...

    [n]: féminin en général conformément à nos attentes: poitrine, colline, fine...






    Les difficultés orthographiques :

    Origine des difficultés : Dans l’API, à chaque phonème (son) correspond un et un seul graphème. En italien, espagnol, roumain… le nombre de phonèmes est équivalent au nombre de graphèmes (symboles graphiquse), mais, contrairement à l’API, un même son peut avoir différents correspondants graphiques. En français, il y a 36 phonèmes et 97 graphèmes (71 composés et 26 simples : a…z) et il n’y a pas de correspondance biunivoque : deux phonèmes différents peuvent partager la même graphie (/z/, /s/=>s).

    La présence de lettres muettes (e, les consonnes finales…) complique encore les choses. Par ex. : esp. « pequenâo » se prononce toujours , fr. " petit "=> /p¿ ti/, /pti/, /p¿ tit/ (ami), /ptit/ (ami).

    Sans tenir de l’idéogramme chinois, où chaque mot est transcrit par un dessin, le français s’éloigne du phonétique (où à chaque son correspond un graphème).

    Pour plusieurs mots du français, la forme graphique correspond à la forme parlée du Xe ou XIIIe siècle. Par ex. : combat       (< cum battu-ere > lat. vulg.) cum=> com=> /kâ /;   battu=> batte=> /ba/

    Dans la forme anglaise " fight ", on retrouve le même type d’anachronisme : divine. Seul le /f/ est " cohérent ".

    L’espagnol, le portugais, l’italien ont procédé à des ajustements qui les rendent plus cohérentes. Ex : " temps " (<tempus> lat.) /taâ / en français, " tiempo " /tjE mpo/ en espagnol (dans ce cas, à chaque son correspond un graphème). Pourquoi ne pas réformer l’orthographe du français ? Si on écarte l’aspect émotif (qu’il ne faut pas sous-estimer), c'est surtout maintenir le lien avec le passé littéraire, même si ce lien a été maintes fois rompu (Molière, les écrivains du 19e siècle).

    Relativisons : Il faut mettre ce qui précède en perspective . Il existe une loi « psycholinguistique » de base, valable pour toute langue : plus un mot est fréquent...

    a)...plus il sera court (loi de Zipf) ex : télévision=> TV, automobile=> auto, récréation=> récré…
    b)...plus il aura tendance à être irrégulier. Quels sont les verbes les plus irréguliers du français ? (être, avoir, aller; ou danser, dominer, retentir...) ?

    Il est fort possible que nous ayons deux « dictionnaires mentaux » : un pour les mots fréquents, stockés globalement comme des idéogrammes; et un autre pour les autres mots avec décomposition en racines, préfixes, suffixes… Ainsi, peut-être que temps est suffisamment fréquent pour faire partie du premier dictionnaire.

    Certains chercheurs, en lecture notamment, ont souligné que l’orthographe devait être considérée comme un langage pour l’œil. Par exemple, le fait de représenter le phonème fréquent /E / de plusieurs façons (ai, è, ê, ei…) permettrait de reconnaître les mots plus rapidement.

     

    L’accentuation et le redoublement de consonnes : quelques pistes

    Selon René Thimonnier, l’orthographe du français serait complexe, mais cohérente. Parmi les difficultés souvent citées, on retrouve l’accentuation et le redoublements de consonnes.

    Règle générale d’accentuation :

    Problème : Est-il possible de définir dans quel cas il faut accentuer le voyelle ? Pourquoi a-t-on ?

    un pâtre

    mais

    une passe

    une épître

    mais

    un émissaire

    une flûte

    mais

    une hutte

    Remarque : â sert aussi à distinguer [A ] de [a]. Il faut comparer des mots ayant le même son. Ainsi, châsse et chasse ne sont pas des exceptions. Il en est de même de l’accent qui distingue le subjonctif de l’indicatif (il vint/qu'il vînt)

    Suffit-il de dire qu’une voyelle suivie de deux consonnes n’est pas accentuée ? Pour Thimonnier, la solution passe par le découpage en syllabes graphiques. Intuitivement, il est fort probable que vous découpiez flûte en flû.te et hutte en hut.te. Mais peut-on préciser davantage ? Voici comment construire les syllabes graphiques en trois étapes :

    1. Un mot français contient autant de syllabes graphiques que de graphèmes vocaliques (noyau):

    Ex : p (â) tr (e) p (a) ss (e)

    2. On rattache aux syllabes graphiques en construction la suite de consonnes la plus longue à gauche qui puisse former une attaque syllabique en français. Qu’est-ce qui peut former une attaque ? Une façon de faire est de se demander s’il existe des mots en français (en excluant les emprunts à d’autres langues) commençant par cette suite de consonnes. Dans l’exemple, y a-t-il des mots commençant par tr- en français? par ss- ? Donc :

    Ex : (p â) (tr e) (p a) s (s e)

    3. On rattache aux syllabes graphiques en construction la suite de consonnes qui restent à droite (coda):

    Ex : (p â) (tr e) (p a s) (s e)


    Il faut évidemment prendre pour acquis que:

    a) le graphème ch forme un bloc;

    b) en finale, la suite voyelle + e forme un noyau (ex. : fi.du.cie);

    c) le s a un ssssstatut particulier : il peut faire partie en même temps d’une attaque et d’une coda.

    Ex. : épistolaire=> é.pi(s).sto.lai.re.


    En règle générale, les voyelles de syllabes entravées ne sont pas accentuées. Autrement dit, seules les voyelles en fin de syllabe graphique peuvent (¹ doivent) porter un accent.

    Exceptions : bât (bas), fût (=bière en fût), affût. Dans la réforme de 1991, il est proposé que les û disparaissent.


    Exercices :

    1. Expliquez pourquoi on a ancêtre / ancestral (n’oubliez pas le sssstatut du s !).
    2. Expliquez pourquoi on a tâche et tache


    L’accentuation de e :


    Problème : Pourquoi a-t-on ?

    de l’herbe

    mais

    un cèdre

    amer

    mais

    amère

    un écolier

    mais

    un écolière

    les ténèbres

    mais

    ténébreux

     

    C’est la décomposition des mots en syllabes graphiques qui permet de répondre à ces questions.

    On voit en effet, que partout où la lettre e termine la syllabe graphique, elle est accentuée (par un accent aigu si elle note le son [e], par un accent grave si elle note le son [E ]) : cè-dre; sé-vè-re; é-co-liè-re; per-sé-vè-re; té-nè-bres; té-né-breux.

    Il en est autrement lorsqu’elle ne termine pas la syllabe graphique her-be; a-mer; per-sé-vé-re.

    Le changement d’accent qu’on observe dans les dérivés de mots comme: té-nè-bres (ténébreux); collège (collégien); célèbre (célébrité) marque simplement dans l’écriture le passage du son [e] au son [E]. On remarquera qu’on prononce [E ] chaque fois que le noyau de la syllabe suivante est un e muet : ténèbres

    Exceptions : Des emprunts à d’autres langues (grec, espagnol…) se terminant avec un -s prononcé: alkermès, aloès, cacatoès, faciès, palmarès, cortès, pataquès, xérès, népenthès


    Exercices :

    1. Pourquoi, dans l’expression " il persévère ", le premier –e- n’est-il pas accentué ? 
    2. Pourquoi plus de 400 mots se terminant en –et et prononcés [E ] (jouet, navet, soufflet…) ne sont-ils pas accentués ?
    3. Découpez en syllabes graphiques et expliquez l’alternance des accents dans les couples suivants : festoyer / fête; tempête / intempestif; croûte / croustillant; croître / croissance; bête / bestiale; forêt / forestier; intérêt / intéressant; arrêt / arrestation; succès / succession.


    Le redoublement des nasales 

    Le redoublement des consonnes est, avec l’accentuation, l’une des difficultés orthographiques importantes du français. Hélas, pour l’instant, seul le redoublement des consonnes nasales –n- et –m- peut être rationalisé.

    Les enquêtes de Sherlock Lacolle: Pourquoi a-t-on ?

    jardinier

    mais

    charbonnier

    brunette

    mais

    maisonnette

    parfumeur

    mais

    camionneur


    Les graphies -m- et -n- ne redoublent qu'après a, o et -e prononcé [E] (ex: benne, gemme) ou [a] (ex: femme, consciemment), si on exclut les préfixes in- et im-.


    Exceptions: tunnel, kummel.


    Exercice 

    1. Raffinnerie ou raffinerie ? communnal ou communal  ? doudoune ou doudounne ? Pourquoi  ?


    Le trait d’union : le cas de non.

    Trait d’union libre ou séparation de biens ?

    Ex: Les non-croyants (non croyants ?) sont non admissibles (non-admissibles  ?) à ce concours.

    La fonction du trait d’union est de marquer le passage d’une forme syntaxique à un nom. Ainsi, à côté de une belle fille, on a une belle-fille. Cette dernière pourrait être fort laide ! En général, les préfixes abstraits qui ne fonctionnent pas de manière autonome vont fusionner avec le nom, le verbe ou l’adjectif. Par exemple, la suffixe pré a le sens abstrait « qui précède »et ne fonctionne pas de façon autonome. On aura donc la préadolescence, précambrien, préchauffer etc. De même pour les suffixes négatif in ou (inégalité, inefficace, déterrer…).

    Par contre, non, bien que sémantiquement abstrait, est autonome (Non, rien de rien…). Il se comportera comme un certain nombre de prépositions, tel hors : il prendra un trait d’union lorsque le résultat est un nom et n’en prendra pas lorsque le résultat est un verbe ou un adjectif :


    Syntaxique (libre)

    Idiomatique (contraint) / adjectif

    Mot (trait d’union) / nom

    Mot (fusion)

    hors de l’Église, hors de la ville

    hors taxes, hors catégorie, hors saison, hors série…

    un hors-jeu, du hors-d'œuvre, du hors-piste

    inélégance

    je le fais, non pour l’argent, mais pour la gloire

    il a été déclaré non coupable mais aussi non admissible à la rente

    L’être et le non-être ont été classés X

     

    L'alternance du -é- et du -e- [¿] qui deviennent prononcés [E]

    Les enquêtes de l’inspecteur Lacolle :

    Qu’est-ce qui se passe ici ?

    gérer

    mais

    tu gères

    et

    la gestion

    succéder

    mais

    tu succèdes

    et

    la succession

    geler

    mais

    tu gèles

    et

    le gel


    La règle est: -e- [¿] / -é- [e] deviennent [E], graphie -è- ou -e-, lorsque -e- [¿] / -é- [e] sont suivis soit:


    Vu d’une autre façon, en français, le –é- et le –e- sont trop « faibles » pour être suivis d’une consonne dans la syllabe ou pour supporter une syllabe suivante faible : il faut les changer en [E ]. C’est une règle très générale du français.


    Pour comprendre certains aspects de la réforme, il faut comprendre le phénomène de l’alternance –e- [¿ ] / -é- [e]=> [E ], graphie –è- ou –eC-   (où C=consonne quelconque).


    Exemples:

    Dans ce cas, que répondez-vous dans le test suivant : - Si je voyais une auto arriver, j’___________ (accélèrerais ou accélérerais ?). Mais, un tel ___________(événement ou évènement ?) est improbable.

    * L’orthographe du futur, du conditionnel et de certains noms est, dans ce cas, irrationnelle.






    Les réformes de l’orthographe
    (1977 et 1991)

    Il y a eu des réformes (ajustements) de l’orthographe au cours des siècles. Il suffit de soumettre à un correcteur orthographique les versions originales des fables de Lafontaine (début du français moderne) pour s’en rendre compte. On y trouve Zephir, legere, vestuë, elle alloit viste et gayment, le disné, les amans osoit encor se renfllâmer. Les deux dernières réformes datent de 1977 (loi Haby) et de 1991. La plupart des dictionnaires et grammaires intègrent les formes rectifiées en 1977, y compris le Robert 1996 sur CD-Rom et le correcteur 101 v.3. Ainsi, allégement et allègement y sont toutes deux. Cependant, le correcteur de Word 97 n’accepte pas cette seconde forme, comme d’ailleurs plusieurs des rectifications de 1977.

    La réforme de 1991 proposée par le Conseil supérieur de la langue française (à propos du conseil supérieur ), organisme du gouvernement français dont faisait partie la québécoise Anne Hébert, a été acceptée par l’Académie Française et les réformes figurent dans la neuvième édition du dictionnaire de cet organisme. Le gouvernement du Québec, selon l'avis du CLF (site officiel), a accueilli favorablement cette réforme. Mais, devant la controverse, la France ne l’a pas encore imposée. Elle est donc en suspens. Il n’y a pas d’avis officiel du MEQ sur la question. Cependant, il serait étonnant que cet organisme réprouve l’utilisation de la dernière version (1994) du dictionnaire de l’Académie Française! Pour comprendre certains aspects de la réforme, il faut comprendre le phénomène de l’alternance -e- , -é- / [E ].


    La réforme 1991 résumée en huit points :


    Exceptions : les préfixes dé- et pré- (dégeler, prévenir, etc.), les é initiaux (échelon, édredon, élever, etc.) et médecin et médecine.

    Exceptions : appeler, jeter et les verbes de leur famille (y compris interpeler) redoublent l ou t devant une syllabe contenant un e muet : j'appelle, je jette, j'appellerai, etc.

    Exceptions : les 1re et 2e personnes du pluriel du passé simple : nous vîmes, nous lûmes, vous lûtes, etc., les mots qui sans cet accent seraient homographes : le participe passé , les adjectifs mûr et sûr, le nom jeûne et les formes du verbe croitre qui sans accent seraient identiques à des formes du verbe croire : il croît, je croîs, etc., ainsi que la 3e personne du singulier du subjonctif imparfait : je voulais qu'il partît ; plût au ciel que..., etc.

    Exceptions : quelques composés dont le second terme contient un article (trompe-l'oeil) ou commence par une majuscule (prie-Dieu).

    Exceptions: Million et milliard, qui sont des noms comme millier, ne sont ni précédés ni suivis d'un trait d'union : deux millions trois-cent-mille, sept milliards six-cent-trente millions,etc.

    N.B. La règle vaut aussi pour des noms qui étaient des pluriels dans la langue d'origine : un errata, des erratas, etc.

    Exceptions: les noms ayant conservé valeur de citation restent invariables : des requiem, etc.

    Exceptions : colle, folle, molle .



    Les mots les plus fréquents sujets à la révision de 1991 (A. Goosse)

    A

    abat-jour (un), des abat-jours, abime, abimer, abrègerai..., accèderai..., accélèrerai..., accroitre, il accroit, j'accroitrai..., aèrerai..., aigüe, ainé, allègerai..., allèguerai..., altèrerai..., amoncèle..., aout, apparaitre, il apparait, j'apparaitrai..., appâts , après-midi (un), des après-midis, assècherai..., assiègerai..., assoir [asseoir], attèle...

    B

    bassecour, becquète..., blasphèmerai..., boite, bossèle..., boursouffler, bruler, brulure, buche, bucher (nom), bucher, bucheron

    C

    cèderai..., célèbrerai..., cèleri, cent est précédé et suivi d'un trait d'union dans les numéraux composés (cent-un, deux-cents, etc.), chaine, chancèle..., charriot, chasse-neige (un), des chasse-neiges, chauvesouris, cloitre, comparaitre, il comparait, je comparaitrai..., complait (il), complèterai..., connaitre, il connait, je connaitrai..., considèrerai..., coopèrerai..., corole, cout, couter, couteux, couvrepied , crèmerie, croitre, je croitrai..., croquemort , croute, cure-dent (un), des cure-dents

    D

    décachète..., décèderai..., déchainer, dégénèrerai..., dégout, dégoutant, dégouter, délèguerai..., délibèrerai..., déplait (il), désaltèrerai..., désespèrerai..., dessècherai..., détèle..., diffèrerai..., digèrerai..., diner, dinette, disparaitre, il disparait, je disparaitrai..., dissout

    E

    écrèmerai..., [eczéma, voir exéma], empaquète..., enchainer, entrainement, entrainer, entraineur, -euse, énumèrerai..., épèle..., épitre, époussète..., ), et est précédé et suivi d'un trait d'union dans les numéraux composés (vingt-et-un, etc.), étincèle (il)..., , évènement, exagèrerai..., exaspèrerai..., exéma [eczéma]

    F

    faite, feuillète..., flute, fraiche, fraichement, fraicheur

    G

    gagne-pain (un), des gagne-pains, gite, gout, gouter, gratte-ciel (un), des gratte-ciels

    H

    halète..., hautparleur, huitre

    I

    ile, ilot, imprègnerai..., inquièterai..., interpeler

    J

    jeuner

    L

    laissé + infinitif est invariable, lance- + nom : ce nom prend la marque du pluriel quand et seulement quand le nom composé est au pluriel (un lance-flamme, des lance-flammes) lècherai..., lèguerai..., libèrerai..., linoléum

    M

    macaroni (un), des macaronis, maitre, maitresse, maraicher, match (un), des matchs, maximum (un), des maximums, méconnaitre, il méconnait, je méconnaitrai..., mille dans les numéraux composés est précédé et suivi d'un trait d'union (deux-mille-cent, etc.), millepatte , minimum (un), des minimums, modèrerai..., mu , mure (nom), murir

    N

    naitre, il nait, je naitrai...

    O

    ognon , opèrerai...

    P

    paitre, il pait, il paitra..., paraitre, il parait, je paraitrai..., passepartout (un), des passepartouts , passepasse , pècherai , pêlemêle , pellète..., pénètrerai..., persévèrerai..., , piquenique , piqure, plait (il), platebande , portemine, portemonnaie, portevoix, possèderai..., précèderai..., préfèrerai..., presqu'ile, , procèderai..., protègerai...

    R

    rafraichir, rafraichissement, ragout, rapiècerai..., rassoir [rasseoir] , râtèle..., reconnaitre, il reconnait, je reconnaitrai..., réfèrerai..., reflèterai..., règlerai..., règnerai..., réitèrerai..., renaitre, il renait, je renaitrai..., renouvèle..., renouvèlement, reparaitre, il reparait, je reparaitrai..., répèterai..., ressemèle..., révèlerai..., révèrerai..., révolver , ruissèle...

    S

    sagefemme , sanatorium (un), des sanatoriums, sandwich (un), des sandwichs, sècherai..., sècheresse, solo (un), des solos, soul , souler, , succèderai..., suggèrerai..., surement, sureté

    T

    tachète..., taille-crayon (un), des taille-crayons, tirebouchon , tolèrerai..., trainard, traine, traineau, trainer, traitre, traitresse, transfèrerai...

    V

    vénèrerai..., , volète (il)..., voute

    W

    weekend (un), des weekends, whisky (un), des whiskys

     

    casse-+ nom commun : ce nom prend la marque du pluriel quand et seulement quand le nom composé est au pluriel (un casse-cou, des casse-cous), coupe- (un coupe-gorge, des coupe-gorges ), essuie- (un essuie-glace, des essuie-glaces), garde-(un garde-boue, des garde-boues), porte-, pare- (un pare-brise, des pare-brises…), pèse-, pique-, presse- , sous- (des sous-mains) tire-, vide- (un vide-cave, des vide-caves),









    L’orthographe grammaticale 


    Le pluriel des noms composés:

    Le pluriel des noms composés (selon Grevisse 1993 p.808, « …le domaine le plus difficile de toute la grammaire française… ») fait hélas partie des objectifs du secondaire. Les noms composés proviennent de groupes (ou syntagmes) autonomes qui sont devenus des idiomes (plus figés, limités à quelques mots, comme faire simple). Ils ont alors pris un trait d’union (contre-attaquer, tire-bouchon) et ont parfois aboutis à une fusion complète (contrebalancer, tournevis). Selon le type de composé, le pluriel est prévisible lorsqu’on revient à la forme syntaxique de départ.


    Principe de base : Dans un composé Nom1-Nom, le Nom1 est le nom de tête. Par exemple, un homme-grenouille est un homme et non une grenouille (en anglais, c’est l’inverse; ex: frogman). C’est vrai même lorsqu’il n’y a pas de trait d’union : une élection référendum est d’abord une élection.


    Type 1 : Nom1-Nom2 => un Nom1 qui est aussi un Nom2.

    Ex. : chou-rave=> un chou qui est aussi une rave (et non gars séduisant rencontré dans un rave !). Dans ce cas, les deux noms prennent le pluriel : des choux-raves. Le deuxième nom doit parfois être interprété métaphoriquement. Ex. : un homme-grenouille=> un homme qui est comme une grenouille.

    Exercice : a) une porte-fenêtre / des… b)un oiseau-mouche / des… c) un sabre-baïonnette / des… d) un aller-retour / des… e) un avant-centre / des… f) une jupe-culotte g) un sourd-muet h) un bateau-citerne i) un homme-orchestre.


    Type 2 : Nom1-Nom=> un Nom1- (Préposition) -Nom2. 

    Ex. : timbre-poste=> un timbre pour la poste. Dans ce composé, le groupe Préposition/Nom2 fonctionne comme le complément du premier nom. Il est donc normal que seul le Nom1 s’accorde. On aura donc : des timbres-poste. Évidemment, lorsque la préposition apparaît explicitement dans le composé, la règle s’applique . Ex. un chef-d’œuvre / des chefs-d’œuvre.

    Exercice : a) hôtel-Dieu / des… b) un croc-en-jambe / des… d) un œil-de-bœuf / des… e) un dos-d’âne / des… f) un fier-à-bras / des… g) un coq-à-l'âne / des… h) un pot-de-vin / des… i) un kilomètre-heure j) un tour-minute k) un dîner-bénéfice l) un cheval-vapeur.


    Type 3 : Nom - Adjectif (ou Adjectif-Nom). 

    Logiquement, on vient de voir que le complément prépositionnel d’un nom ne varie pas; cependant, lorsqu’on a un adjectif, on doit s’attendre à ce qu’il s’accorde, comme le ferait un adjectif dans un groupe nominal. Ex : un grand-père / des grands-pères.

    Exercice : a) un coffre-fort / des… b) un pot-pourri / des… c) une basse-cour / des… d) une sage-femme / des… e) haut-fond f) plate-bande g) un social-démocrate


    Type 4 : Verbe – Nom .

    Ex. tire-bouchon (rappel : ce groupe est concerné par les réformes de 1975 et 1991). Le tire-bouchon n’est pas un tire ni un bouchon, mais un instrument pour tirer un bouchon. Au pluriel, c’est l’instrument qui devrait être au pluriel. Le verbe est donc invariable. Quant à son objet (bouchon), que ce soit au singulier ou au pluriel, sa forme a toujours posé un problème. Grevisse souligne que c’est la foire. Dans certains dictionnaires, on retrouve un cure-dent , mais un cure-ongles; parfois, on retrouve même deux formes. Ex. un porte-bannière(s). Le problème vient du fait que dans la forme syntaxique de départ, on peut souvent mettre l’objet au singulier ou au pluriel. Un porte-bannière(s)=> un x qui porte une bannière / des bannières? Un cure-ongle(s), est-ce pour curer un ongle ou curer des ongles ?

    Dans la réforme de 1991, on propose de régulariser en oubliant la forme syntaxique de départ et en traitant le composé comme un nom : on ne mettra pas de –s au singulier et un -s au pluriel. Ex: un essuie-main, des essuie-mains. Certaines formes sont déjà intégrées depuis 1977.


    Type 5 : Préposition-Nom => un x qui est Préposition-Nom.

    Ex. : un sans-abri=> un individu qui est sans abri. Là encore, c’est le bordel. On retrouve un sans-culotte/des sans-culottes, des après-dîners, mais des sans-dessein, des sans-abri, des après-midi… La réforme de 1991 propose des sans-abris, des sans-cœurs, des après-midis…


    Type 6 : Verbe-Verbe => Invariable.

    Ex. : des laissez-passer, des va-et-vient, des cache-cache, des pousse-pousse… Dans la réforme de 1991, il est proposé qu’on fusionne certaines de ces formes. Ex. : cachecache(s).



    L’accord des adjectifs de couleur :


    Cas 1 : Éliminons tout de suite un cas simple.  Lorsqu’on emploie une couleur comme un nom, ce nom s’accorde.

    Ex. : Sope rend les blancs plus blancs.


    Cas 2 : Lorsqu’un nom désigne un objet dont la couleur est typique (ex: une prune), ce nom peut être utilisé comme un adjectif. Dans ce cas, il est invariable.

    Ex. Je préfère les autos prune.

    Il faut donc vérifier si le mot désigne, comme sens de base, autre chose qu’une couleur. Pourquoi ? Notre ami Lacolle répondrait que dans un véritable mot composé, avec ou sans trait d’union, le deuxième nom renvoie au concept qui le définit. Ex : un artiste peintre est un artiste et un peintre alors qu’une auto prune, à moins d’être dans Cendrillon… Donc, une auto prune est une auto de la couleur d’une prune et au pluriel, on aurait donc des autos de la couleur d’une prune.


    Cas 3 : Lorsqu’il s’agit d’un adjectif qui désigne, dans son sens de base, une couleur, alors l’analyse du cas 2 n’est plus appropriée. C’est un simple adjectif et il s’accorde.

    Ex. : des autos vertes.


    Cas 4 : Lorsqu’un véritable adjectif de couleur (ex. bleu) est modifié par un adjectif ou suivi d’un nom utilisé comme un adjectif (cas 2), ils sont tous deux invariables.

    Ex. : des couvertures bleues, mais des couvertures bleu ciel et des couvertures bleu foncé.


    Kaput ! Lorsqu’il y a conjonction de deux véritables adjectifs de couleur, on peut les accorder ou non. Conseil : accordez-les mais souvenez-vous qu’à côté de drapeaux rouges et blancs vous pourrez retrouver des drapeaux rouge et blanc. (Grevisse, p.837)


    Exercice : Mon petit panier sous mon bras I went to the market et j’ai acheté des étoffes brun( ) pâle( ), des carottes orange( ), des caramels noir( ) et blanc( ), des draps blanc( )…