La référence


mise à jour: 4 déc. 2002, Françoise Labelle

Dans cette section, nous terminons en examinant divers aspects de la référence, ce qui me permettra d'aborder les actes de langage puisque la pronominalisation et le satut particulier des pronoms JE, TU y jouent un rôle central. Pour ceux qui ont des intérêts littéraires, soulignons l'importance de ces thèmes qu'on retrouvera dans des volumes comme La pragmatique, Outils pour l'analyse littéraire, J.-M. Gouvard, Armand Colin 1998.

Nous examinerons les aspects suivants:


Sens et référence

Si on définit la référence nominale comme l'utilisation d'un nom pour désigner une entité dans le contexte linguistique ou extra-linguistique, un nom commun employé sans article ne réfère pas. Ainsi, dans les exemples suivants, il n'y a pas référence. On ne désigne pas un ou des entités mentionnées dan le discours ou présentes dans l'environnement. L'emploi d'un déterminant et la reprise pronominale définie (le, la, les) sont interdits en français:

  1. Quand je pense sport, je pense aux sports d'hiver
  2. *Quand je pense maison, je la vois avec un jardin tout autour
  3. *Quand je pense le sport, je pense aux sports d'hiver
  4. Il n'y avait pas de courrier, ce matin
  5. *Il n'y avait pas le courrier, ce matin (mais Il n'y avait le courrier habituel: habituel renvoie à une entité normalement présente dans le contexte)
  6. Jo est camionneur
  7. *Jo est un camionneur
  8. Jo est un camionneur qui travaille pour Alcan (l'article ne peut être omis comme en 6, la relative précise le contexte et permet la référence)

La reprise pronominale d'un nom sans l'article se fait par en:

  1. Je n'ai pas vu de pilote mais Jules en a vu un
  2. J'ai aperçu un lièvre et Julie en a vu un aussi (un= lièvre et non le lièvre que j'ai vu)

Extension et intension

Ces termes proviennent de la logique. Le sens y est légèrement différent de celui que nous avons donné à sens et référence. En logique extensionnelle (logique des prédicats), tout est interprété en terme d'ensemble. Techniquement, tout a une référence ensembliste. L'extension d'un nom avec déterminant (les artistes, un artiste...) est un sous-ensemble de l'ensemble des entités du discours, ce sous-ensemble pouvant contenir un ou plusieurs individus. On peut donner une extension à un nom sans déterminant: artiste a comme extension l'ensemble des artistes. Selon cette définition, extension est différent de référence puisque nous avons dit qu'un nom doit avoir un déterminant pour avoir une référence. Et il est sage de maintenir cette distinction puisque la logique et les langues naturelles n'ont pas exactement les mêmes fonctions.

On a introduit des logiques intensionnelles (modales) dans lesquelles, on distingue entre intension et extension. Ces logiques interprètent les expressions en fonction d'un indice contextuel. Ainsi, le président des US peut avoir une intension et référer à la fonction présidentielle en général, i.e. en toute occasion (1). Ou il peut avoir une extension dépendante d'un contexte précis: (2-3)

  1. [Dans un texte de loi] Le président des US doit faire approuver les lois par le sénat
  2. Le président des US est un chaud lapin [vrai, il y a quelques années, faux maintenant]
  3. Le président des US est un représentant de l'industrie pétrolière [plus vrai maintenant qu'avant]

L'intension de président des US est décrite comme la fonction qui identifie tous les présidents des US à toutes les époques, alors que l'extension identifie un président à une époque précise. En termes ensemblistes, l'intension et l'extension d'un nom ont toujours une référence. Là où il peut y avoir confusion, c'est lorsqu'on définit l'intension comme une règle abstraite, une machine à reconnaître des présidents. Là, on rejoint la définition du dico et le sens. Mais on quitte le terrain ensembliste. C'est ce que font Brousseau-Roberge. Tout est question de définition. Nous préférons réserver intension et extension à la logique intensionnelle.


Référentiel et non référentiel (=spécifique et générique)

Cette distinction est essentielle en linguistique. Elle peut être décrite logiquement à l'aide de la logique intensionnelle et rejoint la distinction intension-extension. Elle concerne l'emploi d'une phrase ou d'une partie de phrase (donc un nom). Nous allons cependant demeurer sur le terrain linguistique. Un nom dont la référence est actualisée par un déterminant peut être employé pour désigner une entité extra-linguistique précise, qu'on pourrait nommer autrement. Alors que l'emploi non-référentiel (ou générique) ne désigne pas une situation particulière (dans le cas des propositions) ou une entité particulière (dans le cas des noms).

[Référentiel, spécifique] Contexte 1: Jules veut apprendre à Jim que Julie sort avec quelqu'un. Selon ce que Jim connaît de l'individu, Jules pourrait utiliser indifféremment le nom propre de l'individu ou toute autre description de l'individu. Si, par exemple, cet individu s'appelle Marc-André, est un romancier connu et un grand hockeyeur, il pourrait dire indifféremment:

Julie sort avec Marc-André, un certain Marc-André, un romancier célèbre, un joueur de hockey, lui là-bas (s'il est présent).

[Non référentiel, générique] Contexte 2: Jules veut apprendre à Jim que Julie sort avec quelqu'un. Mais, par snobisme, ils détestent tous les deux les joueurs de hockey. Cette fois, l'emploi du terme n'est plus indifférent. S'il sont snobs, peut-être est-ce positif de sortir avec un romancier. Dans ce cas, la seule possibilité est:

Julie sort avec un joueur de hockey

La distinction concerne également l'emploi des propositions. On parle alors de situations précises ou non. La proposition suivante peut-être employée de manière référentielle (spécifique) ou non référentielle (générique):

  1. Pôpa sort les poubelles
  2. Regarde Pôpa qui sort les poubelles! [situation précise]
  3. Pôpa sort les poubelles tous les soirs [pas de situation précise]

Évidemment, vous aurez noté la ressemblance avec intension et extension, mais encore une fois, nous préférons réserver cette distinction pour la logique intensionnelle. Illustrons l'importance linguistique de cette distinction à l'aide de deux exemples.


Le présent et le passé composé en français et en anglais:

L'anglais, contrairement au français et à l'allemand, n'admet pas l'emploi référentiel (spécifique) du présent (Labelle 2002, Point de vue et aspect en français et en anglais, Cahiers Chronos 9, Rodopi; et Dialangue 5, Chicoutimi, 1994):

  1. Schau, Pôpa kletterte den Baum! (Er ist ben, ben gut).
    Gâw, Pôpa grimpe dans l'arbre! (I'est binbinbon.)
  2. *Look! Pôpa climbs the tree!

Par contre, l'emploi non référentiel (générique) est sans problème:

  1. Every night, Pôpa climbs this tree and howls at the moon.
    Tous les soirs, Pôpa grimpe dans cet arbre et hurle à la lune.

C'est probablement ce qui explique pourquoi le passé composé anglais (le present perfect), est également impossible dans un emploi référentiel (spécifique), le present perfect étant composé d'un présent:

  1. *On May the 4th, Pôpa has taken the garbage out
  2. Le 4 mai, Pôpa a sorti les déchets

Encore une fois, l'emploi non référentiel (générique) est sans problème:

  1. This year, every night, Pôpa has taken the garbage out
  2. Cette année, à chaque soir, Pôpa a sorti les déchets

Les déterminants en français et en anglais

En anglais, que l'emploi soit non référentiel (générique) ou référentiel (spécifique), avec les noms [-non comptables], on emploie le nom sans déterminant:

  1. Vampires like blood.
  2. Les vampires aiment le sang

Par contre, en français, lorsque l'emploi est référentiel (spécifique), c'est le partitif qui doit être utilisé, ce qui est source d'erreurs pour l'anglophone:

  1. The vampire had blood on his shirt
  2. Le vampire avait du sang sur sa chemise
  3. *Le vampire avait le sang sur son chemise

La distinction référentiel/ non référentiel est donc absolument indispensable en linguistique.


Les déterminants et les quantificateurs généralisés

Les déterminants sont pour plusieurs linguistes, classiques ou (post-)modernes, un terrain difficile, chaque déterminant semblant avoir des propriétés propres et évanescentes qui défie toute tentative de classification (que c'est beau, la poésie!). Dans cette section, nous introduirons une approche récente, celle des quantificateurs généralisés qui permet une typologie logique de plusieurs déteminants des langues naturelles.

Dans la logique des prédicats, on analyse les déterminants tout/tous les et un (il existe au moins un):

  1. Tous les étudiants sont riches intellectuellement.

    /\x ( étudiant(x) -> riche(x) )
    Prends un individu dans le contexte, si cet individu est un étudiant alors il est riche
    ce qui n'implique pas l'existence d'un étudiant
  2. Un étudiant est riche intellectuellement
    \/x ( étudiant(x) & riche(x) )
    Dans le contexte, il y a au moins un individu qui est à la fois étudiant et riche

Ce type de formalisation permet d'analyser certaines propriétés des déterminants du français mais en laisse échapper plusieurs. En voici quelques-unes

A) L'apparition gênante du -> (en 1) . Tous les étudiants (ne) sont (pas) riches présuppose l'existence d'étudiants, contrairement à si (->).

B) Un et tous (aucun) ont des degrés de «force» qui n'apparaît pas dans la formalisation:

  1. Il est arrivé un accident
    Du premier train (, il) est descendu un soldat en uniforme
  2. *Du premier train (, il) est descendu tous les soldat en uniforme
    *Il est arrivé tous les accidents

C) Le déterminant aucun serait formalisé par Tout suivi d'une négation:

Le problème que pose cette analyse de aucun (et de d'autres déterminants), c'est qu'on perd ainsi la notion Sujet-Prédicat (le parallélisme syntaxique), qu'on retrouve pourtant dans l'ensemble des déterminants des langues naturelles. Ce parallélisme est rétabli dans l'analyse des quantificateurs généralisés.

L'approche des quantificateurs généralisés consiste à analyser le Sujet de la proposition comme un ensemble de propriétés. Georges dort sera Vrai si dort fait partie de l'ensemble des propriétés de Georges. De la même manière, dans l'exemple suivant, La plupart des étudiants désigne un ensemble de propriétés et la proposition est Vraie si la propriétés travaillent fort fait partie des propriétés que partagent l'ensemble la plupart des étudiants:

(La plupart des étudiants) (travaillent fort)
Soit P, l'ensemble des propriétés de (La plupart des étudiants)
(La plupart des étudiants) (travaillent fort)= Vrai si travaillent fort Í P

Remarque: En fait, c'est un peu plus compliqué que ça en termes ensemblistes. La description ci haut laisse entendre que seuls les étudiants travaillent fort, ce qui est trop restrictif. Si on veut être précis, (La plupart des étudiants) représente un ensemble de sous-ensembles qui contiennent tous (la plupart des étudiants) mais qui peuvent contenir également d'autres sous-ensembles, n'excluant pas que d'autres groupes aussi travaillent fort.

Cette approche rétablit la structure Sujet-Prédicat qu'on retrouve dans les langues naturelles. Mais le plus intéressant c'est qu'il est possible d'analyser, par exemple le déterminant La plupart des comme une relation entre deux ensembles: celui des gens qui sont étudiants et celui des gens qui travaillent fort. Vu sous cet angle (extension d'idées remontant à Aristote selon I.Heim), les déterminants sont des relations entre l'ensemble déterminé par le sujet de la proposition (N) et l'ensemble déterminé par le verbe (V) de la proposition (le prédicat plus exactement):

Tous les N V : N Í V
Tous les étudiants sont riches :  l’ensemble des étudiants  Í l’ensemble des gens riches

{short description of image}

Des N V : N ÇV ¹ ø
Des étudiants sont riches : l’intersection des étudiants et des gens riches n’est pas vide

{short description of image}

Aucun N V : N Ç V = ø
Aucun étudiant n’est riche :  l’intersection des étudiants et des gens riches est vide

{short description of image}

Deux  N V :  |N Ç V| ³ 2
Deux étudiants sont riches :  l’intersection des étudiants et des gens riches contient 2 éléments ou plus .
|A| représente non les éléments de A mais le nombre d'éléments de A.

{short description of image}

La plupart des N V :  |N Ç V| >  N – V
La plupart des étudiants sont riches : l’intersection des étudiants et des gens riches  est plus grande que l’ensemble des étudiants qui ne sont pas riches

{short description of image}

Plusieurs/ beaucoup d’étudiants sont riches : |N Ç V| >  m où m est une quantité relativement importante dépendante du contexte

Peu d’étudiants sont riches : |N Ç V| >  p où p est une quantité relativement faible dépendante du contexte

Pour plousse dé détails: Adverbs of quantification, H. de Swart 1993 pp.147-149
Semantics in generative grammar. Irene Heim & Angelika Kratzer. Malden & Oxford: Blackwell, 1998. pp.147-156
Voir aussi Keenan 1998, The Semantics of Determiners, pour une version complète de cette approche: http://www.let.uu.nl/esslli/Courses/keenan.html


Typologie des déterminants

À partir de cette analyse relationnelle des déterminants, il est possible de dégager diverses propriétés logiques des déterminants. Dans ce qui suit, en plus de N et V, D représente un déterminant, NÇ V désignera N restreint par V (la plupart du temps une relative: N qui V). Un déterminant peut être :

Conservateur: D N V => D N sont des (NÇV)

Ex: La plupart des bébés pleurent => La plupart des bébés sont des bébés qui pleurent
*Seuls les bébés pleurent*|- Seuls les bébés sont des bébés qui pleurent
[Seuls les bébés pleurent exclut que les hommes pleurent mais pas Seuls les bébés sont des bébés qui pleurent]

La différence entre les adverbes comme seul et les déterminants repose sur la conservativité (Keenan 1996).

Monotone croissant (à droite): si D N V et V Í V' alors D N V'

Ici,V Í V' veut dire que V' (ex: arriver) est une propriété plus englobante et V plus précise (ex: arriver tôt). Lorsqu'un déterminant monotone croissant est employé avec une propriété précise, on peut inférer la proposition avec la propriété plus englobante. Ainsi, tous les, trois, plusieurs sont des monotones croissants, contrairement à aucun, pas tous les, peu:

Ex: Tous les (trois, plusieurs) étudiants sont arrivés tôt |- Tous les (trois, plusieurs) étudiants sont arrivés
*Aucun (pas tous, peu de) étudiant n'est arrivé tôt *|- Aucun (pas tous, peu d') étudiant n'est arrivé

En ce qui concerne la conjonction et, les monotones croissants se comportent également d'une manière distincte:

Tous les (trois, plusieurs) étudiants boivent et fument |-Tous les (trois, plusieurs) étudiants boivent et tous les (trois, plusieurs) étudiants fument
*Aucun (pas tous les, peu de) étudiant ne boit et (ni ne) fume *|- Aucun (pas tous les, peu de) étudiant ne boit et aucun (pas tous, peu de) étudiant ne fume
[Il se peut qu'aucun ne fasse les deux à la fois mais que plusieurs fassent l'un ou l'autre]

Dans ces exemples, du type Det N V, c'est le V qui est plus précis ou plus englobant (croissant) que V'. C'est ce qu'on appelle monotone croissant à droite. On peut examiner ce qui se passe lorsque un N (ex: étudiant de La Baie) est plus précis que N' (ex: étudiant) . C'est la monotonie croissante à gauche:

Monotone croissant à gauche: si D N V et N Í N' alors D N V'

Tous les est monotone croissant à droite mais pas à gauche. (Ce ne sont) pas tous les est monotone croissant à gauche:

*Tous les étudiants de La Baie sont arrivés |- Tous les étudiants sont arrivés
Pas tous les étudiants de La Baie sont arrivés (Les étudiants de La Baie ne sont pas tous arrivés)
   |- Pas tous les étudiants sont arrivés (Les étudiants ne sont pas tous arrivés)

Monotone décroissant (à droite)si D N V et V' Í V alors D N V'
Dans ce cas, du plus englobant V (arriver), on infère le plus précis V' (arriver tôt). Aucun est monotone décroissant à droite: Ex:

Aucun (pas tous), peu d'étudiants |- Aucun (pas tous), peu d'étudiants sont arrivés tôt
*Tous les (trois, plusieurs) étudiants sont arrivés *|- Tous les (trois, plusieurs) étudiants sont arrivés tôt

En ce qui concerne la conjonction ou, les monotones décroissants se comportent également de manière différente:

Aucun, peu d'étudiants boivent ou fument |- Aucun, peu d'étudiants boivent ou aucun, peu d'étudiants fument
*Tous les (trois, plusieurs) étudiants boivent ou fument *|-Tous les (trois, plusieurs) étudiants boivent ou tous les (trois, plusieurs) étudiants fument

Fort ou faible Certains déterminants se distinguent par leur force (ex: tous les). L'analyse relationnelle (i.e. relation entre le sujet et le prédicat) est indispensable, contrairement aux faibles (ex: certains) qui n'exigent pas l'analyse relationnelle. Le test suivant fait ressortir cette propriété, où Nh désigne un hyperonyme (ex: gens, individus, personnes sont des Nh pour étudiants:

D N V |- D Nh sont (à la fois) des N et V
Certains fonctionnaires sont gras durs |- Certaines personnes sont (des) fonctionnaires et sont gras durs

Les déterminants qui admettent l'inférence sont faibles et ceux qui ne l'admettent pas sont forts:

Des étudiants sont végétariens |- Des gens sont à la fois des étudiants et sont végétariens
(Dans cette salle,) Quelques étudiants sont végétariens |- Quelques personnes sont des étudiants et des végétariens
*(Dans cette salle,) Tous les étudiants sont végétariens *|- Tous les gens sont à la fois étudiants et sont végétariens
*La plupart des profs sont pourris *|- La plupart des gens sont à la fois profs et pourris
Certaines oranges étaient pourries |- Certains fruits étaient à la fois des oranges et étaient pourris
*La plupart des oranges étaient pourries *|- La plupart des fruits étaient à la fois des oranges et étaient pourris
*Dans cette salle, chaque étudiant porte un insigne *|- chaque personne est un étudiant et porte un insigne
Dans ce vol, peu de passagers ont été incommodés par la fumée |- peu de gens sont des passagers et ont été incommodés par la fumée

Les forts sont les déterminants qui ne peuvent être analysés que comme des déterminants relationnels (on ne peut séparer le N du V) alors que les faibles peuvent être analysés de manière relationnelle mais ne l'exige pas (on peut séparer N et V). Autrement dit, les forts, dans les exemples précédents, doivent être analysés comme contenant une condition: Tous les gens, s'ils sont étudiants, sont végétariens, ce qui n'est pas le cas des faibles

Faibles: quelques, plusieurs, des, deux, aucun, certains...
Forts: tous les, la plupart, chaque...


Exercice: Quels sont les déterminants qui peuvent apparaître dans le contexte suivant? (Deux, la plupart des, des, quelques, tous, la plupart, chaque...). En vous servant des propriétés ci haut, formulez une règle caractérisant les déterminants acceptables dans ce contexte.

Par le train de 11h45, il (n') est arrivé ___ soldat(s).


Je/tu et les actes de langage

Dans les tables de conjugaison, qui font la terreur des étudiants, les pronoms je/tu/il... semblent tous égaux. C'est illusoire. Dans un échange verbal, Je et Tu désigne deux participants privilégiés, souvent présents physiquement, sauf dans les échanges épistolaires. Au contraire Il peut désigner l'étranger dasn l'écahnge verbal. On retrouve ce statut particulier de Je et Tu dans les conditions d'emploi des verbes performatifs et, en français, dans le comportement syntaxique et la morphologie des pronoms clitiques (se plaçant devant le verbe).

Pour introduire les verbes performatifs, on peut comparer l'emploi du présent dans les deux contextes suivants:

Contexte1: [Une émission de Daniel Pinard]: Voilà! Je roule le pidron de coustarde dans de la farine de balluc. Je le trempouille dans l'huile de baleinon pendant quelques secondes, puis j'escarbouille deux fois le pidron mouillé sur la clapette.

Dans ce contexte, c'est comme une partie de hockey. Le locuteur s'exprime à la 1e personne et décrit ce qu'il fait. C'est un emploi (acte illocutoire) déclaratif. Imaginez que Josée décrive l'action: elle pourrait tout aussi bien utiliser TU ou IL. Dans les contextes suivants, c'est tout à fait exclu:

Contexte2: [Le prêtre à l'église]: Personne ne s'opposant à l'union, je vous déclare unis par les liens du mariage.

Contexte3: [La juge à la cour]: Bon, j'en ai assez entendu. Je vous condamne à deux mois de travaux communautaires et à une grosse amende salée.

Contexte4: [Dans une discussion]: Je ne vous permets pas de me juger. Vous n'avez pas eu à éléver seul trois enfants avec un salaire de misère.

Contexte5: [Dans une émission de télé, style Droit de parole]: Bin moi, j' trouve que le fédéral a du culot de nous redonner notre argent en imposant des conditions. Cé l'boutte! On devrait cesser de donner nos impôts à Ottawa.

Dans tous ces cas, la substitution de JE par TU/IL donne un effet comique ou entraîne la perte de «quelque chose». De même la substitution du présent par un temps passé produira un changement de sens allant au-delà de la référence temporelle. Dans les contextes 2-5, le locuteur ne décrit pas ce qu'il fait (à moins d'être schizo ou sur le LSD) mais en prononçant les propositions soulignées, il fait un acte: il marie un couple, il condamne un suspect, il fait une interdiction ou il exprime ce qu'il croit.

Ce type de verbes qui par leur emploi à la 1e personne et leur sens font une action (interdire, condamner, déclarer uni, promettre...) sont appelés des verbes performatifs. L'emploi de ces verbes dans les conditions correctes (emploi de JE, droits du locuteur) est une acte illocutoire performatif. Un acte performatif ne nécessite pas nécessairement la présence d'un verbe performatif. La déclaration d'une personne en possession d'une autorité quelconque, au présent, peur suffire:

La séance est ouverte (*était)
... et le gagnant est...(*était)

On doit distinguer ces verbes spéciaux des actes illocutoires et perlocutoires qui concernent l'acte qui est fait pas l'emploi d'une proposition et qui ne sont pas nécessairement matérialisés par un verbe spécial. Exemple:

Dans le contexte 3, Julie a été condammée à deux mois de communtaire. Jules doit la surveiller mais ce matin il devait faire ses emplettes noëlliennes. Jim, son rival, lui demande sournoisement:

- Qu'est-ce qu'elle a fait ce matin, Julie?

Il n'y a pas de verbe performatif. Mais il y a un acte illocutoire, une question. Il y a aussi un acte perlocutoire, ce que Jim fait avec la question, soit une tentative pour embarrasser Jules, l'acte perlocutoire est hautement dépendant du contexte.


Exercice1: [S'adressant au gendarme:] Monsieur le gendarme, j'aimerais me rendre à la tour Eiffel. Quel est l'acte illocutoire? Expliquez. Quel est l'acte perlocutoire? Expliquez. -( solution )-


Exercice2: Dans les exemples suivants, quels sont les actes illocutoires et perlocutoires en cause. Justifiez (personne, temps).-( solution )-

  1. [À l'entrée de la salle de réunion] Je te remercie de t'être déplacé pour l'occasion
  2. [À un interlocuteur] Je vois qu'il n'a pas perdu de temps
  3. [À une amie esseulée] Tu souhaites qu'il revienne avant les Fêtes
  4. [L'ange Gabrielle de la Mode] Je vous salue Marie, pleine de grâces,...
  5. [À votre coloc] Peux-tu ouvrir la fenêtre?
  6. [À votre père] Je suis congédié!
  7. [Au doc Martin] Fume donc un joint-zyme!
  8. [Ze boss à vous] Vous êtes renvoyé!
  9. [L'ex-drogué aux étudiants] Je ne suis pas là pour vous faire la morale.
  10. [Le PDG aux actionnaires] J'admets que tout n'a pas été fait pour réduire les employés.
  11. [Le conférencier] Je commence en vous racontant comment j'ai été congédié
  12. [À la période de questions] Vous êtes un moron!
  13. [Un prêtre à l'église] Je te baptise, au nom du Père et du Fils...

Exercice3: Dans Seuls les étudiants sont pauvres, seuls s'accorde et n'est pas en position normale pour un adjectif. Serait-ce un déterminant? Pourquoi?-( solution )-

Exercice4: Quels sont les déterminants qui peuvent apparaître dans le contexte suivant? (Deux, la plupart des, des, quelques, tous, la plupart, chaque...). En vous servant des propriétés ci haut, formulez une règle caractérisant les déterminants acceptables dans ce contexte.-( solution )-

Par le train de 11h45, il (n') est arrivé ___ soldat(s).

Exercice5: Dans les deux exemples suivants, l'expression le dernier métro peut avoir deux sens. Distinguez ces deux sens à l'aide des concepts d'intension et d'extension: -( solution )-

a) [À la porte des stations de métro à Montréal] Le dernier métro part de Berri à 2h.00
b) [Sur le quai] - Il y a longtemps que vous attendez?
- Ouais... Le dernier métro qui est passé est passé vers 11h.30

Exercice6 Distinguez les deux emplois de carottes, en vous servant des concepts référentiel/non référentiel. Quel différence y a-t-il avec l'emploi en anglais?-( solution )-

a) Les carottes contiennent de la carotène / Carrots contain carotene
b) Les carottes sont cuites / The carrots are cooked


Question: Expliquez comment la distinction référentiel/non référentiel permet d'expliquer les différences dans l'emploi du présent et du passé composé en français et en anglais.

Question: Définissez monotone croissant (à droite ou à gauche, selon vos convistions politiques) en donnant un exemple de déterminant monotone croissant et d'un qui ne l'est pas.

Question: Distinguez déterminant fort et faible avec un exemple pour chacun.


Exercice1: [S'adressant au gendarme:] Monsieur le gendarme, j'aimerais me rendre à la tour Eiffel. Quel est l'acte illocutoire? Expliquez. Quel est l'acte perlocutoire? Expliquez.


Exercice2: Dans les exemples suivants, quels sont les actes illocutoires et perlocutoires (lorsqu'approprié) en cause. Justifiez (personne, temps).

  1. [À l'entrée de la salle de réunion] Je te remercie de t'être déplacé pour l'occasion:
    En énonçant cette proposition, le locuteur fait un remerciement. C'est un emploi performatif. Si l'invité entrait en déclarant: Tu me remercies de... on apprécierait son sens de l'humour. Perlocutoire: pas assez d'info.
  2. [À un interlocuteur] Je vois qu'il n'a pas perdu de temps.
    Le locuteur exprime ses croyances. C'est un emploi performatif. Tu vois que... serait possible mais ne peut être interprété comme l'expression des croyances de l'interlocuteur. C'est comme Vous me permettrez de vous rappeler que... qui n'est pas une permission.
  3. [À une amie esseulée] Tu souhaites qu'il revienne avant les Fêtes.
    Emploi déclaratif qui pourrait cacher une question, une demande de confirmation.
  4. [L'ange Gabrielle de la Mode] Je vous salue Marie, pleine de grâces,...
    Emploi performatif. En énonçant Je te salue, on salue.
  5. [À votre coloc] Peux-tu ouvrir la fenêtre?
    Deux possibilités: 1) Littéralement, une question. Vous ne pouvez l'ouvrir et vous demandez au balaise s'il le peut. Perlocutoire: Question et injonction Vous voulez qu'il ouvre la fenêtre. 2) Vous pouvez l'ouvrir mais vous êtes occupé. Une question. L'acte perlocutoire n'est plus une question mais une injonction.
  6. [À votre père] Je suis congédié!
    Il est rare qu'on soit en position de se congédier soi-même. Acte déclaratif. Perlocutoire: partager un problème.
  7. [Au doc Martin] Fume donc un joint-zyme!
    Ordre ou conseil dans l'espoir de le rendre moins con.
  8. [Ze boss à vous] Vous êtes renvoyé!
    Là, c'est le boss qui le dit. Performatif. Vous étiez renvoyé serait une description.
  9. [L'ex-drogué aux étudiants] Je ne suis pas là pour vous faire la morale. Ce n'est pas performatif (à moins d'apparaître en le disant!). Déclaratif. Perlocutoire: explication.
  10. [Le PDG aux actionnaires] J'admets que tout n'a pas été fait pour réduire les employés.
    Ce faisant il avoue sa part de responsabilité. Performatif. Tu admettras est possible mais n'est pas un aveu de la part de TU, aveu ne pouvant provenir que de lui.
  11. [Le conférencier] Je commence en vous racontant comment j'ai été congédié
    Probablement performatif. En le disant, on le fait contrairement au coronaire qui dit: Je commence par une incision... (il ne fait pas une incision par sa déclaration). Au passé, J'ai commencé... vous décrivez la façon dont vous êtes entrée en matière mais vous ne commencez rien.
  12. [À la période de questions] Vous êtes un moron!
    Le perlocutoire est fort. C'est une insulte. Mais elle peut facilement être employée à d'autres temps avec la même force: Que vous étiez moron, alors!
  13. [Un prêtre à l'église] Je te baptise, au nom du Père et du Fils...
    Emploi et verbe performatif.

Exercice3: Dans Seuls les étudiants sont pauvres, seuls s'accorde et n'est pas en position normale pour un adjectif. Serait-ce un déterminant? Pourquoi? Voir notes..


Exercice4: Quels sont les déterminants qui peuvent apparaître dans le contexte suivant? (Deux, la plupart des, des, quelques, tous, la plupart, chaque...). En vous servant des propriétés ci haut, formulez une règle caractérisant les déterminants acceptables dans ce contexte.

a) Par le train de 11h45, il est arrivé des, quelques, deux, plusieurs soldat(s).
Par le train de 11h45, il n' est arrivé aucun soldat.

b) *Par le train de 11h45, il est arrivé tous les soldats, la plupart des soldats, chaque soldat

À part certain qui est marginalement acceptable en (a), les déterminants faibles sont à l'aise dans le contexte. Par contre, les forts sont exclus


Exercice5: Dans les deux exemples suivants, l'expression le dernier métro peut avoir deux sens. Distinguez ces deux sens à l'aide des concepts d'intension et d'extension:

a) [À la porte des stations de métro à Montréal] Le dernier métro part de Berri à 2h.00
b) [Sur le quai] - Il y a longtemps que vous attendez?
- Ouais... Le dernier métro qui est passé est passé vers 11h.30

En (a), il s'agit du dernier qui passe quel que soit la journée ou même le moment de la journée. Il s'agit de l'intension de le dernier métro, tel que décrit dans le règlement et qui se matérialise constamment à 2h du mat.

En (b), il suffit de changer de jour et d'heure et la référence variera. Il s'agit du dernier métro qui est passé à telle heure de la journée et qui est différent de celui qui passera tout à l'heur et qui devindra une autre réalisation du dernier métro. Au fait, qui a réalisé Le dernier métro?


Exercice6 Distinguez les deux emplois de carottes, en vous servant des concepts référentiel/non référentiel. Quel différence y a-t-il avec l'emploi en anglais?

a) Les carottes contiennent de la carotène / Carrots contain carotene
b) Les carottes sont cuites / The carrots are cooked

En (a), l'emploi est non référntiel (générique), on ne peut désigner des carottes particulières. Dans ce cas (emploi générique de la proposition), l'anglais n'utilisera pas de déterminant. En (b), il s'agit d'un emploi référentiel de la proposition: on aurait pu dire: Ces carottes sont cuites. Dans ce cas, en anglais, on doit utiliser le défini.