L'attitude linguistique:


L'étude de Trudgill avait bien illustré l'existence d'une attitude face à la langue, attitude que nous avions appelée norme implicite ou prestige latent : dans les cas de variation stables, les femmes favorisent les formes standards et les hommes des variantes non standard, pour diverses raisons. Explicitement, tous les sujets condamnaient les variantes non standards. L'attitude linguistique est souvent l'expression de luttes sociales subtiles et est souvent difficile à justifier. Certains aspects du français standard contemporain proviennent de variétés non standards de l'ancien français; les formes non standards d'autrefois sont le standard d'aujourd'hui. La prononciation du (r) fait partie de la variété standard aux U.S.A., alors qu'elle est jugée non standard en G.B. Nous avons mentionné qu'une des explications apportées au mutisme de certains garçons en classe pouvait être leur attitude face à la langue de l'école (la variété standard) considérée comme la variété des filles. Les noirs américains manifestent une attitude semblable face à l'américain standard. L'attitude linguistique est un aspect fondamental de la sociolinguistique. Dans cette section, nous allons voir certaines techniques utilisées pour évaluer l'attitude linguistique.


Méthodes directes vs. indirectes:
Les méthodes directes demandent simplement l'opinion de l'interviewé sur une question donnée: ex: Qui devrait s'occuper de la langue au Québec? Comment évaluez-vous votre façon de parler? ou Préférez-vous écouter la musique en français ou en anglais?…

Les méthodes peuvent aussi faire appel à la ruse et à l'astuce pour révéler ce que les locuteurs pensent sans l'avouer. La technique d'autoévaluation de Trudgill en est un exemple. En voici une autre. Les sociolinguistes Cooper et Fishman voulaient vérifier si l'attitude envers l'hébreu en Israël en ferait une langue plus efficace que l'arabe dans les débats scientifiques. Ils choisirent des sujets bilingues musulmans auxquels ils firent entendre 4 passages lus par des locuteurs des deux langues. Un groupe écoutait un passage non scientifique, en arabe, sur les méfaits du tabac et un passage scientifique en hébreu sur les méfaits de l'alcool. On demanda ensuite l'opinion des sujets sur la prohibition de l'alcool et du tabac: Les résultats furent nets: les sujets réagirent 2 fois plus lorsque l'argumentation scientifique était en hébreu et l'argumentation non scientifique en arabe.

Une méthode maintenant classique fut introduite par le psychologue W.Lambert dans les années 1960. à l'insu des sujets, des locuteurs bilingues enregistrent des versions d'un texte en deux ou plusieurs langues ou variétés. On demande ensuite aux sujets d'évaluer le locuteur, généralement sur une échelle de 7 points présentant des adjectifs bipolaires: Ex. Cette personne me semble... fiable/suspect(e), sympathique/antipathique, fort(e)/faible, agressif(-ve)/doux(-ce)... Le biais introduit par le sujet ou sa voix se trouve ainsi neutralisé: l'évaluation des sujets porte sur la langue ou la variété utilisée.

Par exemple, dans une étude de ce type, les sujets-évaluateurs, 80 francophones et 92 anglophones, avaient été répartis en quatre groupes selon le sexe. Les adjectifs utilisés dans l'évaluation appartenaient à trois dimensions: ils faisaient appel soit, à 1) la compétence: intelligent, ambitieux, sûr de lui, faisant preuve de leadership (charisme), courageux, dynamique... 2) l'intégrité: fiable, sincère, appliqué, juste... 3) l'empathie sociale: sociable, aimable, jovial, charitable, ayant le sens de l'humour, sympathique....

Les variétés évaluées étaient dans ce cas l'anglais, le français standard européen et le franco-québécois. L'étude montra 1) que les hommes anglophones percevaient les femmes plus favorablement sous le déguisement français 2) les femmes anglophones percevaient les hommes plus favorablement sous le « masque » anglais: ils semblaient plus sympathique, charitable, sincère, volontaire, consciencieux. 3) les hommes sous le masque français européen étaient évalués (même par les sujets-évaluateurs québécois) plus positivement que sous le masque québécois.

Voici d'autres exmples, extraits du volume Le parti pris des mots de Dominique Lafontaine (pp.27-32) consacré à l'évaluation de l'attitude linguistique qui sera mis en réserve pour vous.


1. Le locuteur masqué: Les études fondatrices de Wallace Lambert.

En 1960, une première recherche a été menée à Montréal en vue de déterminer quelles étaient les attitudes des anglophones et des francophones à l’égard de l’anglais et du français. La technique du locuteur masqué y est utilisée de la façon suivante: un passage est lu dans les deux langues par quatre locuteurs parfaitement bilingues. À ces huit passages (4 x 2) sont ajoutées deux voix de remplissage [distracteurs] et il est demandé aux sujets d’évaluer les différents locuteurs sur quatorze échelles à six degrés. L’expérience leur a été présentée comme une tentative pour objectiver dans quelle mesure on peut juger des personnes d’après leur voix; durant l’expériences les juges ont le texte du passage lu sous les yeux.

Les échelles, qui vont de "très peu" à "beaucoup" portent sur les traits suivants: taille, attrait physique, aptitude à diriger, sens de l’humour, intelligence, religiosité, confiance en soi, fiabilité, jovialité, bonté, ambition, sociabilité, caractère et sympathie.

L’échantillon comporte:

- 64 anglophones étudiant(e)s (moitié filles I moitié garçons) en première année universitaire de psychologie (moyenne d’âge: 18,8 ans);
- 66 francophones (tous de sexe masculin) fréquentant un collège français classique à Montréal (moyenne d’âge: 18,2 ans).

Chacun des deux groupes reçoit les consignes de l’expérience dans sa langue maternelle. L’expérience fait apparaître que, conformément aux prédictions, les juges anglophones évaluent plus favorablement les locuteurs anglophones de façon significative, sur sept des échelles: taille, attrait physique, intelligence, fiabilité, bonté, ambition, caractère. Les francophones ne sont évalués plus favorablement que pour le sens de l’humour.

A côté de cela, on trouve un résultat plus surprenant: les juges francophones évaluent aussi plus favorablement les locuteurs anglophones pour une majorité de traits (taille, attrait physique, aptitude à diriger, intelligence, confiance en soi, fiabilité, ambition, sociabilité, caractère et sympathie). Les francophones se retrouvent mieux placés que les anglophones pour deux aspects seulement: la bonté et la religiosité.

En outre, si l’on compare les jugements émis par les anglophones et les francophones, on constate que les anglophones évaluent les francophones plus favorablement que ceux-ci ne s’évaluent eux-mêmes sur neuf des quatorze échelles (attrait, aptitude à diriger, sens de l’humour, intelligence, confiance en soi, fiabilité, ambition, sociabilité et caractère).

Pour Lambert, l’expérience semble montrer que, dans une communauté où domine un groupe linguistique, les membres de la minorité linguistique ont tendance à reproduire les stéréotypes des membres de la majorité. Dans ses conclusions, l’auteur souligne toutefois la nécessité de poursuivre plus avant les recherches pour confirmer cette interprétation.

2. Les continuateurs:
En 1963, Preston reprend la même technique et pousse l’enquête plus loin. Il s’interroge notamment sur le rôle que joue le sexe (sexe du locuteur et sexe du juge) dans l’évaluation, et sur les différences de réactions à l’égard du français québécois et du français de France.

Participent à l’expérience 80 anglophones canadiens et 92 francophones de première année du collège à Montréal (moitié hommes, moitié femmes). Les traits à évaluer sont en gros les mêmes que dans l’étude initiale. Pour l’interprétation, ils ont été regroupés en trois catégories distinctes:

- compétence: intelligence ambition confiance en soi aptitude à diriger courage;
- intégrité personnelle: fiabilité sincérité force de la personnalité, personnalité consciencieuse bonté;
- attrait social: sociabilité sympathie caractère accueillant sens de l’humour affection.

L’étude met en évidence l’importance de la variable sexe dans le domaine des attitudes: en effet, d’une part, les locuteurs masculins et féminins sont évalués différemment, d’autre part, les juges masculins et féminins rendent des jugements différents. Ainsi, par exemple, les anglophones voient les femmes francophones sous un jour plus favorable que leurs homologues masculins. Ces derniers sont perçus comme manquant d’intégrité personnelle et comme moins attirants socialement par les juges anglophones masculins, et, plus encore, par les juges anglophones féminins. En général, les locuteurs parlant le français de France sont mieux perçus que les francophones canadiens.

De leur côté, les juges francophones évaluent plus favorablement les francophones de France, et moins favorablement les francophones canadiens que ne le font les anglophones. En général, les francophones se perçoivent moins favorablement qu’ils ne perçoivent les anglophones et les Français de France.

De cette étude, on retiendra qu’elle souligne l’importance de la variable sexe pour l’étude des attitudes, qu’elle fait l’hypothèse de l’existence de trois facteurs (compétence, intégrité personnelle, attrait social) et enfin, qu’elle confirme que les membres d’une communauté linguistique dominée semblent partager la vision des dominants et ont même tendance à se « classer » moins bien que ne les classent les dominants eux-mêmes.

Ainsi, Cheyne (1970), en vue de saisir les réactions stéréotypées à l’égard de locuteurs parlant avec des accents écossais et anglais, soumet à un échantillon de 110 Ecossais de Glasgow (57 hommes, 53 femmes) et de 59 Anglais de Londres (26 hommes, 33 femmes) un passage lu parquatre étudiants (2 hommes, 2 femmes) en art dramatique, alternativement avec un accent anglais et un accent écossais. Les juges doivent évaluer les voix sur vingt échelles relatives à la personnalité (issues d’une étude antérieure de Lambert) et sur une échelle de statut socio-professionnel.

L’étude fait apparaître une tendance analogue à celle des travaux de Lambert: en moyenne, les Anglais et les Ecossais évaluent plus favorablement les locuteurs parlant avec un accent anglais. Toutefois, cette évaluation plus favorable concerne essentiellement les traits de personnalité liés au statut, à la compétence (prestige, santé, intelligence, statut social, ambition, aptitude à diriger, confiance en soi). Sur d’autres échelles, les Ecossais placent les locuteurs s’exprimant avec un accent écossais plus haut, suggérant qu’ils ont une personnalité plus chaleureuse (amitié sens de l’humour générosité sympathie gentillesse.)

Dans une autre étude, Giles (1971) fait de même apparaître une perception différenciée de plusieurs accents anglais, suivant que les échelles portent plutôt sur la compétence, l’intégrité personnelle ou l’attrait social. Deux locuteurs lisent un passage de deux minutes avec trois accents: l’accent R.P. [= received pronunciation, standard britannique], l’accent sud-écossais, et l’accent du Somerset. Quatre-vingt-seize sujets (48 hommes, 48 femmes), venant des deux régions (Sud-Ecosse et Somerset), et constituant deux groupes d’âge (douze ans, dix-sept ans), sont invités à évaluer les locuteurs sur dix-huit échelles bipolaires.

Sur six échelles, dont cinq relatives à la compétence (attrait physique, ambition, intelligence, confiance en soi, détermination, esprit d’entreprise), l’accent R.P. est évalué plus favorablement que les deux accents régionaux. À l’opposé, pour quatre échelles liées à l’intégrité personnelle et à l’attrait social (sérieux, loquacité, bonne nature, sens de l’humour), ce sont les accents régionaux qui surpassent l’accent R.P. L’auteur voit dans cette différence d’évaluation le signe d’une loyauté (accent loyalty) des locuteurs s’exprimant avec un accent non prestigieux envers leur propre accent.

Ces deux dernières études suggèrent donc que l’évaluation des variétés linguistiques pourrait reposer sur différentes dimensions. Certaines variétés seraient perçues comme socialement plus prestigieuses, d’autres comme humainement plus attirantes. On peut toutefois regretter que le regroupement des traits en ensembles (compétence — intégrité personnelle — attrait social) ne soit généralement fourni qu’après coup et que ce regroupement n’ait pas fait l’objet d’un traitement statistique approprié (corrélations, ou, mieux, analyse factorielle).

Ceci a conduit des chercheurs à assortir l’investigation des attitudes de considérations contextuelles. Il en va ainsi d’une étude de Carranza et Ryan (1975), qui porte sur les réactions d’adolescents américains bilingues anglais-espagnol envers des locuteurs anglophones et hispanophones.

Quarante-deux Anglo-Américains (moyenne d’âge: 16,1 ans) et quarante-deux Mexicano- Américains (moyenne d’âge: 15,6 ans) sont invités à évaluer deux récits lus par seize locuteurs différents en anglais et en espagnol. Un premier récit porte sur un thème traitant de la maison, le second sur un thème scolaire. Chacun des deux récits doit être évalué sur quinze échelles relatives au statut (éduqué, intelligent, riche, réussit bien) à la solidarité (amical, bon, gentil, sincère) et, pour compléter le schéma des trois (acteurs d’Osgood, des échelles relatives à l’activité et à la puissance (brave, individualiste, fort, actif, agressif, athlétique, énergique).

L’analyse fait apparaître des résultats significativement différents suivant le contexte envisagé. Ainsi, l’anglais, en moyenne, est mieux placé que l’espagnol, mais l’espagnol l’emporte dans le contexte maison. En outre, la différence en faveur de l’anglais est plus nette pour les échelles relatives au statut que pour celles relatives à la solidarité.

L’analyse factorielle confirme l’existence des trois facteurs que les auteurs avaient avancés à titre d’hypothèse: statut, solidarité et activité / puissance.

Une analyse de la variance montre que dans le contexte maison, l’anglais est évalué moins favorablement que l’espagnol sur les facteurs puissance / activité et solidarité, mais plus favorablement sur le facteur statut. Dans le contexte école, l’anglais est mieux placé que l’espagnol sur les trois facteurs.

Outre la confirmation, par analyse factorielle, de l’existence des deux dimensions distinctes dans l’évaluation (statut / solidarité) , l’étude met en évidence l’importance du contexte dans la recherche sur les attitudes linguistiques. Comme le soulignent pertinemment les auteurs si le contexte avait été ignoré, les résultats auraient indiqué une préférence unilatérale pour l’anglais (1975, p. 99).


L'étude de D'Anglejean et Tucker: Sociolinguistic correlates of speech style (dans Analyzing variation):
Il s'agit d'une autre étude importante sur les attitudes linguistiques des québécois. Cette étude faisait suite à celles de Lambert et cherchait à vérifier plusieurs hypothèses. Entre autres, les efforts de l'OLF pour imposer une norme aussi française que possible, au cours des années 60, avaient entraîné chez les québécois de milieu non urbain une réaction de dévalorisation de leur variété dialectale.

L'échantillon: (tableau 1) L'étude regroupait 243 francophones appartenant à trois groupes sociaux: étudiants, professeurs et ouvriers. Le choix des deux premiers groupes venaient du fait que les efforts de l'OLF visaient surtout le milieu de l'éducation.

Les objectifs: L'étude cherchait à évaluer (entre autres) les facteurs suivants:

Le matériel:
Il s'agissait a) d'un questionnaire classique (répondre oui/non) et b) d'une évaluation d'échantillons de variétés à partir de l'occupation probable du locuteur et de traits de personnalité. Les échantillons de variétés consistaient en a) des passages de 30 à 40 sec. d'interviews sur le thème Une tempête de neige en mars b) d'un décompte de 1 à 20.

On avait obtenu 12 échantillons de trois groupes cibles:

4 français (SEF)
4 québécois de milieu populaire (LFC): concierge, gardien de stationnement, préposé à l'entretien, menuisier),
4 québécois de milieu professionnel: professeurs d'université, psychiatre, architecte (UFC).

Les résultats:
A. La sensibilité aux variétés: A la question demandant s'ils avaient remarqué que certaines personnes parlaient de façon différente, la répartition des oui en % fut: 95% des profs, 85% des étudiants, 75% des travailleurs. Lorsqu'on demandait aux sujets de regrouper diverses occupations selon leur façon de parler, on regroupa les avocats avec les professeurs d'université et les annonceurs de radio, d'une part, et les chauffeur d'autobus, facteurs et concierges ensemble. Selon les régions, les employés de banque furent placés dans un groupe ou l'autre. Lorsqu'on demanda aux sujets d'évaluer leur façon de parler, on obtint le tableau suivant:

Montréal Étudiants: chauffeur d'autobus, commis de banque
Professeurs: avocat
Ouvriers: chauffeur d'autobus
Alma Étudiants: commis de banque
Professeurs: commis de banque
Ouvriers: chauffeur d'autobus
Québec Étudiants: commis de banque
Professeurs: avocat
Ouvriers: commis de banque

Sauf pour les profs de Montréal et Québec, les sujets ont tendance à évaluer leur variété selon le statut le plus bas. Soulignons que les étudiants venaient de milieu ouvrier ou de la classe moyenne inférieure. On demanda ensuite quelle personnalité publique avait une bonne façon de parler. Pierre Trudeau (français près de la norme européenne) fut valorisée et C. Samson et R. Caouette (français populaire régionale) furent défavorisés.

B. Sensibilité aux variétés dialectales: Voir article, figures 2-3 (à droite).

C. Attitude face aux variétés: Les sujets étaient modérément satisfaits de leur façon de parler (3.76 sur une échelle de 7 pts où 1=satisfait). Radio-Canada représentait la meilleure forme de français. Les sujets rejetèrent le cliché voulant que le français européen soit meilleur que le français québécois (rejet plus fort à Montréal qu' à Québec).

D. L'importance du langage: A l'affirmation voulant qu'une personne est jugée plus sur sa façon de parler que d'après son intelligence, les résultats furent: étudiants 3.17, profs 3.47, ouvriers 2.37 (ceux-ci accordent donc plus d'importance à la langue).

E. Conscience des différences dialectales: (tab. 4) Un plus grand pourcentage d'interviewés considère que les différences inter-dialectales touchent surtout la prononciation et le vocabulaire.

F. Faiblesses perçues du français: (tab. 6) En conséquence, les interviewés considèrent que les faiblesses de leur façon de parler touchent surtout la prononciation et le vocabulaire. Fig. 1: Les étudiants de Montréal et les enseignants de Québec ont moins tendance à condidérer que le franco-québécois a besoin d'amélioration.

G. Attitude face à la planification linguistique: (tab. 7) Selon les interviewés, la responsabilité de l'amélioration et de la préservation du français revient par ordre aux parents, aux enseignants puis au gouvernement.

H. Évaluation des échantillons de variété: Les sujets devaient écouter les échantillons, puis répondre à une question sur l'occupation probable du locuteur ainsi qu'évaluer les locuteurs selon une échelle de traits de personnalité.

{short description of image}Fig. 2: Il s'agit de réactions au décompte de 1 à 20. On demanda d'évaluer sur une échelle de 1 à 6 la probabilité que le locuteur était un concierge, un facteur ou un chauffeur d'autobus.

Les échantillons de FSE furent évalués plus positivement que les québécois (UFC et LFC). Le tableau ci-contre présente les résultats pour la question : Cette personne est un concierge. Les variétés québécoises furent évaluées dans le sens attendu (UFC>LFC) bien que les sujets ouvriers discriminèrent moins nettement que les autres groupes.

{short description of image}Traits de personnalité: Les locuteurs du FSE furent jugés plus intelligents (m=2), plus éduqués, plus ambitieux, plus aimables et moins durs que les québécois. Les chercheurs s'attendaient à ce que les locuteurs québécois soient jugés plus aimables que les locuteurs FSE (solidarité vs. statut).

Notez le test utilisé F de Fischer

{short description of image}Fig. 4: On demanda d'évaluer sur une échelle de 1 à 6 l'avantage qu'il y aurait à parler comme ce locuteur. Les résultats allèrent dans le sens attendu: le FSE est plus avantageux que l'UFC et celui l'est plus que le LFC.

Conclusion des chercheurs: Les québécois souffrent bien d'insécurité linguistique, sentiment auquel contribuent les campagnes de dévalorisation de l'OLF. Les auteurs s'attendaient à un rejet clair du FSE (le maudit français), ce qu'ils n'ont pas trouvé. Ils retrouvent également une tendance à dévaloriser leur propre dialecte.


Attitudes des adolescents canadiens-français (Crine et Leclerc):
L'étude fait appel à la technique du locuteur masqué: 9 locuteurs, décrits au tableau II, lisent des extraits (phrases soulignées) d'un passage des Gommes de Robbe-Grillet en version québécoise et française. Un questionnaire contenant 30 adjectifs répartis sur une échelle de 7 pts et une question sur la profession probable (Quelle pourrait être l'occupation de cette personne?) convertie en une échelle de 7 pts (1=procure beaucoup d'argent et demande plusieurs années d'étude) a été administré à 101 étudiants répartis selon le milieu socio-économique et le régime scolaire.

Résultats aux tableaux V (FQS),VI (FQNS). Comparez les moyennes. Remarque: les * signifient que la différence entre les moyennes est statistiquement significative.

Les Gommes (A.Robbe-Grillet) Les passages soulignés sont les passages retenus dans les enregistrements.

Version FSE :

- La rue Joseph-Janeck, est-ce loin d’ici ?
- Ca dépend du numéro où vous allez.
- Tout au bout, du cité du boulevard Circulaire.
- Alors c’est très simple : vous continuez jusqu’au premier carrefour, où vous tournez à droite, et. tout de suite après, vous tournez à gauche ; ensuite c’est tout droit. Vous n’en n’avez pas pour longtemps.
- Il y a bien un bureau de poste, n’est-ce pas ?
- … sur le boulevard, à l’angle de la rue Jonas. Mais ça n’est pas la peine d’aller chercher une poste jusque-la...
- Non, non, je sais, mais…, il faut que j’aille à celle-là... pour la poste restante.
- Alors, la première a droite, la première à gauche et puis tout droit. Il n’y a pas à se tromper.
Wallas remercie et reprend sa route mais, arrivé au croisement au moment d’obliquer sur la gauche - vers la clinique - il se rend compte, qu’ayant omis de souligner ce détail à l’agent, celui-ci va croire qu’il se trompe de chemin, malgré ses explications claires et répétées (p. 247).

Version FQ :

- Aye, la rue Saint-Joseph, s’tu loin d’icitte ?
- Ben, ça dépend oussé que vous voulez aller.
- C’é par là, dans le boute du rond-point.
- C’é ben facile, vous allez jusqu’au premier coin, pis lâ vous tournez à drouette, pis tu’suite apras vous tournez sus vot’ gauche, pis 1à, c’é tout drouette. C’é pas ben loin.
- Y’a-tu un bureau de poste, dans ce boute-là ?
- Oui, ee... sus a grand-rue, juss au coin de St-André. Mé ça vaut pas à peine d’aller jusque-lâ pour çâ.
- Non, non, j’sais ben, mé... i faut que j’y alle pareil, pour raire faire une lettre enregistrée.
- Oubliez pas, prenez à drouette, pis tournez sus vot’ gauche, pis lâ, c’é tout drouette. Vous pouvez pas l’manquer.
Willy r’mercie l’gars, pis i continue son chemin. Mais rendu au coin, jusse avant de tourner à gauche pour à pital, y’a pensé qu’i avait pas dit ça à police, pis que ‘tet ben i va croire qui s’é trompé, mime si Y avait toute ben expliqué ça.

Évaluation de la personnalité des locuteurs (français standard) (le test utilisé est le t de Student, semblable au F de Fischer, mais plus limité)

  Item Moyenne Sigma t1
1 gentil 5,01455 0,7128 14,65**
2 borné 3,14267 0,6179 -9,32**
3 sûr de lui 5,0277 0,6636 15,56**
4 honnête 5,2396 0,6626 18,8**
5 aimable 4,8535 0,6659 12,88**
6 paresseux 3,21485 0,6022 -12,54**
7 sympathique 4,9713 0,6667 14,64**
8 logique 5,0069 0,6179 16,37**
9 ignorant 2,9950 0,59314 -17,02**
10 naïf 3,5317 0,6013 -7,82**
11 influençable 3,145145 0,71472 -7,33**
12 mou 3,14356 0,6827 -8,30**
13 courtois 5,0752 0,6521 16,57’**
14 méthodique 4,8287 0,6235 l3,35**
15 débrouillard 5,0792 0,69142 15,62**
16 poli 5,3020 0,614142 20,31**
17 négligent 3,3337 0,6273 -10,67**
18 fiable 4,9911 0.691414 14,34**
19 entêté 3,7307 0,8333 -3,24**
20 coopératif 5,18142 0,6512 18,27**
21 sociable 4,9832 0,69140 14,23**
22 comique 4,0653 0,5770 1,13
23 instable 3,14129 0,6380 -9,24**
24 intelligent 5,0099 0,5827 17,41**
25 insouciant 3,3822 0,61491 -9,56**
26 vulgaire 3,0297 0,6733 -14,48**
27 amical 5,0802 0,6816 15,92"**
28 calme 4,2525 0,7227 3,51**
29 consciencieux 4,9089 0,5922 15,92**
30 prompt 4,6020 0,69148 8,70**
31 occupation $$$ 4,5307 0,6352 8,39**