L'étude de Trudgill avait bien illustré l'existence d'une
attitude face à la langue, attitude que nous avions
appelée norme implicite ou prestige latent : dans les
cas de variation stables, les femmes favorisent les formes standards et les
hommes des variantes non standard, pour diverses raisons. Explicitement, tous
les sujets condamnaient les variantes non standards. L'attitude linguistique
est souvent l'expression de luttes sociales subtiles et est souvent difficile
à justifier. Certains aspects du français standard contemporain
proviennent de variétés non standards de l'ancien
français; les formes non standards d'autrefois sont le standard
d'aujourd'hui. La prononciation du (r) fait partie de la variété
standard aux U.S.A., alors qu'elle est jugée non standard en G.B. Nous
avons mentionné qu'une des explications apportées au mutisme de
certains garçons en classe pouvait être leur attitude face
à la langue de l'école (la variété standard)
considérée comme la variété des filles. Les noirs
américains manifestent une attitude semblable face à
l'américain standard. L'attitude linguistique est un aspect fondamental
de la sociolinguistique. Dans cette section, nous allons voir certaines
techniques utilisées pour évaluer l'attitude linguistique.
Méthodes directes vs. indirectes:
Les méthodes directes demandent simplement l'opinion de
l'interviewé sur une question donnée: ex: Qui devrait
s'occuper de la langue au Québec? Comment évaluez-vous
votre façon de parler? ou Préférez-vous
écouter la musique en français ou en anglais?
Les méthodes peuvent aussi faire appel à la ruse et à l'astuce pour révéler ce que les locuteurs pensent sans l'avouer. La technique d'autoévaluation de Trudgill en est un exemple. En voici une autre. Les sociolinguistes Cooper et Fishman voulaient vérifier si l'attitude envers l'hébreu en Israël en ferait une langue plus efficace que l'arabe dans les débats scientifiques. Ils choisirent des sujets bilingues musulmans auxquels ils firent entendre 4 passages lus par des locuteurs des deux langues. Un groupe écoutait un passage non scientifique, en arabe, sur les méfaits du tabac et un passage scientifique en hébreu sur les méfaits de l'alcool. On demanda ensuite l'opinion des sujets sur la prohibition de l'alcool et du tabac: Les résultats furent nets: les sujets réagirent 2 fois plus lorsque l'argumentation scientifique était en hébreu et l'argumentation non scientifique en arabe.
Une méthode maintenant classique fut introduite par le psychologue W.Lambert dans les années 1960. à l'insu des sujets, des locuteurs bilingues enregistrent des versions d'un texte en deux ou plusieurs langues ou variétés. On demande ensuite aux sujets d'évaluer le locuteur, généralement sur une échelle de 7 points présentant des adjectifs bipolaires: Ex. Cette personne me semble... fiable/suspect(e), sympathique/antipathique, fort(e)/faible, agressif(-ve)/doux(-ce)... Le biais introduit par le sujet ou sa voix se trouve ainsi neutralisé: l'évaluation des sujets porte sur la langue ou la variété utilisée.
Par exemple, dans une étude de ce type, les sujets-évaluateurs, 80 francophones et 92 anglophones, avaient été répartis en quatre groupes selon le sexe. Les adjectifs utilisés dans l'évaluation appartenaient à trois dimensions: ils faisaient appel soit, à 1) la compétence: intelligent, ambitieux, sûr de lui, faisant preuve de leadership (charisme), courageux, dynamique... 2) l'intégrité: fiable, sincère, appliqué, juste... 3) l'empathie sociale: sociable, aimable, jovial, charitable, ayant le sens de l'humour, sympathique....
Les variétés évaluées étaient dans ce cas l'anglais, le français standard européen et le franco-québécois. L'étude montra 1) que les hommes anglophones percevaient les femmes plus favorablement sous le déguisement français 2) les femmes anglophones percevaient les hommes plus favorablement sous le « masque » anglais: ils semblaient plus sympathique, charitable, sincère, volontaire, consciencieux. 3) les hommes sous le masque français européen étaient évalués (même par les sujets-évaluateurs québécois) plus positivement que sous le masque québécois.
Voici d'autres exmples, extraits du volume Le parti pris des mots de Dominique Lafontaine (pp.27-32) consacré à l'évaluation de l'attitude linguistique qui sera mis en réserve pour vous.
1. Le locuteur masqué: Les études fondatrices de Wallace Lambert.
En 1960, une première recherche a été menée à Montréal en vue de déterminer quelles étaient les attitudes des anglophones et des francophones à légard de langlais et du français. La technique du locuteur masqué y est utilisée de la façon suivante: un passage est lu dans les deux langues par quatre locuteurs parfaitement bilingues. À ces huit passages (4 x 2) sont ajoutées deux voix de remplissage [distracteurs] et il est demandé aux sujets dévaluer les différents locuteurs sur quatorze échelles à six degrés. Lexpérience leur a été présentée comme une tentative pour objectiver dans quelle mesure on peut juger des personnes daprès leur voix; durant lexpériences les juges ont le texte du passage lu sous les yeux.
Les échelles, qui vont de "très peu" à "beaucoup" portent sur les traits suivants: taille, attrait physique, aptitude à diriger, sens de lhumour, intelligence, religiosité, confiance en soi, fiabilité, jovialité, bonté, ambition, sociabilité, caractère et sympathie.
Léchantillon comporte:
Chacun des deux groupes reçoit les consignes de lexpérience dans sa langue maternelle. Lexpérience fait apparaître que, conformément aux prédictions, les juges anglophones évaluent plus favorablement les locuteurs anglophones de façon significative, sur sept des échelles: taille, attrait physique, intelligence, fiabilité, bonté, ambition, caractère. Les francophones ne sont évalués plus favorablement que pour le sens de lhumour.
A côté de cela, on trouve un résultat plus surprenant: les juges francophones évaluent aussi plus favorablement les locuteurs anglophones pour une majorité de traits (taille, attrait physique, aptitude à diriger, intelligence, confiance en soi, fiabilité, ambition, sociabilité, caractère et sympathie). Les francophones se retrouvent mieux placés que les anglophones pour deux aspects seulement: la bonté et la religiosité.
En outre, si lon compare les jugements émis par les anglophones et les francophones, on constate que les anglophones évaluent les francophones plus favorablement que ceux-ci ne sévaluent eux-mêmes sur neuf des quatorze échelles (attrait, aptitude à diriger, sens de lhumour, intelligence, confiance en soi, fiabilité, ambition, sociabilité et caractère).
Pour Lambert, lexpérience semble montrer que, dans une communauté où domine un groupe linguistique, les membres de la minorité linguistique ont tendance à reproduire les stéréotypes des membres de la majorité. Dans ses conclusions, lauteur souligne toutefois la nécessité de poursuivre plus avant les recherches pour confirmer cette interprétation.
2. Les continuateurs:
En 1963, Preston reprend la même technique et pousse lenquête
plus loin. Il sinterroge notamment sur le rôle que joue le sexe
(sexe du locuteur et sexe du juge) dans lévaluation, et sur les
différences de réactions à légard du
français québécois et du français de France.
Participent à lexpérience 80 anglophones canadiens et 92 francophones de première année du collège à Montréal (moitié hommes, moitié femmes). Les traits à évaluer sont en gros les mêmes que dans létude initiale. Pour linterprétation, ils ont été regroupés en trois catégories distinctes:
Létude met en évidence limportance de la variable sexe dans le domaine des attitudes: en effet, dune part, les locuteurs masculins et féminins sont évalués différemment, dautre part, les juges masculins et féminins rendent des jugements différents. Ainsi, par exemple, les anglophones voient les femmes francophones sous un jour plus favorable que leurs homologues masculins. Ces derniers sont perçus comme manquant dintégrité personnelle et comme moins attirants socialement par les juges anglophones masculins, et, plus encore, par les juges anglophones féminins. En général, les locuteurs parlant le français de France sont mieux perçus que les francophones canadiens.
De leur côté, les juges francophones évaluent plus favorablement les francophones de France, et moins favorablement les francophones canadiens que ne le font les anglophones. En général, les francophones se perçoivent moins favorablement quils ne perçoivent les anglophones et les Français de France.
De cette étude, on retiendra quelle souligne limportance de la variable sexe pour létude des attitudes, quelle fait lhypothèse de lexistence de trois facteurs (compétence, intégrité personnelle, attrait social) et enfin, quelle confirme que les membres dune communauté linguistique dominée semblent partager la vision des dominants et ont même tendance à se « classer » moins bien que ne les classent les dominants eux-mêmes.
Ainsi, Cheyne (1970), en vue de saisir les réactions stéréotypées à légard de locuteurs parlant avec des accents écossais et anglais, soumet à un échantillon de 110 Ecossais de Glasgow (57 hommes, 53 femmes) et de 59 Anglais de Londres (26 hommes, 33 femmes) un passage lu parquatre étudiants (2 hommes, 2 femmes) en art dramatique, alternativement avec un accent anglais et un accent écossais. Les juges doivent évaluer les voix sur vingt échelles relatives à la personnalité (issues dune étude antérieure de Lambert) et sur une échelle de statut socio-professionnel.
Létude fait apparaître une tendance analogue à celle des travaux de Lambert: en moyenne, les Anglais et les Ecossais évaluent plus favorablement les locuteurs parlant avec un accent anglais. Toutefois, cette évaluation plus favorable concerne essentiellement les traits de personnalité liés au statut, à la compétence (prestige, santé, intelligence, statut social, ambition, aptitude à diriger, confiance en soi). Sur dautres échelles, les Ecossais placent les locuteurs sexprimant avec un accent écossais plus haut, suggérant quils ont une personnalité plus chaleureuse (amitié sens de lhumour générosité sympathie gentillesse.)
Dans une autre étude, Giles (1971) fait de même apparaître une perception différenciée de plusieurs accents anglais, suivant que les échelles portent plutôt sur la compétence, lintégrité personnelle ou lattrait social. Deux locuteurs lisent un passage de deux minutes avec trois accents: laccent R.P. [= received pronunciation, standard britannique], laccent sud-écossais, et laccent du Somerset. Quatre-vingt-seize sujets (48 hommes, 48 femmes), venant des deux régions (Sud-Ecosse et Somerset), et constituant deux groupes dâge (douze ans, dix-sept ans), sont invités à évaluer les locuteurs sur dix-huit échelles bipolaires.
Sur six échelles, dont cinq relatives à la compétence (attrait physique, ambition, intelligence, confiance en soi, détermination, esprit dentreprise), laccent R.P. est évalué plus favorablement que les deux accents régionaux. À lopposé, pour quatre échelles liées à lintégrité personnelle et à lattrait social (sérieux, loquacité, bonne nature, sens de lhumour), ce sont les accents régionaux qui surpassent laccent R.P. Lauteur voit dans cette différence dévaluation le signe dune loyauté (accent loyalty) des locuteurs sexprimant avec un accent non prestigieux envers leur propre accent.
Ces deux dernières études suggèrent donc que lévaluation des variétés linguistiques pourrait reposer sur différentes dimensions. Certaines variétés seraient perçues comme socialement plus prestigieuses, dautres comme humainement plus attirantes. On peut toutefois regretter que le regroupement des traits en ensembles (compétence intégrité personnelle attrait social) ne soit généralement fourni quaprès coup et que ce regroupement nait pas fait lobjet dun traitement statistique approprié (corrélations, ou, mieux, analyse factorielle).
Ceci a conduit des chercheurs à assortir linvestigation des attitudes de considérations contextuelles. Il en va ainsi dune étude de Carranza et Ryan (1975), qui porte sur les réactions dadolescents américains bilingues anglais-espagnol envers des locuteurs anglophones et hispanophones.
Quarante-deux Anglo-Américains (moyenne dâge: 16,1 ans) et quarante-deux Mexicano- Américains (moyenne dâge: 15,6 ans) sont invités à évaluer deux récits lus par seize locuteurs différents en anglais et en espagnol. Un premier récit porte sur un thème traitant de la maison, le second sur un thème scolaire. Chacun des deux récits doit être évalué sur quinze échelles relatives au statut (éduqué, intelligent, riche, réussit bien) à la solidarité (amical, bon, gentil, sincère) et, pour compléter le schéma des trois (acteurs dOsgood, des échelles relatives à lactivité et à la puissance (brave, individualiste, fort, actif, agressif, athlétique, énergique).
Lanalyse fait apparaître des résultats significativement différents suivant le contexte envisagé. Ainsi, langlais, en moyenne, est mieux placé que lespagnol, mais lespagnol lemporte dans le contexte maison. En outre, la différence en faveur de langlais est plus nette pour les échelles relatives au statut que pour celles relatives à la solidarité.
Lanalyse factorielle confirme lexistence des trois facteurs que les auteurs avaient avancés à titre dhypothèse: statut, solidarité et activité / puissance.
Une analyse de la variance montre que dans le contexte maison, langlais est évalué moins favorablement que lespagnol sur les facteurs puissance / activité et solidarité, mais plus favorablement sur le facteur statut. Dans le contexte école, langlais est mieux placé que lespagnol sur les trois facteurs.
Outre la confirmation, par analyse factorielle, de lexistence des deux dimensions distinctes dans lévaluation (statut / solidarité) , létude met en évidence limportance du contexte dans la recherche sur les attitudes linguistiques. Comme le soulignent pertinemment les auteurs si le contexte avait été ignoré, les résultats auraient indiqué une préférence unilatérale pour langlais (1975, p. 99).
L'étude de D'Anglejean et Tucker:
Sociolinguistic correlates of speech style (dans Analyzing
variation):
Il s'agit d'une autre étude importante sur les attitudes linguistiques
des québécois. Cette étude faisait suite à celles
de Lambert et cherchait à vérifier plusieurs hypothèses.
Entre autres, les efforts de l'OLF pour imposer une norme aussi
française que possible, au cours des années 60, avaient
entraîné chez les québécois de milieu non urbain une
réaction de dévalorisation de leur variété
dialectale.
L'échantillon: (tableau 1) L'étude regroupait 243 francophones appartenant à trois groupes sociaux: étudiants, professeurs et ouvriers. Le choix des deux premiers groupes venaient du fait que les efforts de l'OLF visaient surtout le milieu de l'éducation.
Les objectifs: L'étude cherchait à évaluer (entre autres) les facteurs suivants:
Le matériel:
Il s'agissait a) d'un questionnaire classique (répondre oui/non) et b)
d'une évaluation d'échantillons de variétés
à partir de l'occupation probable du locuteur et de traits de
personnalité. Les échantillons de variétés
consistaient en a) des passages de 30 à 40 sec. d'interviews sur le
thème Une tempête de neige en mars b) d'un décompte
de 1 à 20.
On avait obtenu 12 échantillons de trois groupes cibles:
Les résultats:
A. La sensibilité aux variétés: A la question
demandant s'ils avaient remarqué que certaines personnes parlaient de
façon différente, la répartition des oui en % fut: 95% des
profs, 85% des étudiants, 75% des travailleurs. Lorsqu'on demandait aux
sujets de regrouper diverses occupations selon leur façon de parler, on
regroupa les avocats avec les professeurs d'université et les annonceurs
de radio, d'une part, et les chauffeur d'autobus, facteurs et concierges
ensemble. Selon les régions, les employés de banque furent
placés dans un groupe ou l'autre. Lorsqu'on demanda aux sujets
d'évaluer leur façon de parler, on obtint le tableau suivant:
| Montréal | Étudiants: chauffeur d'autobus, commis de banque |
|---|---|
| Professeurs: avocat | |
| Ouvriers: chauffeur d'autobus | |
| Alma | Étudiants: commis de banque |
| Professeurs: commis de banque | |
| Ouvriers: chauffeur d'autobus | |
| Québec | Étudiants: commis de banque |
| Professeurs: avocat | |
| Ouvriers: commis de banque |
Sauf pour les profs de Montréal et Québec, les sujets ont tendance à évaluer leur variété selon le statut le plus bas. Soulignons que les étudiants venaient de milieu ouvrier ou de la classe moyenne inférieure. On demanda ensuite quelle personnalité publique avait une bonne façon de parler. Pierre Trudeau (français près de la norme européenne) fut valorisée et C. Samson et R. Caouette (français populaire régionale) furent défavorisés.
B. Sensibilité aux variétés dialectales: Voir article, figures 2-3 (à droite).
C. Attitude face aux variétés: Les sujets étaient modérément satisfaits de leur façon de parler (3.76 sur une échelle de 7 pts où 1=satisfait). Radio-Canada représentait la meilleure forme de français. Les sujets rejetèrent le cliché voulant que le français européen soit meilleur que le français québécois (rejet plus fort à Montréal qu' à Québec).
D. L'importance du langage: A l'affirmation voulant qu'une personne est jugée plus sur sa façon de parler que d'après son intelligence, les résultats furent: étudiants 3.17, profs 3.47, ouvriers 2.37 (ceux-ci accordent donc plus d'importance à la langue).
E. Conscience des différences dialectales: (tab. 4) Un plus grand pourcentage d'interviewés considère que les différences inter-dialectales touchent surtout la prononciation et le vocabulaire.
F. Faiblesses perçues du français: (tab. 6) En conséquence, les interviewés considèrent que les faiblesses de leur façon de parler touchent surtout la prononciation et le vocabulaire. Fig. 1: Les étudiants de Montréal et les enseignants de Québec ont moins tendance à condidérer que le franco-québécois a besoin d'amélioration.
G. Attitude face à la planification linguistique: (tab. 7) Selon les interviewés, la responsabilité de l'amélioration et de la préservation du français revient par ordre aux parents, aux enseignants puis au gouvernement.
H. Évaluation des échantillons de variété: Les sujets devaient écouter les échantillons, puis répondre à une question sur l'occupation probable du locuteur ainsi qu'évaluer les locuteurs selon une échelle de traits de personnalité.
Fig. 2: Il s'agit de réactions au
décompte de 1 à 20. On demanda d'évaluer sur une
échelle de 1 à 6 la probabilité que le locuteur
était un concierge, un facteur ou un chauffeur d'autobus.
Les échantillons de FSE furent évalués plus positivement que les québécois (UFC et LFC). Le tableau ci-contre présente les résultats pour la question : Cette personne est un concierge. Les variétés québécoises furent évaluées dans le sens attendu (UFC>LFC) bien que les sujets ouvriers discriminèrent moins nettement que les autres groupes.
Traits de personnalité: Les locuteurs du FSE furent
jugés plus intelligents (m=2), plus éduqués, plus
ambitieux, plus aimables et moins durs que les québécois. Les
chercheurs s'attendaient à ce que les locuteurs québécois
soient jugés plus aimables que les locuteurs FSE (solidarité vs.
statut).
Notez le test utilisé F de Fischer
Fig. 4: On demanda d'évaluer sur une échelle
de 1 à 6 l'avantage qu'il y aurait à parler comme ce locuteur.
Les résultats allèrent dans le sens attendu: le FSE est plus
avantageux que l'UFC et celui l'est plus que le LFC.
Conclusion des chercheurs: Les québécois souffrent bien d'insécurité linguistique, sentiment auquel contribuent les campagnes de dévalorisation de l'OLF. Les auteurs s'attendaient à un rejet clair du FSE (le maudit français), ce qu'ils n'ont pas trouvé. Ils retrouvent également une tendance à dévaloriser leur propre dialecte.
Attitudes des adolescents canadiens-français
(Crine et Leclerc):
L'étude fait appel à la technique du locuteur masqué: 9
locuteurs, décrits au tableau II, lisent des extraits (phrases
soulignées) d'un passage des Gommes de Robbe-Grillet en version
québécoise et française. Un questionnaire contenant 30
adjectifs répartis sur une échelle de 7 pts et une question sur
la profession probable (Quelle pourrait être l'occupation de cette
personne?) convertie en une échelle de 7 pts (1=procure beaucoup
d'argent et demande plusieurs années d'étude) a été
administré à 101 étudiants répartis selon le milieu
socio-économique et le régime scolaire.
Résultats aux tableaux V (FQS),VI (FQNS). Comparez les moyennes. Remarque: les * signifient que la différence entre les moyennes est statistiquement significative.
Les Gommes (A.Robbe-Grillet) Les passages soulignés sont les passages retenus dans les enregistrements.
Version FSE :
Version FQ :
Évaluation de la personnalité des locuteurs (français standard) (le test utilisé est le t de Student, semblable au F de Fischer, mais plus limité)
| Item | Moyenne | Sigma | t1 | |
|---|---|---|---|---|
| 1 | gentil | 5,01455 | 0,7128 | 14,65** |
| 2 | borné | 3,14267 | 0,6179 | -9,32** |
| 3 | sûr de lui | 5,0277 | 0,6636 | 15,56** |
| 4 | honnête | 5,2396 | 0,6626 | 18,8** |
| 5 | aimable | 4,8535 | 0,6659 | 12,88** |
| 6 | paresseux | 3,21485 | 0,6022 | -12,54** |
| 7 | sympathique | 4,9713 | 0,6667 | 14,64** |
| 8 | logique | 5,0069 | 0,6179 | 16,37** |
| 9 | ignorant | 2,9950 | 0,59314 | -17,02** |
| 10 | naïf | 3,5317 | 0,6013 | -7,82** |
| 11 | influençable | 3,145145 | 0,71472 | -7,33** |
| 12 | mou | 3,14356 | 0,6827 | -8,30** |
| 13 | courtois | 5,0752 | 0,6521 | 16,57** |
| 14 | méthodique | 4,8287 | 0,6235 | l3,35** |
| 15 | débrouillard | 5,0792 | 0,69142 | 15,62** |
| 16 | poli | 5,3020 | 0,614142 | 20,31** |
| 17 | négligent | 3,3337 | 0,6273 | -10,67** |
| 18 | fiable | 4,9911 | 0.691414 | 14,34** |
| 19 | entêté | 3,7307 | 0,8333 | -3,24** |
| 20 | coopératif | 5,18142 | 0,6512 | 18,27** |
| 21 | sociable | 4,9832 | 0,69140 | 14,23** |
| 22 | comique | 4,0653 | 0,5770 | 1,13 |
| 23 | instable | 3,14129 | 0,6380 | -9,24** |
| 24 | intelligent | 5,0099 | 0,5827 | 17,41** |
| 25 | insouciant | 3,3822 | 0,61491 | -9,56** |
| 26 | vulgaire | 3,0297 | 0,6733 | -14,48** |
| 27 | amical | 5,0802 | 0,6816 | 15,92"** |
| 28 | calme | 4,2525 | 0,7227 | 3,51** |
| 29 | consciencieux | 4,9089 | 0,5922 | 15,92** |
| 30 | prompt | 4,6020 | 0,69148 | 8,70** |
| 31 | occupation $$$ | 4,5307 | 0,6352 | 8,39** |