mise à jour: mai 2004, Françoise Labelle
Dans cette partie nous examinons les propriétés sémantiques des mots de différentes catégories syntaxiques (noms, adjectifs, verbes, adverbes, prépositions) dun point de vue lexical. Nous prendrons les dictionnaires comme point de départ commode. Nous examinerons la forme idéale dune définition et nous introduirons les notions de champ sémantique, de polysémie, ambiguïté, imprécision, homonymie, antonymie, hyperonymie et hyponymie.
Biblio autre quofficielle :
2.1 Le sens lexical et la notion de conséquence logique (inférence)
Notre objectif est donc, dans cette partie, détudier les éléments du lexique (noms, verbes, adjectifs ) dune façon méthodique, un peu comme si on programmait un robot, appelons-le Matrisse (comme le peintre !), pour quil puisse comprendre le français. Du point de vue lexical, notre point de vue se traduit par la question suivante : lorsque jemploie le mot savon dans la phrase Matrisse, il y a un savon sur la table, il faudrait quil comprenne, entre autres, quil y a un produit utilisé pour le lavage qui est sur la table (savon peut désigner une réprimande également). Lemploi du terme produit génère lui-même ses propres inférences (non comptable cf. Jai mis du produit X dans lévier, fabriqué, par exemple) dont savon héritera. Prenons pour point de départ les définitions des dicos, bien que les dictionnaires ne soient pas conçus comme des dictionnaires scientifiques et ne soient pas directement utilisables informatiquement. Nous introduirons les critères pour une définition idéale, tels quon les retrouve dans les taxonomies scientifiques (biologie, zoologie, botanique voir un exemple de taxonomie plus bas) ou dans les définitions juridiques (voir par ex. http://lois.justice.gc.ca/fr/T-19.8/90051.html).
2.2. Condition nécessaire et suffisante
Une définition dans un dictionnaire devrait être, idéalement (scientifiquement), une condition nécessaire et suffisante. Prenons la définition de banque [canard anglo-saxon] dans Robert :
banque : Établissement habilité à gérer des fonds reçus du public, employés en opérations de crédit ou en opérations financières.
doberman :Chien de garde, haut et svelte, à poil ras, généralement noir et feu.
Une condition nécessaire veut dire que lorsquon emploie le mot banque, alors toutes les composantes de la définition sont vérifiées. En terme dinférence, ces composantes doivent apparaître dans les conséquences logiques de lemploi de banque.
Jules a rendez-vous à la banque |- Jules a rendez-vous dans un établissement, cet établissement est habilité à gérer des fonds publics
Il y a des tulipes dans le vase |- Il y a des fleurs dans le vase
Il y a des tulipes dans le vase |- Il y a des plantes dans le vase
On a vu un doberman dans le bois |- On a vu un chien dans le bois
On a vu un doberman dans le bois |- On a vu un mammifère/un animal dans le bois
Pour que ça soit suffisant, il faut que la réciproque soit vraie, cest-à-dire que dès quon parle dun Établissement habilité à gérer des fonds reçus du public, employés en opérations de crédit ou en opérations financières, alors on conclut quil ne peut sagir que dune banque, quil ny a aucun autre terme correspondant à la définition. Dans le cas de banque, sil y a dautres établissements habilités à gérer des fonds publics, à faire crédit et à placer les fonds reçus, par ex., les société de fiducies (voir le lien ci-haut), les compagnies dassurances, les maisons de courtage, Asshole Finance ), alors la condition nest pas suffisante pour identifier le terme. Lemploi de et plutôt que ou dans la définition permettrait de resserrer la définition.
De toute évidence, pour juger si une condition est suffisante (si elle isole bien le terme défini), il faut évaluer les termes ayant un sens apparentés (appartenant au même champ sémantique, comme on le verra plus loin). Cest une partie de la définition qui est rarement satisfaite par les définitions des dicos.
Comme second exemple, voici la définition de fable par Robert :
fable Petit récit en vers ou en prose, destiné à illustrer un précepte.
[condition nécessaire] Réjean Lafontaine écrivait des fables |- Réjean Lafontaine écrivait des récits, ces récits étaient en vers ou , ils illustraient des préceptes
Pour évaluer si la définition est suffisante, i.e. si elle suffit à isoler le terme, il faut comparer la définition de fable aux autres termes du champ sémantique :
Daprès ces définitions, les légendes et les mythes sont de tradition populaire alors que la fable peut très bien ne pas lêtre. Le conte sert à distraire alors que la fable a un aspect moral. De même pour la nouvelle. La composante [destiné à illustrer un précepte] permet disoler suffisamment le terme, étant donné ce champ sémantique limité. La définition est donc suffisante.
En pratique, il est arrive souvent que des définitions des dicos ne soient ni nécessaires ni suffisantes. Elles satisfont au critère nécessaire si on restreint la définition à lemploi prototypique du terme. On va voir pourquoi plus loin.
Exercice Ces définitions sont-elles des conditions nécessaires et suffisantes. Pourquoi ?
a) chat : animal domestique à fourrure
b) chat : mammifère carnivore (félidés), à oreilles triangulaires et griffes rétractiles
Question dévaluation Quest-ce quune condition nécessaire et suffisante, en ce qui concerne une définition ? Donnez un exemple en expliquant. Vous devez être capable den reconnaître une.
Exercice : Voici des termes donnés comme apparentés au terme créance. La définition de Robert CD est-elle nécessaire et suffisante ? Justifiez.
- créance: Droit en vertu duquel une personne (créancier) peut exiger de qqn (débiteur) qqch., et spécialt une somme d'argent
- gage : Ce qu'on dépose ou laisse entre les mains de qqn à titre de garantie.
- hypothèque: Droit réel accessoire accordé à un créancier sur un immeuble en garantie du paiement de la dette, sans que le propriétaire du bien grevé en soit dépossédé
- nantissement : Contrat par lequel un débiteur remet, fictivement ou effectivement, un bien à son créancier pour sûreté de sa dette.
- découvert : Montant d'une dette, d'une dépense excédant les disponibilités du débiteur.
- dette : Obligation pour une personne (débiteur) à l'égard d'une autre (créancier) de faire ou de ne pas faire qqch., et spécialt de payer une somme d'argent.
Exercice : Voici quelques outils de travail de Bonnie et Clyde, tels que définis par Robert CD Les définitions sont-elles nécessaires et suffisantes ? Justifiez.
- pistolet : Arme à feu courte et portative
- revolver : Arme à feu courte et portative, à répétition, munie d'un magasin qui tourne sur lui-même
- parabellum : Pistolet automatique de fort calibre.
- fusil : Arme à feu portative constituée d'un long canon et d'une monture munis de dispositifs de visée et de mise à feu des projectiles
- carabine : Fusil léger à canon court
Remarque : La notion de conséquence |- étant partiellement semblable au connectif logique -> (si), on retrouvera dans certains volumes, la définition suivante de la condition nécessaire et suffisante :
terme <-> définition (ou synonyme)
i.e. terme -> définition (ou synonyme) et définition (ou synonyme) -> terme
En résumé, idéalement, toute définition dun des sens dun terme du dico devrait être une condition nécessaire et suffisante, puisquelle caractérise le terme à définir (condition nécessaire) et quelle le caractérise de manière unique (condition suffisante).
Notons enfin quun vrai synonyme est une définition nécessaire et suffisante mais qui ne comporte quun mot.
2.3 Les composantes dune définition
Décortiquons un peu la forme dune définition, avec larticle fraise
Fraise1
- Fruit rouge, dont la partie comestible est un réceptacle épanoui en masse charnue qui porte les akènes.
- Fraise chinoise.
- Fam. Lésion de la peau (Þangiome, nævus).
- Fam. Figure.
Fraise2
Bouch. Membrane qui enveloppe les intestins du veau et de l'agneau
Fraise3 (probablement métaphore de 2)
- Collerette empesée et plissée sur plusieurs rangs que portaient hommes et femmes au XVIe et au début du XVIIe s.
- Membrane charnue, granuleuse et plissée d'un rouge violacé, qui pend sous le bec du dindon. Þcaroncule.
Fraise4 (probablement métaphore de 2 ou3)
Technol. Outil de coupe entraîné par une machine rotative (Þfraiseuse) pour usiner le bois, le métal.
En terme logique, la conséquence logique étant une relation entre phrases (ou propositions), la définition peut être reformulée comme suit :
1. X est une fraise1 |- X est un fruit, X est rouge, X est comestible, X a une masse charnue
2. Jules a mangé des fraises1 |- Jules a mangé des fruits
En dautres termes, si on accepte la phrase (3), on doit accepter les phrases en (4)
3. Jules a mangé des fraises
4. Jules a mangé des fruits, Jules a mangé quelque chose qui portait des akènes, Jules a mangé quelque chose de rouge
Évidemment, on peut ajouter une information qui annule une partie de la définition : cest vrai pour la définition du dico comme pour linférence logique. Une fraise (non typique) peut-être verte ou blanche, et, dans ce cas, ne pas être vraiment comestible, mais elle doit être un fruit pour que ce sens soit valide :
Jules a ramassé des fraises mais elles nétaient pas mangeables (pas rouges)
Jules a ramassé des fraises mais ce nétait pas des fruits [cétait des collerettes ou des outils]
Lemploi de mais est, comme on le verra, lié à des attentes normales annulées. En réalité, la définition de fraise telle que donnée par les dicos est celle dun prototype (ou stéréotype) culturel. Cest le cas pour la plupart des termes. Si on demande à des sujets de dessiner une fraise, ils la dessineront plutôt charnue que desséchée, plutôt rouge que verte ou blanche. La définition donnée par un botaniste serait très stricte et nadmettrait pas dannulation mais elle ne correspondrait pas à lintuition des Ducon Moyen. La définition du Robert pourrait également être resserrée (ex : on pourrait dire rouge à maturité, généralement rouge) mais il faudrait mettre généralement partout dans les dicos. On revient plus loin sur les notions de prototype et de polysémie. Concentrons-nous pour linstant sur les composantes dune définition.
[Brousseau et Roberge, Syntaxe et sémantique du français] Une bonne définition contient généralement deux parties: un classificateur et des distingueurs [néologisme, de distinguisher]. Le classificateur, [qui doit être de la même catégorie syntaxique que le terme défini] est le nom de la catégorie plus générale à laquelle le concept appartient. (Nous lidentifierons par le soulignement dans les définitions.) Les distingueurs sont tous les attributs nécessaires et suffisants qui permettent de distinguer le sens dun mot en opposition à tous les autres mots qui partagent le même classificateur ou qui précisent le classificateur. Le Petit Larousse utilise le classificateur [meuble] pour définir table et le classificateur [objet mobile] pour définir meuble:
(11) table (L): Meuble composé dun plateau horizontal posé sur un ou plusieurs pieds.
(12) meuble (L): Objet mobile servant à laménagement ou à la décoration dun lieu.
[partie darticle du Robert]
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Remarque : La définition est plus générale chez Robert parce quelle doit sappliquer à table de lancement, alors que Larousse (et Lexis) ont fait deux entrées différentes. La définition est plus abstraite.
[Brousseau et Roberge] Dans la définition en (11), les deux distingueurs [composé dun plateau horizontal] et [posé sur un ou plusieurs pieds] permettent de définir table de façon distinctive, en contraste avec les autres mots qui sont définis par le même classificateur [meuble]: bureau, commode, fauteuil, lit, etc. Dans les deux définitions de chat en (10), répétées ci-dessous, les classificateurs sont respectivement [mammifère familier] et [mammifère carnivore], qui appartiennent eux-mêmes à la classe plus générale [mammifère].
Cest que les classifications peuvent se croiser. Nous lavons vu plus haut (cf. les exemples en (9)): il y a plusieurs façons de classer des entités, de les identifier à des concepts plus larges. Et comme une définition ne contient quun seul classificateur, on doit faire des choix. Tous les autres éléments (non soulignés) des définitions en (11), (12) et (13) sont des distingueurs. Ils devraient permettre de distinguer les tables de tous les autres meubles (bureau, lit, chaise, etc.); les chats de tous les autres mammifères familiers (vaches, chiens, chevaux, etc.) ou de tous les autres mammifères carnivores (loups, chiens, ours, etc.). Le choix dun classificateur a donc des conséquences sur le choix des distingueurs qui composent la définition. |
Exercice : Indiquez les classificateurs et les distingueurs. Expliquez comment les distingueurs permettent de distinguer le terme de dautres termes dans la même classe.
- fiole : Petite bouteille de verre à col étroit utilisée spécialement en pharmacie.
- fistule : Canal d'origine congénitale, accidentelle ou artificielle, par où s'écoule un produit physiologique
- fibre : Formation élémentaire, végétale ou animale, d'aspect filamenteux, se présentant généralement sous forme de faisceaux.
- aqueduc : Canal souterrain ou aérien destiné à capter et à conduire l'eau d'un lieu à un autre. [Comme deuxième sens : Anat. Nom de certains conduits anatomiques. Les aqueducs de l'oreille.]
Notons que, parfois, dans un dico, on donnera un synonyme comme définition. Par ex., à fiole, on retrouve un deuxième sens, défini par le synonyme tête. De même, parfois on retrouve Ce qui sert à Le pronom ce désignant la catégorie très générale inanimé.
[Brousseau et Roberge ] En résumé, une bonne définition doit respecter les deux critères suivants:
Le deuxième critère spécifie quune définition ne doit pas contenir plus que les attributs nécessaires pour distinguer C. Cette contrainte est propre à la sémantique (et aux dictionnaires). Elle ne sapplique évidemment pas à notre faculté cognitive générale (ni aux encyclopédies), pour laquelle il ny a pas de contrainte sur la quantité maximale dinformations. Les connaissances que lon a concernant un concept incluent toutes sortes dinformations encyclopédiques, en plus des distingueurs. On sait des chats quils miaulent, quils ronronnent, quils voient dans le noir, quils provoquent des allergies. Jusquà quel point une définition doit-elle contenir ce type dinformations? Donc, dans une définition, on retrouve des composantes qui classent le terme défini dans un ensemble plus vaste (les classificateurs) et des propriétés permettant de distinguer le terme défini de ses voisins. Dans la tradition européenne, vous retrouverez le terme sème pour désigner une composante dune définition, classème pour désigner les sèmes classificateurs, sémème pour désigner lensemble structuré de sèmes qui forment une définition. |
Idéalement, les classificateurs devraient semboîter comme dans une taxonomie en zoologie ou en botanique. Ce type dorganisation est implicite (et parfois incomplet) chez Robert. Mais Robert ou Larousse sont destinés aux Ducon Moyen, pas aux scientifiques ou à lordi. Exemple de taxonomie :
2. 4 Champ lexical (ou sémantique)
Une définition devrait être composée dun classificateur (ex : table= meuble ) et de distingueurs qui départagent les membres dune même classe. Nous définirons le champ sémantique dun mot comme lensemble des mots de même catégorie syntaxique partageant dans leur définition le même classificateur (= hyperonyme ci-bas). Les membres dune même classe, sils sont de même catégorie syntaxique, forment un champ sémantique. Si des termes partagent un même classificateur, ils doivent être de la même catégorie syntaxique. Comme le soulignent Brousseau et Roberge, il y a plusieurs façons de classer les termes et, il y aura donc des variations dans les champs lexicaux dun ouvrage à lautre. Ex. de taxonomie : Errata: interchangez placentaire et marsupial
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Exemple classique danalyse sémique : Tirez-vous une bûche ! (sous genre des meubles) Pottier
| SÈME |
pour s asseoir |
matériau rigide |
pour une personne |
sur pied(s) |
avec dossier |
avec bras |
| siège |
+ |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
| chaise |
+ |
+ |
+ |
+ |
+ |
- |
| fauteuil |
+ |
+ |
+ |
+ |
+ |
+ |
| tabouret |
+ |
+ |
+ |
+ |
- |
- |
| canapé |
+ |
+ |
- |
+ |
+ |
0 |
| pouf |
+ |
- |
+ |
- |
- |
- |
Il sagit dun sous-genre des meubles : (condition nécessaire). Une chaise est un meuble. De plus, on constate que, dans lesprit du concepteur, siège est indéterminé pour plusieurs caractéristiques (0) : un siège peut être mou ou dur, sur pied ou non Cest en fait le terme non marqué qui chapeauterait le sous-genre : les meubles contiendraient, entre autres, les sièges qui contiendraient les membres plus spécifiques (lhyperonyme). Une chaise, un canapé sont des sièges. Prends un siège ! pourrait être approprié dans une situation où il y a des poufs, des fauteuils, des tabourets Si vous consultez le Robert CD, vous constaterez que la structure présentée est respectée. Cest incomplet et on pourrait ajouter dautres membres (chaise longue, chaise haute ) : il faudrait ajouter dautres traits (ou sèmes) : pliable, pour bébé Mais, siège perdrait son statut (Prends un siège, mon bébé !)
Dans le champ sémantique des récits, présenté plus haut, le terme récit est le terme non marqué qui sert de classificateur (dhyperonyme) dans les définitions de Robert.
{ nouvelle, conte, fable, légende, mythe, récit }
Lehman et Martin-Berthet [Introduction à la lexicologie]: Les traits pertinents sémantiques sont appelés « sèmes », ou « traits sémantiques » ou encore « traits lexicaux ». Ils sont donc issus de la comparaison de la signification des mots du champ étudié et ne retiennent quune succession doppositions (matériau rigide, pour une personne...). Parmi les sèmes, il y a aussi bien des sèmes génériques qui caractérisent toute une classe sémantique que des sèmes spécifiques, qui permettent de distinguer. à lintérieur dune classe, les différents mots. Dans ce tableau, le sème pour sasseoir est commun à tous les mots et indique leur appartenance à la classe. Les autres sèmes servent à opposer les mots les uns aux autres dans la classe. Dans la terminologie de B. Pottier. lensemble des sèmes génériques sappelle « classème » et celui des sèmes spécifiques « sémantème ». Chaque ligne horizontale de cet exemple représente le sémème (= lensemble des sèmes) dun mot donné. Ainsi le sème générique [pour sasseoir] et les sèmes spécifiques [matériau rigide], [pour une personne], [sur pieds] définissent le sémème correspondant au mot tabouret. [pour sasseoir] constitue tout seul le sémème de siège, terme qui peut remplacer tous les objets dénommés par les autres mots de la liste et qui est donc, par rapport à eux, lhyperonyme ou larchilexème le plus proche. Les autres mots de ce champ sémantique sont des hyponymes de siège. Si le mot est polysémique, il a plusieurs sémèmes. Quant aux mots monosémiques, ils nont quun sémème. |
Voir les deux sites français sur les «synonymes» (Liens dintérêt du site). Remarquons que le terme synonyme utilisé sur ces deux sites est discutable: ce sont plutôt des éléments dun même champ sémantique. Leur définition de synonyme est celle de synonyme (très) partiel. Il suffit que deux mots (ex : maison et domicile) partagent un contexte commun pour quils soient considérés comme synonymes. Dans le sens classique du terme, des synonymes doivent partager un grand nombre de contextes communs.
Autre exemple super-classique (et de bon goût) : les habitations (incomplet, cf.G.Mounin)
{ abbaye, aérium, appartement, asile, auberge, baraquement, baraque, bâtiment, bâtisse, bastide, bastidon, bicoque, bouge, borde, building, cabane, cabanon, bungalow, buron, cabanon, cahute, cambuse, cagna, cahute, caravansérail, casbah, case, caserne, chalet, château, chartreuse, chaumine, chez-soi, castel, châtelet, chaumière, cloître, closeau, communs, }
Ex1 : Dans Robert CD, on peut partir de lélément dune classe inférieure, ex : {cactus, joubarde, oponce, cierge} et remonter vers des classes plus inclusives : plantes grasses < plante < végétal < être vivant. Le terme végétal est défini comme être vivant ; plante est défini comme végétal ; etc.
- cactus : Plante grasse (cactées), de genre oponce, des régions chaudes et arides, naturalisée en Europe méridionale, à tiges riches en suc et épineuses.
- oponce : Plante grasse (cactées) à tiges aplaties en raquettes portant des tubercules épineux d'où sortent de grandes fleurs.
- joubarde : Plante grasse (crassulacées), à tige velue et à feuilles charnues groupées en rosette d'où s'élève une panicule de fleurs roses ou jaunâtres.
- cierge : Plante grasse de l'Amérique tropicale (cactées) qui forme de hautes colonnes verticales.
Ex2: (Robert CD, recherche par critères ) : lutilisation du terme alliage semble systématique
- acier : Alliage de fer et de carbone (moins de 1,5%),
- almasilicium : Alliage léger inoxydable d'aluminium, magnésium et silicium.
- alpax : Alliage d'aluminium et de silicium affiné.
- amalgame : Alliage du mercure et d'autres métaux (qu'il liquéfie).
- argentan : Alliage de cuivre, zinc et nickel imitant l'argent.
- duralumin : Alliage léger d'aluminium, de cuivre, de magnésium et de manganèse.
- fonte : Alliage de fer et de carbone
Ex3 : Fibre textile (tissu) (sous-domaine des fibres)
En résume, pour donner une définition idéale, objectif vers lequel tendent les dicos, il faut répondre à ce quon appelle la CNS (condition nécessaire et suffisante). Pour atteindre cet objectif, il faut dabord a) avoir devant soi tous les termes dun domaine (champ) sémantique à définir et b) pouvoir répondre à la CNS, i.e. que la définition doit se lire dans les deux sens :
duralumin : Alliage léger d'aluminium, de cuivre, de magnésium et de manganèse.
a) Si x est du duralumin (|-) x est un alliage léger d'aluminium, de cuivre, de magnésium et de manganèse.
b) Si x est un alliage léger d'aluminium, de cuivre, de magnésium et de manganèse (|-) x est du duralumin (et il ny a pas dautres possibilités)
Dans léchantillon proposé, ça semble tenir. Donc, la définition est nécessaire et suffisante.
Peut-on dire la même chose pour les fibres textiles ?
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Exercice : Voici des extraits de définitions du Robert CD. Établissez la classification taxonomique en arbre. Quels sont les classificateurs ? Essayez détablir les propriétés distinctives (les sémantèmes) de chaque groupe.
- embarcation Bateau de petite dimension
- bateau Construction flottante destinée à la navigation
- vedette Petite embarcation automobile rapide
- navire Construction flottante de forme allongée, pontée, destinée aux transports sur mer
- cargo Navire destiné surtout au transport des marchandises.
- pédalo Petite embarcation à flotteurs mue par une roue à pales qu'on actionne au moyen de pédales.
- péniche Bateau fluvial, à fond plat.
- bâtiment Bateau de fort ou de moyen tonnage.
- baleinier Navire-usine équipé pour le traitement industriel des baleines capturées par de plus petits bateaux
- brise-glace Navire à étrave renforcée, spécialement construit pour la navigation arctique.
- caboteur Navire côtier
- chaland Bateau, allège à fond plat employé sur les fleuves et dans les rades pour le transport des marchandises.
- chalutier Bateau armé pour la pêche au chalut [filet qui racle les fonds]
- garde-côte Petite embarcation chargée de la surveillance douanière et de surveiller la pêche le long des côtes
On peut procéder au même type danalyse avec les verbes (les adjectifs ) :
{ tuer, assassiner, liquider, égorger, exterminer, décapiter, exécuter, occire, poignarder, empoisonner, descendre, noyer, asphyxier, refroidir, achever, terrasser, buter, fusiller, guillotiner, étrangler, massacrer, zigouiller, foudroyer, suicider, abattre, électrocuter, estourbir, supprimer, immoler, suriner }
Ce qui nest pas un champ sémantique : Il ne faut pas confondre un champ thématique avec un champ sémantique. Sur Internet, les auteurs dun site (http://www.ai.univ-paris8.fr/corpus/lurcat/listelit.htm) présentent ce quils croient être un champ sémantique (= lexical) de la littérature française. Est-ce exact ? Pourquoi ?
{ académicien, académie, académie Goncourt, académie des inscriptions et belles-lettres, annales, art, auteur, bande dessinée, comédie, conte, créateur, dramatique, dessinateur, écrivain, éditeur, édition, énigme, épître, histoire, historique, impression, immortel, légende, lettre, littéraire, littérature, littérateur, livre, naturalisme, oeuvre, ouvrage, poétique, poète, personnage, prosateur, prose, publication, récit, rocambolesque, roman, satirique, scénariste, socialiste, texte, théâtre, trilogie, }
Réponse : Les membres dun champ lexical partagent un même classificateur. Ils doivent donc être au moins de la même catégorie syntaxique. Dramatique est un pauvre adjectif perdu parmi les noms. Quel est le classificateur commun à académie et académicien ? Un académicien est un membre (au sens humain !) dune académie alors quun ouvrage (dans le sens visé) est un texte scientifique, technique ou littéraire. Les deux termes nappartiennent pas au même champ lexical. Il sagit plus dun champ thématique tel quon en retrouve dans les thésaurus, les dictionnaires thématiques. Notons quil y a aussi un autre type de dictionnaire, plus récent, le dictionnaire de collocations qui présente les termes le plus fréquemment utilisés avec un terme donné. Ex : célibataire endurci, politicien véreux, entrée de jeu, vie dartiste, vie de chien
Question dévaluation : Quelles sont les composantes dune définition ? Quest-ce quun champ sémantique ? Donnez un exemple avec 5 termes. Vous devez être capable de distinguer un champ sémantique dun champ thématique.
Comme entrée en matière, allons voir WordNet, qui est la tentative la plus poussée pour rendre compte des relations lexicales de lensemble du lexique anglais. cf. bank [Voir site pour intro à WordNet].
Nous prendrons comme exemple le champ sémantique (très partiel) des vêtements et sous- vêtements de Robert CD :
- vêtement objet fabriqué pour couvrir le corps humain, le cacher, le protéger, le parer (coiffure, chaussures, linge, habits et accessoires)
- sous-vêtement Vêtement de dessous (de tissu, tricot, etc.). Synonyme: dessous
- robe Vêtement qui entoure le corps.
- blouse Vêtement de travail que l'on met par-dessus les autres pour les protéger.
- cafetan Vêtement oriental, ample et long.
- camisole Vieilli Vêtement court, à manches, porté sur la chemise.
- cape Vêtement de dessus, sans manches, qui enveloppe le corps et les bras.
- casaque Vx Vêtement de dessus à larges manches.
- chasuble Vêtement sacerdotal en forme de manteau à deux pans, que le prêtre revêt par-dessus l'aube et l'étole, pour célébrer la messe.
- chaussette Mod. Vêtement de maille qui couvre le pied et le bas de la jambe.
- combinaison Sous-vêtement féminin, comportant un haut et une partie remplaçant le jupon (cf. Fond* de robe).
- porte-jarretelles Petit sous-vêtement féminin qui s'ajuste autour des hanches et qui est muni de quatre jarretelles pour attacher les bas.
- gaine Sous-vêtement en tissu élastique enserrant les hanches et la taille (femmes).
- bustier Sous-vêtement féminin ou corsage sans bretelles, qui maintient le buste jusqu'à la taille.
- caleçon Sous-vêtement masculin, culotte à jambes longues (caleçon long) ou, plus souvent, courtes.
- caraco Mod. Sous-vêtement féminin droit et court, à bretelles, couvrant le buste.
- collant Sous-vêtement féminin qui unit bas* et culotte.
La taxonomie explicite de Robert CD comprend donc les ensembles suivants: objet fabriqué [artefact] > vêtement > sous-vêtement (= vêtement de dessous) > { combinaison porte-jarretelles gaine bustier caleçon caraco collant }
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2.5.1 Hyponymes et hyperonymes : La définition de ces termes est intuitivement simple : dans une taxonomie (ou un dico), la (les) catégorie(s) supérieure(s) (les classificateurs) sont des hyperonymes des classes ou des éléments inférieurs et par rapport, aux classes, les éléments inclus sont des hyponymes. Il sagira toujours de mots de la même catégorie syntaxique : si deux termes partagent lhyperonyme vêtement, ils doivent être des noms.
Pourquoi ne pas utiliser le terme classificateur plutôt quhyperonyme? Parce que ce mot est moins répandu et lié à une définition de dico. De plus, il ny a pas de terme inverse pour classificateur [et de plus, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?]
Donner une définition précise est plus délicat. Dans les manuels, on retrouve la définition linguistique suivante, qui nest valable que pour les noms :
[déf. linguistique1] A est un hyperonyme de B si B est un A (une sorte/type/espèce de A) et si A est un classificateur de B.
Ex : Sous-vêtement est un hyperonyme de collant puisque un collant est un (une sorte de) sous-vêtement. Par contre, sous-vêtement nest pas un hyperonyme de robe puisque robe nest pas une sorte de sous-vêtement.
Mais, cette définition na pas de sens pour les verbes. WordNet propose la solution suivante pour les verbes :
[déf. linguistique2] A est un hyperonyme de B si B est une façon de A. (B is one way to A).
Ex : Assassiner (trucider, descendre, occire ) qqn est une façon de tuer qqn
Si on veut donner une définition vraiment générale et applicable aux noms comme aux verbes, il faut eh, oui ! passer par linférence logique.
[déf. logique] A est un hyperonyme de B si
1) linférence dans laquelle A remplace B est valide et
2) linférence dans laquelle B remplace A nest pas valideEx : nom :
Un collant traîne sur le tapis |- Un sous-vêtement traîne sur le tapis
Un sous-vêtement traîne sur le tapis *|- Un collant traîne sur le tapisEx : verbe :
Jim a embrassé Marie |- Jim a touché Marie
Jim a touché Marie *|- Jim a embrassé Marie
En général, nous donnerons deux types de définitions pour les relations lexicales. Chacune a ses limites et il faut utiliser toutes les armes à notre disposition dans notre alliance contre le Mal.
Propriétés de lhyperonyme :
1. Transitivité : En termes dinférence, dans une taxonomie stricte (ex :WordNet), la relation dhyperonymie est transitive : si A hyperonyme de B et B est une hyperonyme de C alors A est aussi un hyperonyme de C (ou encore, tout ce qui est un C est aussi un A). Ex :
Un sous-vêtement est une sorte de vêtement, un bustier est une sorte de sous-vêtement |- un bustier est une sorte de vêtement.
Ou encore objet fabriqué est un hyperonyme de vêtement et vêtement est un hyperonyme de sous-vêtement etc.
Cette notion dhéritage (terme très utilisé en représentation des connaissances) est une caractéristique qui a été peu examinée dans les dicos classiques. WordNet en fait un usage systématique. Parfois, cette relation transitive semble ne pas tenir ; elle signale alors quil y a eu un changement de sens. Cruse 2000 donne lexemple suivant :
1) A car-seat is a type of seat Un siège dauto est un type de siège
2) A seat is a type of furniture Un siège est un type de meuble/mobilier
??A car-seat is a type of seat Un siège dauto est un type de meuble/mobilier
On joue souvent sur deux sens des termes. Ex : un chaton est un jeune chat. En prenant le sens taxonomique strict de chat, on peut dire quun chaton est un chat mais on fait alors abstraction de lemploi non scientifique de chat (félin adulte). De même, mes parents, les Ducon Moyen ont tendance à opposer quelque part vêtements et sous-vêtements. Il faut encore une fois distinguer entre le sens culturel et le sens scientifique. Ce dilemme laisse ses traces dans les dicos : à chat, Robert CD donne une définition genre Ducon Moyen (sens 1), puis une définition plus «scientifique» (sens 3).
Pour revenir à Cruse, la prémisse (2) est incorrecte : mobilier ou meuble désignent laménagement intérieur. Or un banc est (Robert CD) un siège et se retrouve dans un parc. Autrement dit, (2) est incorrect : meuble/mobilier ne sont pas des hyperonymes de siège, à moins de redéfinir les termes. Cruse donne aussi un exemple avec la prémisse A dog is a pet, qui est fausse puisquun chien de traîneau est rarement considéré comme un animal de salon.
Cruse souligne également certaines exceptions aux inférences associées à lhyperonymie. Il souligne que les inférences ne sont plus valides dans le contexte de la négation et des verbes dattitude :
Normal : Il y a des tulipes dans le vase |- Il y a des fleurs dans le vase
Négation : Il ny a pas de tulipes dans le vase *|- Il ny a pas de fleurs dans le vase
Verbes dattitude : Jim est surpris quil y ait des tulipes dans le vase
*|- Jim est surpris quil y ait des fleurs dans le vase
Ce nest pas vraiment surprenant, comme on le verra plus loin. Les verbes dattitude et la négation modifient les propriétés logiques de la phrase (on parle de contextes opaques).
Dans le cas des verbes, il est beaucoup plus commode de le voir lhyperonyme en terme dinférence. quen terme darbre. Ainsi, des verbes comme effleurer, heurter, frapper, baiser sont considérés comme des verbes «de toucher». Robert CD:
Heurter : Toucher en entrant brusquement en contact avec (généralement de façon accidentelle. Effleurer : toucher légèrement.
Frapper : Toucher (qqn) plus ou moins rudement en portant un ou plusieurs coups.
«Toucher» serait donc lhyperonyme de cette classe. En terme dinférence, cest assez clair. À moins encore une fois de redéfinir les mots :
Jules a frappé, baisé, heurté, effleuré Julie (avec un bâton) |- Jules a touché Julie (avec un bâton)
Attention : si on utilise un modificateur comme avec un bâton, linférence tient toujours, mais avec le modificateur.
2. Négation contradictoire de lhyperonyme : Affirmer un terme et nier son hyperonyme aboutit à une contradiction (à moins de changement de sens) puisque le terme implique son hyperonyme:
??Cest un caleçon mais ce nest pas un sous-vêtement.
??Cest une combinaison mais ce nest pas un sous-vêtement (à moins de combinaison spatiale, ce qui fait partir dun autre sens dans Robert, évolué à partir du sens de sous-vêtement)
Par contre, il est possible daffirmer lhyperonyme dun terme et de nier ce terme. On se trouve à dire quil sagit de la bonne classe mais du mauvais élément de la classe
Cest un sous-vêtement mais ce nest pas un caleçon (cest une combinaison)
3. Reprise pronominale par lhyperonyme :
Si Matrisse est bien programmé en ce qui concerne les hyperonymes, il pourra faire un bout de chemin dans un polar lorsquil lira .
Il avait laissé son caleçon qui schlinguait sur la commode, à deux pas du cadavre. Le sous-vêtement portait des traces de sang.
4. Progression thématique:
Il arrive (souvent ?) que lhyperonyme soit dabord introduit dans un texte avant le terme. Il sagit évidemment dune progression vers un contenu informatif plus précis :
Il est allé jusquà laisser un sous-vêtement par terre. Cétait (même) un caleçon.
? Il est allé jusquà laisser un caleçon par terre. Cétait (même) un sous-vêtement.
Exercices : Hyponyme ? Vérifier définition et propriété.
Lhyponyme, au contraire, est une sous-classe ou un élément inférieur dune classe supérieur. Cest la relation inverse. si A est un hyperonyme de B, alors B est un hyponyme de A. Lhyponyme est toujours de la même classe syntaxique que le terme.
[déf. linguistique1] A est un hyponyme de B si A est un B (une sorte/type/espèce de B) et si B est un classificateur de A.
Ex : Collant est un hyperonyme de sous-vêtement[déf. linguistique2] A est un hyponyme de B si une façon de B , cest de A.
Ex : une façon de tuer qqn, cest de lassassiner qqn est[déf. logique] A est un hyponyme de B si
1) linférence dans laquelle B remplace A est valide et
2) linférence dans laquelle A remplace B nest pas valide
Ex: Jules a mis un sous-vêtement (A) dans la chesseuze |- Jules a mis un vêtement (B) dans la chesseuze [valide]
Jules a mis un vêtement (B) dans la chesseuze |- *Jules a mis un sous-vêtement (A) dans la chesseuze [invalide]
Pour ce qui est des propriétés logiques de lhyponymie :
- La transitivité est préservée
- On peut affirmer un terme et nier son hyponyme (mais pas linverse) : Cest un sous-vêtement mais pas une bobette.
- La reprise par lhyponyme est impossible (ou plutôt punk) :
??Il y avait un vêtement sur la commode près du cadavre. La robe portait des lacérations.
- Progression : Lhyponyme doit suivre le terme : Il y avait un sous-vêtement, cétait une bobette.
Dans le cas des verbes, il plus commode de penser en terme dimplication. Par exemple, si x heurte, frappe, effleure quelque chose, alors x entre en contact avec cette chose (ou touche cette chose). Entrer en contact avec ou toucher sont donc des hyperonymes de heurter et heurter est un hyponyme de entrer en contact avec. En effet, tout comme ce qui est un mammifère nest pas nécessairement un cervidé, tout ce qui entre en contact avec quelque chose, ne heurte pas nécessairement cette chose. Les dictionnaires tendent idéalement lutilisation dhyperonymes dans leurs définitions. Le dictionnaire expérimental WordNet est basé systématiquement sur les relations hypero- hyponymiques.
Deux remarques importantes concernant toutes les relations lexicales: 1. Il est toujours possible de contourner verbalement les relations lexicales : on peut toujours dire Rex est un chien mais ce nest pas un animal. On verrait bien Stephen King débuter une nouvelle de cette manière (cest une créature de Satan !). Lexplication de cette contradiction justifierait le reste de la nouvelle. 2. Le problème de lextension de sens ou de la métaphore. On peut dire que Jules a frappé Jim avec sa voiture. Est-ce quil la touché ? Frapper dans le sens physique peut signifier entrer en contact directement ou à laide dun instrument. Et cest vrai aussi de toucher : Jim est en maudit et sort de sa voiture. Jules peut lui dire : Mais, jtai pas touché !
Ce qui suit est tiré de volumes sur la sémantique ou la lexicologie. Il sagit des mêmes informations mais présentées autrement.
Lhyperonyme [Gaudin et Guespin, Introduction à la lexicologie française] La relation dhyperonymie [ ] introduit dans le lexique lidée dune hiérarchisation. En première approximation, la relation dhyperonymie sétablit entre un terme de départ et un terme plus général, à partir de chat on trouve le terme mammifère. Lidée de mettre des noms en relation hiérarchique est fort ancienne, on en trouve trace dès les débuts de la philosophie dans la Grèce antique. Comme nous lavons vu. de nombreuses définitions de dictionnaires sont basées sur ce principe, par exemple : fabuliste [fabylist] n. m. Auteur qui compose des fables. (PRE= Petit Robert électronique) Ces relations hiérarchiques sont appelées en sémantique hvperonymie/ hyponymie Lhyperonyme correspond au genre, lhyponyme à lespèce. Mais pourquoi changer les noms de ces relations ? Lintérêt de ce changement de terminologie réside dans le passage de relations entre des objets (genre et espèce) à des relations entre signes (hyperonyme et hyponyme On passe ainsi des relations dites « ontologiques » (qui concernent les choses et non le langage) aux relations lexicales. Cela permet de considérer de façon autonome le niveau linguistique et, autre avantage, cela polarise moins sur les seuls noms : on pourra dire que marmonner est un hyponyme de parler, alors que cette relation nest, habituellement, pas prise en compte si lon raisonne en termes de genre et despèce. Hyperonymie et catégories grammaticales Toutefois, le fait que lon traite de façon privilégiée des noms sexplique par le fait que cest dans cette catégorie grammaticale que se retrouve le plus fréquemment la relation dhyperonymie. Les verbes sont peu susceptibles de faire apparaître des relations de ce type. On peut trouver quelques exemples nous avons cité parler/marmonner, ajoutons des actions du type couper/scier, lire/feuilleter, passer/franchir, envelopper/gainer, frotter/gratter... Les relations ainsi établies sont moins nettes, on se trouve devant un degré de précision différent. Considérons les deux énoncés suivants : Ce nest pas un agrume, cest un citron Il ne coupe pas, il scie
Le premier énoncé contient une proposition fausse[contradictoire]: par définition, car il ne se produit pas, dans le cas des verbes, le phénomène dinclusion dans une classe: le citron appartient à la classe des agrumes; le citron est une sorte dagrume. En revanche, scier nest considéré spontanément comme une façon de couper. Dailleurs, il nest pas rare que les dictionnaires donnent deux, ou plusieurs, hyperonymes pour expliciter le sens dun hyponyme : SOUDER : joindre, réunir, ou faire adhérer par fusion des parties en contact (PR) STIMULER : augmenter lénergie, lactivité de quelquun ; inciter, inviter, pousser à faire quelque chose (PR) JAILLIR : sortir, sélancer en un jet subit et puissant (PR) Cest donc dans la catégorie des noms que les relations hiérarchiques structurent le lexique, même si ce nest pas de façon systématique. Elles jouent un grand rôle dans les taxinomies : que lon songe à lemboîtement impeccable des classifications botanique ou zoologique avec leurs classes, catégories, ordres, embranchements. etc. Ces taxinomies ont leur origine chez Aristote. Leur développement à lépoque moderne remonte au XVllle siècle, on le doit à Cuvier, Linné, Buffon, pour la zoologie et la botanique. Deux exemples : 1. Lhirondelle (espèce) appartient aux fissirostres (sous-ordre) qui appartiennent aux passereaux (ordre), oiseaux (classe), vertébrés (embranchement). 2. La cigale (espèce) appartient aux homoptères (sous-ordre), qui sont des hémiptères (ordre), et font partie des insectes (classe), lesquels sont des arthropodes (embranchement). Plus quotidiennement, nous avons à notre disposition des noms plus ou moins précis : rose est un hyponyme de fleur, lui-même hyponyme de végétal. On est en face de dénominations concurrentes permettant de désigner un même référent. Mais ces désignations présentent des différences de convenance : pour la fleur du rosier, rose est une meilleure dénomination que fleur. On peut percevoir cette différence dans le comportement des termes concernés : le terme le plus général [lhyperonyme] sert plus facilement danaphore que le terme spécifique: Le Petit Prince avait protégé sa rose avec tant damour. Mais cette fleur était égoïste ! ? Le Petit Prince prenait soin aussi dun animal.Et ce mouton était aussi égoïste. Au niveau lexical, les hyperonymes et hyponymes entrent dans des relations dordre qui permettent de constituer des hiérarchies de classes : Une revue est une publication, Une voiture est un véhicule, un fauteuil est un siège, etc. On nest plus ici dans des relations entre noms échangeables pour un même référent, mais au sein dune organisation hiérarchique dont léconomie est très souvent exploitée, comme nous lavons vu, dans les définitions : diffuser : 1. Répandre dans toutes les directions. (P.L.E.) buriner : 1. Graver au burin. (P.L.E.) revue : H. Publication périodique spécialisée dans un domaine donné. (P.L.E.)
On peut tester ces relations en les insérant dans des énoncés (h = hyponyme, H = hyperonyme). On vérifie alors les relations suivantes : Les h sont des H et * Les h ne sont pas des H. On peut dire : Les citrons sont des agrumes. et non *Les citrons ne sont pas des agrumes. Il est difficile de sélectionner en discours une sous-classe : ? Ces citrons sont des agrumes. ? Cet écarlate est rouge. ? Cet assassinat est un meurtre. ? Cette otarie est un mammifère
La relation dhyperonymie permet de créer à loisir autant de hiérarchies que nécessaire. Cest ainsi que les besoins de catégorisation conduisent à créer des dénominations génériques correspondant à des classes lexicales nouvelles. De cette façon, on a créé moyen de transport, technologies nouvelles, industries de la langue, etc., pour regrouper dans une même classe des noms possédant des traits sémantiques communs. Mais le lexique nétant pas une nomenclature, il y a des « trous» : on ne peut pas regrouper sous une même appellation autobus et autocar, stylo et crayon, qui pourtant réfèrent à des objets très proches que lon aurait envie de regrouper dans une même catégorie. On aperçoit là le fait que ces relations lexicales sont conditionnées par les besoins de lactivité humaine, lhistoire et les cultures. Le jeu des hyperonymes saperçoit aussi par les ressources de la syntagmatique. On peut satisfaire aux besoins de dénomination par création de syntagmes ayant comme vedette un hyperonyme; on retrouve alors le schéma genre + différences spécifiques avec réacteur ou avion, on peut créer avion à réaction, réacteur à turbine, etc..qui constituent des hyponymes. Remarquons que les recours à ce procédé doivent être limités, car lorsque lon utilise comme dénominations des expansions qui constituent des hyponymes dhyponymes, on se retrouve avec des sortes de syntagmes définitoires peu maniables et plus vraiment avec des noms. Par exemple, thermomètre de poche à sondes interchangeables et thermomètre de poche à sonde fixe constituent deux hyponymes de thermomètre de poche, lui-même hyponyme de thermomètre. Cest là la frontière, floue et impossible à tracer fermement, entre une désignation, peu stable et occasionnelle, et une dénomination, unité linguistique codée et socialement reçue. Lhyponymie et lhyperonymie [Lehman et Martin-Berthet] La relation dhyponymie est une relation hiérarchique qui unit un mot spécifique (sous-ordonné), lhyponyme, à un mot plus général (superordonné) nommé lhyperonyme. Ainsi tulipe est lhyponyme de fleur, fleur est lhyperonyme de tulipe, morille est lhyponyme de champignon, champignon est lhyperonyme de morille. Les co-hyponymes ont le même hyperonyme. Ces rapports sont exploités, on la vu, dans les définitions lexicographiques, par ex. dans la définition de fonte « alliage de fer et de carbone... »;alliageest lhyperonyme de fonte, fonte étant lhyponyme de alliage. Relation dimplication : Lhyponymie établit un rapport dimplication unilatérale entre deux entités : si x est une tulipe, alors x est une fleur; mais on ne peut pas dire : si X est une fleur, alors x est une tulipe. Cela explique que la relation sétablisse, dans le discours, de lhyponyme à lhyperonyme. Lhyperonyme, parce quil désigne ce que désigne lhyponyme, peut reprendre cest-à-dire servir danaphorique à lhyponyme : Un chat entra. L animal était malade et non * Un animal entra. Le chat était malade.
De même la construction coordonnée nadmet que lordre suivant: Paul a demandé des tulipes et dautres fleurs et non * Paul a demandé des fleurs et dautres tulipes. Certains mots sont tour à tour hyponymes et hyperonymes : manteau, par exemple, est lhyperonyme de redingote et lhyponyme de vêtement. Les séries lexicales, contrairement aux inventaires taxinomiques, nexcèdent guère trois à quatre degrés. La hiérarchisation est bloquée vers le haut par la présence de noms très généraux (chose. truc) et vers le bas par des périphrases développées (par exemple. redingote à double boutonnage et à parements de velours). Les structures lexicales hiérarchiques diffèrent dune langue à lautre et peuvent présenter ce quil est convenu dappeler des trous lexicaux. Aussi arrive-t-il que le besoin dun hyperonyme se fasse sentir dans un domaine donné. Deux-roues a été créé en 1960 pour englober scooter, vélomoteur, bicyclette et la série est devenue complète : scooter<deux roues<véhicule. La relation hyper/hyponymique touche différentes catégories syntaxiques : des verbes (couper/cisailler, manger/grignoter), des adjectifs (rouge/pourpre, gai/guilleret) et surtout des noms, cela pour une double raison. Dune part, le nom est à la fois catégorie syntaxique (substantif) et outil de dénomination (or les relations de hiérarchie mettent en jeu des classes de référents); dautre part, le nom se prête à deux types de formation dhyperonymes et dhyponymes :changement de signe lexical (tulipe/fleur), passage du mot simple au mot composé (voir lexemple déjà cité tulipe/tulipe précoce ou chat/chat siamois table/table de bridge). À cela sajoute la catégorie des noms propres de marque. Cette formation est largement exploitée dans les slogans publicitaires : Une Lancia est plus moderne qu une voiture.
Lancia est hyponyme de voiture mais le slogan joue sur la trangression de la relation dinclusion pour susciter linterprétation selon laquelle une Lancia nest pas une voiture (ordinaire). Les relations hyperonymiques et hyponymiques ont un rôle central dans lapprentissage du lexique. |
Synonymie (partielle ou eXtrême): Pour Ducon Moyen, un synonyme est un mot quon peut substituer à un autre sans changement important de sens. On peut a) se poser la question dans labsolu et se demander si alliance peut remplacer coalition partout ou la plupart du temps. Ou alors, b) on est rédacteur et on se demande si alliance peut remplacer coalition dans un contexte précis : Le PQ et le PLQ formeront une ____ contre les forces du Nouveau Mal. Nous reviendrons sur cette question de la synonymie partielle ou totale.
Nous adopterons, par souci dunité, une définition en termes dinférence, qui diffère de peu de la définition dhyperonyme:
[déf. logique] A est un synonyme de B si
1) linférence dans laquelle A remplace B est valide et
2) linférence dans laquelle B remplace A est valide
Ex : nom :
Les pompiers on fait acte de bravoure en
|- Les pompiers on fait
acte de courage en
Les pompiers on fait acte de courage en
|- Les pompiers on fait
acte de bravoure en
Ils ont eu une médaille pour leur bravoure / courage
Ex : verbe :
Ils ont dissimulé la vérité au public |- Ils ont
caché la vérité au public
Ils ont caché la vérité au public |- Ils ont
dissimulé la vérité au public
Ils se sont dissimulés/cachés derrière le comptoir
Mais nous retiendrons également la définition linguistique, comme nous lavons fait pour lhyperonyme :
[déf. linguistique] A est un synonyme de B si A et B sont mutuellement substituables dans un grand nombre de contextes, sans changement de sens.
Ces définitions rejoignent bien lintuition : les termes synonymiques se trouvent à être mutuellement substituables. En termes logiques, ils ont le même sens puisquils donnent lieu aux mêmes inférences. Ce sont nécessairement des termes de même catégorie syntaxique. La ressemblance avec la définition de lhyperonyme ou de lhyponyme na rien dun hasard. Il arrive souvent que dans les dicos de synonymes, même stricts, quon donne, par exemple, un hyperonyme comme synonyme lorsquil ny a aucun vrai synonyme disponible. Par exemple, le Dico des synonymes de Genouvrier donne embarcation comme synonyme de canot. Or, dans Robert CD, embarcation est lhyperonyme de canot, kayak, esquif
Il reste la question du nombre de contextes dans lesquelles les synonymes sont substituables. La synonymie eXtrême (totale) nexiste pas : il nexiste pas deux termes qui seraient substituables dans tous les contextes. Il y a toujours soit des différences de niveau de langue (ou de discipline ex : langage juridique), des différences dintensité, sinon des expressions figées (ex : prendre la poudre descampette) ou figurées qui distingueront les synonymes. Par exemple, Robert donne comme définition de vélo un renvoi au synonyme bicyclette (bicycle étant considéré comme un anglicisme):
vélo Bicyclette.
bicyclette Appareil de locomotion formé d'un cadre portant à l'avant une roue directrice commandée par un guidon et, à l'arrière, une roue motrice entraînée par un système de pédalier.
Il est vrai que un grand nombre de contexte, les deux sont interchangeables mais pas dans les contextes suivants:
1) Devant 200,000 spectateurs, Indurain a été couronné roi du vélo (?? de la bicyclette).
2) ??Mon chum, i fait dla bicyclette de montagne.
Du point de vue logique, les inférences tiennent toujours. Si on accepte quIndurain a été couronné roi du vélo on doit accepter quIndurain a été couronné roi de la bicyclette et vice-versa ; sauf quon ne dirait pas quil est roi de la bicyclette, à moins de vouloir se moquer de lui. De même, bicyclette de montagne sonne étrange. Une recherche sur Google donne 160 cas de bicyclette de montagne, la majorité au Canada et probablement que plusieurs ont été traduites automatiquement de langlais [effet pervers de la traduction automatique],contre 11,000 cas de vélo de montagne.
Pour terminer, le correcteur de Word, en mode sévère, vous proposera de substituer le vélo, trop populaire, pour la bicyclette.
Autre exemple : dissimuler/cacher. Ces deux verbes ont un sens physique et abstrait identique et sont substituables. Répondre au questionnaire.
Exercice : Les couples suivants sont-ils synonymes, preuve (contexte discriminant), sinon quelle est leur relation ? a) enfouir/enterrer b) discours/allocution c) cerveau/matière grise e) alliance/coalition/pacte d) courage/bravoure e) ample/large f) chagrin/peine g) escroc/filou h) agent de la paix/policier/agent de police
Exercice : Produisez une phrase distinguant grave [sens -physique] et sérieux.
[Lehman et Martin-Berthet] La synonymie est la relation déquivalence sémantique entre deux ou plusieurs unités lexicales dont la forme diffère. Les synonymes ont un même signifié et des signifiants différents et sopposent, en ce sens, aux homonymes définis par un même signifiant et des signifiés différents. La synonymie lexicale se manifeste entre mots et/ou syntagmes de même catégorie grammaticale : pédicure/podologue, policier/agent de police. Lorsque la synonymie porte sur des unités supérieures (phrases, énoncés), lon parle de paraphrase. La synonymie nest pas, à proprement parler, une identité de sens. Lorsque la forme est différente, les locuteurs sattendent à une différence de sens : les exemples qui viennent dêtre proposés tels pédicure et podologue peuvent être perçus comme non synonymes. L identité de sens (ou synonymie absolue) est un leurre. Tout au plus pourrait-on signaler quelques rares cas de synonymes absolus dans les lexiques spécialisés (par exemple en lexicographie entrée et adresse, bien que ces deux termes naient pas la même fréquence). Cest la raison pour laquelle on utilise le terme de parasynonymie qui souligne le caractère approximatif de la synonymie. (On dit aussi quasi-synonymie.) Il en résulte que, sur le plan méthodologique, une étude des synonymes doit être dabord contextuelle (prise en considération du discours). La méthode de lanalyse distributionnelle est ici primordiale. Elle consiste à préciser les environnements possibles de chaque mot, du point de vue syntaxique et sémantique. A partir dune étude des phrases où lunité apparaît, elle dégage les propriétés distributionnelles qui appartiennent en propre à cette unité en spécifiant les constructions syntaxiques (sous-catégorisation syntaxique) et en indiquant la nature sémantique des environnements (traits de sous-catégorisation sémantique des substantifs dits aussi traits sémantiques de sélection tels que humain, non humain, concret, abstrait, etc.). En voici une brève illustration : Grave et sérieux commutent notamment lorsquils sont utilisés avec un nom abstrait : la situation, la question, laffaire, le problème est grave/est sérieux(se) : leur signification est voisine qui a une très grande importance et peut avoir des conséquences fâcheuses : mais grave comprend, en outre, le sème imminence du préjudice [preuve?]. En revanche, lorsquils sappliquent à un nom concret [ou à un être humain], la commutation est impossible : Le son du cor est grave. [I ma lair sérieux, ma lengager !], et on oublie grave en FQ]. Les différences pragmatiques des synonymes renvoient à différents aspects de la variation lexicale, traitée dans le dictionnaire sous la forme des marques dusage (Vx, Fam., Litt., etc.) :
[Gaudin et Guespin] Les parasynonymes peuvent être distingués par des différences de distribution. véloet bicyclette ne sont pas employés dans les mêmes locutions. lIs peuvent aussi résulter de la mise en correspondance de deux registres de langue ; on trouve ainsi dans le Lexis : PUTAIN : Pop. Prostituée; TROQUET: Pop. Café; BAGNOLE: Pop. Voiture. Mais les différences entre niveaux de langue ne constituent quun cas de figure parmi dautres. La mise en relation de tels synonymes se fait entre des formes marquées, ici les marques sont dusage, et des formes non marquées : voiture nest pas marqué alors que bagnole est spécifié comme populaire. Les formes non marquées correspondent à la norme du dictionnaire. On nimagine pas, sauf jeu, une description qui procéderait de la façon suivante, en utilisant une marque «Bourg. » pour bourgeois PROSTITUÉE: Bourg. Putain. Ce contre-exemple montre quil existe un niveau de description qui correspond, non seulement à une langue fonctionnelle, mais à une norme sociale. On considère comme synonymes les équivalents appartenant à un autre système socioculturel : niveaux de langue, régionalismes, usages scientifiques, techniques, etc. En fait, cest toujours dans une relation dinégalité que peuvent sétablir des correspondances synonymiques, nous te verrons plus précisément en abordant les causes de la synonymie lexicale. |
Antonymie : Intuitivement, pour le roi René de Las Vegas, un anonyme, cest le contraire. Mais, se demande La Bolle, qui se coupe les cheveux en 4 beaucoup plus que le roi René, est-ce que vendre est lantonyme dacheter ? Après tout, à vendre, Robert donne comme contraire : Acheter, acquérir, conserver, donner, garder, payer. Et est-ce que Jules a dansé avec Julie est lantonyme de Julie a dansé avec Jules ? Est-ce que chaud et froid sont des antonymes ? Comment préciser cette notion ? On pourrait dire, en terme dinférence, que lorsquon emploie un terme, alors lantonyme nié fait partie des inférences :
[déf. provisoire] : A est lantonyme de B si A |- ~ B
Ex : Vivant est lantonyme de mort puisque Le chat est vivant |- le chat nest pas mort
Mais ça ne suffit pas, puisque si nous sommes en automne, nous ne sommes pas en hiver, si nous sommes jeudi, nous ne sommes pas samedi. Et pourtant, et pourtant samedi nest pas lantonyme de jeudi. Dis moi ce qui ne va pas
Il faut donc resserrer la définition. Si on examine le mort/vivant, par rapport à jeudi/samedi, on note que la condition tient en sens inverse pour mort/vivant, mais non pour jeudi/samedi, i.e.
Le chat est vivant |- le chat nest pas mort
le chat nest pas mort |- le chat est vivantnous sommes jeudi |- nous ne sommes pas samedi
nous ne sommes pas samedi *|- nous sommes jeudi (on peut être dimanche)
[déf. logique]A est lantonyme de B si A |- ~ B et si ~B |- A
Maintenant, est-ce que vendre est antonyme dacheter ? Maintenant, est-ce que court est lantonyme de long?
Pour court/long, René dirait oui. Pourtant, si le nez de Céline est long, il nest pas court. Mais, sil nest pas long, est-il court? (Non, non, iest parfait, ton nez!). Quelle est la différence avec le mort/vivant? Dabord, dans le cas de mort/vivant, il sagit de catégorie discrète, ce qui est le propre des noms, qui nadmettent pas la gradation (très, plus ), contrairement à court et long (sans changer de sens) :
*Ossama est très mort
Ce tableau est très vivant = très coloré
Jules est beaucoup plus vivant que Julie= dégage plus dénergie
Mort et vivant ont donc un sens non gradué (être en vie) et un sens gradué (dégager ou non de lénergie). Les deux sens sont répertoriés séparément dans Robert :
vivant, ante adj.
1 Qui vit, est en vie. Il est encore vivant. On sait que les otages sont toujours vivants. Vivant après une catastrophe. Þ survivant. « Elle à demi vivante et moi mort à demi » (Hugo). « Les vestales infidèles à leurs vux étaient enterrées vivantes » (Staël). Þ vif. Expériences sur des animaux vivants. Þ vivisection. Par exagér. Un cadavre, un squelette vivant, en parlant d'une personne malade, maigre. Subst. Les vivants et les morts. Rayer du nombre des vivants : faire mourir. Relig. Le Dieu vivant. Le pain vivant : l'Eucharistie.
2 Spécialt Plein de vie. Þ 1. fort; vif. Un enfant, un animal bien vivant, très vivant. il, regard vivant. à Fig. (des uvres) Qui a l'expression, les qualités de ce qui vit. « Le portrait de l'Arioste est vivant » (Chateaubriand). Þ parlant. Les personnages de Molière sont vivants. Dialogues vivants.
Exercice : Les couples suivants sont-ils des antonymes ? Pôquoi ? a) force/faiblesse b) éviter/affronter c) chaud/ froid d) donner/recevoir e) père/fils f) époux/épouse
En résumé, lorsque les termes renvoient à des concepts discrets (mort/vivant, éviter/affronter), plutôt des noms, des verbes ou des adjectifs nominaux (ex : protestant, japonais ), la définition des antonymes fonctionne bien. Mais, lorsque le terme renvoie à un concept admettant une gradation (court/long), la définition ne fonctionne plus. Dans le cas des concepts discrets (non gradués), on ne peut logiquement nier simultanément les deux concepts, contrairement aux concepts gradués:
a) Félicia nest ni grande ni petite
b) ?? Ossama nest ni mort ni vivant [exige explication]
Mais, si on disait : A |- ~ B et B |- ~A, ne serait-ce pas la solution? Long |- ~court et court |- ~long. Mais oui! Non, car on retombe dans jeudi, samedi (jeudi |- ~samedi et samedi |- ~jeudi). Mauvaise idée.
En fait, la définition fonctionne si on distingue deux types de négation : lune, quon appellera métalinguistique, est utilisée pour nier une affirmation (explicite ou implicite) précédente. Par exemple, dans un dialogue, la négation (a) équivaut à (b)
a) Non, non, Céline, ton nez nest pas long
b) Non, non, il est faux que ton nez soit long.
Toute la phrase est niée. Dans ce cas, la définition de lantonyme ne sapplique pas : le nez peut être court ou moyen.
Examinons une autre situation : vous achetez rapidement des bâtons de ski très cool. Mais en les examinant de plus près, vous dites à votre ami(e):
c) Aïe! Ils sont pas longs!
Est-ce que vous niez une affirmation précédente, comme dans lexemple précédent? Il sagit dune négation descriptive. Elle porte sur le verbe et non sur la phrase. Elle signifie : les bâtons sont comme ceci : pas longs. Dans ce cas, lantonymie joue parfaitement.
Ce que vous dites cest Les bâtons ont la forme suivante : pas long. Vous auriez pu dire court. Dans ce cas, lantonymie joue complètement : court |- pas long et pas long |- court.
Votre ami(e) achète plus tard des skis de 2 mètres. En les regardant vous dites : En tout cas, ils sont pas courts! Dans ce cas, ça signifie bien : ils sont longs. En résumé, avec des concepts gradués, si la négation est métalinguistique et nie une affirmation précédente, lantonymie ne fonctionne plus. Si la négation est métalinguistique, elle fonctionne.
Remarque : Cruse (2000) qui est souvent utilisé comme manuel utilise le terme opposé pour lantonymie des concepts discrets (mort/vivant) et réserve le terme anonyme pour les concepts gradués (court/long)
Exercice : Les couples suivants sont-ils des antonymes ? De quel type (gradué ou discret) ? Warum (Pôquoi) ? haut/bas, mâle/femelle, faux/vrai, rouge/vert, dur/mou, petit/grand déconfit triomphant généreux, ou charitable, intact/brisé
[Gaudin et Guespin] Lantonymie relie des unités qui possèdent une partie de leur sens en commun, mais qui sopposent : rigide a pour contraires mou ou flexible avec lesquels il partage une partie de son sens, et non vert ou domestique, auxquels il ne peut sopposer. Comme la synonymie, elle résulte le plus souvent de relations partielles entre des unités lexicales. Ainsi, ladjectif bon peut avoir de nombreux synonymes selon ses sens, quil faudra distinguer. Un dictionnaire de synonymes nous proposera une liste assez longue. Citons les premiers renvois pour ladjectif appliqué à des choses: fructueux, efficace, valable, convenable, fameux, etc. Pour la pêche, le conseil, le remède, on remarquera que bon peut avoir comme antonyme mauvais : la pêche a été mauvaise, un mauvais conseil, un mauvais remède sont acceptables. En revanche, il a mérité une bonne correction ne signifie pas le contraire de il a mérité une mauvaise correction.
Les contraires permettent donc de définir, par lanalyse, des sous-sens. Ainsi, si bon a comme synonyme généreux, ou charitable, il aura alors comme antonyme méchant, et non mauvais.
Paul est bon. Paul est généreux. (contraire : méchant)
Le potage est bon. (contraire : mauvais)
On voit à cet exemple que, pour cerner les sens dun mot, prêter attention à ses contraires nest pas inutile. Cest que la relation dantonymie joue, elle aussi, un rôle de structuration des signifiés : un système, très largement partagé par les locuteurs, structure le lexique selon des grandes oppositions haut/bas, chaud/ froid, mâle/femelle, faux/vrai, dur/mou, petit/grand, etc. Ceci explique limportance accordée à la notion de contraires.
Les antonymes réciproques (ou converses) : Il faut bien distinguer cette classe, parfois considérée, comme antonyme. Robert utilise le terme général contraire qui regroupe les antonymes et les réciproques. Ex Robert CD:
vendre [ ]
CONTR. Acheter, acquérir, conserver, donner, garder, payer.
Sont-ce des antonymes, selon notre définition ? Vérifions :
Jules est le père de Jim |- Jim nest pas le fils de Jules
Max nest pas le fils de Bob *|- Bob est le père de Max
La différence entre lantonyme et le réciproque, cest quun réciproque est une relation entre deux entités (x est le fils de y ) alors que chaud/froid sont des propriétés dune seule entité (*x est le chaud de y). Limpression de «contraire» vient du fait que, dans les relations réciproques, on peut inverser le « sujet » et « lobjet » : si Jules est le père de Jim, alors Jim est le fils de Jules et vice-versa. Si Bob a vendu un citron à Max, alors Max a acheté un citron de Bob. La définition tiendra donc compte du fait quil sagit de relation entre deux arguments (le sujet et lobjet direct) :
[déf. logique] x A y est le réciproque de y B xsi x A y |- y B x et si x B y |- y A x
Ex: Max a vendu un SUV à Julie |- Julie a acheté un SUV de Max
Max a acheté un SUV de Julie |- Julie a vendu un SUV à Max
Exercice : Quelle est la relation réciproque des verbes suivants, sil y a lieu ? Expliquez. a) x emprunte y de z b) x acquiert y c) x améliore y d) x parler avec y
Lantonymie est définie à partir de la négation. Mais la négation a deux sens. Dans un sens, elle répond à une affirmation précédente [appelons-la négation de dialogue], cest la négation niant que la qualité sapplique à la personne. - Charles est riche. Non, il fait 50,000$ par année. [ça nimplique pas la pauvreté]. Mais non, ié pas gros, ié juss correct. Vs. Elle n'avait pas mangé à sa faim depuis des mois ! Elle était pas grosse ! [¹juste correct= petite, maigre]. Dans lautre sens, la négation forme un bloc avec la qualité (en réalité, cest une affirmation) : Charles est pas riche= il fait partie des « pas-riches » [là, ça veut dire pauvres]. Cest le sens dérivé quon retrouve dans Ouais ! Cé pas riche !
Plusieurs auteurs distinguent les antonymes complémentaires (contradictoires, non gradables), les antonymes contraires (gradables), converse ou réciproques :
complémentaires : cest lun ou cest lautre : Jules est assez mort comme ça.
contraires : Il fait assez froid, la viande est assez cuite (gradation : froid, frais, doux, chaud)
converses : (considérés comme antonymes) : relation dont on peut échanger les arguments :
Remarque : on distingue alors nettement les autres sens de emprunter : (PRE) Le français a emprunté de nombreux mots au grec. Le véhicule a emprunté la voie de gauche. La relation antonymique ne joue plus.
Méronymie/holonymie: La relation de méronymie est la relation de tout à partie. Le méronyme désigne la partie et lholonyme désigne le tout.
A est un méronyme de B|- A est une partie de B (ou B est fait de A)
A est un holonyme de B|- A est fait de B (A a/contient des B)
Exemple : Surface est un méronyme dobjet|- un objet a une surface
Autres exemples : Dans le Robert CD, pour obtenir une liste de méronymes, il suffit de faire la recherche par critères « partie » :
abaque : Partie supérieure du chapiteau d'une colonne en forme de tablette.
[abaque est un méronyme de colonne et colonne est lholonyme de abaque]
abside : Partie arrondie en hémicycle de certaines églises
accastillage : Partie du navire qui reste hors de l'eau,
appartement : Partie de maison composée de plusieurs pièces qui servent d'habitation
Exercice :Trouvez un méronyme pour clavier, livre, main, auto, arbre
Il sagit dune relation transitive : si x est un méronyme (partie) de y et y est un méronyme (partie) de z alors x est un méronyme de z.
La méronymie nest pas quune curiosité. Non seulement elle fait partie des dicos mais elle est indispensable pour programmer notre ami Matrisse. Dans la phrase suivante, seul le fait que lumière est un méronyme de pièce justifie lemploi du défini les :
Alice pénétra dans la pièce. Les lumières étaient aveuglantes.
2.9 Homonymie (-phonie, -graphie) et paronymie Commençons par les définitions les plus simples.
Homophones : mots de sens différents, de même forme phonétique (et de forme graphique différente). Exemple:
Homographes : mots de sens différents, de même forme graphique et de forme phonétique différente . Exemple:
Paronymes : mots se ressemblants phonétiquement, sortes dhomophonie approximative. L'intérêt vient de ce que les gosses de riche devenus annonceur de TV les confondront à l'occasion:
Homonymie : Étroitement reliée à la polysémie, comme on le verra plus loin, lhomonymie est une question centrale de la sémantique lexicale. Il y a deux définitions du terme homonyme. La plus courante est celle donnée par Robert :
[Robert ] Homonymie : Se dit des mots de prononciation identique (voir homophone) et de sens différents, qu'ils soient de même orthographe (voir homographe) ou non.
Comme le précise Robert, ce quils appellent des homonymes sont en fait des homophones mais en enlevant de la définition (et de forme graphique différente). Pour eux, sont homonymes paire/père et avocat (fruit) /avocat (juriste).
Il y a, en sémantique lexicale, un autre emploi du terme qui est plus restreint et plus intéressant pour les sémanticiens, qui élimine les couples de graphie différente (paire/père) :
[Déf. officielle dhomonymie] Homonymie : Se dit des mots de prononciation et de forme orthographique identique et de sens différents.
Donc, pour nous, lime (fruit) et lime (outil) sont les vrais homonymes alors que perd, pair, pers n'en sont pas. Avec cette définition, nous entrons dans le vif du sujet, le rapport entre lhomonymie et la polysémie.
La polysémie et l'homonymie sont des vases communiquants (ce qu'on enlève de l'un va dans l'autre). Si avocat et lime ont deux articles séparés dans Robert et Lexis, c'est que les sens sont distincts et que les mots ne sont pas reliés historiquement (avocat-fruit vient de l'espagnol et le juriste, du latin). Il n'y a aucune raison de les relier. Ce sont des homonymes pour les deux dictionnaires. Que se passe-t-il lorsque les sens sont différents et qu'on peut les relier historiquement. Le verbe exécuter en est un bon exemple: exécuter un détenu n'a pas grand chose à voir morphologiquement (en terme de dérivation) et sémantiquement avec exécuter une symphonie. Là, il y a deux solutions possibles: Lexis considère que ce sont deux mots différents exécuter1 et exécuter2, donc des homophones, dont il ne hiérarchise pas les sens. Robert adopte l'autre solution et considère que c'est le même verbe mais avec deux sens différents: il n'y a qu'un verbe exécuter mais polysémique.
Cette question divise les concepteurs de dicos. Voici la structure générale de exécuter dans Robert CD et dans Lexis, dont on ne voit que la structure mise en relation avec Robert :
| Robert CD Structure générale de larticle |
Lexis Division par rapport à Robert |
| exécuter I¨ EXÉCUTER QQCH. 1¨ Mettre à effet, mener à accomplissement. 2¨ Dr. Rendre réelles, effectives les dispositions de (un acte, un jugement, un texte). 3¨ Faire (un ouvrage) d'après un plan, un projet, un devis... 4¨ Interpréter, jouer (une uvre musicale). 5¨ Faire (un mouvement complexe, un ensemble de gestes prévu ou réglé d'avance). II¨ EXÉCUTER QQN. 1¨ (XVe) Dr. Exécuter un débiteur, procéder à l'exécution forcée sur ses biens. 2¨ (1391) Cour. Faire mourir (qqn) conformément à une décision de justice. 3¨ Fig. Discréditer, déconsidérer socialement (qqn). III¨ (1687) S'EXÉCUTER v. pron. (réfl.) Se décider à faire une chose pénible, désagréable. |
exécuter 1 Exécuter une mission, un projet exécuter 2 Rendre réelles, effectives les dispositions de (un acte, un jugement, un texte). exécuter 3 Faire mourir (qqn) conformément à une décision de justice. exécuter 4 Interpréter, jouer (une uvre musicale). exécuter 5 sexécuter |
Lexis a choisi de créer 5 homonymes exécuter, qui ne sont pas hiérarchisés, alors que Robert a décidé de ne faire quune seule entrée aux sens multiples (polysémie) et hiérarchisés, pour Lexis, ce sont en quelque sorte des verbes différents alors que pour Robert il sagit dun seul mot polysémique (à plusieurs sens).
À priori, les consommateurs préfèrent Robert, puisquil ny a quune entrée (plus simple, plus pratique). Mais Lexis a de bonnes raisons de séparer les 5 sens dexécuter. On peut parler dun exécutant pour une pièce de musique ou un projet mais pour faire mourir, et le sens légal, on parle dun exécuteur. Pour le sens légal, on parle dexécutif et exécutoire, pas pour le sens de faire mourir.
Mais, Robert crée parfois des homonymes. Par exemple, dans Robert, on trouve des articles doubles ou multiples pour avocat (fruit/juriste), fraise(fruit/outil/collerette), lime(fruit/instrument), voler(dans les airs/dans les poches), botte (de foin/au pied), garde (-malade/soldat), louer (soit Dieu/pas trop cher), causer (affaire/provoquer), etc.
Pour la plupart des mots qui ont des sens multiples (polysémie), Robert les regroupe en un seul article. Si on regarde à frère, on retrouve le sens lien de sang et le sens ordre religieux dans le même article ou encore à aller, verbe polysémique par excellence,on trouve un seul article avec des sens bien différents comme se déplacer, convenir, devoir être rangé à tel endroit, fonctionner (quand lappétit va). Pour manquer, on a quun seul article subdivisé en trois sous-article (cas de polysémie): v. I. V. intr. [être absent] II. V. tr. ind.. [manquer de ] III. V. tr. [rater ]
Le Robert, contrairement au Lexis de Larousse, tente déviter à tout prix les homonymes. Lexis aurait mis les deux frères dans des articles différents. De même pour manquer.
Il ny a pas de solution facile. Robert coupe arbitrairement. Par exemple, voler (dans les airs) et voler (dans les poches) sont traités comme des homonymes, bien quhistoriquement lun vient de lautre. De même pour grève (rivage) et grève (arrête de travail).
Les questions cruciales sont :
Appliqué à bank en anglais, le critère donnerait deux homophones : bank => banker, banking (banque) et bank (banc de sable) pour lequel on na pas *he, bankers ! lets go banking !
Critères pour établir des distinctions de sens: Quelle que soit la solution adoptée, ce qui nous intéresse, comme sémanticien, ce sont les critères utilisés pour distinguer les sens. La question de la hiérarchie entre les sens en est une autre, WordNet, par exemple, ne propose pas de hiérarchie entre les sens.
1. Le critère syntaxique
Deux mots sont homonymes lorsque leur comportement distributionnel [=leur contexte syntaxique] diffère, corrélé à une différence sémantique (synonyme ou inférence différente). Le terme distribution veut dire contexte syntaxique (et sémantique). Par exemple, nous avons vu que vivant, dans le sens de vif, expressif , peut apparaître précédé de très, contrairement au sens doué de vie. Cest une différence de sens corrélé à une différence de distribution. Trouver dans le sens de estimer peut être suivi dune phrase contrairement à trouver dans le sens de apercevoir. Le contexte peut également être fait de catégories sémantiques du type [humain], [concret], [comptable]
[Lehman et Martin-Berthet] On reprendra l'exemple type de l'adjectif cher proposé par le linguiste Jean Dubois, un des auteurs du DFC (et Lexis). Les deux homonymes cher s'opposent distributionnellement sur deux points.
Dans Robert et Flammarion, il ny a quune entrée (traitement polysémique) et dans Lexis, il y a deux entrées (traitement homonymique). Idem pour pauvre, pour noir (couleur et race)
Exercice : Distinguez les couples suivants à laide de critères syntaxiques : a) pauvre1 (qui a peu de biens) / pauvre2 (qui exprime la pitié) b) sur (consanguine) / sur (ordre religieux) c) aller (se déplacer) / aller (convenir) d) fermer (devenir non ouvert) / fermer (faire devenir non ouvert)
| [Gaudin et Guespin] Les contraintes syntaxiques :Dans les ouvrages lexicographiques, l'opposition des constructions syntaxiques est souvent indiquée quand elle correspond à des emplois différents. Ainsi, à voler correspondent deux fonctionnements distincts selon qu'il admet, ou non, un transitif: L'aigle vole ne peut admettre de complément d'objet sans voir son sens bouleversé. On inclut dans les contraintes syntaxiques, des contraintes sémantico-syntaxiques: l'opposition concret/abstrait peut être aussi pertinente que transitif/ intransitif. Elle oblige, par exemple, à sélectionner les sujets Elle coule n' a pas le même sens si le sujet est un liquide, une entreprise ou une jeune fille. On distinguera donc ici trois emplois de couler. Les transformations : Quand de telles oppositions ne sont pas pertinentes, il est possible de distinguer les acceptions en se fondant sur les transformations: lénoncé Il tend la courroie peut recevoir une transformation nominale en La tension de la courroie, alors que pour l' énoncé Il tend la joue, on ne peut dire *La tension de la joue. Les dérivés : Les transformations syntaxiques ont partie liée avec les dérivations, lesquelles constituent également des indices. Ainsi, dans sa préface, le Lexis distingue, d'après la dérivation, trois sens pour le verbe commander :
Ce qui est vrai pour les verbes vaut pour les autres parties du discours. Dans le cas du nom grâce, les dérivés gracier et gracieux renvoient chacun à un sens particulier du substantif. À l'énoncé La grâce présidentielle correspond Le président gracie le condamné, tandis qu'à La grâce de !'enfant correspond L'enfant est gracieux. Autre exemple, les dérivés minier, portemine, minage sont spécifiques de trois mots mine différents, servant à désigner la mine de fond, la mine antipersonnelle et la mine du crayon. Ici encore, les différences de familles dérivationnelles attestent de l'existence de trois unités sémantiques indépendantes. Cependant, toutes les unités ne sont pas pourvues de dérivés: dans Pierre a mauvaise mine, mine ne peut être relié à aucun dérivé. Exemple danalyse du sens lexical :]
Face aux différents emplois du verbe pousser, on peut avoir le sentiment d'une idée commune et voir dans tous les cas un mouvement. Pourtant, si l' on y regarde de plus près, on constate vite que cette « idée commune » correspond à des fonctionnements bien différents. Certains emplois sont intransitifs, d'autres sont transitifs 5, 6 et 10 sont intransitifs, les autres sont transitifs. Panni ces derniers, on constate que les énoncés 3 et 8 prennent un sens différent si l'on supprime les expansions. Dans Il a poussé son voisin du coude, il s' agit d' un signal et non d'un mouvement de déplacement; si l'on supprime du coude, le sens change. Dans Pierre pousse Marie à travailler, l' expansion à travailler est indispensable pour le maintien du sens, cela correspond à une structure particulière: pousser x (animé) à (verbe). Du point de vue distributionnel, les expansions ne sont pas toutes possibles pour chaque énoncé: on ne peut dire : *Il pousse la plaisanterie du coude trop loin, *La police pousse les recherches à travailler De la même façon, les sujets ne sont pas tous interchangeables. On peut avoir : Paul pousse les recherches, mais non *Le vent pousse Marie à travailler. Mais le vent doit être regroupé avec les sujets humains car on peut avoir: Le vent pousse la porte. Il existe donc des classes de structures syntaxiques différentes qui permettent de regrouper ainsi les énoncés : A. emplois intransitifs (X pousse, X désigne un végétal ou une partie du corps) 6. Ce blé pousse mal B. emplois transitifs (X pousse Y) 1. sujet animé, ou force physique, et objet concret 2. Poussez donc la porte. emploi particulier (avec une partie du corps) 3. Il a poussé son voisin du coude. II. sujet animé et objet abstrait 1. Il pousse la plaisanterie. III. sujet animé (objet son) 4. Elle a poussé un cri. IV. construction: pousser X à verbe 8. Pierre pousse Marie à travailler. On peut constater que les synonymes possibles corroborent l'analyse: seul B III a pour synonyme émettre, seul B. IV a pour synonyme inciter, etc. L'analyse de l'ensemble des emplois du verbe pousser nécessiterait un travail plus important, mais il est intéressant de noter que les emplois que nous avons étudiés correspondent, dans le Lexis, à 5 entrées POUSSER, compte non tenu des emplois techniques non utilisés ici. C'est dire l'importance des contraintes syntaxiques dans la description des sens fonctionnels. |
2. Le critère morphologique
Comme le précédent mais au niveau morphologique (structure des mots). Deux mots sont homonymes lorsqu'ils sont à la base de séries dérivationnelles différentes. Ce critère confirme, pour certains mots, le repérage des homonymes :
cher1« aimé » > chéri, chérir.
cher2« qui coûte beaucoup » > cherté, chérot.
Mais chèrement, en raison de sa polysémie, se trouve dans les deux séries.
3. Le critère synonymique
Si, un contexte A, on peut substituer à un terme un synonyme et qu'on ne peut le faire dans un autre contexte B, on peut considérer qu'il y a varation de sens. Exemple:
4. Le critère étymologique (Dieu soit loué ! Mais pas trop cher !)
Il y a deux verbes homonymes louer ( « adresser des louanges » et « donner/prendre en location ») qui ont des racines historiques distinctes (laudare et locare), il y a trois substantifs baie ( « ouverture », « golfe », « fruit » ) remontant à trois racines différentes. De même pour avocat. En revanche, il n'y a qu'un mot éclair avec plusieurs acceptions ( « brève lumière sinueuse » , « bref moment », « pâtisserie » ) puisqu'il dérive d'une seule racine (du verbe éclairer, latin exclarare).
Le critère étymologique qui différencie entre homonymes et polysèmes n'est cependant pas toujours décisif. L' évolution sémantique, lorsqu'elle est forte, conduit à l'éclatement d'une forme polysémique en signes homonymes. Grève, issu d'un étymon unique (latin populaire grava), signifie, à ses origines, « terrain de sable et de gravier au bord de l' eau ». Sur la place de Grève (située au bord de la Seine à Paris, actuellement place de lHôtel-de-Ville) se réunissaient les ouvriers qui attendaient lembauche. On y associa peu à peu la deuxième acception de « arrêt de travail ». Mais, en synchronie [à ce moment-ci !], les liens entre les deux sens « terrain sablonneux » et « arrêt de travail » sont rompus et la polysémie est devenue homonymie. De même, le verbe voler, ayant pris dans le domaine de la fauconnerie le sens de « dérober » [dintransitif à transitif ex : le faucon vole (attaque) la perdrix], s'est dissocié en emplois distincts et, malgré l'identité d'origine, est considéré synchroniquement comme deux homonymes: voler « se déplacer dans l' air » et voler « dérober ». Ces cas, relativement rares dans l'approche traditionnelle de l'homonymie, soulignent l'importance du critère sémantique dans la disjonction en homonymes.
En anglais, Allen ou Cruse, donne lexemple de port, boisson et établissement côtier. Il y a un lieu commun (portugais, porto), mais ténu.
Y a-t-il un rapport entre larche de Noé et celle de MacDo ? Tous deux dérivent de arca, armoire.
10. Aspects annulables, le noyau dune définition, les prototypes
Dans une taxonomie scientifique, les définitions des termes (taxons) doivent répondre à la condition nécessaire et suffisante : la définition doit décrire exhaustivement le terme défini et ne doit décrire que lui (à lexclusion des termes semblables, des termes «voisins»). La notion de conséquence est stricte : un félin est un mammifère carnivore à griffes rétractiles. On ne peut annuler un élément de la définition. On ne peut dire, en zoologie:
*Ce type de chat est un félin mais il nest pas carnivore
Pour être classé comme félin, lanimal doit répondre positivement et strictement à tous les critères. Sinon ce nest pas un félin.
Cependant, dans les dicos et dans notre «lexique mental», les choses ne sont pas aussi évidentes. Nous avons donné lexemple de la définition de fraise. Il nous est possible dannuler des composantes de la définition, contrairement à la définition stricte des taxonomies :
Jules a cueilli une fraise mais elle nest pas rouge, charnue,...
On notera quil souvent est plus difficile dannuler un classificateur quun distingueur et que le classificateur semble être une conséquence plus évidente de lemploi du mot.
(2) est interprétable si on suppose quil sagit dune représentation de lobjet (une poire en plastique). Nous reviendrons plus en détail sur les mécanismes de cette réinterprétation dans la prochaine section. Ex :
En réalité, les dicos définissent des prototypes (stéréotypes). Cest les cas pour toutes les définitions et plus la catégorie est large, plus elle contient de sous-types, plus elle est associée à un prototype qui la représente.
Un oiseau est un animal (hyperonyme), vertébré, à sang chaud, avec plumes, ailes, bec, pas de dents, et en général adapté au vol. Selon l'approche des conditions nécessaires et suffisantes, il suffit de vérifier qu'un animal répond aux critères et c'est un oiseau. Selon les prototypes, il y a un représentant idéal du concept et plus on lui ressemble plus on est un oiseau. Un animal à plumes est donc plus ou moins un oiseau selon qu'il est proche ou non du prototype.
Il est probable qu'une poule est un meilleur représentant oiseau que l'autruche mais moins bon que la corneille. De la même façon, une table sera dessinée avec 4 pattes même si la définition de Robert ne l'oblige pas. Une fraise sera rouge, une fève sera de forme allongée même si on peut dire : J'ai planté deux rangées de fèves et que, dans ce cas, les fèves étaient des graines. Les concepts de notre lexique mental sont plutôt représentés par des prototypes et les cas atypiques tentent de s'en approcher. On peut donc dire À Tchernobyl, j'ai vu un canard mais il n'avait pas de plumes.
La notion de prototype a fait lobjet de plusieurs études psycholinguistiques, remontant à E. Rosch. En voici deux exemples.
A. Battig et Montague [K.Allen, p.324] ont demandé à des sujets de donner une liste de légumes, de fruits, de jouets, de maladies Ils ont compté le nombre de fois quun terme revenait et ont ordonné les termes dans chaque catégorie selon leur fréquence. Dans le cas des légumes, la carotte était au 1e rang, la tomate au 6e (15e dans les fruits), loignon plutôt rare (0,14) et le cornichon, très rare (0,006). Évidemment, scientifiquement, la carotte ou le cornichon sont des légumes sils répondent à la liste des critères définissant la classe LÉGUME. Mais dans lesprit des sujets, dans leur lexique mental, une carotte est «plus un légume» que le cornichon ou loignon, ou plus précisément la carotte est un meilleur représentant de la catégorie que le cornichon ou loignon.
B. On a procédé à un autre type de démonstration dans laquelle on présentait aux sujets des termes désignant des animaux et des oiseaux : moineau, cardinal, faucon, autruche, pingouin, poussin en leur demandant de répondre le plus rapidement de dire sil sagissait dun oiseau. Si la définition opératoire doiseau était la définition scientifique (ovipare, ailé ), le temps de réponse (latence) et le taux derreur aurait dû être le même pour tous les termes. Évidemment, les résultats furent différents : le moineau est reconnu plus rapidement et de façon plus fiable comme un oiseau que lautruche, le pingouin ou le poussin. Le moineau est donc un meilleur représentant de la classe OISEAU que lautruche. En résumé, lappartenance à une catégorie sémantique nest pas binaire mais graduée.
Il existe plusieurs versions de la théorie des prototypes. Dans lune, chaque terme est associée à un prototype qui la représente (ex : moineau est le prototype de oiseau, une fraise rouge, charnue est le prototype de la fraise ). Dans une autre, il sagit plutôt dune accumulation de traits (ovipare, ailes, plumes, petite taille, chante, telle couleur ) et les termes qui possèdent le plus de traits sont les meilleurs représentants. Cependant, dans cette version, il se peut très bien que les meilleurs représentants ne possèdent pas tous les traits définissant la catégorie. Dans ce cas, le prototype est une construction idéale, abstraite et les meilleurs représentants sapprochent de cette définition idéale.
Si un terme peut appartenir à une catégorie sans posséder tous les traits, on doit se demander ce qui forme le noyau de la définition.
Reprenons lexemple de table. Si je vous demandais de dessiner une table, je retrouverais probablement un dessin du meuble à quatre pattes, probablement carrée.
On peut utiliser le mot table dans bien des situations qui ne correspondent pas à ce prototype, dont la plupart se retrouvent au dico (quelques extraits de larticle dans Robert):
| I Objet formé essentiellement d'une surface plane horizontale, généralement supportée par un pied, des pieds, sur lequel on peut poser des objets. 1. Surface plane dressée à une hauteur convenable pour recevoir tout ce qui est nécessaire aux repas; spécialt de nos jours, Meuble sur pieds construit pour cet usage. à Table d'hôte*. Réserver, retenir une table au restaurant 2. La table : la nourriture servie à table. à Personnes qui prennent leur repas, qui sont à table. [table ronde, table de concertation] 3.Meuble formé d'une surface plane supportée par des pieds, et servant à divers usages. [le meuble lui-même, alors quen 1, cétait la pile de caisses qui fait office de table après le déménagement !] II. Surface plane. Planche, plaque, plateau, tableau (II), tablette, tablier (I). Table de machine-outil. à Astronaut. Table de lancement : « dispositif assurant le support et le maintien d'un véhicule spatial III. 1. (Dans quelques emplois) Surface plane sur laquelle on peut écrire, graver. 2. Présentation méthodique, sous forme de liste, d'un ensemble de données, d'informations. [table des matières] |
En résumé, table peut désigner une surface plate, petite ou grande (table de lancement), parfois avec des pattes, des tiroirs, la nourriture quelle contient, les gens autour, le droit doccuper temporairement un endroit pour manger, une partie dinstrument, les informations écrites sur la surface
Si Robert a regroupé ces sens, cest surtout parce que la filiation historique (létymologie) peut être documentée. Mais, pour un dico informatique (ex : si on veut programmer un robot pour quil puisse comprendre des textes), on doit se demander quels sens doivent être reliés et lesquels ne le doivent pas.
Jai réservé une table pour le 1e violon chez St-Hubert, chez Tanguay, chez mon luthier
|- Jai réservé le droit de manger chez St-Hubert [sens 1]
|- Jai réservé une pièce de violon chez le luthier [sens 2]
|- Jai réservé un meuble chez Tanguay [sens 3]
Quel est le noyau de la définition de table ? Comment dérivera-t-on les divers sens à partir de ce noyau ? Pourquoi le meuble est-il le prototype de la définition ?
Ces questions nous amènent au problème central, la polysémie (et son pendant, lhomonymie) et le problème de Searle (Scènes de la vie de banlieue) : combien de sens ?
Scènes de la vie de banlieue, thème inspiré du philosophe John Searle :
| Cest lété et il fait beau. Le gazon est long et, craignant la pression des voisins, vous dites à votre robot Matrisse : «Écoute, Matrisse, coupe-moi donc le gazon». Après lui avoir décrit lopération, Matrisse sexécute. Il va chercher la tondeuse et coupe le gazon. Une heure plus tard. La famille est installée autour dun généreux gâteau au chocolat. Comme Matrisse a bien travaillé, vous lui faites les honneurs et vous lui dites : «Hé ! Matrisse, coupe donc le gâteau !» Évidemment, vous naviez pas prévu la suite et personne na eu de gâteau, ce jour-là. |
La question cruciale que Searle pose cest : combien de sens de couper va-t-on distinguer ? On ne coupe pas le gazon comme on coupe une corde ou un gâteau. Si on distingue autant de sens quil y a dobjets différents à couper, la tâche est insurmontable. Bien sûr, on peut abstraire. Mais jusquoù ? Pensez à couper la parole.
Nous ne nous poserons pas la question aussi directement, mais elle sera toujours là, en toile de fond, comme le bruit dune tondeuse, par un beau jour dété.
11. Polysémie (ambiguïté) et imprécision (vagueness)
Si on revient aux Scènes de la vie de banlieue, la question posée par Searle est combien doit-on de sens ? Si on reprend lexemple de couper (plus de 22 sens, sans tenir compte des nuances (à). Dans le 1e sens (- 1 nuance), on peut continuer à distinguer en se basant sur les synonymes :
| [Bianchi, 2001, La flexibilité sémantique. une approche critique", Langue française 129] La fonction associée au verbe couper prendrait ainsi quatre valeurs conventionnelles, en dépendance du contexte linguistique:
Cela peut expliquer nombre dexemples: si, en effet, Alice demande à BilI de couper lherbe du jardin de sa maison de campagne et que Bill commence à poignarder le gazon avec un couteau ou à le débiter en tranches ou à couper chaque fil dherbe avec des ciseaux, on pourra affirmer que Bill na pas obéi à la requête littérale et non ambiguë dAlice |
La question centrale de cette section peut être formulée ainsi : pourquoi et comment distinguer entre couper la parole, couper de la coke, couper une corde, couper le gazon ?
Évidemment, cest du coupage de cheveux en 4. Mais, la Science, cest ça. Cest pourquoi Einstein avait une chevelure abondante.
De la même façon, cirer mon SUV, des pommes... ne désigne pas la même chose que cirer des skis. Dans le premier cas, cest appliquer de la cire et frotter pour faire reluire, pas dans le second cas. Si on applique le test du synonyme, cirer des skis = farter des skis. On ne farte pas un SUV ou un plancher.
On peut parer le problème en allant dans lautre sens et en adoptant une définition assez abstraite pour regrouper tous les sens de couper ou de cirer:
X couper Y |- Y est divisé en deux (ou plusieurs) parties
X cirer Y |- X applique de la cire sur Y
Si on va trop loin, on aboutira à un très grand nombre de sens pour chaque terme et on perd ce qui est commun. Si on demeure dans labstraction (ex. table : surface plane), les définitions deviennent insuffisantes pour définir spécifiquement le terme (au sens logique) : toute surface plane devient une table, couper nest plus distinct de trancher, diviser, casser, séparer (cf. couper le gazon mais *trancher, diviser, séparer le gazon). Si on adopte cette solution, il faut relier le sens abstrait à des sens plus spécifiques en fonction de lobjet coupé.
Selon quon décidera de rejeter une distinction ou de la garder, on oppose imprécision (vagueness ou métonymie) et polysémie (ou ambiguïté). On dira par exemple, que la distinction entre porter du lapin et manger du lapin ou entre lubrifier la voiture et laver la voiture relève de limprécision (lubrifier le dessous de la voiture, laver le dessus de la voiture, on peut imaginer les dégâts de Matrisse dans une garage) et que la différence entre couper la parole (interrompre) et couper la coke (diluer) relève de lambiguïté (polysémie).
Un terme désigne une entité pouvant avoir plusieurs facettes (forme, fonction, mode de création, lieu occupé par lentité, caractéristique particulière ) et on se sert du nom de lobjet pour désigner une des facettes de lobjet. Lapin désigne alors la peau du lapin ou la viande de lapin. Il y a imprécision (raccourci serait plus juste) à utiliser lentité totale pour désigner une facette de cette entité.
Pourquoi ne pas utiliser le terme métonymie ?
métonymie Figure de rhétorique, procédé de langage par lequel on exprime un concept au moyen d'un terme désignant un autre concept qui lui est uni par une relation nécessaire (la cause pour l'effet, le contenant pour le contenu, le signe pour la chose signifiée)
La seule objection est quil ne sagit pas dune figure de rhétorique, mais dun processus fréquent, quotidien, intégré au sens neutre, non rhétorique, dun grand nombre de mots du lexique. Lorsquun ami vous dit :
1) Hé ! Jsuis stationné dans la cour. Cest correct ?
2) Pis, jai une aile bossée. Si jpogne celui qui a fait ça !
3) Tsé quoi ? Chu même pu dans lbottin !
Il est peu probable quil fasse de la rhétorique ou use dun procédé. Mais sinon, limprécision et la métonymie renvoient au même phénomène. Analysons 1-3. Il y a un raccourci (normal) dans la communication. 1-3 devraient se lire :
4) Hé ! Mon véhicule est stationné dans la cour. Cest correct ?
5) Et puis, mon véhicule a une aile bossée. Si jattrape celui qui a fait ça ! Gare !
6) Tu sais ? Mon nom nest même plus dans lannuaire téléphonique!
Elle imprègne même la syntaxe. En (7), de la même manière que Je suis garée dans la cour est un raccourci pour Ma voiture est garée dans la cour, ce nest pas Julie qui a impressionné mais une propriété de Julie. De même, en (8), Julie na pas de propriétés coupantes. Cest son instrument qui a coupé :
7) Julie a impressionné Jules par sa force de caractère
8) Julie a coupé le pain
Létendue du phénomène :
Pour un humain, ce peut être les parties du corps (une grande gueule, un chercheur de tête, des têtes dirigeantes, un nez [=concepteur de parfum], cette équipe de hockey collectionne les gros gabarits ), les vêtements (une grosse pointure, les bérets blancs, Hé, le casque, viens ici), les instruments (une bonne fourchette, un gros calibre, le 1e violon), une occupation temporaire (Hé, Martha, ta poutine caviar sest tirée sans payer) ou plus permanente (un couche-tard, une bonne table), pour un objet, contenant/contenu (dans un sens étendu), les parties de lobjet (lubrifier la voiture) activité/lieu de lactivité, action/résultat (il a déchiré son abonnement), objet/représentation de lobjet (Julie a déchiré son coq), etc.
1) Cest un gros livre avec de nombreuses illustrations en couleurs [contenant]
2) Cest un livre très dense, difficile à comprendre [contenu]
3) Il a vidé une bouteille de rhum (contenu) et la lancé contre le mur (contenant)
4) Marie a repeint la fenêtre [la fenêtre dans louverture]
5) Paul est sorti par la fenêtre [louverture, qui est le sens original de fenêtre]
6) Si tu passes cette porte (seuil), je ne te parle plus !
7) Ils ont huilé la porte (physique, les gonds de la porte)
8) Wall-Street et Hollywood craignent la concurrence
9) Hollywood est agréable à visiter
10) LAuvergne vous sert les fromages sur un plateau [les gens de lauvergne]
11) Bagdad se prépare à la guerre
12) Bagdad était superbe, au coucher du soleil
13) La banque dans la grand-rue a brûlé hier soir [lieu physique]
14) La banque est très aimable avec moi [gens]
15) La banque a été créée en 1900 [institution]
16) Marie sest tricoté un chandail quelle avait vu dans Plein Deuil
17) John was eating rabbit (Jean mangeait du lapin) [viande]
18) I refuse to wear rabbit (Je refuse de porter du lapin) [fourrure]
19) Afier several lorries had run over the body, there was rabbit splattered all over the highway (Après que plusieurs camions eurent roulé sur le corps, il y avait du lapin partout sur lautoroute) [toutes les parties du lapin]
[Kleiber, Questions de sémantique]
20) Je suis (garé) sur la place
21) a) Je suis dans lannuaire de téléphone
22) Picasso est au Louvre
23) George Sand est sur létagère de gauche
24) Paul a été heurté à laile par un camion
25) Alain Prost perd de lhuile
26) Maman, je suis sur la liste (des reçus au baccalauréat)
27) Mammouth est aussi à Strasbourg
28) Marie se reboutonne
29) Lomelette au jambon est parti(e) sans payer (G. Fauconnier, 1984)
30) Lhépatite du 3 ne mange toujours pas
31) Les culottes bleues ont gagné par 3 à O (dune équipe de football)
32) Paul est bronzé (= la peau de Paul)
33) Marie est maquillée (= le visage de Marie)
34) Paul est voûté (= le dos de Paul)
Certains verbes finir, commencer, terminer, reprendre vont induire ce type dimprécision :
1) Albert a fini son assiette (de manger, de garnir, sil est chef, de fabriquer sil est potier )
2) Marc-André commence un roman de 2000 pages (à lire, à écrire, à réviser, à relier )
Tests proposés pour distinguer entre la polysémie et limprécision :
La question cruciale que posait Searle est : quand sagit-il de deux sens différents ? Quand y a-t-il polysémie et quand y a-t-il seulement imprécision ? Concrètement, doit-on mettre dans les dicos : voiture 1 : dessous de la voiture lubrifier la voiture et voiture 2 carrosserie laver la voiture. Doit-on, dans chaque article de terme désignant un contenant, préciser les sens de contenant et de contenu ? La question nest pas simple et les dicos nont pas de solution à ce problème. À flacon, Robert met les deux sens (contenu/contenant) ; à fiole, flacon plat, il ny a que contenant.
Certains test ont été proposés pour tenter de départager la polysémie de limprécision. Le principe à la base de ces tests est essentiellement qu'on ne peut réunir dans une même phrase des mots de même forme et de sens différents (homonymes). Par exemple, la phrase suivante ne peut s'interpréter que selon une interprétation de avocat à la fois:
Jules s'est payé un avocat et Julie, aussi. |- Ils ont acheté un fruit ou ils ont requis les services d'un juriste.
*|- Jules a requis les services d'un juriste et Julie a mangé un fruit
Jules m'attend à la porte et il est garé en double ligne
*Il a terminé son avocat à la vinaigrette avant den appeler un autre
*Le Dr. Jean-Yves cueillait des fraises le dimanche et en utilisait sur semaine pour extraire des dents
Lorsquil y a deux sens reliés (polysémie), on obtient le même résultat :
*Le 24 décembre, Karajan exécutait la 9e à Berlin et Jeb Bush, un meurtrier en Louisianne
[Kleiber]
15) ? Ce plateau est lourd, mais très peu peuplé
16) ? Ce plateau est lourd. Il est couvert de forêts
17)? Ce plateau, qui est lourd, est très peu peuplé
18)? Ce plateau, qui est très peu peuplé, est lourd
Ce processus sappelle zeugma et est utilisé à des fins poétiques ou comiques (Boris Vian, Le pharmacien sortit sa guillotine et exécuta lordonnance) :
zeugma ou zeugme n. m.
Rhét. Construction qui consiste à ne pas énoncer de nouveau, quand l'esprit peut les rétablir aisément, un mot ou un groupe de mots déjà exprimés dans une proposition immédiatement voisine (ex. « L'air était plein d'encens et les prés de verdure » [Hugo]).
Donc, dans le cas qui nous intéresse, si on peut conjoindre ou pronominaliser deux emplois dun terme de manière naturelle, on a affaire à une imprécision, sinon à une ambiguïté (polysémie) :
Jules est sorti par la fenêtre que Julie venait de repeindre (seuil/objet)
Située au sud, lAuvergne vous sert les fromages sur un plateau (gens/lieu)
Ce livre est ennuyeux, mais bien relié et illustré (tome/texte ou contenant/contenu)
[Kleiber]
12) Ce livre est ennuyeux, mais quest-ce qu il est bien relié
1 3) Ce livre, qui pèse cinq kilos, est difficile à comprendre
14) Ce livre, qui e difficile à comprendre, pèse cinq kilos
La banque BMX, fondée en et qui était très courtoise avec moi, a brûlé en 1987
Kleiber souligne, à juste titre, quil sagit dun phénomène sémantique et non syntaxique. Par exemple, Paul est dans lannuaire nest pas simplement une réduction de (Le nom de) Paul est dans lannuaire. Sinon, les phrases suivantes devraient être acceptables :
9) a) ? Paul nest pas dans lannuaire de téléphone, parce quil a trop de lettres (il son nom)
b) ? Picasso est au Louvre. Il est recouvert de poussière (il = lesta bleaux)
c) ? George Sand est sur létagère de gauche. Elle est reliée en cuir (elle = les livres de George Sand)
d) ? Paul a été heurté à laile par un camion, parce qu il est trop large (il = la voiture)
e) ? Alain Prost perd de lhuile. Il devra être révisé (il = le moteur ou la voiture)
f) ? Maman, je suis sur la liste (des reçus au baccalauréat). Je suis tout petit (je = mon nom)
g) ? Mammouth est aussi à Strasbourg il est tout neuf (il = le ou les magasins)
h) ? Marie se reboutonne, car elle est ouverte (elle = le corsage de Marie)
En fait, lorsque jutilise Paul est stationné dans la cour, je fais bien référence à Paul par lune de ses facettes qui fondent lhomme du XXe s., le hâr. Cest bien Paul qui est garé dans la cour, mais Paul char et non Paul tronc.
Le lexique génératif (dynamique):
Les articles de notre lexique mental ne sont pas passifs. Ils contiennent de linformation avec laquelle on peut jouer. Ils contiennent de linformation sur ce quon peut faire avec lobjet en question, son aspect fonctionnel. James Pustejovsky est connu en sémantique par ces travaux défendant une version formalisée du lexique dynamique (ou génératif). Les termes sont des objets complexes définis par leur qualia, représentant les facettes sou lesquels une entité peut être envisagée : la façon dont elle est produite, ses parties constitutives (méronymes), sa fonction, etc. Une terme hérite de propriétés de ses hyperonymes. Par exemple : si un livre est un artéfact alors il hérite, par défaut, de la propriété AGENT= artéfact. On peut parler du lessai de Marc-André dans le sens lessai que Marc-André a écrit (ou relié).
[Brousseau et Roberge]
James Pustejovsky présente une typologie intéressante des cas dambiguïté sémantique. Celle-ci se place dans le cadre plus large dun modèle sémantique formel qui vise à représenter la sémantique des mots au regard de la compositionnalité: le Lexique génératif. Comme le précise Pustejovsky dans son ouvrage éponyme de 1995 (The Generative Lexicon), lobjectif du modèle est de rendre compte des interactions entre le sens des mots et la compositionnalité, en tenant compte de: 1) lusage créatif des mots dans des contextes nouveaux; et 2) la compositionnalité comme mesure dévaluation du modèle de sémantique lexicale [concrètement linteraction entre commencer et un livre, par ex.].
Dans les grandes lignes, et en laissant de côté le formalisme logique utilisé, le Lexique génératif propose les ingrédients suivants. Les représentations sémantiques des mots comportent quatre niveaux: la structure darguments, la structure dévénement, la qualia et ce que nous appellerons la structure connectique («lexical inheritance structure»). La structure darguments correspond à ce que lon entend généralement par ce terme. Elle spécifie le nombre darguments dun prédicat, leur type logique et leur catégorie syntaxique. La structure dévénement identifie à quel type dévénement appartient le prédicat [on le verra plus loin]. La structure de qualia regroupe quatre modes dexplication :au sens aristotélicien du terme). Enfin, la structure connectique identifie les relations quentretient un mot avec les autres dun même réseau conceptuel. Cest cette dernière structure qui permet de définir un mot au moyen dun nitre déjà défini, qui reflète les relations dhyponymie dans lorganisation hiérarchique des concepts.
Les deux premiers niveaux sont particulièrement pertinents pour représenter les prédicats, alors que le troisième lest particulièrement pour les mots qui dénotent des entités. Nous nous limiterons ici à ce niveau. La structure de qualia est le niveau qui permet de catégoriser et donc de nommer les objets du monde. Elle regroupe quatre modes dexplication, quatre rôles: constitutif, formel, télique et agentif. Le rôle constitutif décrit a relation dune entité à ses constituants, par exemple le matériel dont elle st faite ou les parties quelle comporte. Le rôle formel liste les attributs qui caractérisent une entité en contraste avec les autres dune même classe, par exemple lorientation, lampleur, la forme, les dimensions, la couleur ou la position. Le rôle télique caractérise lentité en termes fonctionnels: elle indique ce quelle fait ou lusage quon en fait. Le rôle agentif décrit les acteurs qui ont provoqué, occasionné, rendu possible lentité. Une entité peut, par exemple, avoir été créée par les humains (artéfact) ou résulter dun phénomène naturel. Ces quatre niveaux sont illustrés ci-dessous. Il sagit de représentations partielles qui ne montrent que la structure de qualia.
[Using Complex Lexical Types to Model the Polysemy of Collective Nouns within the Generative Lexicon Patrick Caudal, TALANA, UFRL, Université Paris 7 Denis-Diderot, Paris]
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[Labelle] En fait, livre résulte de ce que Pustejovsky appelle la notation pointée (telle qu'utilisée en C++) de deux types généraux: le type objet_physique_artefact et le type information. On peut accéder à livre.objet_physique_artefact (ce qui représente la facette physique du livre) et à livre.information. Comme artefact, il a été fabriqué, donc la qualia de livre.objet_physique_artefact est à gauche alors que la qualia de livre.information à en bas, à droite. C'est une manière de représenter formellement la notion de facette. Certains termes ont une représentation simple, comme hache qui n'a qu'une facette de type objet_physique_artefact_outil. La structure argumentale (en haut à droite) renvoie à la structure logique de livre. Brousseau et Roberge commettent une erreur: livre est un type complexe. Le terme hache serait simple.
[Brousseau et Roberge]
Le Lexique génératif comporte également un ensemble de mécanisme génératifs qui vont permettre de relier les quatre niveaux du qualia et qui vont dériver les interprétations compositionnelles des mots dans un contexte. Ces mécanismes sont responsables de la plupart des cas lambiguïté lexicale. En fait, selon Pustejovsky, le seul cas de polysémie proprement dite met en jeu des mots qui comportent des constituants internes liés par une relation logique. Des mots comme porte, fenêtre, etc., présentent en alternance un sens de figure ou un sens de fond «figure/ground». Ce sont des mots proprement polysémiques puisquils ont une structure relationnelle. Cest aussi les cas des mots comme bouteille, verre ou bol, qui alternent entre un sens de contenant et un sens de contenu (cf (35)). De la même façon, des mots comme construction, examen ou enregistrement ont me structure qui met en relation un constituant interne processus et un constituant résultat, et ils alternent entre ces deux sens (cf (36)).
35) a. Il a cassé trois bouteilles de vin en servant lapéritif.
b. Il a bu trois bouteilles de vin à lui tout seul.
36) a. La construction a pris plus de temps que prévu. [Processus]
b. La construction est très solide.[ Résultat]
Les autres types dambiguïté sémantique émergent de lapplication le mécanismes génératifs pour dériver les interprétations compositionnelles. Trois de ces mécanismes sont pertinents pour lambiguïté: la coercition de type, le liage sélectif et lextension de sens.
La coercition de type est une opération sémantique qui convertit le type dun argument pour que celui-ci corresponde au type qui convient au prédicat. Lors de la composition sémantique, les types darguments, lévénements et de qualia doivent respecter les conditions de bonne formation; ils doivent être compatibles pour pouvoir être combinés. Prenons deux exemples:
37) a. Jai commencé à lire Germinal
b. Jai commencé la lecture de Germinal
c. Jai commencé Germinal
38) a. Veux-tu boire une bière?
b. Veux-tu une bière?
Quand on commence quelque chose, il sagit de quelque chose qui arrive, qui se passe. On ne commence pas un livre en tant que tel, on commence à ire ou à écrire un livre. Le verbe commencer, comme le verbe vouloir prend pour complément un événement et non pas un objet physique. La phrase en (37c) devrait être exclue parce que le type de livre. (objet physique) nest pas compatible avec le type du complément qui est requis par le verbe (événement). Pourtant, cette phrase est généralement interprétée comme équivalente à celles en (37a et b). Cette interprétation découle de la coercition. Cest le verbe qui force une interprétation événementielle: lire n livre. Cette coercition est possible parce que le sens en question existe déjà dans le qualia de livre: elle est spécifiée par le rôle télique (cf (33)).
Les alternances de sens entre noms dénombrables et noms de masse, ainsi que celles entre produits et producteurs, découlent également de la coercition de type:
39) a. Le boeuf est malade depuis trois jours. [Dénombrable]
b. Le boeuf nest pas très tendre mais il est savoureux. [Masse]
40) a. Le magazine comporte maintenant plus de pages. [Produit]
b. Le magazine a engagé trois nouveaux journalistes. [Producteur]
La coercition ne crée pas un nouveau sens; elle choisit un constituant de sens déjà présent pour convertir le type constitutif du mot. La coercition est donc un moyen de prédire comment, dans un contexte donné, les paramètres dérivent une interprétation donnée.
Un deuxième type dambiguïté est illustré par les exemples ci-dessous:
41) a. une voiture rapide = une voiture qui a de façon inhérente la propriété dêtre rapide
b. une dactylo rapide = quelquun qui dactylographie rapidement
c. une route rapide = une route où on roule rapidement/qui permet de se rendre rapidement à destination
42) a. un bon couteau = un couteau qui a des qualités facilitant laction de couper (coupant, maniable)
b. un bon chien = un chien qui a des qualités utiles, appréciées (affectueux, protecteur, chasseur)
c. une bonne route = une route qui a des qualités facilitant le déplacement (carrossable, rapide, agréable)
Le mécanisme génératif à loeuvre ici est le liage sélectif, soit lapplication de façon sélective dune fonction à un constituant interne spécifique du qualia. Dans les expressions en (41), la propriété dénotée par la fonction rapide nest pas attribuée à lentité dénotée par le nom de la même façon. Cette attribution se fait de façon directe en (41a): la rapidité est une propriété intrinsèque de la voiture. Mais en (41b,c), ce nest ni une personne ni une route qui est rapide, mais une action: la dactylographie et le déplacement. Dans les deux cas, rapide sélectionne un constituant précis du qualia: le rôle télique.
Un dernier type dambiguïté survient lorsque des mots donnent lieu à des extensions de sens. Comme le montrent les exemples suivants, les mots prennent alors un sens totalement différent:
43 a. Jai mes trois enfants dans mon porte-monnaie. Tu veux les voir?
b. Je suis garée là-bas, au coin.
c. La soupe à loignon demande une autre bière.
Lextension de sens est un mécanismes assez différent de la coercition et du liage sélectif. Elle ne met pas en jeu un sens qui fait partie au départ le la représentation sémantique. Cest un transfert de sens qui sapplique de façon générale (quoique surtout à des noms qui désignent des personnes), ;ans prendre en compte la sémantique initiale du mot qui acquiert le nouveau sens ou plutôt le nouveau référent.
Pustejovsky: diagramme des types conceptuels (tiré de Type-construction)
La métaphore :
Cette section est basée essentiellement sur le chap. 11 de Cruse 2000, Meaning in Language augmenté dexemples tirés de Robert CD.
Quand on pense à la métaphore, on pense aux créations songées du type :
Mais, plus prosaïquement, il y a aussi les innovations collectives, qui sont passés dans lusage linguistique quotidien. On peut penser à lextension des termes introduits par linformatique : souris, fenêtre, naviguer, site Il suffit de faire une recherche sur les articles de Robert CD contenant le terme fig. (figuré) pour constater à quel point la métaphore est présente dans le lexique (5373 articles). Il faudrait ajouter à cela toutes les mentions par ext. (par extension) et les sens qui diffèrent sans être spécifiquement notés comme extension métaphoriques :
On pourrait ajouter les créations quotidiennes que tout Ducon Moyen concocte sans fanfare. Par exemple, après un déménagement, lorsquon désigne une pile de caisses en suggérant de déposer la pizza sur la «table», ou lorsquon désigne une chaise en disant : tire-toi une bûche.
Dans tous ces cas, il y a une analogie qui est créé. On retrouve une structure présente dans une domaine dans un domaine différent. Lorsquon parle du pied dune falaise, on retrouve léquivalence le pied est au corps ce que le terrain inférieur sur lequel repose la falaise est à la falaise. Toute analogie suppose quon oublie certaines différences pour se concentrer sur les ressemblances. Lorsquon désigne une pile de caisse comme table de fortune, on ne retient que le classificateur surface plane. Cest dailleurs ce quon a fait lorsquon a créé lemploi table de lancement pour les satellites. Il ne sagit plus de meuble, de mobilier et il ny a plus de pattes. Certains auteurs parlent dappauvrissement. Dans le cas de table, on est passé dune classe plus précise (meuble, mobilier) à une classe plus large (surface plane) pouvant sappliquer à un plus grand nombre de cas.
Cest une question de propreté : il faut changer davis comme de chemise [Jules Renard]
Ici, lauteur fait, avec une humour fin de siècle, lanalogie suivante : le changement de chemise est à la propreté du corps ce que le changement davis est à la propreté lesprit.
Notons quil joue sur la polysémie de changer : Jules a changé de chemise et moi, davis a un effet comique que na pas le banal Jules a changé de chemise et moi, de pantalon. Robert classe effectivement changer de vêtement (se changer) dans un sens différent de changer davis (¹ se changer).
Cruse cite Max Black comme précurseur des théories actuelles de la métaphore et qui basait la métaphore sur lanalogie. Pour Black, on applique à au sujet primaire (visé) les propriétés relevant du sujet secondaire. Lexemple que donne Black est Marriage is a zero-sum game (litt. Le mariage est un jeu à gain nul) : le mariage est une lutte, entre deux rivaux, où tout gain se fait aux dépens de lautre. Le mariage est le sujet primaire (visé) auquel on attribue les propriétés dun jeu sans gagnant, sujet secondaire. Il ny a pas danalogie toute faite : lanalogie est créé par la métaphore et pour la comprendre il faut recréer les propriétés normales du sujet secondaire pour les appliquer au sujet primaire. Il faut pouvoir retrouver dans le mariage les propriétés du jeu à gain nul.
Différentes écoles exploiteront divers aspects d lanalogie. Sperber et Wilson (relevance theory) insistent sur laspect pertinence optimale : on sen tient aux propriétés analogiques les plus pertinentes dans le contexte. Lakoff insiste sur le fait que les métaphores sont souvent fondées sur des analogies profondes, sensori-motrices : figure/fond, contenant/contenu, objet/lieu Plusieurs métaphores sont en effet basées sur la localisation spatiale ou une analogie spatiale :
Question dévaluation : Expliquez la différence entre métaphore et métonymie, à partir dun exemple pour chacune.
Les questions importantes de cette section:
Quest-ce quune condition nécessaire et suffisante, en ce qui concerne une définition ? Donnez un exemple en expliquant. Vous devez être capable den reconnaître une.
Quelles sont les composantes dune définition ? Donnez un exemple.
Quest-ce quun champ sémantique ? Donnez un exemple avec 5 termes. Vous devez être capable de distinguer un champ sémantique dun champ thématique.
Définissez hyperonyme logiquement. Donnez un exemple.Définissez hyperonyme linguistiquement pour les noms et les verbes en donnant un exemple pour chaque cas.
Quelles sont les quatre propriétés de l'hyperonyme? Donnez un exemple pour chaque cas.
Définissez hyponyme logiquement. Donnez un exemple.
Définissez hyponyme linguistiquement pour les noms et les verbes en donnant un exemple pour chaque cas.
Définissez synonyme logiquement (donnez un exemple) et linguistiquement.
Pourquoi la synonymie totale n'existe-t-elle pas? Donnez un exemple.
Définissez antonyme logiquement en donnant un exemple.
Long et court sont-ils antonymes dans tous les cas? Expliquez.
Qu'est-ce qu'un antonyme réciproque ? Exemple.
Définissez méronyme/holonyme avec exemples.
Définissez homonyme selon Robert et selon les sémanticiens. Quel est le rapport avec la polysémie?
Quels sont les 4 critères qui peuvent être utilisés pour distinguer les sens d'un mot.
Qu'est-ce que la théorie des prototypes, par rapport aux conditions nécessaires et suffisantes ? Donnez deux exemples de validation expérimentale.
Dites si les termes soulignés suivants sont des cas de métaphore, métonymie (imprécision) ou aucun de ces deux choix. Il y a parfois deux cas par phrase. Justifiez votre réponse.
Autre exercice sur la métonymie, la polysémie et le test de polysémie. à venir
(...à venir)