2. LA SÉMANTIQUE LEXICALE


mise à jour: mai 2004, Françoise Labelle

  • 1 Le sens lexical et la notion de conséquence logique (inférence)
  • 2. Condition nécessaire et suffisante
  • 3 Les composantes d’une définition
  • 4 Champ lexical (ou sémantique)
  • Travail pratique 1
  • 5 Les relations lexicales
  • 5.1 Hyponymes et hyperonymes
  • 6 Synonymie (partielle ou eXtrême)
  • 7 Antonymie
  • 8 Méronymie/holonymie
  • 9 Homonymie (-phonie, -graphie) et paronymie
  • 9.2 Critères pour établir des distinctions de sens
  • 10. Aspects annulables, le noyau d’une définition, les prototypes
  • 11. Polysémie (ambiguité) et imprécision
  • 12. La métaphore

  • Dans cette partie nous examinons les propriétés sémantiques des mots de différentes catégories syntaxiques (noms, adjectifs, verbes, adverbes, prépositions) d’un point de vue lexical. Nous prendrons les dictionnaires comme point de départ commode. Nous examinerons la forme idéale d’une définition et nous introduirons les notions de champ sémantique, de polysémie, ambiguïté, imprécision, homonymie, antonymie, hyperonymie et hyponymie.

    Biblio autre qu’officielle :


    2.1 Le sens lexical et la notion de conséquence logique (inférence)

    Notre objectif est donc, dans cette partie, d’étudier les éléments du lexique (noms, verbes, adjectifs…) d’une façon méthodique, un peu comme si on programmait un robot, appelons-le Matrisse (comme le peintre !), pour qu’il puisse comprendre le français. Du point de vue lexical, notre point de vue se traduit par la question suivante : lorsque j’emploie le mot savon dans la phrase Matrisse, il y a un savon sur la table, il faudrait qu’il comprenne, entre autres, qu’il y a un produit utilisé pour le lavage qui est  sur la table (savon peut désigner une réprimande également). L’emploi du terme produit génère lui-même ses propres inférences (non comptable cf. J’ai mis du produit X dans l’évier, fabriqué, par exemple) dont savon héritera. Prenons pour point de départ les définitions des dicos, bien que les dictionnaires ne soient pas conçus comme des dictionnaires scientifiques et ne soient pas directement utilisables informatiquement. Nous introduirons les critères pour une définition idéale, tels qu’on les retrouve dans les taxonomies scientifiques (biologie, zoologie, botanique…voir un exemple de taxonomie plus bas) ou dans les définitions juridiques (voir par ex. http://lois.justice.gc.ca/fr/T-19.8/90051.html).


    2.2. Condition nécessaire et suffisante

    Une définition dans un dictionnaire devrait être, idéalement (scientifiquement), une condition nécessaire et suffisante. Prenons la définition de banque [canard anglo-saxon] dans Robert :

    banque : Établissement habilité à gérer des fonds reçus du public, employés en opérations de crédit ou en opérations financières.

    doberman :Chien de garde, haut et svelte, à poil ras, généralement noir et feu.

    Une condition nécessaire veut dire que lorsqu’on emploie le mot banque, alors toutes les composantes de la définition sont vérifiées. En terme d’inférence, ces composantes doivent apparaître dans les conséquences logiques de l’emploi de banque.

    Jules a rendez-vous à la banque |- Jules a rendez-vous dans un établissement, cet établissement est habilité à gérer des fonds publics…

    Il y a des tulipes dans le vase |- Il y a des fleurs dans le vase
    Il y a des tulipes dans le vase |- Il y a des plantes dans le vase

    On a vu un doberman dans le bois |- On a vu un chien dans le bois
    On a vu un doberman dans le bois |- On a vu un mammifère/un animal dans le bois

    Pour que ça soit suffisant, il faut que la réciproque soit vraie, c’est-à-dire que dès qu’on parle d’un Établissement habilité à gérer des fonds reçus du public, employés en opérations de crédit ou en opérations financières, alors on conclut qu’il ne peut s’agir que d’une banque, qu’il n’y a aucun autre terme correspondant à la définition. Dans le cas de banque, s’il y a d’autres établissements habilités à gérer des fonds publics, à faire crédit et à placer les fonds reçus, par ex., les société de fiducies (voir le lien ci-haut), les compagnies d’assurances, les maisons de courtage, Asshole Finance…), alors la condition n’est pas suffisante pour identifier le terme. L’emploi de et plutôt que ou dans la définition permettrait de resserrer la définition.

    De toute évidence, pour juger si une condition est suffisante (si elle isole bien le terme défini), il faut évaluer les termes ayant un sens apparentés (appartenant au même champ sémantique, comme on le verra plus loin). C’est une partie de la définition qui est rarement satisfaite par les définitions des dicos.


    Comme second exemple, voici la définition de fable par Robert :

    fable Petit récit en vers ou en prose, destiné à illustrer un précepte.

    [condition nécessaire] Réjean Lafontaine écrivait des fables |- Réjean Lafontaine écrivait des récits, ces récits étaient en vers ou…, ils illustraient des préceptes…

    Pour évaluer si la définition est suffisante, i.e. si elle suffit à isoler le terme, il faut comparer la définition de fable aux autres termes du champ sémantique :

    D’après ces définitions, les légendes et les mythes sont de tradition populaire alors que la fable peut très bien ne pas l’être. Le conte sert à distraire alors que la fable a un aspect  moral. De même pour la nouvelle. La composante [destiné à illustrer un précepte] permet d’isoler suffisamment le terme, étant donné ce champ sémantique limité. La définition est donc suffisante.

    En pratique, il est arrive souvent que des définitions des dicos ne soient ni nécessaires ni suffisantes. Elles satisfont au critère nécessaire si on restreint la définition à l’emploi prototypique du terme. On va voir pourquoi plus loin.


    Exercice Ces définitions sont-elles des conditions nécessaires et suffisantes. Pourquoi  ?

    a) chat : animal domestique à fourrure
    b) chat : mammifère carnivore (félidés), à oreilles triangulaires et griffes rétractiles


    Question d’évaluation Qu’est-ce qu’une condition nécessaire et suffisante, en ce qui concerne une définition  ? Donnez un exemple en expliquant. Vous devez être capable d’en reconnaître une.


    Exercice : Voici des termes donnés comme apparentés au terme créance. La définition de Robert CD est-elle nécessaire et suffisante  ? Justifiez.

    1. créance: Droit en vertu duquel une personne (créancier) peut exiger de qqn (débiteur) qqch., et spécialt une somme d'argent
    2. gage : Ce qu'on dépose ou laisse entre les mains de qqn à titre de garantie.
    3. hypothèque: Droit réel accessoire accordé à un créancier sur un immeuble en garantie du paiement de la dette, sans que le propriétaire du bien grevé en soit dépossédé
    4. nantissement : Contrat par lequel un débiteur remet, fictivement ou effectivement, un bien à son créancier pour sûreté de sa dette.
    5. découvert : Montant d'une dette, d'une dépense excédant les disponibilités du débiteur.
    6. dette : Obligation pour une personne (débiteur) à l'égard d'une autre (créancier) de faire ou de ne pas faire qqch., et spécialt de payer une somme d'argent.

    Exercice : Voici quelques outils de travail de Bonnie et Clyde, tels que définis par Robert CD Les définitions sont-elles nécessaires et suffisantes ? Justifiez.

    1. pistolet : Arme à feu courte et portative
    2. revolver : Arme à feu courte et portative, à répétition, munie d'un magasin qui tourne sur lui-même
    3. parabellum : Pistolet automatique de fort calibre.
    4. fusil : Arme à feu portative constituée d'un long canon et d'une monture munis de dispositifs de visée et de mise à feu des projectiles
    5. carabine : Fusil léger à canon court

    Remarque : La notion de conséquence |- étant partiellement semblable au connectif logique -> (si), on retrouvera dans certains volumes, la définition suivante de la condition nécessaire et suffisante :

    terme <-> définition (ou synonyme)

    i.e. terme -> définition (ou synonyme) et définition (ou synonyme) -> terme

    En résumé, idéalement, toute définition d’un des sens d’un terme du dico devrait être une condition nécessaire et suffisante, puisqu’elle caractérise le terme à définir (condition nécessaire) et qu’elle le caractérise de manière unique (condition suffisante).

    Notons enfin qu’un vrai synonyme est une définition nécessaire et suffisante mais qui ne comporte qu’un mot.


    2.3 Les composantes d’une définition

    Décortiquons un peu la forme d’une définition, avec l’article fraise

    Fraise1

    1. Fruit rouge, dont la partie comestible est un réceptacle épanoui en masse charnue qui porte les akènes. 
    2. Fraise chinoise.  
    3. Fam. Lésion de la peau (Þangiome, nævus).
    4. Fam. Figure.

    Fraise2

     Bouch. Membrane qui enveloppe les intestins du veau et de l'agneau

    Fraise3 (probablement métaphore de 2)

    1. Collerette empesée et plissée sur plusieurs rangs que portaient hommes et femmes au XVIe et au début du XVIIe s.
    2. Membrane charnue, granuleuse et plissée d'un rouge violacé, qui pend sous le bec du dindon. Þcaroncule.

    Fraise4 (probablement métaphore de 2 ou3)

     Technol. Outil de coupe entraîné par une machine rotative (Þfraiseuse) pour usiner le bois, le métal.


    En terme logique, la conséquence logique étant une relation entre phrases (ou propositions), la définition peut être reformulée comme suit :

    1. X est une fraise1 |-  X est un fruit, X est rouge, X est comestible, X a une masse charnue…
    2. Jules a mangé des fraises1 |-  Jules a mangé des fruits

    En d’autres termes, si on accepte la phrase (3), on doit accepter les phrases en (4)

    3. Jules a mangé des fraises
    4. Jules a mangé des fruits, Jules a mangé quelque chose qui portait des akènes, Jules a mangé quelque chose de rouge…

    Évidemment, on peut ajouter une information qui annule une partie de la définition : c’est vrai pour la définition du dico comme pour l’inférence logique. Une fraise (non typique) peut-être verte ou blanche, et, dans ce cas, ne pas être vraiment comestible, mais elle doit être un fruit pour que ce sens soit valide :

    Jules a ramassé des fraises mais elles n’étaient pas mangeables (pas rouges)

                Jules a ramassé des fraises mais ce n’était pas des fruits [c’était des collerettes ou des outils]

    L’emploi de mais est, comme on le verra, lié à des attentes normales annulées. En réalité, la définition de fraise telle que donnée par les dicos est celle d’un prototype (ou stéréotype) culturel. C’est le cas pour la plupart des termes. Si on demande à des sujets de dessiner une fraise, ils la dessineront plutôt charnue que desséchée, plutôt rouge que verte ou blanche. La définition donnée par un botaniste serait très stricte et n’admettrait pas d’annulation mais elle ne correspondrait pas à l’intuition des Ducon Moyen. La définition du Robert pourrait également être resserrée (ex : on pourrait dire rouge à maturité, généralement rouge) mais il faudrait mettre généralement partout dans les dicos. On revient plus loin sur les notions de prototype et de polysémie. Concentrons-nous pour l’instant sur les composantes d’une définition.

    [Brousseau et Roberge, Syntaxe et sémantique du français] Une bonne définition contient généralement deux parties: un classificateur et des distingueurs [néologisme, de distinguisher]. Le classificateur, [qui doit être de la même catégorie syntaxique que le terme défini] est le nom de la catégorie plus générale à laquelle le concept appartient. (Nous l’identifierons par le soulignement dans les définitions.) Les distingueurs sont tous les attributs nécessaires et suffisants qui permettent de distinguer le sens d’un mot en opposition à tous les autres mots qui partagent le même classificateur ou qui précisent le classificateur. Le Petit Larousse utilise le classificateur [meuble] pour définir ‘table’ et le classificateur [objet mobile] pour définir ‘meuble’:

    (11)      ‘table’ (L): Meuble composé d’un plateau horizontal posé sur un ou plusieurs pieds.
    (12)      ‘meuble’ (L): Objet mobile servant à l’aménagement ou à la décoration d’un lieu.


    [partie d’article du Robert]
    table [tabl] n. f. 

    I Objet formé essentiellement d'une surface plane horizontale, généralement supportée par un pied, des pieds, sur lequel on peut poser des objets. 

    1. Surface plane dressée à une hauteur convenable pour recevoir tout ce qui est nécessaire aux repas; spécialt de nos jours, Meuble sur pieds construit pour cet usage. 
    2. (taubXIIIeLa table : la nourriture servie à table. 
    3. (tauleXIIIe)  Meuble formé d'une surface plane supportée par des pieds, et servant à divers usages.

    Remarque : La définition est plus générale chez Robert parce qu’elle doit s’appliquer à table de lancement, alors que Larousse (et Lexis) ont fait deux entrées différentes. La définition est plus abstraite.

    [Brousseau et Roberge] Dans la définition en (11), les deux distingueurs [composé d’un plateau horizontal] et [posé sur un ou plusieurs pieds] permettent de définir ‘table’ de façon distinctive, en contraste avec les autres mots qui sont définis par le même classificateur [meuble]: ‘bureau’, ‘commode’, ‘fauteuil’, ‘lit’, etc.

    Dans les deux définitions de ‘chat’ en (10), répétées ci-dessous, les classificateurs sont respectivement [mammifère familier] et [mammifère carnivore], qui appartiennent eux-mêmes à la classe plus générale [mammifère].

    (13) a. ‘chat’ (R): Petit mammifère familier à poil doux, aux yeux oblongs et brillants, à oreilles triangulaires.

    (13) b. ‘chat’ (L): Mammifère carnivore au museau court et arrondi, aux griffes rétractiles, dont il existe des espèces domestiques et des espèces sauvages.

    C’est que les classifications peuvent se croiser. Nous l’avons vu plus haut (cf. les exemples en (9)): il y a plusieurs façons de classer des entités, de les identifier à des concepts plus larges. Et comme une définition ne contient qu’un seul classificateur, on doit faire des choix.

    Tous les autres éléments (non soulignés) des définitions en (11), (12) et (13) sont des distingueurs. Ils devraient permettre de distinguer les tables de tous les autres meubles (bureau, lit, chaise, etc.); les chats de tous les autres mammifères familiers (vaches, chiens, chevaux, etc.) ou de tous les autres mammifères carnivores (loups, chiens, ours, etc.). Le choix d’un classificateur a donc des conséquences sur le choix des distingueurs qui composent la définition.


    Exercice :  Indiquez les classificateurs et les distingueurs. Expliquez comment les distingueurs permettent de distinguer le terme de d’autres termes dans la même classe.

    1. fiole : Petite bouteille de verre à col étroit utilisée spécialement en pharmacie.
    2. fistule : Canal d'origine congénitale, accidentelle ou artificielle, par où s'écoule un produit physiologique
    3. fibre : Formation élémentaire, végétale ou animale, d'aspect filamenteux, se présentant généralement sous forme de faisceaux.
    4. aqueduc : Canal souterrain ou aérien destiné à capter et à conduire l'eau d'un lieu à un autre. [Comme deuxième sens :  Anat. Nom de certains conduits anatomiques. Les aqueducs de l'oreille.]

    Notons que, parfois, dans un dico, on donnera un synonyme comme définition. Par ex., à fiole, on retrouve un deuxième sens, défini par le synonyme tête. De même, parfois on retrouve Ce qui sert à… Le pronom ce désignant la catégorie très générale inanimé.


    [Brousseau et Roberge…] En résumé, une bonne définition doit respecter les deux critères suivants:

    • Critères pour la définition d’un concept C:

    a. La définition doit exprimer les similitudes (classificateur) de C avec d’autres concepts en classant C correctement.

    b. La définition doit exprimer les différences (distingueurs) entre C et d’autres concepts en fournissant tous les attributs nécessaires, et  seulement les attributs nécessaires, pour rendre C unique.

    Le deuxième critère spécifie qu’une définition ne doit pas contenir plus que les attributs nécessaires pour distinguer C. Cette contrainte est propre à la sémantique (et aux dictionnaires). Elle ne s’applique évidemment pas à notre faculté cognitive générale (ni aux encyclopédies), pour laquelle il n’y a pas de contrainte sur la quantité maximale d’informations. Les connaissances que l’on a concernant un concept incluent toutes sortes d’informations encyclopédiques, en plus des distingueurs. On sait des chats qu’ils miaulent, qu’ils ronronnent, qu’ils voient dans le noir, qu’ils provoquent des allergies. Jusqu’à quel point une définition doit-elle contenir ce type d’informations?

    Donc, dans une définition, on retrouve des composantes qui classent le terme défini dans un ensemble plus vaste (les classificateurs) et des propriétés permettant de distinguer le terme défini de ses voisins. Dans la tradition européenne, vous retrouverez le terme sème pour désigner une composante d’une définition, classème pour désigner les sèmes classificateurs, sémème pour désigner l’ensemble structuré de sèmes qui forment une définition.

    Idéalement, les classificateurs devraient s’emboîter comme dans une taxonomie en zoologie ou en botanique. Ce type d’organisation est implicite (et parfois incomplet) chez Robert. Mais Robert ou Larousse sont destinés aux Ducon Moyen, pas aux scientifiques ou à l’ordi. Exemple de taxonomie :


    2. 4 Champ lexical (ou sémantique)

    Une définition devrait être composée d’un classificateur (ex : table= meuble…) et de distingueurs qui départagent les membres d’une même classe. Nous définirons le champ sémantique d’un mot comme l’ensemble des mots de même catégorie syntaxique partageant dans leur définition le même classificateur (= hyperonyme ci-bas). Les membres d’une même classe, s’ils sont de même catégorie syntaxique, forment un champ sémantique. Si des termes partagent un même classificateur, ils doivent être de la même catégorie syntaxique. Comme le soulignent Brousseau et Roberge, il y a plusieurs façons de classer les termes et, il y aura donc des variations dans les champs lexicaux d’un ouvrage à l’autre. Ex. de taxonomie : Errata: interchangez placentaire et marsupial

    {short description of image}

    Exemple classique d’analyse sémique : Tirez-vous une bûche ! (sous genre des meubles) Pottier

    SÈME 

    pour s’ asseoir

    matériau rigide

    pour une personne

    sur pied(s)

    avec  dossier

    avec bras

    siège

    +

    0

    0

    0

    0

    0

    chaise

    +

    +

    +

    +

    +

    -

    fauteuil

    +

    +

    +

    +

    +

    +

    tabouret

    +

    +

    +

    +

    -

    -

    canapé

    +

    +

    -

    +

    +

    0

    pouf

    +

    -

    +

    -

    -

    -

    Il s’agit d’un sous-genre des meubles : (condition nécessaire). Une chaise est un meuble. De plus, on constate que, dans l’esprit du concepteur, siège est indéterminé pour plusieurs caractéristiques (0) : un siège peut être mou ou dur, sur pied ou non… C’est en fait le terme non marqué qui chapeauterait le sous-genre : les meubles contiendraient, entre autres, les sièges qui contiendraient les membres plus spécifiques (l’hyperonyme). Une chaise, un canapé … sont des sièges. Prends un siège ! pourrait être approprié dans une situation où il y a des poufs, des fauteuils, des tabourets… Si vous consultez le Robert CD, vous constaterez que la structure présentée est respectée. C’est incomplet et on pourrait ajouter d’autres membres (chaise longue, chaise haute…) : il faudrait ajouter d’autres traits (ou sèmes) : pliable, pour bébé… Mais, siège perdrait son statut (Prends un siège, mon bébé !)

    Dans le champ sémantique des récits, présenté plus haut, le terme récit est le terme non marqué qui sert de classificateur (d’hyperonyme) dans les définitions de Robert.

    { nouvelle, conte, fable, légende, mythe, récit …}


    Lehman et Martin-Berthet [Introduction à la lexicologie]: Les traits pertinents sémantiques sont appelés « sèmes », ou « traits sémantiques » ou encore « traits lexicaux ». Ils sont donc issus de la comparaison de la signification des mots du champ étudié et ne retiennent qu’une succession d’oppositions (matériau rigide, pour une personne...). Parmi les sèmes, il y a aussi bien des sèmes génériques qui caractérisent toute une classe sémantique que des sèmes spécifiques, qui permettent de distinguer. à l’intérieur d’une classe, les différents mots.

    Dans ce tableau, le sème pour s’asseoir est commun à tous les mots et indique leur appartenance à la classe. Les autres sèmes servent à opposer les mots les uns aux autres dans la classe. Dans la terminologie de B. Pottier. l’ensemble des sèmes génériques s’appelle « classème » et celui des sèmes spécifiques « sémantème ». Chaque ligne horizontale de cet exemple représente le sémème (= l’ensemble des sèmes) d’un mot donné. Ainsi le sème générique [pour s’asseoir] et les sèmes spécifiques [matériau rigide], [pour une personne], [sur pieds] définissent le sémème correspondant au mot tabouret. [pour s’asseoir] constitue tout seul le sémème de siège, terme qui peut remplacer tous les objets dénommés par les autres mots de la liste et qui est donc, par rapport à eux, l’hyperonyme ou l’archilexème le plus proche. Les autres mots de ce champ sémantique sont des hyponymes de siège. Si le mot est polysé­mique, il a plusieurs sémèmes. Quant aux mots monosémiques, ils n’ont qu’un sémème.


    Voir les deux sites français sur les «synonymes» (Liens d’intérêt du site). Remarquons que le terme synonyme utilisé sur ces deux sites est discutable: ce sont plutôt des éléments d’un même champ sémantique. Leur définition de synonyme est celle de synonyme (très) partiel. Il suffit que deux mots (ex : maison et domicile) partagent un contexte commun pour qu’ils soient considérés comme synonymes. Dans le sens classique du terme, des synonymes doivent partager un grand nombre de contextes communs.

    Autre exemple super-classique (et de bon goût) : les habitations (incomplet, cf.G.Mounin)

    { abbaye, aérium, appartement, asile, auberge, baraquement, bara­que, bâtiment, bâtisse, bastide, bastidon, bicoque, bouge, borde, building, cabane, cabanon, bungalow, buron, cabanon, cahute, cambuse, cagna, cahute, caravansérail, casbah, case, caserne, chalet, château, chartreuse, chaumine, chez-soi, castel, châtelet,  chaumière, cloître, closeau, communs,… }


    Ex1 : Dans Robert CD, on peut partir de l’élément d’une classe inférieure, ex : {cactus, joubarde, oponce, cierge} et remonter vers des classes plus inclusives : plantes grasses < plante < végétal < être vivant. Le terme végétal est défini comme être vivant… ; plante est défini comme végétal… ; etc.


    Ex2: (Robert CD, recherche par critères ) : l’utilisation du terme alliage semble systématique


    Ex3 : Fibre textile (tissu) (sous-domaine des fibres)


    En résume, pour donner une définition idéale, objectif vers lequel tendent les dicos, il faut répondre à ce qu’on appelle la CNS (condition nécessaire et suffisante). Pour atteindre cet objectif, il faut d’abord a) avoir devant soi tous les termes d’un domaine (champ) sémantique à définir et b) pouvoir répondre à la CNS, i.e. que la définition doit se lire dans les deux sens :

    duralumin : Alliage léger d'aluminium, de cuivre, de magnésium et de manganèse.

    a) Si x est du duralumin ’ (|-)  x est un alliage léger d'aluminium, de cuivre, de magnésium et de manganèse.
    b) Si x est un alliage léger d'aluminium, de cuivre, de magnésium et de manganèse’ (|-) x est du duralumin (et il n’y a pas d’autres possibilités)

    Dans l’échantillon proposé, ça semble tenir. Donc, la définition est nécessaire et suffisante.

    Peut-on dire la même chose pour les fibres textiles ?


    Travail pratique 1 Soit le champ sémantique (miné) suivant :

    { trouver, penser, savoir, craindre, soupçonner, regretter, deviner, pressentir, juger, estimer, souhaiter, demander, impressionner [c'est la taupe: ça impressionne qqn que P] }

    Modèle général: Qqn trouve que la proffe est plate

    {short description of image}
    1. Construisez le matériel suivant : prenez des fiches en nombre équivalent à la taille du champ sémantique (13 verbes);
    2. Sur chaque carte, vous inscrivez lisiblement un élément du champ en majuscules avec une phrase exemple (relativement neutre) représentant bien le sens du mot dans le champ sémantique;
    3. Choisissez 10 sujets (humains!) en notant leur nom. Il devra apparaître sur sa feuille de résultat;
    4. La consigne doit être : Vous avez des mots sur chaque carte, en majuscules, avec un exemple de l’emploi du mot. Lisez l'exemple et classez les mots selon leur ressemblance de sens. Vous pouvez faire autant de groupes que vous le désirez;
    5. Faites au moins 12 photocopies de la grille de résultats suivantes;
    6. Après chaque sujet, vous notez, sur la grille suivante 1 (ou x) à l’intersection du moti et du motj si le sujet a mis les deux mots dans le même paquet. Sinon, la case reste vide. Vous aurez donc 10 feuilles de résultats, une par sujet.
    7. Sur une 11e feuille, additionnez les résultats totaux, donc de 0 à 10, à chaque intersection.
    8. Vous communiquez avec votre doppelganger et vous vous échangez vos résultats. Vous gonflez donc vos résultats de 10 autres sujets. La feuille de résultats finales affichera des résultats allant de 0 à 20. Cette dernière feuillle doit être complétée avant d'être entrée sur SPSS.
    9. Vous calculez les résultat sur SPSS. [voir site] Puis vous en faites l’analyse, en comparant avec les sites de « synonymes » en tentant d'expliquer les regroupements trouvés. Les feuilles de résultats doivent être remis avec le travail.
    10. Enfin..., contrairement à Mission Impossible, votre analyse doit être faite en solo et, si vous êtes pris(e), nous ne vous connaissons pas.

    Questions à la proffe


    Exercice : Voici des extraits de définitions du Robert CD. Établissez la classification taxonomique en arbre. Quels sont les classificateurs  ? Essayez d’établir les propriétés distinctives (les sémantèmes) de chaque groupe.


    On peut procéder au même type d’analyse avec les verbes (les adjectifs…) :

    { tuer, assassiner, liquider, égorger, exterminer, décapiter, exécuter, occire, poignarder, empoisonner, descendre, noyer, asphyxier, refroidir, achever, terrasser, buter, fusiller, guillotiner, étrangler, massacrer, zigouiller, foudroyer, suicider, abattre, électrocuter, estourbir, supprimer, immoler, suriner }


    Ce qui n’est pas un champ sémantique : Il ne faut pas confondre un champ thématique avec un champ sémantique.  Sur Internet, les auteurs d’un site (http://www.ai.univ-paris8.fr/corpus/lurcat/listelit.htm) présentent ce qu’ils croient être un champ sémantique (= lexical) de la littérature française. Est-ce exact ? Pourquoi ?

    { académicien, académie, académie Goncourt, académie des inscriptions et belles-lettres, annales, art, auteur, bande dessinée, comédie, conte, créateur, dramatique, dessinateur, écrivain, éditeur, édition, énigme, épître, histoire, historique, impression, immortel, légende, lettre, littéraire, littérature, littérateur, livre, naturalisme, oeuvre, ouvrage, poétique, poète, personnage, prosateur, prose, publication, récit, rocambolesque, roman, satirique, scénariste, socialiste, texte, théâtre, trilogie, …}

    Réponse : Les membres d’un champ lexical partagent un même classificateur. Ils doivent donc être au moins de la même catégorie syntaxique. Dramatique est un pauvre adjectif perdu parmi les noms. Quel est le classificateur commun à académie et académicien ? Un académicien est un membre (au sens humain  !) d’une académie alors qu’un ouvrage (dans le sens visé) est un texte scientifique, technique ou littéraire. Les deux termes n’appartiennent pas au même champ lexical. Il s’agit plus d’un champ thématique tel qu’on en retrouve dans les thésaurus, les dictionnaires thématiques. Notons qu’il y a aussi un autre type de dictionnaire, plus récent, le dictionnaire de collocations qui présente les termes le plus fréquemment utilisés avec un terme donné. Ex : célibataire endurci, politicien véreux, entrée de jeu, vie d’artiste, vie de chien…


    Question d’évaluation : Quelles sont les composantes d’une définition  ? Qu’est-ce qu’un champ sémantique ? Donnez un exemple avec 5 termes. Vous devez être capable de distinguer un champ sémantique d’un champ thématique.


    2. 5 LES RELATIONS LEXICALES

    Comme entrée en matière, allons voir WordNet, qui est la tentative la plus poussée pour rendre compte des relations lexicales de l’ensemble du lexique anglais. cf. bank [Voir site pour intro à WordNet].

    Nous prendrons comme exemple le champ sémantique (très partiel) des vêtements et sous- vêtements de Robert CD :


    La taxonomie explicite de Robert CD comprend donc les ensembles suivants: objet fabriqué [artefact] > vêtement > sous-vêtement (= vêtement de dessous) > { combinaison porte-jarretelles gaine bustier caleçon caraco collant …}


    2.5.1 Hyponymes et hyperonymes : La définition de ces termes est intuitivement simple : dans une taxonomie (ou un dico), la (les) catégorie(s) supérieure(s) (les classificateurs) sont des hyperonymes des classes ou des éléments inférieurs et par rapport, aux classes, les éléments inclus sont des hyponymes. Il s’agira toujours de mots de la même catégorie syntaxique : si deux termes partagent l’hyperonyme vêtement, ils doivent être des noms.

    Pourquoi ne pas utiliser le terme classificateur plutôt qu’hyperonyme? Parce que ce mot est moins répandu et lié à une définition de dico. De plus, il n’y a pas de terme inverse pour classificateur [et de plus, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?]

    Donner une définition précise est plus délicat. Dans les manuels, on retrouve la définition linguistique suivante, qui n’est valable que pour les noms :

    [déf. linguistique1] A est un hyperonyme de B si B est un A (une sorte/type/espèce de A) et si A est un classificateur de B.

    Ex : Sous-vêtement est un hyperonyme de collant puisque un collant est un (une sorte de) sous-vêtement. Par contre, sous-vêtement n’est pas un hyperonyme de robe puisque robe n’est pas une sorte de sous-vêtement.

    Mais, cette définition n’a pas de sens pour les verbes. WordNet propose la solution suivante pour les verbes :

    [déf. linguistique2] A est un hyperonyme de B si B est une façon de A. (B is one way to A).

    Ex : Assassiner (trucider, descendre, occire…) qqn est une façon de tuer qqn

    Si on veut donner une définition vraiment générale et applicable aux noms comme aux verbes, il faut… eh, oui ! passer par l’inférence logique.

    [déf. logique] A est un hyperonyme de B  si
       1) l’inférence dans laquelle A remplace B est valide et
      2) l’inférence dans laquelle B remplace A n’est pas valide

    Ex : nom :

    Un collant traîne sur le tapis |- Un sous-vêtement traîne sur le tapis
    Un sous-vêtement traîne sur le tapis *|- Un collant traîne sur le tapis

    Ex : verbe :

    Jim a embrassé Marie |- Jim a touché Marie
    Jim a touché Marie *|- Jim a embrassé Marie

    En général, nous donnerons deux types de définitions pour les relations lexicales. Chacune a ses limites et il faut utiliser toutes les armes à notre disposition dans notre alliance contre le Mal.


    Propriétés de l’hyperonyme :

    1. Transitivité : En termes d’inférence, dans une taxonomie stricte (ex :WordNet), la relation d’hyperonymie est transitive : si A hyperonyme de B et B est une hyperonyme de C alors A est aussi un hyperonyme de C (ou encore, tout ce qui est un C est aussi un A).  Ex :

    Un sous-vêtement est une sorte de vêtement, un bustier est une sorte de sous-vêtement  |- un bustier est une sorte de vêtement.

    Ou encore objet fabriqué est un hyperonyme de vêtement et vêtement est un hyperonyme de sous-vêtement etc.

    Cette notion d’héritage (terme très utilisé en représentation des connaissances) est une caractéristique qui a été peu examinée dans les dicos classiques. WordNet en fait un usage systématique. Parfois, cette relation transitive semble ne pas tenir ; elle signale alors qu’il y a eu un changement de sens. Cruse 2000 donne l’exemple suivant :

    1) A car-seat is a type of seat                      Un siège d’auto est un type de siège
    2) A seat is a type of furniture                     Un siège est un type de meuble/mobilier
    ??A car-seat is a type of seat                    Un siège d’auto est un type de meuble/mobilier

    On joue souvent sur deux sens des termes. Ex : un chaton est un jeune chat. En prenant le sens taxonomique strict de chat, on peut dire qu’un chaton est un chat mais on fait alors abstraction de l’emploi non scientifique de chat (félin adulte). De même, mes parents, les Ducon Moyen ont tendance à opposer quelque part vêtements et sous-vêtements. Il faut encore une fois distinguer entre le sens culturel et le sens scientifique. Ce dilemme laisse ses traces dans les dicos : à chat, Robert CD donne une définition genre Ducon Moyen (sens 1), puis une définition plus «scientifique» (sens 3).

    Pour revenir à Cruse, la prémisse (2) est incorrecte : mobilier ou meuble désignent l’aménagement intérieur. Or un banc est (Robert CD) un siège et se retrouve dans un parc. Autrement dit, (2) est incorrect : meuble/mobilier ne sont pas des hyperonymes de siège, à moins de redéfinir les termes. Cruse donne aussi un exemple avec la prémisse A dog is a pet, qui est fausse puisqu’un chien de traîneau est rarement considéré comme un animal de salon.

    Cruse souligne également certaines exceptions aux inférences associées à l’hyperonymie. Il souligne que les inférences ne sont plus valides dans le contexte de la négation et des verbes d’attitude :

    Normal : Il y a des tulipes dans le vase |- Il y a des fleurs dans le vase

    Négation : Il n’y a pas de tulipes dans le vase *|-  Il n’y a pas de fleurs dans le vase

    Verbes d’attitude : Jim est surpris qu’il y ait des tulipes dans le vase

    *|-  Jim est surpris qu’il y ait des fleurs dans le vase

    Ce n’est pas vraiment surprenant, comme on le verra plus loin. Les verbes d’attitude et la négation modifient les propriétés logiques de la phrase (on parle de contextes opaques).


    Dans le cas des verbes, il est beaucoup plus commode de le voir l’hyperonyme en terme d’inférence. qu’en terme d’arbre. Ainsi, des verbes comme effleurer, heurter, frapper, baiser… sont considérés comme des verbes «de toucher». Robert CD:

    Heurter : Toucher en entrant brusquement en contact avec (généralement de façon accidentelle. Effleurer : toucher légèrement.

    Frapper :  Toucher (qqn) plus ou moins rudement en portant un ou plusieurs coups.

    «Toucher» serait donc l’hyperonyme de cette classe. En terme d’inférence, c’est assez clair. À moins encore une fois de redéfinir les mots :

    Jules a frappé, baisé, heurté, effleuré Julie (avec un bâton) |- Jules a touché Julie (avec un bâton)

    Attention : si on utilise un modificateur comme avec un bâton, l’inférence tient toujours, mais avec le modificateur.


    2. Négation contradictoire de l’hyperonyme : Affirmer un terme et nier son hyperonyme aboutit à une contradiction (à moins de changement de sens) puisque le terme implique son hyperonyme:

    ??C’est un caleçon mais ce n’est pas un sous-vêtement.
    ??C’est une combinaison mais ce n’est pas un sous-vêtement (à moins de combinaison spatiale, ce qui fait partir d’un autre sens dans Robert, évolué à partir du sens de sous-vêtement)

    Par contre, il est possible d’affirmer l’hyperonyme d’un terme et de nier ce terme. On se trouve à dire qu’il s’agit de la bonne classe mais du mauvais élément de la classe

    C’est un sous-vêtement mais ce n’est pas un caleçon (c’est une combinaison)


    3. Reprise pronominale par l’hyperonyme :

    Si Matrisse est bien programmé en ce qui concerne les hyperonymes, il pourra faire un bout de chemin dans un polar lorsqu’il lira .

    Il avait laissé son caleçon qui schlinguait sur la commode, à deux pas du cadavre. Le sous-vêtement portait des traces de sang.


    4. Progression thématique:

    Il arrive (souvent ?) que l’hyperonyme soit d’abord introduit dans un texte avant le terme. Il s’agit évidemment d’une progression vers un contenu informatif plus précis :

    Il est allé jusqu’à laisser un sous-vêtement par terre. C’était (même) un caleçon.
    ? Il est allé jusqu’à laisser un caleçon par terre. C’était (même) un sous-vêtement.


    Exercices : Hyponyme ? Vérifier définition et propriété.


    L’hyponyme, au contraire, est une sous-classe ou un élément inférieur d’une classe supérieur. C’est la relation inverse. si A est un hyperonyme de B, alors B est un hyponyme de A. L’hyponyme est toujours de la même classe syntaxique que le terme.

    [déf. linguistique1] A est un hyponyme de B si A est un B (une sorte/type/espèce de B) et si B est un classificateur de A.
    Ex : Collant est un hyperonyme de sous-vêtement

    [déf. linguistique2] A est un hyponyme de B si une façon de B , c’est de A.
    Ex : une façon de tuer qqn, c’est de l’assassiner qqn est

    [déf. logique] A est un hyponyme de B si
      1) l’inférence dans laquelle B remplace A est valide et
      2) l’inférence dans laquelle A remplace B n’est pas valide
    Ex: Jules a mis un sous-vêtement (A) dans la chesseuze |- Jules a mis un vêtement (B) dans la chesseuze [valide]
    Jules a mis un vêtement (B) dans la chesseuze |- *Jules a mis un sous-vêtement (A) dans la chesseuze [invalide]


    Pour ce qui est des propriétés logiques de l’hyponymie :

    1. La transitivité est préservée
    2. On peut affirmer un terme et nier son hyponyme (mais pas l’inverse) : C’est un sous-vêtement mais pas une bobette.
    3. La reprise par l’hyponyme est impossible (ou plutôt punk) : 

      ??Il y avait un vêtement sur la commode près du cadavre. La robe portait des lacérations.

    4. Progression : L’hyponyme doit suivre le terme : Il y avait un sous-vêtement, c’était une bobette.

    Dans le cas des verbes, il plus commode de penser en terme d’implication. Par exemple, si x heurte, frappe, effleure quelque chose, alors x entre en contact avec cette chose (ou touche cette chose). Entrer en contact avec ou toucher sont donc des hyperonymes de heurter et heurter est un hyponyme de entrer en contact avec. En effet, tout comme ce qui est un mammifère n’est pas nécessairement un cervidé, tout ce qui entre en contact avec quelque chose, ne heurte pas nécessairement cette chose. Les dictionnaires tendent idéalement l’utilisation d’hyperonymes dans leurs définitions. Le dictionnaire expérimental WordNet est basé systématiquement sur les relations hypero- hyponymiques.

    Deux remarques importantes concernant toutes les relations lexicales: 1. Il est toujours possible de contourner verbalement les relations lexicales : on peut toujours dire Rex est un chien mais ce n’est pas un animal. On verrait bien Stephen King débuter une nouvelle de cette manière (c’est une créature de Satan !). L’explication de cette contradiction justifierait le reste de la nouvelle. 2. Le problème de l’extension de sens ou de la métaphore. On peut dire que Jules a frappé Jim avec sa voiture. Est-ce qu’il l’a touché ? Frapper dans le sens physique peut signifier entrer en contact directement ou à l’aide d’un instrument. Et c’est vrai aussi de toucher : Jim est en maudit et sort de sa voiture. Jules peut lui dire : Mais, j’t’ai pas touché !


    Ce qui suit est tiré de volumes sur la sémantique ou la lexicologie. Il s’agit des mêmes informations mais présentées autrement.

    L’hyperonyme [Gaudin et Guespin, Introduction à la lexicologie française]

    La relation d’hyperonymie […] introduit dans le lexique l’idée d’une hiérarchisation. En première approximation, la relation d’hyperonymie s’établit entre un terme de départ et un terme plus général, à partir de chat on trouve le terme mammifère.

    L’idée de mettre des noms en relation hiérarchique est fort ancienne, on en trouve trace dès les débuts de la philosophie dans la Grèce antique. Comme nous l’avons vu. de nombreuses définitions de dictionnaires sont basées sur ce principe, par exemple :

    fabuliste [fabylist] n. m. •Auteur qui compose des fables. (PRE= Petit Robert électronique)

    Ces relations hiérarchiques sont appelées en sémantique hvperonymie/ hyponymie L’hyperonyme correspond au genre, l’hyponyme à l’espèce. Mais pourquoi changer les noms de ces relations ? L’intérêt de ce changement de terminologie réside dans le passage de relations entre des objets (genre et espèce) à des relations entre signes (hyperonyme et hyponyme On passe ainsi des relations dites « ontologiques » (qui concernent les choses et non le langage) aux relations lexicales. Cela permet de considérer de façon autonome le niveau linguistique et, autre avantage, cela polarise moins sur les seuls noms : on pourra dire que marmonner est un hyponyme de parler, alors que cette relation n’est, habituellement, pas prise en compte si l’on raisonne en termes de genre et d’espèce.

    Hyperonymie et catégories grammaticales

    Toutefois, le fait que l’on traite de façon privilégiée des noms s’explique par le fait que c’est dans cette catégorie grammaticale que se retrouve le plus fréquem­ment la relation d’hyperonymie. Les verbes sont peu susceptibles de faire apparaître des relations de ce type. On peut trouver quelques exemples — nous avons cité parler/marmonner, ajoutons des actions du type couper/scier, lire/feuilleter, passer/franchir, envelopper/gainer, frotter/gratter... Les relations ainsi établies sont moins nettes, on se trouve devant un degré de précision différent. Considérons les deux énoncés suivants :

    Ce n‘est pas un agrume, c’est un citron

    Il ne coupe pas, il scie

     

    Le premier énoncé contient une proposition fausse[contradictoire]: par définition, car il ne se produit pas, dans le cas des verbes, le phénomène d’inclusion dans une classe: le citron appartient à la classe des agrumes; le citron est une sorte d’agrume. En revanche, scier n’est considéré spontanément comme une façon de couper. D’ailleurs, il n’est pas rare que les dictionnaires donnent deux, ou plusieurs, hyperonymes pour expliciter le sens d’un hyponyme :

    SOUDER : joindre, réunir, ou faire adhérer par fusion des parties en contact (PR)

    STIMULER : augmenter l’énergie, l’activité de quelqu’un ; inciter, inviter, pousser à faire quelque chose (PR)

    JAILLIR : sortir, s’élancer en un jet subit et puissant (PR)

    C’est donc dans la catégorie des noms que les relations hiérarchiques structurent le lexique, même si ce n’est pas de façon systématique. Elles jouent un grand rôle dans les taxinomies : que l’on songe à l’emboîtement impeccable des classifica­tions botanique ou zoologique avec leurs classes, catégories, ordres, embranche­ments. etc. Ces taxinomies ont leur origine chez Aristote. Leur développement à l‘époque moderne remonte au XVllle siècle, on le doit à Cuvier, Linné, Buffon, pour la zoologie et la botanique.

    Deux exemples :

    1. L’hirondelle (espèce) appartient aux fissirostres (sous-ordre) qui appartien­nent aux passereaux (ordre), oiseaux (classe), vertébrés (embranchement).

    2. La cigale (espèce) appartient aux homoptères (sous-ordre), qui sont des hémiptères (ordre), et font partie des insectes (classe), lesquels sont des arthropodes (embranchement).

    Plus quotidiennement, nous avons à notre disposition des noms plus ou moins précis : rose est un hyponyme de fleur, lui-même hyponyme de végétal. On est en face de dénominations concurrentes permettant de désigner un même référent. Mais ces désignations présentent des différences de convenance : pour la fleur du rosier, rose est une meilleure dénomination que fleur. On peut percevoir cette différence dans le comportement des termes concernés : le terme le plus général [l’hyperonyme] sert plus facilement d’anaphore que le terme spécifique:

    Le Petit Prince avait protégé sa rose avec tant d’amour. Mais cette fleur était égoïste !

     ? Le Petit Prince prenait soin aussi d’un animal.Et ce mouton était aussi égoïste.

    Au niveau lexical, les hyperonymes et hyponymes entrent dans des relations d’ordre qui permettent de constituer des hiérarchies de classes : Une revue est une publication, Une voiture est un véhicule, un fauteuil est un siège, etc. On n’est plus ici dans des relations entre noms échangeables pour un même référent, mais au sein d’une organisation hiérarchique dont l’économie est très souvent exploitée, comme nous l’avons vu, dans les définitions :

    diffuser : 1. Répandre dans toutes les directions. (P.L.E.)

    buriner : 1. Graver au burin. (P.L.E.)

    revue : H. Publication périodique spécialisée dans un domaine donné. (P.L.E.)

     

    On peut tester ces relations en les insérant dans des énoncés (h = hyponyme, H = hyperonyme). On vérifie alors les relations suivantes : Les h sont des H et * Les h ne sont pas des H. On peut dire : Les citrons sont des agrumes. et non *Les citrons ne sont pas des agrumes.

    Il est difficile de sélectionner en discours une sous-classe :

     ? Ces citrons sont des agrumes.

     ? Cet écarlate est rouge.

     ? Cet assassinat est un meurtre.

     ? Cette otarie est un mammifère

     

    La relation d’hyperonymie permet de créer à loisir autant de hiérarchies que nécessaire. C’est ainsi que les besoins de catégorisation conduisent à créer des dénominations génériques correspondant à des classes lexicales nouvelles. De cette façon, on a créé moyen de transport, technologies nouvelles, industries de la langue, etc., pour regrouper dans une même classe des noms possédant des traits sémantiques communs. Mais le lexique n’étant pas une nomenclature, il y a des « trous» : on ne peut pas regrouper sous une même appellation autobus et autocar, stylo et crayon, qui pourtant réfèrent à des objets très proches que l’on aurait envie de regrouper dans une même catégorie. On aperçoit là le fait que ces relations lexicales sont conditionnées par les besoins de l’activité humaine, l’histoire et les cultures.

    Le jeu des hyperonymes s’aperçoit aussi par les ressources de la syntagmatique. On peut satisfaire aux besoins de dénomination par création de syntagmes ayant comme vedette un hyperonyme; on retrouve alors le schéma genre + différences spécifiques avec réacteur ou avion, on peut créer avion à réaction, réacteur à turbine, etc..qui constituent des hyponymes. Remarquons que les recours à ce procédé doivent être limités, car lorsque l’on utilise comme dénominations des expansions qui constituent des hyponymes d’hyponymes, on se retrouve avec des sortes de syntagmes définitoires peu maniables et plus vraiment avec des noms. Par exemple, thermomètre de poche à sondes interchangeables et thermomètre de poche à sonde fixe constituent deux hyponymes de thermomètre de poche, lui-­même hyponyme de thermomètre. C’est là la frontière, floue et impossible à tracer fermement, entre une désignation, peu stable et occasionnelle, et une dénomination, unité linguistique codée et socialement reçue.

    L’hyponymie et l’hyperonymie [Lehman et Martin-Berthet]

    La relation d’hyponymie est une relation hiérarchique qui unit un mot spécifique (sous-ordonné), l’hyponyme, à un mot plus général (superordonné) nommé l’hyperonyme. Ainsi tulipe est l’hyponyme de fleur, fleur est l’hyperonyme de tulipe, morille est l’hyponyme de champignon, champignon est l’hyperonyme de morille. Les co-hypo­nymes ont le même hyperonyme. Ces rapports sont exploités, on l’a vu, dans les définitions lexicographiques, par ex. dans la définition de fonte « alliage de fer et de carbone... »;alliageest l’hyperonyme de fonte, fonte étant l’hyponyme de alliage.

    Relation d’implication : L’hyponymie établit un rapport d’implication unilatérale entre deux entités : si x est une tulipe, alors x est une fleur; mais on ne peut pas dire : si X est une fleur, alors x est une tulipe. Cela explique que la rela­tion s’établisse, dans le discours, de l’hyponyme à l’hyperonyme. L’hyperonyme, parce qu’il désigne ce que désigne l’hyponyme, peut reprendre — c’est-à-dire servir d’anaphorique à — l’hyponyme :

    Un chat entra. L ‘animal était malade

    et non * Un animal entra. Le chat était malade.

     

    De même la construction coordonnée n’admet que l’ordre suivant:

    Paul a demandé des tulipes et d’autres fleurs

    et non * Paul a demandé des fleurs et d’autres tulipes.

    Certains mots sont tour à tour hyponymes et hyperonymes : man­teau, par exemple, est l’hyperonyme de redingote et l’hyponyme de vêtement. Les séries lexicales, contrairement aux inventaires taxino­miques, n’excèdent guère trois à quatre degrés. La hiérarchisation est bloquée vers le haut par la présence de noms très généraux (chose. truc) et vers le bas par des périphrases développées (par exemple. redingote à double boutonnage et à parements de velours). Les struc­tures lexicales hiérarchiques diffèrent d’une langue à l’autre et peuvent présenter ce qu’il est convenu d’appeler des trous lexicaux. Aussi arrive-t-il que le besoin d’un hyperonyme se fasse sentir dans un domaine donné. Deux-roues a été créé en 1960 pour englober scooter, vélomoteur, bicyclette et la série est devenue complète : scooter<deux ­roues<véhicule.

    La relation hyper/hyponymique touche différentes catégories syntaxiques : des verbes (couper/cisailler, manger/grignoter), des adjectifs (rouge/pourpre, gai/guilleret) et surtout des noms, cela pour une double raison. D’une part, le nom est à la fois catégorie syntaxique (substantif) et outil de dénomination (or les relations de hiérarchie mettent en jeu des classes de référents); d’autre part, le nom se prête à deux types de formation d’hyperonymes et d’hyponymes :change­ment de signe lexical (tulipe/fleur), passage du mot simple au mot composé (voir l’exemple déjà cité tulipe/tulipe précoce ou chat/chat siamois table/table de bridge). À cela s’ajoute la catégorie des noms propres de marque. Cette for­mation est largement exploitée dans les slogans publicitaires :

    Une Lancia  est plus moderne qu’ une voiture.

     

    Lancia est hyponyme de voiture mais le slogan joue sur la trangression de la relation d’inclusion pour susciter l’interprétation selon laquelle une Lancia n’est pas une voiture (ordinaire).

    Les relations hyperonymiques et hyponymiques ont un rôle central dans l’apprentissage du lexique.


    Synonymie (partielle ou eXtrême):  Pour Ducon Moyen, un synonyme est un mot qu’on peut substituer à un autre sans changement important de sens. On peut a) se poser la question dans l’absolu et se demander si alliance peut remplacer coalition partout ou la plupart du temps. Ou alors, b) on est rédacteur et on se demande si alliance peut remplacer coalition dans un contexte précis : Le PQ et le PLQ formeront une ____ contre les forces du Nouveau Mal. Nous reviendrons sur cette question de la synonymie partielle ou totale.

    Nous adopterons, par souci d’unité, une définition en termes d’inférence, qui diffère de peu de la définition d’hyperonyme:

    [déf. logique] A est un synonyme de B si
    1) l’inférence dans laquelle A remplace B est valide et
    2) l’inférence dans laquelle B remplace A est valide

    Ex : nom :
    Les pompiers on fait acte de bravoure en…|- Les pompiers on fait acte de courage en…
    Les pompiers on fait acte de courage en…|- Les pompiers on fait acte de bravoure en…
    Ils ont eu une médaille pour leur bravoure / courage

    Ex : verbe :
    Ils ont dissimulé la vérité au public |- Ils ont caché la vérité au public
    Ils ont caché la vérité au public |- Ils ont dissimulé la vérité au public
    Ils se sont dissimulés/cachés derrière le comptoir

    Mais nous retiendrons également la définition linguistique, comme nous l’avons fait pour l’hyperonyme :

    [déf. linguistique] A est un synonyme de B si A et B sont mutuellement substituables dans un grand nombre de contextes, sans changement de sens.

    Ces définitions rejoignent bien l’intuition : les termes synonymiques se trouvent à être mutuellement substituables. En termes logiques, ils ont le même sens puisqu’ils donnent lieu aux mêmes inférences. Ce sont nécessairement des termes de même catégorie syntaxique. La ressemblance avec la définition de l’hyperonyme ou de l’hyponyme n’a rien d’un hasard. Il arrive souvent que dans les dicos de synonymes, même stricts, qu’on donne, par exemple, un hyperonyme comme synonyme lorsqu’il n’y a aucun vrai synonyme disponible. Par exemple, le Dico des synonymes de Genouvrier donne embarcation comme synonyme de canot. Or, dans Robert CD, embarcation est l’hyperonyme de canot, kayak, esquif…

    Il reste la question du nombre de contextes dans lesquelles les synonymes sont substituables. La synonymie eXtrême (totale) n’existe pas : il n’existe pas deux termes qui seraient substituables dans tous les contextes. Il y a toujours soit des différences de niveau de langue (ou de discipline ex : langage juridique), des différences d’intensité, sinon des expressions figées (ex : prendre la poudre d’escampette) ou figurées qui distingueront les synonymes. Par exemple, Robert donne comme définition de vélo un renvoi au synonyme bicyclette (bicycle étant considéré comme un anglicisme):

    vélo Bicyclette.

    bicyclette Appareil de locomotion formé d'un cadre portant à l'avant une roue directrice commandée par un guidon et, à l'arrière, une roue motrice entraînée par un système de pédalier.

    Il est vrai que un grand nombre de contexte, les deux sont interchangeables mais pas dans les contextes suivants:

    1) Devant 200,000 spectateurs, Indurain a été couronné roi du vélo (?? de la bicyclette).

    2) ??Mon chum, i’ fait d’la bicyclette de montagne.

    Du point de vue logique, les inférences tiennent toujours. Si on accepte qu’Indurain a été couronné roi du vélo on doit accepter qu’Indurain a été couronné roi de la bicyclette et vice-versa ; sauf qu’on ne dirait pas qu’il est roi de la bicyclette, à moins de vouloir se moquer de lui. De même, bicyclette de montagne sonne étrange. Une recherche sur  Google donne 160 cas de bicyclette de montagne, la majorité au Canada et probablement que plusieurs ont été traduites automatiquement de l’anglais [effet pervers de la traduction automatique],contre 11,000 cas de vélo de montagne.

    Pour terminer, le correcteur de Word, en mode sévère, vous proposera de substituer le vélo, trop populaire, pour la bicyclette.


    Autre exemple : dissimuler/cacher. Ces deux verbes ont un sens physique et abstrait identique et sont substituables. Répondre au questionnaire.


    Exercice : Les couples suivants sont-ils synonymes, preuve (contexte discriminant), sinon quelle est leur relation ?  a) enfouir/enterrer b) discours/allocution c) cerveau/matière grise e) alliance/coalition/pacte d) courage/bravoure e) ample/large f) chagrin/peine g) escroc/filou h) agent de la paix/policier/agent de police


    Exercice : Produisez une phrase distinguant grave [sens -physique] et sérieux.

    [Lehman et Martin-Berthet] La synonymie est la relation d’équivalence sémantique entre deux ou plusieurs unités lexicales dont la forme diffère. Les synonymes ont un même signifié et des signifiants différents et s’opposent, en ce sens, aux homonymes définis par un même signifiant et des signifiés diffé­rents. La synonymie lexi­cale se manifeste entre mots et/ou syntagmes de même catégorie grammaticale : pédicure/podologue, policier/agent de police. Lorsque la synonymie porte sur des unités supérieures (phrases, énoncés), l’on parle de paraphrase.

    La synonymie n’est pas, à proprement parler, une identité de sens. Lorsque la forme est différente, les locuteurs s’attendent à une diffé­rence de sens : les exemples qui viennent d’être proposés tels pédicure et podologue peuvent être perçus comme non synonymes. L’ identité de sens (ou synonymie absolue) est un leurre. Tout au plus pourrait-on signaler quelques rares cas de synonymes absolus dans les lexiques spécialisés (par exemple en lexicographie entrée et adresse, bien que ces deux termes n’aient pas la même fréquence). C’est la raison pour laquelle on utilise le terme de parasynonymie qui souligne le carac­tère approximatif de la synonymie. (On dit aussi quasi-synonymie.)

    Il en résulte que, sur le plan méthodologique, une étude des syno­nymes doit être d’abord contextuelle (prise en considération du dis­cours). La méthode de l’analyse distributionnelle est ici primordiale. Elle consiste à préciser les environnements possibles de chaque mot, du point de vue syntaxique et sémantique. A partir d’une étude des phrases où l’unité apparaît, elle dégage les propriétés distributionnelles qui appartiennent en propre à cette unité en spécifiant les constructions syntaxiques (sous-catégorisation syntaxique) et en indiquant la nature sémantique des environnements (traits de sous-catégorisation sémantique des substantifs dits aussi traits sémantiques de sélection tels que humain, non humain, concret, abstrait, etc.). En voici une brève illustration :

    Grave et sérieux commutent notamment lorsqu’ils sont utilisés avec un nom abstrait : la situation, la question, l’affaire, le pro­blème est grave/est sérieux(se) : leur signification est voisine qui a une très grande importance et peut avoir des conséquences fâcheuses : mais grave comprend, en outre, le sème imminence du préjudice [preuve?]. En revanche, lorsqu’ils s’appliquent à un nom concret [ou à un être humain], la commutation est impossible :  Le son du cor  est grave. [I’ m’a l’air sérieux, m’a l’engager !], et on oublie grave en FQ].

    Les différences pragmatiques des synonymes renvoient à différents aspects de la variation lexicale, traitée dans le dictionnaire sous la forme des marques d’usage (Vx, Fam., Litt., etc.) :

    • variations diachroniques : bru/belle-fille, épatant/super;
    • variations géographiques (dites aussi diatopiques) : wassingue (nord de la France) ou panosse (dans le Midi)/serpillière
    • variations liées aux registres de langue (dites diastratiques) : familier ou populaire/standard (futal/pantalon, tronche/tête)  ; littéraire/standard (croisée/fènêtre); argot (verlan)/langue commune (meuf/femme, keuf flic):
    • variations liées à l’opposition langues de spécialité/langue commune : rhinite/rhume. préposé/facteur, [sourd/mal entendant]
    • connotations : qu’il s’agisse de péjoration (nègre pour un être humain par rapport à noir ou black) ou au contraire d’euphémismes : longue maladie (pour cancer), demandeur d’emploi (pour chômeur), réingénierie, rationalisation pour licenciements, ingénieur sanitaire pour vidangeur.

    [Gaudin et Guespin] Les parasynonymes peuvent être distingués par des différences de distribution. véloet bicyclette ne sont pas employés dans les mêmes locutions. lIs peuvent aussi résulter de la mise en correspondance de deux registres de langue ; on trouve ainsi dans le Lexis :

    PUTAIN :  Pop. Prostituée;

    TROQUET: Pop. Café;

    BAGNOLE: Pop. Voiture.

    Mais les différences entre niveaux de langue ne constituent qu’un cas de figure parmi d’autres. La mise en relation de tels synonymes se fait entre des formes marquées, ici les marques sont d’usage, et des formes non marquées : voiture n’est pas marqué alors que bagnole est spécifié comme populaire. Les formes non marquées correspondent à la norme du dictionnaire. On n’imagine pas, sauf jeu, une description qui procéderait de la façon suivante, en utilisant une marque «Bourg. » pour bourgeois

    PROSTITUÉE: Bourg. Putain.

    Ce contre-exemple montre qu’il existe un niveau de description qui correspond, non seulement à une langue fonctionnelle, mais à une norme sociale. On considère comme synonymes les équivalents appartenant à un autre système socioculturel : niveaux de langue, régionalismes, usages scientifiques, techni­ques, etc. En fait, c’est toujours dans une relation d’inégalité que peuvent s’établir des correspondances synonymiques, nous te verrons plus précisément en abordant les causes de la synonymie lexicale.


    Antonymie : Intuitivement, pour le roi René de Las Vegas, un anonyme, c’est le contraire. Mais, se demande La Bolle, qui se coupe les cheveux en 4 beaucoup plus que le roi René, est-ce que vendre est l’antonyme d’acheter ? Après tout, à vendre, Robert donne comme contraire : Acheter, acquérir, conserver, donner, garder, payer. Et est-ce que Jules a dansé avec Julie est l’antonyme de Julie a dansé avec Jules  ? Est-ce que chaud et froid sont des antonymes ? Comment préciser cette notion  ? On pourrait dire, en terme d’inférence, que lorsqu’on emploie un terme, alors l’antonyme nié fait partie des inférences :

    [déf. provisoire] : A est l’antonyme de B si …A… |- …~ B…

    Ex : Vivant est l’antonyme de mort puisque Le chat est vivant |- le chat n’est pas mort

    Mais ça ne suffit pas, puisque si nous sommes en automne, nous ne sommes pas en hiver, si nous sommes jeudi, nous ne sommes pas samedi. Et pourtant, et pourtant…samedi n’est pas l’antonyme de jeudi. Dis moi ce qui ne va pas…

    Il faut donc resserrer la définition. Si on examine le mort/vivant, par rapport à jeudi/samedi, on note que la condition tient en sens inverse pour mort/vivant, mais non pour jeudi/samedi, i.e.

    Le chat est vivant |- le chat n’est pas mort
    le chat n’est pas mort |- le chat est vivant

    nous sommes jeudi |- nous ne sommes pas samedi
    nous ne sommes pas samedi *|- nous sommes jeudi (on peut être dimanche)

    [déf. logique]A est l’antonyme de B si …A… |- …~ B… et  si …~B… |- …A…

    Maintenant, est-ce que vendre est antonyme d’acheter ? Maintenant, est-ce que court est l’antonyme de long?

    Pour court/long, René dirait oui. Pourtant, si le nez de Céline est long, il n’est pas court. Mais, s’il n’est pas long, est-il court? (Non, non, i’est parfait, ton nez!). Quelle est la différence avec le mort/vivant? D’abord, dans le cas de mort/vivant, il s’agit de catégorie discrète, ce qui est le propre des noms, qui n’admettent pas la gradation (très, plus…), contrairement à court et long (sans changer de sens) :

    *Ossama est très mort
    Ce tableau est très vivant = très coloré
    Jules est beaucoup plus vivant que Julie= dégage plus d’énergie

    Mort et vivant ont donc un sens non gradué (être en vie) et un sens gradué (dégager ou non de l’énergie). Les deux sens sont répertoriés séparément dans Robert :

     vivant, ante adj. 

    1 Qui vit, est en vie. Il est encore vivant. On sait que les otages sont toujours vivants. Vivant après une catastrophe. Þ survivant. « Elle à demi vivante et moi mort à demi » (Hugo). « Les vestales infidèles à leurs vœux étaient enterrées vivantes » (Staël). Þ vif. Expériences sur des animaux vivants. Þ vivisection. — Par exagér. Un cadavre, un squelette vivant, en parlant d'une personne malade, maigre.   Subst. Les vivants et les morts. Rayer du nombre des vivants : faire mourir.   Relig. Le Dieu vivant. Le pain vivant : l'Eucharistie. 

    Spécialt Plein de vie. Þ 1. fort; vif. Un enfant, un animal bien vivant, très vivant. Œil, regard vivant.   à Fig.  (des œuvres) Qui a l'expression, les qualités de ce qui vit. « Le portrait de l'Arioste est vivant » (Chateaubriand). Þ parlant. Les personnages de Molière sont vivants. Dialogues vivants.


    Exercice : Les couples suivants sont-ils des antonymes  ? Pôquoi  ? a) force/faiblesse b) éviter/affronter c) chaud/ froid d) donner/recevoir e) père/fils f) époux/épouse


    En résumé, lorsque les termes renvoient à des concepts discrets (mort/vivant, éviter/affronter), plutôt des noms, des verbes ou des adjectifs nominaux (ex : protestant, japonais…), la définition des antonymes fonctionne bien. Mais, lorsque le terme renvoie à un concept admettant une gradation (court/long), la définition ne fonctionne plus. Dans le cas des concepts discrets (non gradués), on ne peut logiquement nier simultanément les deux concepts, contrairement aux concepts gradués:

    a) Félicia n’est ni grande ni petite
    b) ?? Ossama n’est ni mort ni vivant [exige explication]

    Mais, si on disait : A |- ~ B et B |- ~A, ne serait-ce pas la solution? Long |- ~court et court |- ~long. Mais oui! Non, car on retombe dans jeudi, samedi (jeudi |- ~samedi et samedi |- ~jeudi). Mauvaise idée.

    En fait, la définition fonctionne si on distingue deux types de négation : l’une, qu’on appellera métalinguistique, est utilisée pour nier une affirmation (explicite ou implicite) précédente. Par exemple, dans un dialogue, la négation (a) équivaut à (b)

    a) Non, non, Céline, ton nez n’est pas long

    b) Non, non, il est faux que ton nez soit long.

    Toute la phrase est niée. Dans ce cas, la définition de l’antonyme ne s’applique pas : le nez peut être court ou moyen.

    Examinons une autre situation : vous achetez rapidement des bâtons de ski très cool. Mais en les examinant de plus près, vous dites à votre ami(e):

    c) Aïe! Ils sont pas longs!

    Est-ce que vous niez une affirmation précédente, comme dans l’exemple précédent? Il s’agit d’une négation descriptive. Elle porte sur le verbe et non sur la phrase. Elle signifie : les bâtons sont comme ceci : pas longs. Dans ce cas, l’antonymie joue parfaitement.

    Ce que vous dites c’est Les bâtons ont la forme suivante : pas long. Vous auriez pu dire court. Dans ce cas, l’antonymie joue complètement : court |- pas long et pas long |- court.

    Votre ami(e) achète plus tard des skis de 2 mètres. En les regardant vous dites : En tout cas, ils sont pas courts! Dans ce cas, ça signifie bien : ils sont longs. En résumé, avec des concepts gradués, si la négation est métalinguistique et nie une affirmation précédente, l’antonymie ne fonctionne plus. Si la négation est métalinguistique, elle fonctionne.


    Remarque : Cruse (2000) qui est souvent utilisé comme manuel utilise le terme opposé pour l’antonymie des concepts discrets (mort/vivant) et réserve le terme anonyme pour les concepts gradués (court/long)


    Exercice : Les couples suivants sont-ils des antonymes  ? De quel type (gradué ou discret) ? Warum (Pôquoi) ? haut/bas, mâle/femelle, faux/vrai, rouge/vert, dur/mou, petit/grand déconfit triomphant généreux, ou charitable, intact/brisé

    [Gaudin et Guespin] L’antonymie relie des unités qui possèdent une partie de leur sens en commun, mais qui s’opposent : rigide a pour contraires mou ou flexible avec lesquels il partage une partie de son sens, et non vert ou domestique, auxquels il ne peut s’opposer. Comme la synonymie, elle résulte le plus souvent de relations partielles entre des unités lexicales. Ainsi, l’adjectif bon peut avoir de nombreux synonymes selon ses sens, qu’il faudra distinguer. Un dictionnaire de synonymes nous proposera une liste assez longue. Citons les premiers renvois pour l’adjectif appliqué à des choses: fructueux, efficace, valable, convenable, fameux, etc. Pour la pêche, le conseil, le remède, on remarquera que bon peut avoir comme antonyme mauvais : la pêche a été mauvaise, un mauvais conseil, un mauvais remède sont acceptables. En revanche, il a mérité une bonne correction ne signifie pas le contraire de il a mérité une mauvaise correction.

    Les contraires permettent donc de définir, par l’analyse, des sous-sens. Ainsi, si bon a comme synonyme généreux, ou charitable, il aura alors comme antonyme méchant, et non mauvais.

    Paul est bon. Paul est généreux. (contraire : méchant)

    Le potage est bon. (contraire : mauvais)

    On voit à cet exemple que, pour cerner les sens d’un mot, prêter attention à ses contraires n’est pas inutile. C’est que la relation d’antonymie joue, elle aussi, un rôle de structuration des signifiés : un système, très largement partagé par les locuteurs, structure le lexique selon des grandes oppositions haut/bas, chaud/ froid, mâle/femelle, faux/vrai, dur/mou, petit/grand, etc. Ceci explique l’importance accordée à la notion de contraires.


    Les antonymes réciproques (ou converses) :  Il faut bien distinguer cette classe, parfois considérée, comme antonyme. Robert utilise le terme général contraire qui regroupe les antonymes et les réciproques. Ex Robert CD:

    vendre […]
    CONTR. Acheter, acquérir, conserver, donner, garder, payer.

    Sont-ce des antonymes, selon notre définition  ? Vérifions :

    Jules est le père de Jim |- Jim n’est pas le fils de Jules
    Max n’est pas le fils de Bob *|- Bob est le père de Max

    La différence entre l’antonyme et le réciproque, c’est qu’un réciproque est une relation entre deux entités (x est le fils de y ) alors que chaud/froid sont des propriétés d’une seule entité (*x est le chaud de y). L’impression de «contraire» vient du fait que, dans les relations réciproques, on peut inverser le « sujet » et « l’objet » : si Jules est le père de Jim, alors Jim est le fils de Jules et vice-versa. Si Bob a vendu un citron à Max, alors Max a acheté un citron de Bob. La définition tiendra donc compte du fait qu’il s’agit de relation entre deux arguments (le sujet et l’objet direct) :

    [déf. logique] x A y est le réciproque de y B xsi x A y |- y B x et  si x B y |- y A x


    Ex: Max a vendu un SUV à Julie |- Julie a acheté un SUV de Max
    Max a acheté un SUV de Julie |- Julie a vendu un SUV à Max

    Exercice : Quelle est la relation réciproque des verbes suivants, s’il y a lieu ? Expliquez. a) x emprunte y de z  b) x acquiert y c) x améliore y d) x parler avec y


    L’antonymie est définie à partir de la négation. Mais la négation a deux sens. Dans un sens, elle répond à une affirmation précédente [appelons-la négation de dialogue], c’est la négation niant que la qualité s’applique à la personne. - Charles est riche. – Non, il fait 50,000$ par année. [ça n’implique pas la pauvreté]. Mais non, i’é pas gros, i’é juss’ correct. Vs. Elle n'avait pas mangé à sa faim depuis des mois  ! Elle était pas grosse  ! [¹juste correct= petite, maigre]. Dans l’autre sens, la négation forme un bloc avec la qualité (en réalité, c’est une affirmation) : Charles est pas riche= il fait partie des « pas-riches » [là, ça veut dire pauvres]. C’est le sens dérivé qu’on retrouve dans Ouais  ! Cé pas riche  !

    Plusieurs auteurs distinguent les antonymes complémentaires (contradictoires, non gradables), les antonymes contraires (gradables), converse ou réciproques :

    complémentaires : c’est l’un ou c’est l’autre : Jules est assez mort comme ça.
    contraires : Il fait assez froid, la viande est assez cuite (gradation : froid, frais, doux, chaud)
    converses : (considérés comme antonymes) : relation dont on peut échanger les arguments :

    Remarque : on distingue alors nettement les autres sens de emprunter : (PRE) Le français a emprunté de nombreux mots au grec. Le véhicule a emprunté la voie de gauche. La relation antonymique ne joue plus.


    Méronymie/holonymie: La relation de méronymie est la relation de tout à partie. Le méronyme désigne la partie et l’holonyme désigne le tout.

    A est un méronyme de B|- A est une partie de B (ou B est fait de A)

    A est un holonyme de B|- A est fait de B (A a/contient des B)

    Exemple : Surface est un méronyme d’objet|- un objet a une surface 

    Autres exemples : Dans le Robert CD, pour obtenir une liste de méronymes, il suffit de faire la recherche par critères « partie » :

    abaque : Partie supérieure du chapiteau d'une colonne en forme de tablette.

    [abaque est un méronyme de colonne et colonne est l’holonyme de abaque]

    abside : Partie arrondie en hémicycle de certaines églises…

    accastillage : Partie du navire qui reste hors de l'eau,…

    appartement : Partie de maison composée de plusieurs pièces qui servent d'habitation


    Exercice :Trouvez un méronyme pour clavier, livre, main, auto, arbre

    Il s’agit d’une relation transitive : si x est un méronyme (partie) de y et y est un méronyme (partie) de z alors x est un méronyme de z.

    La méronymie n’est pas qu’une curiosité. Non seulement elle fait partie des dicos mais elle est indispensable pour programmer notre ami Matrisse. Dans la phrase suivante, seul le fait que lumière est un méronyme de pièce justifie l’emploi du défini les :

    Alice pénétra dans la pièce. Les lumières étaient aveuglantes.


    2.9 Homonymie (-phonie, -graphie) et paronymie Commençons par les définitions les plus simples.

    Homophones : mots de sens différents, de même forme phonétique (et de forme graphique différente). Exemple:

    Homographes : mots de sens différents, de même forme graphique et de forme phonétique différente . Exemple:

    Paronymes : mots se ressemblants phonétiquement, sortes d’homophonie approximative. L'intérêt vient de ce que les gosses de riche devenus annonceur de TV les confondront à l'occasion:


    Homonymie : Étroitement reliée à la polysémie, comme on le verra plus loin, l’homonymie est une question centrale de la sémantique lexicale. Il y a deux définitions du terme homonyme. La plus courante est celle donnée par Robert :

    [Robert ] Homonymie : Se dit des mots de prononciation identique (voir homophone) et de sens différents, qu'ils soient de même orthographe (voir homographe) ou non.

    Comme le précise Robert, ce qu’ils appellent des homonymes sont en fait des homophones mais en enlevant de la définition (et de forme graphique différente). Pour eux, sont homonymes paire/père et avocat (fruit) /avocat (juriste).

    Il y a, en sémantique lexicale, un autre emploi du terme qui est plus restreint et plus intéressant pour les sémanticiens, qui élimine les couples de graphie différente (paire/père) :

    [Déf. officielle d’homonymie] Homonymie : Se dit des mots de prononciation et de forme orthographique identique et de sens différents.

    Donc, pour nous, lime (fruit) et lime (outil) sont les vrais homonymes alors que perd, pair, pers n'en sont pas. Avec cette définition, nous entrons dans le vif du sujet, le rapport entre l’homonymie et la polysémie.

    La polysémie et l'homonymie sont des vases communiquants (ce qu'on enlève de l'un va dans l'autre). Si avocat et lime ont deux articles séparés dans Robert et Lexis, c'est que les sens sont distincts et que les mots ne sont pas reliés historiquement (avocat-fruit vient de l'espagnol et le juriste, du latin). Il n'y a aucune raison de les relier. Ce sont des homonymes pour les deux dictionnaires. Que se passe-t-il lorsque les sens sont différents et qu'on peut les relier historiquement. Le verbe exécuter en est un bon exemple: exécuter un détenu n'a pas grand chose à voir morphologiquement (en terme de dérivation) et sémantiquement avec exécuter une symphonie. Là, il y a deux solutions possibles: Lexis considère que ce sont deux mots différents exécuter1 et exécuter2, donc des homophones, dont il ne hiérarchise pas les sens. Robert adopte l'autre solution et considère que c'est le même verbe mais avec deux sens différents: il n'y a qu'un verbe exécuter mais polysémique.

    Cette question divise les concepteurs de dicos. Voici la structure générale de exécuter dans Robert CD et dans Lexis, dont on ne voit que la structure mise en relation avec Robert :

    Robert CD Structure générale de l’article

    Lexis Division par rapport à Robert

    exécuter 

    I¨ EXÉCUTER QQCH

    1¨ Mettre à effet, mener à accomplissement. 

    2¨ Dr. Rendre réelles, effectives les dispositions de (un acte, un jugement, un texte). 

    3¨ Faire (un ouvrage) d'après un plan, un projet, un devis... 

    4¨ Interpréter, jouer (une œuvre musicale). 

    5¨ Faire (un mouvement complexe, un ensemble de gestes prévu ou réglé d'avance).

    II¨ EXÉCUTER QQN. 

    1¨ (XVe)  Dr. Exécuter un débiteur, procéder à l'exécution forcée sur ses biens. 

    2¨ (1391)  Cour. Faire mourir (qqn) conformément à une décision de justice. 

    3¨ Fig. Discréditer, déconsidérer socialement (qqn). 

    III¨ (1687)  S'EXÉCUTER v. pron. (réfl.) Se décider à faire une chose pénible, désagréable.

    exécuter 1

    Exécuter  une mission, un projet…

    exécuter 2

    Rendre réelles, effectives les dispositions de (un acte, un jugement, un texte). …

    exécuter 3

    Faire mourir (qqn) conformément à une décision de justice. …

    exécuter 4

    Interpréter, jouer (une œuvre musicale).

    exécuter 5

    s’exécuter

    Lexis a choisi de créer 5 homonymes exécuter, qui ne sont pas hiérarchisés, alors que Robert a décidé de ne faire qu’une seule entrée aux sens multiples (polysémie) et hiérarchisés, pour Lexis, ce sont en quelque sorte des verbes différents alors que pour Robert il s’agit d’un seul mot polysémique (à plusieurs sens).

    À priori, les consommateurs préfèrent Robert, puisqu’il n’y a qu’une entrée (plus simple, plus pratique). Mais Lexis a de bonnes raisons de séparer les 5 sens d’exécuter. On peut parler d’un exécutant pour une pièce de musique ou un projet mais pour faire mourir, et le sens légal, on parle d’un exécuteur. Pour le sens légal, on parle d’exécutif et exécutoire, pas pour le sens de faire mourir.

    Mais, Robert crée parfois des homonymes. Par exemple, dans Robert, on trouve des articles doubles ou multiples pour avocat (fruit/juriste), fraise(fruit/outil/collerette), lime(fruit/instrument), voler(dans les airs/dans les poches), botte (de foin/au pied), garde (-malade/soldat), louer (soit Dieu/pas trop cher), causer (affaire/provoquer), etc.

    Pour la plupart des mots qui ont des sens multiples (polysémie), Robert les regroupe en un seul article. Si on regarde à frère, on retrouve le sens lien de sang et le sens ordre religieux dans le même article ou encore à aller, verbe polysémique par excellence,on trouve un seul article avec des sens bien différents comme se déplacer, convenir, devoir être rangé à tel endroit, fonctionner (quand l’appétit va). Pour manquer, on a qu’un seul article subdivisé en trois sous-article (cas de polysémie): v.  I. V. intr.…[être absent] II. V. tr. ind..…[manquer de…] III. V. tr.…[rater…]

    Le Robert, contrairement au Lexis de Larousse, tente d’éviter à tout prix les homonymes. Lexis aurait mis les deux frères dans des articles différents. De même pour manquer.

    Il n’y a pas de solution facile. Robert coupe arbitrairement. Par exemple, voler (dans les airs) et voler (dans les poches) sont traités comme des homonymes, bien qu’historiquement l’un vient de l’autre. De même pour grève (rivage) et grève (arrête de travail).


    Les questions cruciales sont :


    Appliqué à bank en anglais, le critère donnerait deux homophones : bank => banker, banking (banque) et bank (banc de sable) pour lequel on n’a pas *he, bankers  ! let’s go banking  !


    Critères pour établir des distinctions de sens: Quelle que soit la solution adoptée, ce qui nous intéresse, comme sémanticien, ce sont les critères utilisés pour distinguer les sens. La question de la hiérarchie entre les sens en est une autre, WordNet, par exemple, ne propose pas de hiérarchie entre les sens.

    1. Le critère syntaxique

    Deux mots sont homonymes lorsque leur comportement distributionnel [=leur contexte syntaxique] diffère, corrélé à une différence sémantique (synonyme ou inférence différente). Le terme distribution  veut dire contexte syntaxique (et sémantique). Par exemple, nous avons vu que vivant, dans le sens de vif, expressif…, peut apparaître précédé de très, contrairement au sens doué de vie. C’est une différence de sens corrélé à une différence de distribution. Trouver dans le sens de estimer peut être suivi d’une phrase contrairement à trouver dans le sens de apercevoir. Le contexte peut également être fait de catégories sémantiques du type [humain], [concret], [comptable]…

    [Lehman et Martin-Berthet] On reprendra l'exemple type de l'adjectif cher proposé par le linguiste Jean Dubois, un des auteurs du DFC (et Lexis). Les deux homonymes cher s'opposent distributionnellement sur deux points.

    Dans Robert et Flammarion, il n’y a qu’une entrée (traitement polysémique) et dans Lexis, il y a deux entrées (traitement homonymique). Idem pour pauvre, pour noir (couleur et race)…


    Exercice : Distinguez les couples suivants à l’aide de critères syntaxiques : a) pauvre1 (qui a peu de biens) /  pauvre2 (qui exprime la pitié) b) sœur (consanguine) / sœur (ordre religieux) c) aller (se déplacer) / aller (convenir) d) fermer (devenir non ouvert) / fermer (faire devenir non ouvert)


    [Gaudin et Guespin] Les contraintes syntaxiques :Dans les ouvrages lexicographiques, l'opposition des constructions syntaxiques est souvent indiquée quand elle correspond à des emplois différents. Ainsi, à voler correspondent deux fonctionnements distincts selon qu'il admet, ou non, un transitif: L'aigle vole ne peut admettre de complément d'objet sans voir son sens bouleversé. On inclut dans les contraintes syntaxiques, des contraintes sémantico-syntaxiques: l'opposition concret/abstrait peut être aussi pertinente que transitif/ intransitif.

    Elle oblige, par exemple, à sélectionner les sujets Elle coule n' a pas le même sens si le sujet est un liquide, une entreprise ou une jeune fille. On distinguera donc ici trois emplois de couler.

    Les transformations : Quand de telles oppositions ne sont pas pertinentes, il est possible de distinguer les acceptions en se fondant sur les transformations: l’énoncé Il tend la courroie peut recevoir une transformation nominale en La tension de la courroie, alors que pour l' énoncé Il tend la joue, on ne peut dire *La tension de la joue.

    Les dérivés : Les transformations syntaxiques ont partie liée avec les dérivations, lesquelles constituent également des indices. Ainsi, dans sa préface, le Lexis distingue, d'après la dérivation, trois sens pour le verbe commander :

    • [exercer son autorité] : commandant, commandement
    • [demander une marchandise] : commande, décommander
    • [faire fonctionner un mécanisme] : commande, double-commande

    Ce qui est vrai pour les verbes vaut pour les autres parties du discours. Dans le cas du nom grâce, les dérivés gracier et gracieux renvoient chacun à un sens particulier du substantif. À l'énoncé La grâce présidentielle correspond Le président gracie le condamné, tandis qu'à La grâce de !'enfant correspond L'enfant est gracieux. Autre exemple, les dérivés minier, portemine, minage sont spécifiques de trois mots mine différents, servant à désigner la mine de fond, la mine antipersonnelle et la mine du crayon. Ici encore, les différences de familles dérivationnelles attestent de l'existence de trois unités sémantiques indépendantes. Cependant, toutes les unités ne sont pas pourvues de dérivés: dans Pierre a mauvaise mine, mine ne peut être relié à aucun dérivé.

    Exemple d’analyse du sens lexical :]

    1. Il pousse la plaisanterie.
    2. Poussez donc la porte.
    3. Il a poussé son voisin du coude.
    4. Elle a poussé un cri.
    5. Ne poussez pas.
    6. Ce blé pousse mal.
    7. Le vent pousse les derniers nuages
    8. Pierre pousse Marie à travailler.
    9. La police pousse les recherches.
    10. Ses cheveux poussent vite.

    Face aux différents emplois du verbe pousser, on peut avoir le sentiment d'une idée commune et voir dans tous les cas un mouvement. Pourtant, si l' on y regarde de plus près, on constate vite que cette « idée commune » correspond à des fonctionnements bien différents. Certains emplois sont intransitifs, d'autres sont transitifs 5, 6 et 10 sont intransitifs, les autres sont transitifs. Panni ces derniers, on constate que les énoncés 3 et 8 prennent un sens différent si l'on supprime les expansions. Dans Il a poussé son voisin du coude, il s' agit d' un signal et non d'un mouvement de déplacement; si l'on supprime du coude, le sens change. Dans Pierre pousse Marie à travailler, l' expansion à travailler est indispensable pour le maintien du sens, cela correspond à une structure particulière: pousser x (animé) à (verbe).

    Du point de vue distributionnel, les expansions ne sont pas toutes possibles pour chaque énoncé: on ne peut dire : *Il pousse la plaisanterie du coude trop loin, *La police pousse les recherches à travailler

    De la même façon, les sujets ne sont pas tous interchangeables. On peut avoir : Paul pousse les recherches, mais non *Le vent pousse Marie à travailler. Mais le vent doit être regroupé avec les sujets humains car on peut avoir: Le vent pousse la porte.

    Il existe donc des classes de structures syntaxiques différentes qui permettent de regrouper ainsi les énoncés :

    A. emplois intransitifs (X pousse, X désigne un végétal ou une partie du corps)

    6. Ce blé pousse mal
    10. Ses cheveux poussent vite.

    B. emplois transitifs (X pousse Y)

    1. sujet animé, ou force physique, et objet concret

    2. Poussez donc la porte.
    5. Ne poussez pas.
    7. Le vent pousse les derniers nuages.

    emploi particulier (avec une partie du corps)

    3. Il a poussé son voisin du coude.

    II. sujet animé et objet abstrait

    1. Il pousse la plaisanterie.
    9. La police pousse les recherches.

    III. sujet animé (objet son)

    4. Elle a poussé un cri.

    IV. construction: pousser X à verbe

    8. Pierre pousse Marie à travailler.

    On peut constater que les synonymes possibles corroborent l'analyse: seul B III a pour synonyme émettre, seul B. IV a pour synonyme inciter, etc.

    L'analyse de l'ensemble des emplois du verbe pousser nécessiterait un travail plus important, mais il est intéressant de noter que les emplois que nous avons étudiés correspondent, dans le Lexis, à 5 entrées POUSSER, compte non tenu des emplois techniques non utilisés ici. C'est dire l'importance des contraintes syntaxiques dans la description des sens fonctionnels.

    2. Le critère morphologique

    Comme le précédent mais au niveau morphologique (structure des mots). Deux mots sont homonymes lorsqu'ils sont à la base de séries dérivationnelles différentes. Ce critère confirme, pour certains mots, le repérage des homonymes :

    cher1« aimé » > chéri, chérir.

    cher2« qui coûte beaucoup » > cherté, chérot.

    Mais chèrement, en raison de sa polysémie, se trouve dans les deux séries.


    3. Le critère synonymique

    Si, un contexte A, on peut substituer à un terme un synonyme et qu'on ne peut le faire dans un autre contexte B, on peut considérer qu'il y a varation de sens. Exemple:


    4. Le critère étymologique (Dieu soit loué ! Mais pas trop cher !)

    Il y a deux verbes homonymes louer ( « adresser des louanges » et « donner/prendre en location ») qui ont des racines historiques distinctes (laudare et locare), il y a trois substantifs baie ( « ouverture », « golfe », « fruit » ) remontant à trois racines différentes. De même pour avocat. En revanche, il n'y a qu'un mot éclair avec plusieurs acceptions ( « brève lumière sinueuse » , « bref moment », « pâtisserie » ) puisqu'il dérive d'une seule racine (du verbe éclairer, latin exclarare).

    Le critère étymologique qui différencie entre homonymes et polysèmes n'est cependant pas toujours décisif. L' évolution sémantique, lorsqu'elle est forte, conduit à l'éclatement d'une forme polysémique en signes homonymes. Grève, issu d'un étymon unique (latin populaire grava), signifie, à ses origines, « terrain de sable et de gravier au bord de l' eau ». Sur la place de Grève (située au bord de la Seine à Paris, actuellement place de l’Hôtel-de-Ville) se réunissaient les ouvriers qui attendaient l’embauche. On y associa peu à peu la deuxième acception de « arrêt de travail ». Mais, en synchronie [à ce moment-ci !], les liens entre les deux sens « terrain sablonneux » et « arrêt de travail » sont rompus et la polysémie est devenue homonymie. De même, le verbe voler, ayant pris dans le domaine de la fauconnerie le sens de « dérober » [d’intransitif à transitif ex : le faucon vole (attaque) la perdrix], s'est dissocié en emplois distincts et, malgré l'identité d'origine, est considéré synchroniquement comme deux homonymes: voler « se déplacer dans l' air » et voler « dérober ». Ces cas, relativement rares dans l'approche traditionnelle de l'homonymie, soulignent l'importance du critère sémantique dans la disjonction en homonymes.

    En anglais, Allen ou Cruse, donne l’exemple de port, boisson et établissement côtier. Il y a un lieu commun (portugais, porto), mais ténu.

    Y a-t-il un rapport entre l’arche de Noé et celle de MacDo  ? Tous deux dérivent de arca, armoire.


    10. Aspects annulables, le noyau d’une définition, les prototypes

    Dans une taxonomie scientifique, les définitions des termes (taxons) doivent répondre à la condition nécessaire et suffisante : la définition doit décrire exhaustivement le terme défini et ne doit décrire que lui (à l’exclusion des termes semblables, des termes «voisins»). La notion de conséquence est stricte : un félin est un mammifère carnivore à griffes rétractiles. On ne peut annuler un élément de la définition. On ne peut dire, en zoologie:

    *Ce type de chat est un félin mais il n’est pas carnivore

    Pour être classé comme félin, l’animal doit répondre positivement et strictement à tous les critères. Sinon ce n’est pas un félin.

    Cependant, dans les dicos et dans notre «lexique mental», les choses ne sont pas aussi évidentes. Nous avons donné l’exemple de la définition de fraise. Il nous est possible d’annuler des composantes de la définition, contrairement à la définition stricte des taxonomies :

    Jules a cueilli une fraise mais elle n’est pas rouge, charnue,...

    On notera qu’il souvent est plus difficile d’annuler un classificateur qu’un distingueur et que le classificateur semble être une conséquence plus évidente de l’emploi du mot.

    1. Jules a mangé une poire mais elle n’était pas charnue, elle n’était pas oblongue [une poire avariée ou anormale demeure une poire]
    2. Jules a mangé une poire mais ce n’était pas un fruit

    (2) est interprétable si on suppose qu’il s’agit d’une représentation de l’objet (une poire en plastique). Nous reviendrons plus en détail sur les mécanismes de cette réinterprétation dans la prochaine section. Ex :

    1. Picasso vient de finir son coq. Il l’a tout dévoré.
    2. Picasso vient de finir son coq. On va pouvoir l’encadrer.
    3. Jules vient de terminer son roman. Il vient de le lire ou de le produire (en tant qu’auteur, en tant que typographe, relieur…)

    En réalité, les dicos définissent des prototypes (stéréotypes). C’est les cas pour toutes les définitions et plus la catégorie est large, plus elle contient de sous-types, plus elle est associée à un prototype qui la représente.

    Un oiseau est un animal (hyperonyme), vertébré, à sang chaud, avec plumes, ailes, bec, pas de dents, et en général adapté au vol. Selon l'approche des conditions nécessaires et suffisantes, il suffit de vérifier qu'un animal répond aux critères et c'est un oiseau. Selon les prototypes, il y a un représentant idéal du concept et plus on lui ressemble plus on est un oiseau. Un animal à plumes est donc plus ou moins un oiseau selon qu'il est proche ou non du prototype.

    Il est probable qu'une poule est un meilleur représentant oiseau que l'autruche mais moins bon que la corneille. De la même façon, une table sera dessinée avec 4 pattes même si la définition de Robert ne l'oblige pas. Une fraise sera rouge, une fève sera de forme allongée même si on peut dire : J'ai planté deux rangées de fèves et que, dans ce cas, les fèves étaient des graines. Les concepts de notre lexique mental sont plutôt représentés par des prototypes et les cas atypiques tentent de s'en approcher. On peut donc dire À Tchernobyl, j'ai vu un canard mais il n'avait pas de plumes.


    La notion de prototype a fait l’objet de plusieurs études psycholinguistiques, remontant à E. Rosch. En voici deux exemples.

    A. Battig et Montague [K.Allen, p.324] ont demandé à des sujets de donner une liste de légumes, de fruits, de jouets, de maladies… Ils ont compté le nombre de fois qu’un terme revenait et ont ordonné les termes dans chaque catégorie selon leur fréquence. Dans le cas des légumes, la carotte était au 1e rang, la tomate au 6e  (15e dans les fruits), l’oignon plutôt rare (0,14) et le cornichon, très rare (0,006). Évidemment, scientifiquement, la carotte ou le cornichon sont des légumes s’ils répondent à la liste des critères définissant la classe LÉGUME. Mais dans l’esprit des sujets, dans leur lexique mental, une carotte est «plus un légume» que le cornichon ou l’oignon, ou plus précisément la carotte est un meilleur représentant de la catégorie que le cornichon ou l’oignon.

    B. On a procédé à un autre type de démonstration dans laquelle on présentait aux sujets des termes désignant des animaux et des oiseaux : moineau, cardinal, faucon, autruche, pingouin, poussin… en leur demandant de répondre le plus rapidement de dire s’il s’agissait d’un oiseau. Si la définition opératoire d’oiseau était la définition scientifique (ovipare, ailé…), le temps de réponse (latence) et le taux d’erreur aurait dû être le même pour tous les termes. Évidemment, les résultats furent différents : le moineau est reconnu plus rapidement et de façon plus fiable comme un oiseau que l’autruche, le pingouin ou le poussin. Le moineau est donc un meilleur représentant de la classe OISEAU que l’autruche. En résumé,  l’appartenance à une catégorie sémantique n’est pas binaire mais graduée.


    Il existe plusieurs versions de la théorie des prototypes. Dans l’une, chaque terme est associée à un prototype qui la représente (ex : moineau est le prototype de oiseau, une fraise rouge, charnue est le prototype de la fraise…). Dans une autre, il s’agit plutôt d’une accumulation de traits (ovipare, ailes, plumes, petite taille, chante, telle couleur…) et les termes qui possèdent le plus de traits sont les meilleurs représentants. Cependant, dans cette version, il se peut très bien que les meilleurs représentants ne possèdent pas tous les traits définissant la catégorie. Dans ce cas, le prototype est une construction idéale, abstraite et les meilleurs représentants s’approchent de cette définition idéale.

    Si un terme peut appartenir à une catégorie sans posséder tous les traits, on doit se demander ce qui forme le noyau de la définition.

    Reprenons l’exemple de table. Si je vous demandais de dessiner une table, je retrouverais probablement un dessin du meuble à quatre pattes, probablement carrée.

    On peut utiliser le mot table dans bien des situations qui ne correspondent pas à ce prototype, dont la plupart se retrouvent au dico (quelques extraits de l’article dans Robert):

    I Objet formé essentiellement d'une surface plane horizontale, généralement supportée par un pied, des pieds, sur lequel on peut poser des objets.

    1. Surface plane dressée à une hauteur convenable pour recevoir tout ce qui est nécessaire aux repas; spécialt de nos jours, Meuble sur pieds construit pour cet usage.

    à Table d'hôte*. Réserver, retenir une table au restaurant

    2. La table : la nourriture servie à table.

    à Personnes qui prennent leur repas, qui sont à table. [table ronde, table de concertation]

    3.Meuble formé d'une surface plane supportée par des pieds, et servant à divers usages. [le meuble lui-même, alors qu’en 1, c’était la pile de caisses qui fait office de table après le déménagement !]

    II. Surface plane. Planche, plaque, plateau, tableau (II), tablette, tablier (I). Table de machine-outil.

    à Astronaut. Table de lancement : « dispositif assurant le support et le maintien d'un véhicule spatial

    III. 1. (Dans quelques emplois) Surface plane sur laquelle on peut écrire, graver.

    2. Présentation méthodique, sous forme de liste, d'un ensemble de données, d'informations.  [table des matières]

    En résumé, table peut désigner une surface plate, petite ou grande (table de lancement), parfois avec des pattes, des tiroirs, la nourriture qu’elle contient, les gens autour, le droit d’occuper temporairement un endroit pour manger, une partie d’instrument, les informations écrites sur la surface…

    Si Robert a regroupé ces sens, c’est surtout parce que la filiation historique (l’étymologie) peut être documentée. Mais, pour un dico informatique (ex : si on veut programmer un robot pour qu’il puisse comprendre des textes), on doit se demander quels sens doivent être reliés et lesquels ne le doivent pas.

    J’ai réservé une table pour le 1e violon chez St-Hubert, chez Tanguay, chez mon luthier

    |- J’ai réservé le droit de manger chez St-Hubert [sens 1]

    |- J’ai réservé une pièce de violon chez le luthier [sens 2]

    |- J’ai réservé un meuble chez Tanguay [sens 3]

    Quel est le noyau de la définition de table  ? Comment dérivera-t-on les divers sens à partir de ce noyau  ? Pourquoi le meuble est-il le prototype de la définition ?

    Ces questions nous amènent au problème central, la polysémie (et son pendant, l’homonymie) et le problème de Searle (Scènes de la vie de banlieue) : combien de sens  ?


    Scènes de la vie de banlieue, thème inspiré du philosophe John Searle :

    C’est l’été et il fait beau. Le gazon est long et, craignant la pression des voisins, vous dites à votre robot Matrisse : «Écoute, Matrisse, coupe-moi donc le gazon». Après lui avoir décrit l’opération, Matrisse s’exécute. Il va chercher la tondeuse et coupe le gazon.

    Une heure plus tard. La famille est installée autour d’un généreux gâteau au chocolat. Comme Matrisse a bien travaillé, vous lui faites les honneurs et vous lui dites : «Hé ! Matrisse, coupe donc le gâteau !»

    Évidemment, vous n’aviez pas prévu la suite… et personne n’a eu de gâteau, ce jour-là.

    La question cruciale que Searle pose c’est : combien de sens de couper va-t-on distinguer ? On ne coupe pas le gazon comme on coupe une corde ou un gâteau. Si on distingue autant de sens qu’il y a d’objets différents à couper, la tâche est insurmontable. Bien sûr, on peut abstraire. Mais jusqu’où ? Pensez à couper la parole.

    Nous ne nous poserons pas la question aussi directement, mais elle sera toujours là, en toile de fond, comme le bruit d’une tondeuse, par un beau jour d’été.


    11. Polysémie (ambiguïté) et imprécision (vagueness)

    Si on revient aux Scènes de la vie de banlieue, la question posée par Searle est combien doit-on de sens ? Si on reprend l’exemple de couper (plus de 22 sens, sans tenir compte des nuances (à). Dans le 1e sens (- 1 nuance), on peut continuer à distinguer en se basant sur les synonymes :

    [Bianchi, 2001, La flexibilité sémantique. une approche critique", Langue française 129] La fonction associée au verbe couper prendrait ainsi quatre valeurs conventionnelles, en dépendance du contexte linguistique:

    a) couper (corde) « séparer »;
    b) couper (herbe) = « raccourcir» ;
    c) couper (peau) = « ouvrir»;
    d) couper (gâteau)  « débiter en tranches ».

    Cela peut expliquer nombre d’exemples: si, en effet, Alice demande à BilI de couper l’herbe du jardin de sa maison de campagne et que Bill commence à poignarder le gazon avec un couteau ou à le débiter en tranches ou à couper chaque fil d’herbe avec des ciseaux, on pourra affirmer que Bill n’a pas obéi à la requête littérale et non ambiguë d’Alice

    La question centrale de cette section peut être formulée ainsi : pourquoi et comment distinguer entre couper la parole, couper de la coke, couper une corde, couper le gazon… ?

    Évidemment, c’est du coupage de cheveux en 4. Mais, la Science, c’est ça. C’est pourquoi Einstein avait une chevelure abondante.

    De la même façon, cirer mon SUV, des pommes... ne désigne pas la même chose que cirer des skis. Dans le premier cas, c’est appliquer de la cire et frotter pour faire reluire, pas dans le second cas. Si on applique le test du synonyme, cirer des skis = farter des skis. On ne farte pas un SUV ou un plancher.

    On peut parer le problème en allant dans l’autre sens et en adoptant une définition assez abstraite pour regrouper tous les sens de couper  ou de cirer:

    X couper Y |-  Y est divisé en deux (ou plusieurs) parties

    X cirer Y |- X applique de la cire sur Y

    Si on va trop loin, on aboutira à un très grand nombre de sens pour chaque terme et on perd ce qui est commun. Si on demeure dans l’abstraction (ex. table : surface plane), les définitions deviennent insuffisantes pour définir spécifiquement le terme (au sens logique) : toute surface plane devient une table, couper n’est plus distinct de trancher, diviser, casser, séparer… (cf. couper le gazon mais *trancher, diviser, séparer le gazon). Si on adopte cette solution, il faut relier le sens abstrait  à des sens plus spécifiques en fonction de l’objet coupé.


    Selon qu’on décidera de rejeter une distinction ou de la garder, on oppose imprécision (vagueness ou métonymie) et polysémie (ou ambiguïté). On dira par exemple, que la distinction entre porter du lapin et manger du lapin ou entre lubrifier la voiture et laver la voiture relève de l’imprécision (lubrifier le dessous de la voiture, laver le dessus de la voiture, on peut imaginer les dégâts de Matrisse dans une garage) et que la différence entre couper la parole (interrompre) et couper la coke (diluer) relève de l’ambiguïté (polysémie).

    Un terme désigne une entité pouvant avoir plusieurs facettes (forme, fonction, mode de création, lieu occupé par l’entité, caractéristique particulière…) et on se sert du nom de l’objet pour désigner une des facettes de l’objet. Lapin désigne alors la peau du lapin ou la viande de lapin. Il y a imprécision (raccourci serait plus juste) à utiliser l’entité totale pour désigner une facette de cette entité.

    Pourquoi ne pas utiliser le terme métonymie ?

    métonymie Figure de rhétorique, procédé de langage par lequel on exprime un concept au moyen d'un terme désignant un autre concept qui lui est uni par une relation nécessaire (la cause pour l'effet, le contenant pour le contenu, le signe pour la chose signifiée)

    La seule objection est qu’il ne s’agit pas d’une figure de rhétorique, mais d’un processus fréquent, quotidien, intégré au sens neutre, non rhétorique, d’un grand nombre de mots du lexique. Lorsqu’un ami vous dit :

    1)  Hé ! J’suis stationné dans la cour. C’est correct ? 
    2)  Pis, j’ai une aile bossée. Si j’pogne celui qui a fait ça !
    3)  Tsé quoi ? Chu même pu dans l’bottin !

    Il est peu probable qu’il fasse de la rhétorique ou use d’un procédé. Mais sinon, l’imprécision et la métonymie renvoient au même phénomène. Analysons 1-3. Il y a un raccourci (normal) dans la communication.   1-3 devraient se lire :

    4)  Hé ! Mon véhicule est stationné dans la cour. C’est correct ? 
    5)  Et puis, mon véhicule a une aile bossée. Si j’attrape celui qui a fait ça ! Gare !
    6)  Tu sais ? Mon nom n’est même plus dans l’annuaire téléphonique!

    Elle imprègne même la syntaxe. En (7), de la même manière que Je suis garée dans la cour est un raccourci pour Ma voiture est garée dans la cour, ce n’est pas Julie qui a impressionné mais une propriété de Julie. De même, en (8), Julie n’a pas de propriétés coupantes. C’est son instrument qui a coupé :

    7)  Julie a impressionné Jules par sa force de caractère

    8)  Julie a coupé le pain

    L’étendue du phénomène :

    Pour un humain, ce peut être les parties du corps (une grande gueule, un chercheur de tête, des têtes dirigeantes, un nez [=concepteur de parfum], cette équipe de hockey collectionne les gros gabarits…), les vêtements (une grosse pointure, les bérets blancs, Hé, le casque, viens ici), les instruments (une bonne fourchette, un gros calibre, le 1e violon), une occupation temporaire (Hé, Martha, ta poutine caviar s’est tirée sans payer) ou plus permanente (un couche-tard, une bonne table), pour un objet, contenant/contenu (dans un sens étendu), les parties de l’objet (lubrifier la voiture) activité/lieu de l’activité, action/résultat (il a déchiré son abonnement), objet/représentation de l’objet (Julie a déchiré son coq), etc.

    1)  C’est un gros livre avec de nombreuses illustrations en couleurs [contenant]
    2)  C’est un livre très dense, difficile à comprendre [contenu]
    3)  Il a vidé une bouteille de rhum (contenu) et l’a lancé contre le mur (contenant)
    4)  Marie a repeint la fenêtre [la fenêtre dans l’ouverture]
    5)  Paul est sorti par la fenêtre [l’ouverture, qui est le sens original de fenêtre]
    6)  Si tu passes cette porte (seuil), je ne te parle plus !
    7)  Ils ont huilé la porte (physique, les gonds de la porte)
    8)  Wall-Street et  Hollywood craignent la concurrence
    9)  Hollywood est agréable à visiter
    10)  L’Auvergne vous sert les fromages sur un plateau [les gens de l’auvergne]
    11)  Bagdad se prépare à la guerre
    12)  Bagdad était superbe, au coucher du soleil
    13)  La banque dans la grand-rue a brûlé hier soir [lieu physique]
    14)  La banque est très aimable avec moi [gens]
    15)  La banque a été créée en 1900 [institution]
    16)  Marie s’est tricoté un chandail qu’elle avait vu dans Plein Deuil
    17)  John was eating rabbit (Jean mangeait du lapin) [viande]
    18)  I refuse to wear rabbit (Je refuse de porter du lapin) [fourrure]
    19)  Afier several lorries had run over the body, there was rabbit splattered all over the highway (Après que plusieurs camions eurent roulé sur le corps, il y avait du lapin partout sur l’autoroute) [toutes les parties du lapin]

    [Kleiber, Questions de sémantique]

    20)  Je suis (garé) sur la place
    21)  a) Je suis dans l’annuaire de téléphone
    22)  Picasso est au Louvre
    23)  George Sand est sur l’étagère de gauche
    24)  Paul a été heurté à l’aile par un camion
    25)  Alain Prost perd de l’huile
    26)  Maman, je suis sur la liste (des reçus au baccalauréat)
    27)  Mammouth est aussi à Strasbourg
    28)  Marie se reboutonne
    29)  L’omelette au jambon est parti(e) sans payer (G. Fauconnier, 1984)
    30)  L’hépatite du 3 ne mange toujours pas
    31)  Les culottes bleues ont gagné par 3 à O (d’une équipe de football)
    32)  Paul est bronzé (= la peau de Paul)
    33)  Marie est maquillée (= le visage de Marie)
    34)  Paul est voûté (= le dos de Paul)

    Certains verbes finir, commencer, terminer, reprendre… vont induire ce type d’imprécision :

    1)  Albert a fini son assiette (de manger, de garnir, s’il est chef, de fabriquer s’il est potier…)
    2)  Marc-André commence un roman de 2000 pages (à lire, à écrire, à réviser, à relier…)


    Tests proposés pour distinguer entre la polysémie et l’imprécision :

    La question cruciale que posait Searle est : quand s’agit-il de deux sens différents ? Quand y a-t-il polysémie et quand y a-t-il seulement imprécision ? Concrètement, doit-on mettre dans les dicos : voiture 1 : dessous de la voiture lubrifier la voiture et voiture 2 carrosserie laver la voiture. Doit-on, dans chaque article de terme désignant un contenant, préciser les sens de contenant et de contenu ? La question n’est pas simple et les dicos n’ont pas de solution à ce problème. À flacon, Robert met les deux sens (contenu/contenant) ; à fiole, flacon plat, il n’y a que contenant.

    Certains test ont été proposés pour tenter de départager la polysémie de l’imprécision. Le principe à la base de ces tests est essentiellement qu'on ne peut réunir dans une même phrase des mots de même forme et de sens différents (homonymes). Par exemple, la phrase suivante ne peut s'interpréter que selon une interprétation de avocat à la fois:

    Jules s'est payé un avocat et Julie, aussi. |- Ils ont acheté un fruit ou ils ont requis les services d'un juriste.
    *|- Jules a requis les services d'un juriste et Julie a mangé un fruit

    Jules m'attend à la porte et il est garé en double ligne

    *Il a terminé son avocat à la vinaigrette avant d’en appeler un autre
    *Le Dr. Jean-Yves cueillait des fraises le dimanche et en utilisait sur semaine pour extraire des dents
    Lorsqu’il y a deux sens reliés (polysémie), on obtient le même résultat :
    *Le 24 décembre, Karajan exécutait la 9e à Berlin et Jeb Bush, un meurtrier en Louisianne

    [Kleiber]

    15)  ? Ce plateau est lourd, mais très peu peuplé
    16)  ? Ce plateau est lourd. Il est couvert de forêts
    17)? Ce plateau, qui est lourd, est très peu peuplé
    18)? Ce plateau, qui est très peu peuplé, est lourd

    Ce processus s’appelle zeugma et est utilisé à des fins poétiques ou comiques (Boris Vian, Le pharmacien sortit sa guillotine et exécuta l’ordonnance) :

    zeugma ou zeugme n. m.

     Rhét. Construction qui consiste à ne pas énoncer de nouveau, quand l'esprit peut les rétablir aisément, un mot ou un groupe de mots déjà exprimés dans une proposition immédiatement voisine (ex. « L'air était plein d'encens et les prés de verdure » [Hugo]).

    Donc, dans le cas qui nous intéresse, si on peut conjoindre ou pronominaliser deux emplois d’un terme de manière naturelle, on a affaire à une imprécision, sinon à une ambiguïté (polysémie) :

    Jules est sorti par la fenêtre que Julie venait de repeindre (seuil/objet)
    Située au sud, l’Auvergne vous sert les fromages sur un plateau (gens/lieu)
    Ce livre est ennuyeux, mais bien relié et illustré (tome/texte ou contenant/contenu)

    [Kleiber]

    12) Ce livre est ennuyeux, mais qu’est-ce qu ‘il est bien relié
    1 3) Ce livre, qui pèse cinq kilos, est difficile à comprendre
    14) Ce livre, qui e difficile à comprendre, pèse cinq kilos
    La banque BMX, fondée en et qui était très courtoise avec moi, a brûlé en 1987

    Kleiber souligne, à juste titre, qu’il s’agit d’un phénomène sémantique et non syntaxique. Par exemple, Paul est dans l’annuaire n’est pas simplement une réduction de (Le nom de) Paul est dans l’annuaire. Sinon, les phrases suivantes devraient être acceptables :

    9) a) ? Paul n’est pas dans l’annuaire de téléphone, parce qu’il a trop de lettres (il’ son nom)
    b) ? Picasso est au Louvre. Il est recouvert de poussière (il = lesta bleaux)
    c) ? George Sand est sur l’étagère de gauche. Elle est reliée en cuir (elle = les livres de George Sand)
    d) ? Paul a été heurté à l’aile par un camion, parce qu ‘il est trop large (il = la voiture)
    e) ? Alain Prost perd de l’huile. Il devra être révisé (il = le moteur ou la voiture)
    f) ? Maman, je suis sur la liste (des reçus au baccalauréat). Je suis tout petit (je = mon nom)
    g) ? Mammouth est aussi à Strasbourg il est tout neuf (il = le ou les magasins)
    h) ? Marie se reboutonne, car elle est ouverte (elle = le corsage de Marie)

    En fait, lorsque j’utilise Paul est stationné dans la cour, je fais bien référence à Paul par l’une de ses facettes qui fondent l’homme du XXe s., le hâr. C’est bien Paul qui est garé dans la cour, mais Paul char et non Paul tronc.


    Le lexique génératif (dynamique):

    Les articles de notre lexique mental ne sont pas passifs. Ils contiennent de l’information avec laquelle on peut jouer. Ils contiennent de l’information sur ce qu’on peut faire avec l’objet en question, son aspect fonctionnel. James Pustejovsky est connu en sémantique par ces travaux défendant une version formalisée du lexique dynamique (ou génératif). Les termes sont des objets complexes définis par leur qualia, représentant les facettes sou lesquels une entité peut être envisagée : la façon dont elle est produite, ses parties constitutives (méronymes), sa fonction, etc. Une terme hérite de propriétés de ses hyperonymes. Par exemple : si un livre est un artéfact alors il hérite, par défaut, de la propriété AGENT= artéfact. On peut parler du l’essai de Marc-André dans le sens l’essai que Marc-André a écrit (ou relié).

    [Brousseau et Roberge]

    James Pustejovsky présente une typologie intéressante des cas d’ambiguïté sémantique. Celle-ci se place dans le cadre plus large d’un modèle sémantique formel qui vise à représenter la sémantique des mots au regard de la compositionnalité: le Lexique génératif. Comme le précise Pustejovsky dans son ouvrage éponyme de 1995 (The Generative Lexicon), l’objectif du modèle est de rendre compte des interactions entre le sens des mots et la compositionnalité, en tenant compte de: 1) l’usage créatif des mots dans des contextes nouveaux; et 2) la compositionnalité comme mesure d’évaluation du modèle de sémantique lexicale [concrètement l’interaction entre commencer et un livre, par ex.].

    Dans les grandes lignes, et en laissant de côté le formalisme logique utilisé, le Lexique génératif propose les ingrédients suivants. Les représentations sémantiques des mots comportent quatre niveaux: la structure d’arguments, la structure d’événement, la qualia et ce que nous appellerons la structure connectique («lexical inheritance structure»). La structure d’arguments correspond à ce que l’on entend généralement par ce terme. Elle spécifie le nombre d’arguments d’un prédicat, leur type logique et leur catégorie syntaxique. La structure d’événement identifie à quel type d’événement appartient le prédicat [on le verra plus loin]. La structure de qualia regroupe quatre modes d’explication :au sens aristotélicien du terme). Enfin, la structure connectique identifie les relations qu’entretient un mot avec les autres d’un même réseau conceptuel. C’est cette dernière structure qui permet de définir un mot au moyen d’un nitre déjà défini, qui reflète les relations d’hyponymie dans l’organisation hiérarchique des concepts.

    Les deux premiers niveaux sont particulièrement pertinents pour représenter les prédicats, alors que le troisième l’est particulièrement pour les mots qui dénotent des entités. Nous nous limiterons ici à ce niveau. La structure de qualia est le niveau qui permet de catégoriser et donc de nommer les objets du monde. Elle regroupe quatre modes d’explication, quatre rôles: constitutif, formel, télique et agentif. Le rôle constitutif décrit a relation d’une entité à ses constituants, par exemple le matériel dont elle st faite ou les parties qu’elle comporte. Le rôle formel liste les attributs qui caractérisent une entité en contraste avec les autres d’une même classe, par exemple l’orientation, l’ampleur, la forme, les dimensions, la couleur ou la position. Le rôle télique caractérise l’entité en termes fonctionnels: elle indique ce qu’elle fait ou l’usage qu’on en fait. Le rôle agentif décrit les acteurs qui ont provoqué, occasionné, rendu possible l’entité. Une entité peut, par exemple, avoir été créée par les humains (artéfact) ou résulter d’un phénomène naturel. Ces quatre niveaux sont illustrés ci-dessous. Il s’agit de représentations partielles qui ne montrent que la structure de qualia.

    [Using Complex Lexical Types to Model the Polysemy of Collective Nouns within the Generative Lexicon Patrick Caudal, TALANA, UFRL, Université Paris 7 Denis-Diderot, Paris]

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    [Labelle] En fait, livre résulte de ce que Pustejovsky appelle la notation pointée (telle qu'utilisée en C++) de deux types généraux: le type objet_physique_artefact et le type information. On peut accéder à livre.objet_physique_artefact (ce qui représente la facette physique du livre) et à livre.information. Comme artefact, il a été fabriqué, donc la qualia de livre.objet_physique_artefact est à gauche alors que la qualia de livre.information à en bas, à droite. C'est une manière de représenter formellement la notion de facette. Certains termes ont une représentation simple, comme hache qui n'a qu'une facette de type objet_physique_artefact_outil. La structure argumentale (en haut à droite) renvoie à la structure logique de livre. Brousseau et Roberge commettent une erreur: livre est un type complexe. Le terme hache serait simple.

    [Brousseau et Roberge]

    Le Lexique génératif comporte également un ensemble de mécanisme génératifs qui vont permettre de relier les quatre niveaux du qualia et qui vont dériver les interprétations compositionnelles des mots dans un contexte. Ces mécanismes sont responsables de la plupart des cas l’ambiguïté lexicale. En fait, selon Pustejovsky, le seul cas de polysémie proprement dite met en jeu des mots qui comportent des constituants internes liés par une relation logique. Des mots comme ‘porte’, ‘fenêtre’, etc., présentent en alternance un sens de figure ou un sens de fond «figure/ground». Ce sont des mots proprement polysémiques puisqu’ils ont une structure relationnelle. C’est aussi les cas des mots comme ‘bouteille, ‘verre’ ou ‘bol’, qui alternent entre un sens de contenant et un sens de contenu (cf (35)). De la même façon, des mots comme ‘construction’, ‘examen’ ou ‘enregistrement’ ont me structure qui met en relation un constituant interne ‘processus’ et un constituant ‘résultat’, et ils alternent entre ces deux sens (cf (36)).

    35) a. Il a cassé trois bouteilles de vin en servant l’apéritif.
    b. Il a bu trois bouteilles de vin à lui tout seul.
    36) a. La construction a pris plus de temps que prévu. [Processus]
    b. La construction est très solide.[ Résultat]

    Les autres types d’ambiguïté sémantique émergent de l’application le mécanismes génératifs pour dériver les interprétations compositionnelles. Trois de ces mécanismes sont pertinents pour l’ambiguïté: la coercition de type, le liage sélectif et l’extension de sens.

    La coercition de type est une opération sémantique qui convertit le type d’un argument pour que celui-ci corresponde au type qui convient au prédicat. Lors de la composition sémantique, les types d’arguments, l’événements et de qualia doivent respecter les conditions de bonne formation; ils doivent être compatibles pour pouvoir être combinés. Prenons deux exemples:

    37) a. J’ai commencé à lire Germinal
    b. J’ai commencé la lecture de Germinal
    c. J’ai commencé Germinal
    38) a. Veux-tu boire une bière?
    b. Veux-tu une bière?

    Quand on commence quelque chose, il s’agit de quelque chose qui arrive, qui se passe. On ne commence pas un livre en tant que tel, on commence à ire ou à écrire un livre. Le verbe ‘commencer’, comme le verbe ‘vouloir’ prend pour complément un événement et non pas un objet physique. La phrase en (37c) devrait être exclue parce que le type de ‘livre’. (objet physique) n’est pas compatible avec le type du complément qui est requis par le verbe (événement). Pourtant, cette phrase est généralement interprétée comme équivalente à celles en (37a et b). Cette interprétation découle de la coercition. C’est le verbe qui force une interprétation événementielle: ‘lire n livre’. Cette coercition est possible parce que le sens en question existe déjà dans le qualia de ‘livre’: elle est spécifiée par le rôle télique (cf (33)).

    Les alternances de sens entre noms dénombrables et noms de masse, ainsi que celles entre produits et producteurs, découlent également de la coercition de type:

    39) a. Le boeuf est malade depuis trois jours.    [Dénombrable]
    b. Le boeuf n’est pas très tendre mais il est savoureux. [Masse]
    40) a. Le magazine comporte maintenant plus de pages. [Produit]
    b. Le magazine a engagé trois nouveaux journalistes. [Producteur]

    La coercition ne crée pas un nouveau sens; elle choisit un constituant de sens déjà présent pour convertir le type constitutif du mot. La coercition est donc un moyen de prédire comment, dans un contexte donné, les paramètres dérivent une interprétation donnée.

    Un deuxième type d’ambiguïté est illustré par les exemples ci-dessous:

    41) a. ‘une voiture rapide = une voiture qui a de façon inhérente la propriété d’être rapide
    b. ‘une dactylo rapide = quelqu’un qui dactylographie rapidement
    c. ‘une route rapide = une route où on roule rapidement/qui permet de se rendre rapidement à destination
    42) a. ‘un bon couteau = un couteau qui a des qualités facilitant l’action de couper (coupant, maniable)
    b. ‘un bon chien’ = un chien qui a des qualités utiles, appréciées (affectueux, protecteur, chasseur)
    c. ‘une bonne route’ = une route qui a des qualités facilitant le déplacement (carrossable, rapide, agréable)

    Le mécanisme génératif à l’oeuvre ici est le liage sélectif, soit l’application de façon sélective d’une fonction à un constituant interne spécifique du qualia. Dans les expressions en (41), la propriété dénotée par la fonction ‘rapide’ n’est pas attribuée à l’entité dénotée par le nom de la même façon. Cette attribution se fait de façon directe en (41a): la rapidité est une propriété intrinsèque de la voiture. Mais en (41b,c), ce n’est ni une personne ni une route qui est rapide, mais une action: la dactylographie et le déplacement. Dans les deux cas, ‘rapide’ sélectionne un constituant précis du qualia: le rôle télique.

    Un dernier type d’ambiguïté survient lorsque des mots donnent lieu à des extensions de sens. Comme le montrent les exemples suivants, les mots prennent alors un sens totalement différent:

    43 a. J’ai mes trois enfants dans mon porte-monnaie. Tu veux les voir?
    b. Je suis garée là-bas, au coin.
    c. La soupe à l’oignon demande une autre bière.

    L’extension de sens est un mécanismes assez différent de la coercition et du liage sélectif. Elle ne met pas en jeu un sens qui fait partie au départ le la représentation sémantique. C’est un transfert de sens qui s’applique de façon générale (quoique surtout à des noms qui désignent des personnes), ;ans prendre en compte la sémantique initiale du mot qui acquiert le nouveau sens ou plutôt le nouveau référent.

    Pustejovsky: diagramme des types conceptuels (tiré de Type-construction)

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    La métaphore :

    Cette section est basée essentiellement sur le chap. 11 de Cruse 2000, Meaning in Language augmenté d’exemples tirés de Robert CD.

    Quand on pense à la métaphore, on pense aux créations songées du type :

    1. C’est une question de propreté : il faut changer d’avis comme de chemise [Jules Renard]
    2. Expérience : un cadeau utile qui ne sert à rien
    3. Le livre est un grand arbre émergé d’un tombeau [Alfred Jarry]

    Mais, plus prosaïquement, il y a aussi les innovations collectives, qui sont passés dans l’usage linguistique quotidien. On peut penser à l’extension des termes introduits par l’informatique : souris, fenêtre, naviguer, site…Il suffit de faire une recherche sur les articles de Robert CD contenant le terme fig. (figuré) pour constater à quel point la métaphore est présente dans le lexique (5373 articles). Il faudrait ajouter à cela toutes les mentions par ext. (par extension) et les sens qui diffèrent sans être spécifiquement notés comme extension métaphoriques :

    On pourrait ajouter les créations quotidiennes que tout Ducon Moyen concocte sans fanfare. Par exemple, après un déménagement, lorsqu’on désigne une pile de caisses en suggérant de déposer la pizza sur la «table», ou lorsqu’on désigne une chaise en disant : tire-toi une bûche.

    Dans tous ces cas, il y a une analogie qui est créé. On retrouve une structure présente dans une domaine dans un domaine différent. Lorsqu’on parle du pied d’une falaise, on retrouve l’équivalence le pied est au corps ce que le terrain  inférieur sur lequel repose la falaise est à la falaise. Toute analogie suppose qu’on oublie certaines différences pour se concentrer sur les ressemblances. Lorsqu’on désigne une pile de caisse comme table de fortune, on ne retient que le classificateur surface plane. C’est d’ailleurs ce qu’on a fait lorsqu’on a créé l’emploi table de lancement pour les satellites. Il ne s’agit plus de meuble, de mobilier et il n’y a plus de pattes. Certains auteurs parlent d’appauvrissement. Dans le cas de table, on est passé d’une classe plus précise (meuble, mobilier) à une classe plus large (surface plane) pouvant s’appliquer à un plus grand nombre de cas.

    C’est une question de propreté : il faut changer d’avis comme de chemise [Jules Renard]

    Ici, l’auteur fait, avec une humour fin de siècle, l’analogie suivante : le changement de chemise est à la propreté du corps ce que le changement d’avis est à la propreté l’esprit.

    Notons qu’il joue sur la polysémie de changer : Jules a changé de chemise et moi, d’avis a un effet comique que n’a pas le banal Jules a changé de chemise et moi, de pantalon. Robert classe effectivement changer de vêtement (se changer) dans un sens différent de changer d’avis (¹ se changer).

    Cruse cite Max Black comme précurseur des théories actuelles de la métaphore et qui basait la métaphore sur l’analogie. Pour Black, on applique à au sujet primaire (visé) les propriétés relevant du sujet secondaire. L’exemple que donne Black est Marriage is a zero-sum game (litt. Le mariage est un jeu à gain nul) : le mariage est une lutte, entre deux rivaux, où tout gain se fait aux dépens de l’autre. Le mariage est le sujet primaire (visé) auquel on attribue les propriétés d’un jeu sans gagnant, sujet secondaire. Il n’y a pas d’analogie toute faite : l’analogie est créé par la métaphore et pour la comprendre il faut recréer les propriétés normales du sujet secondaire pour les appliquer au sujet primaire. Il faut pouvoir retrouver dans le mariage les propriétés du jeu à gain nul.

    Différentes écoles exploiteront divers aspects d l’analogie. Sperber et Wilson (relevance theory) insistent sur l’aspect pertinence optimale : on s’en tient aux propriétés analogiques les plus pertinentes dans le contexte. Lakoff insiste sur le fait que les métaphores sont souvent fondées sur des analogies profondes, sensori-motrices : figure/fond, contenant/contenu, objet/lieu… Plusieurs métaphores sont en effet basées sur la localisation spatiale ou une analogie spatiale :

    1. Youppi ! Noël s’en vient !
    2. Le jour le monde s’est arrêté.
    3. La fin du monde est proche ! Repentez-vous !
    4. Wall-Street s’écroule, capote
    5. La proffe est sortie de ses gonds
    6. Ça revient toujours à la même chose
    7. Il arrive parfois que…
    8. [Roméo à Juliette:] Pis ! T’es tu venu ?
    9. Comment ça va ?
    10. Le coup est parti tout seul.
    11. Hé ! Ton char, i’ s’en retourne !
    12. [Au téléphone :] R’gardez-là, on m’a coupé mon chômage.
    13. Ça, c’est un politicien qui a reviré de bord souvent.
    14. T’es-tu viré su l’top ?

    Question d’évaluation : Expliquez la différence entre métaphore et métonymie, à partir d’un exemple pour chacune.


    Les questions importantes de cette section:

    Qu’est-ce qu’une condition nécessaire et suffisante, en ce qui concerne une définition ? Donnez un exemple en expliquant. Vous devez être capable d’en reconnaître une.

    Quelles sont les composantes d’une définition ? Donnez un exemple.

    Qu’est-ce qu’un champ sémantique ? Donnez un exemple avec 5 termes. Vous devez être capable de distinguer un champ sémantique d’un champ thématique.

    Définissez hyperonyme logiquement. Donnez un exemple.Définissez hyperonyme linguistiquement pour les noms et les verbes en donnant un exemple pour chaque cas.

    Quelles sont les quatre propriétés de l'hyperonyme? Donnez un exemple pour chaque cas.

    Définissez hyponyme logiquement. Donnez un exemple.

    Définissez hyponyme linguistiquement pour les noms et les verbes en donnant un exemple pour chaque cas.

    Définissez synonyme logiquement (donnez un exemple) et linguistiquement.

    Pourquoi la synonymie totale n'existe-t-elle pas? Donnez un exemple.

    Définissez antonyme logiquement en donnant un exemple.

    Long et court sont-ils antonymes dans tous les cas? Expliquez.

    Qu'est-ce qu'un antonyme réciproque ? Exemple.

    Définissez méronyme/holonyme avec exemples.

    Définissez homonyme selon Robert et selon les sémanticiens. Quel est le rapport avec la polysémie?

    Quels sont les 4 critères qui peuvent être utilisés pour distinguer les sens d'un mot.

    Qu'est-ce que la théorie des prototypes, par rapport aux conditions nécessaires et suffisantes ? Donnez deux exemples de validation expérimentale.


    Dites si les termes soulignés suivants sont des cas de métaphore, métonymie (imprécision) ou aucun de ces deux choix. Il y a parfois deux cas par phrase. Justifiez votre réponse.

    1. les cols bleus envisagent de faire la grève
    2. Ils ont reçu une avalanche de protestations
    3. Cette histoire-là, c’est de la dynamite
    4. Éteindre l’ordinateur
    5. Finir son assiette
    6. Ils ont baissé les bras devant l’apathie générale
    7. Elle est entrée dans un café
    8. Pour manger une coquille St-Jacques
    9. Où êtes-vous, dans l’échelle salariale  ?
    10. Elle attend à arrêt d’autobus
    11. C’est son cheval de bataille
    12. Des calomnies infamantes
    13. Votre déménagement est arrivé
    14. Mettre en place des mesures d’austérité
    15. C’est un combat inégal
    16. M.d’Artagnan, vous êtes une fine lame
    17. «Lavé, lavé» a récolté tous les honneurs
    18. M. Indurain [champion du Tour de France], vous êtes un fervent de la pédale
    19. Vous avez choqué les oreilles pudiques
    20. Elle l’a foudroyé du regard
    21. Le mec s’est tiré dans ta caisse
    22. Sa boîte l’a viré
    23. Il a reçu un coup de pétard dans le buffet (Queneau, Maître draveur)
    24. Tout le régiment connaît Lucie.
    25. Apporter un bouteille de vin
    26. Téter le boss
    27. Toute la ville en parle

    Autre exercice sur la métonymie, la polysémie et le test de polysémie. à venir

    (...à venir)