Pragmatique


mise à jour: 27 nov. 2002, Françoise Labelle

Brousseau et Roberge présentent bien l’insertion de la pragmatique en linguistique. Ils distinguent entre deux pôles, la cohésion, c’est-à-dire ce qui fait qu’une  nouvelle information s’intègre bien à ce qui précède, grâce à des procédés comme la pronominalisation, le choix qu’on fait entre diverses  structures syntaxiques équivalentes (actif-passif), l’argumentation (le fait qu’on comprenne où le locuteur veut en venir), la connaissance du monde physique et sociale… et la cohérence, qui concerne plutôt les divers types d’inférences et leur évolution dans le texte. Les deux pôles, cohésion et cohérence, ne sont pas indépendants. La cohésion insiste plus sur l’ordonnancement linéaire de l’information alors que la cohérence concerne plutôt ce qu’on peut conclure d’un énoncé dans un contexte donné.

En ce qui concerne les inférences (conclusions), nous avons déjà abordé l’inférence logique. Il y a deux autres types d’inférences :


La présupposition

On connaît bien le scénario où Jack Travis, détective privé, cherche à coincer le malfrat en lui demandant (Tu vas parler, dis !):

Quand vous êtes entré dans la chambre, le corps était-il sur le lit ou à terre ?

Si le malfrat répond directement à la question par sur le lit ou par à terre, il admet qu’il est entré dans la chambre. Pourtant la question ne porte pas là-dessus ; elle porte sur le choix sur le lit ou à terre. Mais l’information vous êtes entré dans la chambre à un moment donné est prise pour acquis, présupposée alors que l’autre partie de l’information est une demande de confirmation (posée). Ce que Jack Travis dit, c’est :

On retrouve les mêmes présuppositions dans les classes de phrases syntaxiquement apparentées comme la négation, l’interrogation et la clivée. Ex :

  1. [affirmation] Donc, quand vous vous êtes entré dans la chambre, le corps était sur le lit.
  2. [négation] Alors, vous dites que, quand vous êtes entré dans la chambre, le corps n’était pas sur le lit.
  3. [clivée] Ainsi donc, c’est sur le lit que se trouvait le corps quand vous êtes entré dans la chambre.
  4. [interrogation] quand vous vous êtes entré dans la chambre, le corps était-il sur le lit ?
  5. [interrogation négative] quand vous vous êtes entré dans la chambre, le corps n’était-il pas sur le lit ?
  6. [clivée négative] Ainsi donc, ce n’est pas sur le lit que se trouvait le corps quand vous êtes entré dans la chambre.

En (1), si le malfrat répond simplement non, à moins qu'il n,élabore, on comprendra : non, il n’était pas sur le lit. Ce qui constitue un aveu indirect de son entrée dans la chambre.

Dans tous ces cas, avant d’affirmer, nier, interroger, Jack Travis pend pour acquis que vous êtes entré dans la chambre à un moment donné est vrai. Bien sûr, il espère que le malfrat s’embrouillera en répondant et acceptera la proposition présupposée.

Il y a deux types de définitions de la présupposition; l’une est sémantique et l’autre, plus générale, est pragmatique et fait référence à ce que les interlocuteurs tiennent pour vrai dans le contexte au moment d’un échange linguistique.

La définition sémantique générale reflète le fait que la présupposition est une information commune à une classe  de phrases apparentées :


Définition sémantique 1 : Une proposition P est une présupposition si elle est une conclusion (inférence) commune à une affirmation Q, à ses contreparties négative, interrogative,  négative interrogative, clivée et clivée négative. Ex :

  1. Jules regrette que Julie nous ait quitté
    |- Julie nous a quitté
    |- Jules en éprouve du regret
  2. Jules ne regrette pas que Julie nous ait quitté
    |- Julie nous a quitté
    |- Jules n’en éprouve pas de regret
  3. Jules regrette-t-il que Julie nous ait quitté ?
    |- Julie nous a quitté
    |- Le locuteur veut savoir si Jules en éprouve ou non du regret
  4. Jules ne regrette-t-il pas que Julie nous ait quitté ?
    |- Julie nous a quitté
    |- Le locuteur veut savoir si Jules en éprouve ou non du regret
  5. C’est Jules qui regrette que Julie nous ait quitté.
    |- Julie nous a quitté
    |- Quelqu’un en éprouve du regret
    |- Ce quelqu’un est Jules
  6. Ce n’est pas Jules qui regrette que Julie nous ait quitté.
    |- Julie nous a quitté
    |- Quelqu’un en éprouve du regret
    |- Ce quelqu’un n’est pas Jules

Dans cette classe de phrases apparentées, Julie nous a quitté est une conclusion commune à l’ensemble. C’est donc une présupposition. Les autres inférences (conclusions) sont des inférences simples, non présuppositionnelles. Dans la phrase précédente (6), il y a trois inférences dont seule Julie nous a quitté est une présupposition. Ce quelqu’un n’est pas Jules est une inférence simple qui n'apparaît pas en (5), par exemple. On a donc ici deux types de conclusions, l'inférence simple et la présupposition, auxquelles on ajoutera plus loin un troisième, différent, l'implicitation (implicature).


La seconde définition sémantique de la présupposition n’est en fait qu’un corollaire de la définition précédente : on ne retient que le couple affirmatif/négatif comme critère:

Définition sémantique  2A présuppose B (noté A>>B) si A |- B et  ~A |-  B

Ex : C’est Jules qui regrette que Julie nous ait quitté.

|- Julie nous a quitté
|- Quelqu’un en éprouve du regret
|- Ce quelqu’un est Jules

Ce n’est pas Jules qui regrette que Julie nous ait quitté

|- Julie nous a quitté
|- Quelqu’un en éprouve du regret
|- Ce quelqu’un n’est pas Jules

Cette définition de la présupposition est, classiquement, la plus répandue. Ce n'est plus celle du XXIe. siècle, cependant, parce que la négation n’est pas toujours bien définie dans le cas des propositions complexes. Par exemple, quelle est la négation des phrases suivantes ?

  1. Paul viendra ou je m’engage à te dédommager.
  2. Paul regrette que tu ne fasses pas de politique mais tu regrettes qu’il ne fasse pas de sport.
  3. Paul, qui a perdu son père jeune, éprouve un respect suspect pour l’autorité.

La relative appositive pose aussi un problème pour la définition sémantique de la présupposition. La négation de 1 est 2. Comme la relative est inférée de 1 et de 2, ça devrait être une présupposition. Or, 1 et 2 peuvent très bien être utilisées dans un contexte où le locuteur ne présuppose en rien qu’on sait que Le frère de Jules habitait près du WTC:

  1. Le frère de Jules, qui habitait près du WTC, a assisté au désastre.
  2. Le frère de Jules, qui habitait près du WTC, n’a pas assisté au désastre.
  3. Le frère de Jules habitait près du WTC et a assisté au désastre

La relative appositive est posée (affirmée) et non présupposée comme le test sémantique semble l'indiquer.

La définition sémantique est utile dans le cas des phrases simples. Mais dans le cas des phrases complexes, les propositions qu’elle identifie comme présupposition n’en sont pas toujours, comme on vient de le montrer. La définition pragmatique a été introduite pour étendre la notion de présupposition aux phrases complexes.


Présupposition et inférence

On notera la différence entre une inférence (conclusion) simple et une présupposition :

Jules a réussi à se qualifier à l’épreuve

|- Jules s’est qualifié
|- Jules a essayé de se qualifier

Jules n’a pas réussi à se qualifier à l’épreuve

|- Jules ne s’est pas qualifié
|- Jules a essayé de se qualifier

On voit que Jules a essayé de se qualifier est une inférence commune à l’affirmation et à la négation, alors que Jules s’est qualifié n’est propre qu’à l’affirmation. Dans le premier cas, il s’agit d’une présupposition et dans le second cas, d’une inférence seulement. Mais la présupposition est aussi une inférence, d’après la définition sémantique de la présupposition.


Définition pragmatique : Cette définition, prépondérante à l'heure actuelle, a été introduite par la suite pour rendre compte des présuppositions dans les phrases complexes.

Une proposition A présuppose la proposition B pragmatiquement si B fait partie des informations que le contexte doit posséder (ou impliquer) pour permettre de formuler correctement l’assertion, la négation, la question, A, selon le cas.

«The hallmark of a presupposition is that it is taken for granted in the sense that its assumed truth  is a precondition for felicitous utterance of the sentence and places a kind of constraint on discourse contexts that admit the sentence for interpretation» Chierchia et McConnel-Ginet, cités par Nirit. Kadmon, Formal Pragmatics

La caractéristique d’une présupposition est qu’elle est prise pour acquis dans le sens que sa vérité est une condition nécessaire à l’emploi correct de l’énoncé et, [autre caractéristique] qu’elle introduit une contrainte sur les contextes qui admettent une interprétation de l’énoncé.

Une définition équivalente : Le locuteur présuppose la proposition B pragmatiquement si B fait partie des informations que le locuteur prend pour acquis avant de formuler correctement une assertion (négation, question, selon le cas).

La définition pragmatique est la plus générale et c’est celle que retiennent la plupart des chercheurs. Elle s’applique aux phrases complexes ci haut et replace la présupposition au niveau de la communication (en contexte). Elle n’exige pas qu’on compare une phrase à sa contrepartie négative. Elle reformule le concept de présupposition de la manière suivante : quelles informations doit-on prendre pour acquis avant d’affirmer la proposition P ou quelles informations le contexte doit-il avoir pour qu'onpuisse affirmer correctement P  ?

Paul regrette que tu ne fasses pas de politique et tu regrettes que lui ne fasse pas de sport.

>> Quelqu’un s’appelle Paul, tu ne fais pas de politique, Paul ne fait pas de sport

Si une des conditions n’est pas réalisée (=fausse), par exemple, si Paul ne fait pas de sport, la proposition complète sera jugée incorrecte.


L’accommodation : Dans l'exemple précédent, lorsque la présupposition est fausse, la phrase ne peut être affirmée correctement. Par contre, si la véracité d’une information présupposée est inconnue de l’interlocuteur et n’est pas incompatible avec ce qu’il sait, alors il y aura accommodation : l’interlocuteur présumera de la véracité de l’information présupposée.

C’est ce qu’on fait couramment lorsqu’on déclare Mon fils aîné est en Europe. Il est présupposé que J’ai un fils aîné. Ce qui est affirmé (=posé), c’est qu’il est en Europe. Si l’interlocuteur ne sait pas que vous avez des enfants, il l’apprend. C’est une accommodation. il apprend les conclusions de la présupposition : que vous avez au moins un autre enfant (par le sens de aîné).

Par contre, si j’arrête un passant dans la rue et que je lui dise que La thermopompe est brisée, l’accommodation est plus difficile et il risque de répondre, non pas, j’en suis désolé mais quelle thermopompe ?

De même, si je dis La girafe de Jules est dans la cour, vous n’accommoderez pas la proposition Jules a une girafe parce que peu en accord avec les croyances générales.


La définition pragamatique a été introduite pour rendre compte des présuppositions dans les phrases complexes (conjointes et subordonnées) dans lesquelles la définition (le test) de la présupposition sémantique échoue. La présupposition pragmatique replace la présupposition dans son univers propre, celui de l’accumulation linéaire de l’information dans le texte.

Selon la définition pragmatique, quelles sont les présuppositions de la phrase suivante ?

Paul, qui a perdu son père jeune, éprouve un respect suspect pour l’autorité.

L’envers de la médaille est qu’on n’a plus de test formel pour définir la présupposition. Il faut faire appel à une mise en situation et à notre jugement sur la correction des énoncés.

En résumé, une présupposition est une inférence (conclusion) qu’on peut tirer d’une phrase. Mais à la différence d’une inférence (conclusion) normale, la présupposition est prise pour acquis ou elle demeure lorsque la phrase peut être niée ou questionnée, contrairement à la conclusion «normale».


Le domaine de la présupposition

[Brousseau et Roberge, posé= ce qui est affirmé plutôt que présupposé]

Par exemple, l’Énoncé en (8a) pose le contenu sémantique en (8b) et présuppose la série de propositions en (8c):

(8) a. Jean regrette que la chatte obèse ait cessé d’allaiter ses trois chatons.

b. Posé: Jean ressent des regrets par rapport à une situation, situation où la chatte obèse n’allaite pas ses trois chatons.

c. Présupposés: .

Il existe une entité qui s’appelle Jean
La chatte obèse a cessé d’allaiter ses chatons.
Il existe une chatte obèse.
La chatte obèse allaitait ses chatons.
Il existe trois chatons.

[…] la négation ou l’interrogation de l’énoncé n’a aucun effet sur le présupposé: tous les présupposés reliés à un énoncé restent vrais Les énoncés en (10) ont les présupposés en (8c), comme l’énoncé affirmatif correspondant en (8a).

(10) a. Jean ne regrette pas que la chatte obèse ait cessé d’allaiter ses trois chatons.
b. Est-ce que Jean regrette que la chatte obèse ait cessé d’allaiter ses trois chatons?

[…]  On trouve plusieurs types de déclencheurs de présuppositions, soit des mots ou des structures de phrases dont découle un type d’information présupposée. En voici la liste, avec des exemples du type de présupposé qui est déclenché (où >> se lit présuppose):

ITÉRATIFS: re-, un autre, la Xième fois, encore, de nouveau
a.  Jean a refait son examen. >>  Jean a fait son examen.
b. Jean a fait un autre examen. >> Jean a fait un examen.
c.  Jean est allé à Paris pour une troisième fois. —PP Jean est allé à Paris deux fois.

[Labelle…]

On pourrait ajouter les verbes en dé- et tous les verbes inchoatifs : l’état antérieur est toujours présupposé (noté >>):

Julie a bouché la toilette
(Cette fois-ci), Julie n’a pas bouché la toilette
>> (Avant que Julie passe), la toilette n’était pas bouchée

Remarque : La présupposition est sensible à l’intonation, en français et, particulièrement en anglais. Si on prononce la phrase suivante avec une intonation descendante marquée et une légère pause après Julie, on obtient un énoncé avec d’autres présupposés :

Julie\  # n’a pas bouché la toilette
>> Quelqu’un a bouché la toilette
Posé : ce n’est pas elle

Dans l’intonation normale, Julie ne sera pas séparée par une pause ou une intonation plus marquée.

[Brousseau et Roberge]

VERBES ASPECTUELS: arrêter, cesser, commencer, continuer
a.  Jean a arrêté/cessé de fumer. >> Jean fumait.
b.  Jean a commencé à fumer. >> Jean ne fumait pas.

VERBES IMPLICATIFS: réussir, oublier, éviter, oser
a.  Jean a réussi à lire ce texte. >> Jean a essayé de lire ce texte.
b. Jean a oublié de lire ce texte. >> Jean devait lire ce texte.

VERBES DE JUGEMENT: accuser, critiquer, déplorer
a. Jean a accusé Marie d’élever des licornes. >>Jean croit que Marie élève des licornes.
b. Jean déplore que la Terre soit plate. >>Jean croit que la Terre est plate.

VERBES FACTIFS: regretter, savoir, ignorer, se rendre compte, être étonné
a. Jean regrette que Marie élève des licornes. >>Marie élève des licornes.
b. Jean sait/ignore que la Terre est plate. >>La Terre est plate.

DESCRIPTIONS DÉFINIES: noms propres et syntagmes nominaux définis [dont la référence est précise]
a. Jean a vu l’homme à deux têtes. >> Il existe un homme à deux têtes.
b. Jean a vu Napoléon. >> II existe une entité qui s’appelle Napoléon.

[Labelle …] Il y a beaucoup à dire là dessus. Un fait intéressant à noter, c’est que une description définie précédée d’une négation peut être présupposée ou posée:

[Description des événements du matin ] Ce matin, je me suis promenée au bord du Saguenay. Je (n’)ai (pas) vu l’éléphant rose.
>> Il existe un éléphant rose.

[On réfute les dire de qqn] Ce matin, je me suis promenée au bord du Saguenay et je (n’)ai (pas) vu l’éléphant rose.
Seul l’affirmation implique Il existe un éléphant rose.

[Brousseau et Roberge]

MODIFICATEURS SYNTAXIQUES: adverbes, syntagmes prépositionnels [et la négation]
a. Il n’est pas arrivé hier. >>Il est arrivé.
b.  Il n’a pas dit ça pour te fâcher. >>Il a dit ça.
c. Il n n’a pas écrit cette lettre avec un stylo bleu. >>Il a écrit cette lettre.

INTERROGATIVES: questions en oui / non, questions à mots QU-
a. Est-ce que l’examen est la semaine prochaine? >>Il y aura examen.
b. Est-ce que Jean est parti? >>Jean devait partir.
c. Qui est parti? >>Quelqu’un est parti.
d. Où as-tu mis mon livre? >>Tu as mis mon livre quelque part.

ASSERTIONS MARQUÉES TOPIQUEMENT: clivées, passives en par, focus
a. C’est la télé que Jean a volée. >>Jean a volé quelque chose.
b. Jean a volé la télé. (accentuation) >> Jean a volé quelque chose.
c. La télé a été volée par Jean >> Quelqu’un a volé la télé.
d. Jean a volé la télé. (accentuation) >> Quelqu’un a volé la télé.

Les règles qui relient un présupposé d’un type donné à un déclencheur d’un type donné font partie de la compétence d’un locuteur. Un locuteur du français qui connaît le verbe ‘cesser’ sait que ce verbe présuppose que la situation à laquelle réfère son complément a eu lieu. Un locuteur du français qui connaît la grammaire syntaxique (et phonologique) du français sait que les structures topiquement marquées déclenchent des présuppositions particulières, en contraste avec les phrases neutres. La présupposition concerne donc la langue. Mais elle concerne aussi la parole. L’aspect pragmatique de la présupposition est le rôle que celle-ci joue dans le discours, dans la conversation, dans le Texte.

Comme le note Ducrot (1972), un Texte bien formé doit satisfaire à deux conditions. Premièrement, il doit montrer de la cohérence. La cohérence ne se limite pas à l’absence de contradiction logique. Elle force les Énoncés à se placer au sein d’un cadre conceptuel relativement constant, et cette constance est assurée par la réapparition régulière de certaines informations. Bref, pour être cohérent un Texte doit être redondant. Faute de quoi, «le discours se dissout en coq à l’âne». Deuxièmement, un Texte doit respecter la condition du progrès. Le Texte doit montrer une progression des informations nouvelles qu’il exprime. On ne répétera pas inutilement les mêmes informations. Bref, pour être progressif un Texte doit éviter la redondance. On se retrouve donc dans la situation paradoxale de devoir être à la fois redondant et non redondant lorsqu’on énonce un Texte.

La présupposition permet justement de concilier les exigence formulées par les deux lois. On évitera de répéter les informations déjà connues sous forme de posé (loi du progrès), mais on répétera les informations déjà connues sous forme de présupposé (loi de la cohérence) Le contraste entre l’adéquation des textes en (22) et (23) vient de la façon dont la redondance est exprimée:

(22) a. Marie viendra et Jean s’en doute.
b. P: 1) Marie viendra. 2) Jean croit que Marie viendra.
c. PP: 2) Marie viendra.

(23) a. !! Jean croit que Marie viendra et il s’en doute.
b. P: 1) Jean croit que Marie viendra. 2) Jean croit que Marie viendra.
c. PP: 2) Marie viendra.

La redondance est exprimée correctement en (22): c’est le présupposé qu répète l’information déjà posée. Elle est exprimée incorrectement en (23) l’information apparaît deux fois au niveau du posé.

D’un point de vue pragmatique, la présupposition a une deuxième fonction, En fixant des éléments de la structure du texte, elle modifie le droit de parole de l’auditeur. Nous aborderons cet aspect illocutoire de la présupposition dans la section sur les Actes de langage.

[fin de Brousseau et Roberge]


L’annulation des présuppositions

Comme les inférences, dont elles font partie selon la définition sémantique [les présuppositions sont des inférences], on ne peut affirmer une phrase et nier ses présupposés sans contradiction apparente, contrairement aux inférences conversationnelles (implicitations) qui, elles, peuvent être annulées par le contexte, comme en (3):

  1. Pierre (ne) regrette (pas) qu’elle soit partie
    >> Elle est partie
  2. Pierre aussi porte des bobettes
    >> Quelqu’un d’autre porte des bobettes

*Julie n’est pas partie. Pierre (ne) regrette (pas) qu’elle soit partie.
*Pierre aussi (ne) porte (pas) de(s) bobette(s) et il est le seul.
*La femme du président de Turquie est gaie mais il n’y a pas de président en Turquie

3. Implicitation: Quelques membres du XLQ ont déchiré leur carte de membre
+> Ils n'ont pas tous déchiré leur carte de membre.

Quelques membres du XLQ, tous en fait, ont déchiré leur carte de membre. [tous en fait annule l'implicitation, voir prochaine section]

Niirit Kadmon, Formal Pragmatics, 2001, accepte la thèse voulant que les présuppositions ne soient pas annulables mais donne les exemples suivants comme contre-exemples potentiels : la négation et certains verbes précis

  1. La négation métalinguistique
    La femme du président de Turquie n’est pas gaie. Il n’y a pas de président en Turquie.

  2. La négation descriptive 
    *Selon nos journalistes à Istanbul, la femme du président de Turquie n’est (ne serait) pas gaie. Il n’y a pas de président en Turquie.

Nous avons déjà rencontré la négation métalinguistique dan sla section sur l'antonymie. Son effet est de contester globalement l'énoncé de l'interlocuteur (= Non, tu ne peux dire ça), ce qui inclut posé et présupposé. On dit à l'interlocuteur: Non, tu ne peux dire ça et une des raisons, c’est que tu prends la présupposition pour acquis. En fait, (1) serait plutôt formulée: La femme du président de Turquie ne peut être gaie... La négation descriptive apparaît dans un contexte où il n'y a pas contestation d'un énoncé précédent; on décrit ce qui est ou ce qui n'est pas le cas, sans contester une affirmation précédente..

Le second cas, donné comme contre-exemple à l'impossibilité d'annuler les présupposés, concerne l'opposition impliquant les verbes comme mourir, trépasser, décéder... et n'importe quel autre verbe:

a) Johanne (n') a (pas) fêté avant de terminer sa thèse.
>> Elle a terminé sa thèse

b) Johanne a trépassé avant de terminer sa thèse
On ne peut conclure qu'elle a terminé sa thèse

En fait, il y a deux sens en jeu dans cette phrase et, dans le sens (a), la présupposition est identique pour trépasser comme pour tout autre verbe::

a) Quand a-t-elle fêté/trépassé ?
- Avant de terminer sa thèse
>> Elle a fêté / trépassé
Posé : ça été fait/c’est arrivé avant qu’elle ne termine sa thèse

b) Pourquoi a-t-elle les traits tirés?
-Elle a fêté avant de terminer sa thèse. (=Elle a fêté et elle a dû ensuite terminer sa thèse)
Posé: Elle a fêté
Posé: Ensuite, elle a terminé sa thèse

Cette interprétation, où les deux événements sont posés, est, évidemment, impossible en ce monde:

*Elle a trépassé puis elle a terminé sa thèse .

Notons le même type d'ambiguïté dans l'emploi des conjonctions temporelles quand, lorsque.... En (1), les deux propositions sont affirmées (posées) alors qu'en (2) elles sont présupposées:

  1. J'étais tranquillement assise à écouter Ali McBill quand/lorsque Jules a lancé le pot de fleurs dans la TV
    J'étais tranquillement assise à écouter Ali McBill et Jules a lancé le pot de fleurs dans la TV
  2. Quand/lorsque Jules a lancé le pot de fleurs dans la TV, j'étais tranquillement assise à écouter Ali McBill
    (En réponse à Où étais-tu à ce moment-là? ou Que faisais-tu quand Jules a lancé le pot?

Nous reviendrons, dans la section sur le subjonctif, sur cette particularité des conjonctions du type quand, lorsque, si...


La présupposition en contexte : Trous, bouchons et filtres

La problématique de cette section concerne la présupposition dans les phrases complexes. Elle montre bien que la conception pragmatique, «dynamique» de la présupposition est correcte. Elle illustre l’importance des présuppositions dans la cohérence du discours. Qu'arrive-t-il des présuppositions associées à une phrase lorsque celle-ci fait partie d'une autre phrase plus grande?

Certains verbes ou conjonctions (les bouchons) annuleront systématiquement certaines présuppositions (pas toutes), d'autres les laisseront passer (les trous) et d'autres enfin, les annuleront selon le contexte (les filtres):

Bouchons: Croire, penser en sont :
Jim (ne) regrette (pas) que tu vives dans la jungle
>>Tu vis dans la jungle
Mario croit que Jim regrette que tu vives dans la jungle
La présupposition est bloquée: il n'y a plus la présupposition que Tu vis dans la jungle soit vrai.

Trous:Déplorer, regretter en sont:
Marie apprécie que tu aies un SUV
>>Tu as un SUV
Je déploreque Marie apprécie que tu aies un SUV
>>Tu as un SUV

Les filtres sont les plus intéressants parce qu'ils bloquent les présuppositions dans certaines conditions précises:

Dans la phrase suivante, on retrouve la présupposition sa femme est membre du PQ

Mario (n') a (pas) honte que sa femme soit membre du PQ
>> Sa femme est membre du PQ

Lorsqu'on conjoit cette phrases avec une autre à l'aide de et, la phrase globale hérite de la présupposition. L'énoncé global doit être posé dans un contexte où il est acquis que sa femme est membre du PQ:

Jules est membre de l’ADQ et Mario (n') a (pas) honte que sa femme soit membre du PQ.
>> Sa femme est membre du PQ

Par contre, dans la phrase suivante, conjointe également par et où on a changé le premier membre, la phrase globale n'hérite plus de la présupposition. L'énoncé global peut être énoncé dans un contexte où on ne sait pas qu'elle est membre du PQ:

  1. Julie a honte d’être membre du XLQ
    >> Julie est membre du XLQ
  2. Julie est membre du XLQ et elle a honte d’être membre du XLQ.

La conjonction si a le même effet. En (1), il a présupposition que Jules a des enfants. En (2), la présupposition a disparu, filtrée par la première proposition:

  1. Les enfants de Jules souffriront de dyslexie
    >> Jules a des enfants
  2. Si Jules a des enfants, alors les enfants de Jules souffriront de dyslexie
    Ne présuppose pas que Jules ait des enfants

La présupposition a disparu de la phrase globale. Évidemment, la présupposition a été satisfaite par le premier membre de la conjonction. Ce qui n’est pas toujours le cas :

Julie aime la poutine et elle a honte d’être membre de l’ADQ.
>> Julie est membre de l’ADQ

Autre exemple avec un lien plus indirect :

Jules aussi conduit un SUV
>>Quelqu’un d’autre conduit un SUV

Jim conduit un Cherokee et Jules aussi conduit un SUV
Ne présuppose plus.

Le lien, plus indirect cette fois, est que Jim conduit un Cherokee |- Jim conduit un SUV  (hyperonyme) et que cette dernière proposition est un présupposé de ce qui suit. La conjonction filtre toute proposition qu'on peut inférer (conclure) du 1e membre de la conjonction.

Autre exemple avec un lien toujours plus indirect, variant selon le contexte :

  1. Pierre aussi boit
    >> Quelqu'un d’autre boit
  2. Jules n’est pas là et Pierre aussi boit.

Contexte1 satisfaisant la présupposition: La phrase (2) sera acceptable, entre autres, dans un contexte où il y a une réunion quelconque dans un hôtel et où on constate l’absence de Jules, qui picole souvent, et de Pierre. Le lien est donc, Jules n’est pas là, il est donc probablement au bar en train de boire et on ajoute Pierre aussi est un buveur accompli, ce qui explique leur absence.

Contexte2 satisfaisant la présupposition: Par contre, si le contexte est un poste de Nez Rouge, où la seule personne abstinente est Jules, le contexte doit contenir une autre personne présente qui boit, Marie par exemple, parce que le premier membre ne satisfait pas la présupposition de Pierre aussi boit.

Dernier exemple avec un lien indirect :

Même le président de Gm risque de perdre son emploi
>> Quelqu'un d’autre risque de perdre son emploi

S’il y a une grosse crise, même le président de Gm risque de perdre son emploi

La présupposition est filtrée (a disparu). Elle peut être employée dans un contexte qui ne présuppose pas de pertes d’emplois. Ce qui intervient c’est la croyance, qu’habituellement, en récession des gens perdent leur emploi.

En résumé, dans une phrase conjointe P et Q ou si P, Q les présupposés de Q, inférés de P + le contexte (croyances),  sont filtrés : elles disparaissent de la proposition totale. Sinon, elles ne disparaissent pas, comme dans le contexte2 ci haut.


L’énigme du subjonctif, une application de la présupposition

L’emploi du subjonctif semble un des «mystères» du français.

Cette description, plus subtile, oblige toutefois l’auteur à préciser ce qu’il entend par s’engager sur la vérité, ce qu’il ne fait pas. Cette description est compatible avec l’emploi du subjonctif dans des phrases comme :

  1. Que Jules revienne immédiatement !
  2. Je veux/souhaite que Jules revienne immédiatement.
  3. Jules pense que tu as sa clé.

Par exemple, (1) ne peut être formulée correctement dans un contexte où le locuteur sait que Jules est déjà présent, revenu (c’est une présupposition). En (3), le locuteur rapporte, sans s’engager, les croyances de Jules.

Mais cette «règle d’emploi» échoue devant les exemples suivants, dans lesquelles la vérité de la proposition doit être présupposée, et donc, prise pour acquis par le locuteur pour être correcte :

Marie (ne) regrette/déplore/apprécie/aime (pas) que tu conduises un SUV
>> Tu as un SUV

Ça (ne) ennuie/épate/impressionne/surprend (pas) Marie que tu conduises un SUV
>> Tu as un SUV

Plusieurs auteurs ont recours pour ces cas à la notion de sentiments, ce qui est en partie vrai mais qui n’explique pas l’incompatibilité directe avec la notion de non-engagement ou «d’hypothèse» et, de surcroît, ne permet d’expliquer les phrases suivantes où la proposition au subjonctif est prise pour acquis (présupposée) par le locuteur et où les sentiments peuvent difficilement être invoqués(à moins d'en voir partout, ce qui n'expliquerait plus rien):

Que les groupes abéliens soient commutatifs (ne) prouve/démontre/entraîne/implique/fait/laisse penser/cause (pas) que la théorie des groupes peut servir à placer les spectateurs dans les salles de spectacle
>> Les groupes abéliens sont commutatifs

Évidemment, on peut formuler une règle du type : on emploie le subjonctif quand le locuteur ne s’engage pas, s’engage en présupposant, exprime un sentiment… Mais ça ne fait que décrire les faits. Pourquoi y a-t-il un subjonctif dans ces cas précisément ? Nous n’avons pas l’arme fatale 69, mais nous allons présenter une hypothèse qui peut rendre compte de plusieurs cas de manière plus cohérente et dans laquelle la présupposition joue un rôle majeur.


Subjonctif, mode par défaut

L’idée derrière l’hypothèse n’est pas nouvelle. Elle repose sur la constatation que l’infinitif et le subjonctif ont une morphologie réduite, comparativement à l’indicatif. L’indicatif sert plus (mais pas exclusivement) à affirmer la vérité d’une proposition à un moment donné. Ce qui exige plus de distinctions temporelles morphologiques.

Voici une autre manière de présenter les faits concernant le subjonctif:

Règle1: Le subjonctif est le mode par défaut dans les complétives.

Règle2: L’indicatif est utilisé (remplace le subjonctif) lorsque le locuteur affirme (pose) que le sujet de la phrase (ou lui-même dans le cas de verbes impersonnels) tient la proposition complétive pour vraie (ou sûre, sans être réalisée).

Le subjonctif apparaîtra donc lorsque le locuteur n’affirme (pose) pas que le sujet de la phrase tient la proposition complétive pour vraie. La présupposition joue donc un rôle dans ces règles. Examinons ces cas:

1. Dans les cas des verbes à modalité (probabilité) comme vouloir, désirer, souhaiter, se pouvoir… la proposition complétive n’est évidemment pas tenue pour vraie par le sujet de la phrase. Dans le cas de vouloir, souhaite… le locuteur rapporte la volonté du sujet. L’expression de cette volonté n’a pas de sens si la complétive désigne un événement vrai, réalisé.

Paul veut/désire qu’il vienne
Il est possible, se peut, probable qu’il vienne
Il est certain/sûr qu’il viendra
C’est vrai, acquis…qu’il viendra
Paul est sûr qu’il viendra

2. Dans le cas des verbes de sentiments ou de preuve, la proposition complétive n’est pas affirmée mais présupposée. La règle de l’indicatif ne s’applique donc pas, et le subjonctif apparaît :

Je (ne) regrette/déplore/apprécie (pas) qu’il vienne
>> il vient
|- le sentiment est positif, négatif

Que l’atome soit soudain devenu crochu a entraîné une conflagration amoureuse mesurable au voltmètre
>> l’atome est devenu crochu

Ça (n’)étonne/surprend/dégoûte (pas) beaucoup de gens que le nouveau SUV de Ford soit équipé d’un canon
>> Le SUV est équipé d’un canon

Le sentiment n’a rien à voir directement dans l’apparition du subjonctif. C’est le fait que la complétive soit présupposée plutôt que posée qui importe.

3. La négation entraîne l’apparition du subjonctif dans plusieurs cas. Il ne s’agit pas de poser que le sujet (ou le locuteur dans certains cas)  tient la complétive pour vraie mais de le nier :

Il est certain, sûr, évident… qu’il viendra
Il n’est pas certain, sûr, évident…qu’il vienne
Il est impossible qu’il vienne

De même, pour les verbes du type penser/estimer/croire… à l’affirmatif, il rapporte les croyances du sujet, donc l’indicatif apparaît. Mais lorsque ces verbes sont niés, le subjonctif apparaît ;

a) Jules pense/estime/croit/trouve/s’imagine… que tu as volé l’orange /que ton nez est gros
b) Jules ne pense/estime/croit/trouve/s’imagine pas… que tu aies volé l’orange /que ton nez soit gros

L'énoncé (a) rapporte les croyances du sujet ; pas (b).

De même, le subjonctif apparaît dans les expressions qui nient l’existence (ou ne tiennent pas pour sûr l’existence) d’une entité :

Il n’y a personne, rien… qui vaille la peine de…
Je cherche un (*le) homme qui soit capable de… Peut-être n’existe-t-il pas  !
*Je cherche le gars qui est parti avec mon hâr. Peut-être n’existe-t-il pas !

4. Le superlaxatif présuppose également la proposition complétive d’où l’apparition du subjonctif:

J’ai vu l’homme le plus fort qui soit
|- J’ai vu un homme fort

Je n’ai pas vu l’homme le plus fort qui soit
|- J’ai vu un homme fort (mais pas le plus fort)

Rappelez vous qu'il y a deux interprétations et la négation métalinguistique nie le présupposé, comme prévu. La négation descriptive, par contre, présuppose bien la complétive.

Dans la structure suivante (proche du superlaxatif) le subjonctif apparaît aussi parce que la complétive est présupposée :

Il n’y a (pas) que toi qui soit capable de réparer la toilette
>> Tu es capable de réparer la toilette

Conjonctions avec l'indicatif: Ce qui précède décrit bien l'emploi du subjoctif dans les complétives. Le cas des conjonctions est plus complexe. Certains conjonctions à sens modal comme afin que, pour que s'emploient avec le subjonctif. D'autres ont un sens négatifs, comme sans que, avant que et s'emploient également avec le subjonctif. On trouve également les conjonctions comme lorsque, quand, si, pendant que... dont nous avons parlé plus haut dans la section sur l'annulation des présuppositions qui apparaissent avec l'indicatif:

Quand tu sortiras, si tu vois Jack Travis, salue-le pour moi
Pendant que j'épluchais sa banane, Tarzan suçait son pouce

Mais comme on l'a souligné, ce type d'adverbe peut être employé de manière ambigüe. Dans l'emploi decrisptif, ils peuvent être paraphrasés par et:

  1. Tarzan suçait son pouce, pendant que / alors que j'épluchais sa banane
  2. Tarzan suçait son pouce et j'épluchais sa banane

Le test de la négation (définition sémantique) n'est pas toujours fiable, surtout dans le cas des phrases complexes. comme nous l'avons montré. La complétive est présupposée en réponse à la question:

- Que faisait-il pendant que tu épluchais sa banane?
- Pendant que j'épluchais sa banane, Tarzan suçait son pouce

Mais, quand, lorsque, pendant que... ne sont pas habituellement présupposés selon la définition pragmatique. La phrase n'exige pas qu'il soit acquis que mon chauffe-eau est vide pour être correctement énoncée:

Quand/puisque/lorsque mon chauffe-eau est vide, je le ferme

Les complétives sont peut-être, dans certains de ces cas, posées plutôt que présupposées et elles rentreraient alors dans la loi et l'ordre. On ne peut sire que l'antécédent de si soit posé (affirmé), mais il n'est pas présupposé, selon la définition pragmatique. L'énonciation de la phrase suivante ne présuppose pas que tu vas sortir:

Si tu sors, sors aussi les poubelles.


Contre-exemple La relative restrictive est un contre-exemple patent à une généralisation de la règle que nous avons présentée. Nous avons limité la règle aux complétives mais il serait intéressant de pouvoir la généraliser aux relatives. Par contre, la relative non restrictive, appositive, s’y conforme, elle n’est pas présupposée (pragmatiquement) mais posée :

Jules, qui a perdu son père jeune, est respectueux de l’autorité

= Jules a perdu son père jeune et est respectueux de l’autorité

Par contre, il est difficile d’expliquer l’apparition de l’indicatif dans la relative restrictive :

Le livre que tu as perdu est sur la table
>> (sémantiquement et pragmatiquement)  Tu as perdu un livre

Quelle que soit l’arme fatale finale, nous avons montré que la présupposition pragmatique y jouera le rôle central.


Exercices Présupposition, inférence ou aucun des deux:

Les propositions suivantes (b) sont-elles des présuppositions de (a)? Pourquoi ?


Questions

  1. Quelle est la définition sémantique (#2) de la présupposition? Illustrez à l'aide d'un exemple.
  2. Expliquez à l'aide de deux exemples les limites de la définition sémantique (#2) de la présupposition.
  3. Distinguez inférence et présupposition à l'aide d'un exemple pour chacun.
  4. Qu'est-ce que l'annulation d'une présupposition? La négation et les verbes comme décéder sont-ils des exemples d'annulation? Pourquoi?
  5. En quoi, les conjonctions et, si sont-elles des filtres pour les présuppositions?
  6. Peut-on dire, comme Grévisse, que le subjonctif apparaît lorsque le locuteur ne s'engage pas quant à la véracité de la phrase? Pourquoi? Si on ajoutait les verbes de sentiment à cette description, serait-ce une solution ? Pourquoi?
  7. Les conjonctions si, quand, alors que présupposent-elles leur complément? Expliquez avec exemples.

Exercice1 En utilisant la définition sémantique 2, les propositions (b) sont-elles, par rapport à (a),  I) des présuppositions,  II) des inférences simples ou III) aucune des deux réponses. Justifiez. -( Solutions )-

1a. Jack a failli obtenir l’aveu du malfrat
1b. Jack obtient l’aveu du malfrat

2a. Jack est parvenu à obtenir l’aveu du malfrat.
2b. Jack obtient l’aveu

3a. Julie a oublié de fermer la porte
3b. Julie devait fermer la porte.

4a. Si Martyn vient au party, il apportera de la bière et des frites.
4b. Il y aura des frites au party

5a. Jack est parvenu à obtenir l’aveu du malfrat.
5b. Jack a tenté d’obtenir l’aveu

6a. La police n’a pas accusé Jules de possession de pot mais de fraude
6b. La possession de pot est un crime.

7a. J’ai des amis qui aiment le caviar
7b. J’ai des amis qui n’aiment pas le caviar

8a. Dans la cour, la jument mangeait avec appétit
8b. Il y avait un animal dans la cour.

9a. Quand le premier ministre a pris la parole, les députés se sont tus
9b. Avant qu’il ne prenne la parole, ils parlaient

10a. Si je viens, Pierre aussi viendra à la réunion
10b. Quelqu’un d’autre que moi ira à la réunion.

11a. Jack a cessé de fumer du crack
11b. Jack ne fume plus de crack

12a. T’es ben belle, aujourd’hui !
12b. D’habitude, t’es pas belle.

13a. Le président allemand a visité le Saguenay en 2001.
13b. Il y avait un président allemand en 2001.

14a. Même Jack a des désirs inavouables
14b. Jack a des désirs inavouables

15a. Même Jack a des désirs inavouables
15b. On ne se serait pas attendu à ce que Jack ait des désirs inavouables

16a. Vous devriez sauter sur l’occasion d’acheter ce SUV à 0%
16b. Acheter ce SUV à 0% est une occasion


Exercice2 En utilisant la définition pragmatique, les propositions (b) sont-elles, par rapport à (a),  I) des présuppositions,  II) des inférences simples ou III) aucune des deux réponses. Justifiez. -( Solutions )-

1a. Après l’intervention désastreuse des USA en Somalie, les généraux américains sont plus prudents
1b. L’intervention des USA en Somalie a été désastreuse

2a. Même Jack a des désirs inavouables
2b. Jack a des désirs inavouables

3a. Même Jack a des désirs inavouables
3b. On ne se serait pas attendu à ce que Jack ait des désirs inavouables

4a. Marie est venu au party et Jules aussi est venu.
4b. Quelqu’un d’autre est venu.

5a. Nous dînions tranquillement lorsqu’à la table voisine, cette dame a giflé ce monsieur
5b. Cette dame a giflé ce monsieur

6a. Le concepteur de la théorie de l’inflation a enseigné l’astronomie à Princeton
6b. Quelqu’un a conçu la théorie de l’inflation

7a. Jules a l’impression que tu ne supportes pas de savoir qu’il est membre du XLQ
7b. Tu ne supportes pas de savoir qu’il est membre du XLQ

7a. Jules a l’impression que tu ne supportes pas de savoir qu’il est membre du XLQ
7b. Tu sais qu’il est membre du XLQ

8a Le ministre Boisclair, qui a été l'un des principaux artisans de la Déclaration unanime de Halifax, espérait hier que la prochaine rencontre fédérale-provinciale ne revienne pas sur la question de la ratification (Le Devoir)
8b Le ministre Boisclair a été l'un des principaux artisans de la Déclaration unanime de Halifax

9a. Mais la bonne femme a un talent aussi profond que les décolletés auxquels elle nous a habitués  ! (Le Devoir)
9b. Elle nous a habitués à des décolletés profonds

10a. Même la Streisand le reconnaît [son talent] et gravera une de ces œuvres (Le Devoir)
10b. Il est inattendu que Streisand reconnaisse son talent
À moins que ma grand-mère ne soit sourde, ce qui expliquerait, autrement, qu’elle reconnaisse son talent  !

11a. Marc [Labrèche] ne connaissait pas l’usage du mot karmique même si il se targue d’avoir rouler quelques bosses aux Indes  ! (Le Devoir)
11b. Ne pas connaître l’usage du mot karmique et avoir rouler quelques bosses aux Indes est inattendu.

12a. Jules a l’impression que tu ne supportes pas de savoir qu’il est membre du XLQ
12b. Tu sais qu’il est membre du XLQ


Exercice1: Solutions: En utilisant la définition sémantique 2, les propositions (b) sont-elles, par rapport à (a),  I) des présuppositions,  II) des inférences simples ou III) aucune des deux réponses. Justifiez.

1. III . Jack obtient l’aveu n’est même pas une conclusion possible.

2. II Jack obtient l’aveu est une inférence simple mais non une présupposition puisque l’inférence disparaît dans Jack n’est pas parvenu à obtenir l’aveu du malfrat

3. I Julie devait fermer la porte est une inférence de 3a et de sa négation Julie n’a pas oublié de fermer la porte

4. III On ne peut rien conclure.

5. I Que Jack soit parvenu ou non à obtenir l’aveu, il faut qu’il ait essayé. On ne peut, sans devoir s’expliquer, affirmer :  ?? Jack n’a pas essayé d’obtenir l’aveu du malfrat et il y est parvenu.

6 I Que la phrase soit négative ou affirmative, l’objet direct d’accuser sera toujours interpréter comme un méfait. Par exemple, un acte neutre comme poser un tuyau de plastique devient un méfait dans Jules (n’) a  (pas) accusé Jim d’avoir posé un tuyau de plastique.

7. III Il faut attendre à la section prochaine pour pouvoir répondre correctement. En tout cas, ce n’est pas une présupposition puisque la négation Je n’ai pas d’amis qui aiment le caviar, on ne peut conclure 7b.

8 I De 8a, on conclut 8b et de Dans la cour, la jument ne mangeait pas avec appétit, on conclut également Il y avait un animal dans la cour.

9. I De 9a, on conclut 9b et de Quand le premier ministre a pris la parole, les députés se sont tus, on conclut 9b.

10. II Selon la définition sémantique, la négation devrait être Si je viens, Pierre aussi ne viendra pas à la réunion, ce qui ne permet pas de conclure 10b.

11. II De 11a, on conclut 11b. mais de Jack n’a pas cessé de fumer du crack on ne peut conclure 11b.

12 Comme en 7. Ce n’est certainement pas une présupposition. Nous verrons que ce n’est pas une inférence au sens stricte.

13 I De 13a, on conclut 13b et de Le président allemand n’a pas visité le Saguenay en 2001, on conclut 13b. En terme d’inférence, le fait qu’il n’y ait pas de président en Allemagne ne change rien. L’inférence dit seulement que si on accepte 13a, on doit accepter 13b.

14 II De 14a, on conclut 14b mais de Même Jack n’a pas de désirs inavouables, on ne conclut pas 14b.

15 II La négation de 15a est Même Jack n’a pas de désirs inavouables, d’où on ne conclut pas 15b.

16 I De 16a, on conclut 16b et de Vous ne devriez pas sauter sur l’occasion d’acheter ce SUV à 0%, on conclut 16b.


Exercice2 En utilisant la définition pragmatique, les propositions (b) sont-elles, par rapport à (a),  I) des présuppositions,  II) des inférences simples ou III) aucune des deux réponses. Justifiez. -( Solutions )-

1 I On ne peut affirmer 1a dans un contexte où 1b n’est pas pris pour acquis.

2 II On peut affirmer 2a dans un contexte où il n’est pas pris pour acquis que Jack a des désirs inavouables (ce qui est affirmé n ‘est pas pris pour acquis)

3 I S’il n’est pas pris pour acquis le fait que Jack ait des désirs inavouables est inattendu, l’emploi de même est incorrect.

4 II Ce n’est pas pris pour acquis, c’est affirmé. L’énoncé total 4a peut être employé correctement dans un contexte où on ne sait pas si quelqu’un est venu au party.

5 II. Ce n’est pas pris pour acquis. 5a ferait partie d’une description des événements. La paraphrase avec et serait équivalente.

6 I Qu’on connaisse ou non la théorie de l’inflation, si une personne affirme 6a, c’est qu’elle prend pour acquis 6b.

7 II Ce n’est pas pris pour acquis, c’est rapporté comme la croyance de Jules.

8 II La relative appositive n’est pas prise pour acquis. On pourrait paraphraser par Le ministre a été l'un des principaux artisans… et il espère que…

9 I Si le locuteur ne le prenait pas pour acquis le zeugme (talent profond / décolleté profond) serait inefficace.

10 I. Il suffit de prendre un quidam pour le montrer : Même ma grand-mère reconnaît son talent et gravera une de ces œuvres !

11 I Encore là, si on remplace avoir rouler quelques bosses aux Indes par jouer au golf, l’emploi de même exigerait des explications.

12 III Là, si votre interlocuteur (=tu) ne sais pas qu’il est membre du XLQ, il aurait fallu le mettre au courant. C’est donc pris pour acquis que tu le sait.