Développement intellectuel:

Tout n’est pas joué à la naissance

Selon une équipe de chercheurs, des retards jugés irréversibles durant la petite enfance pourraient être comblés par des programmes éducatifs ciblés. L’étude montre que le développement intellectuel des enfants en bas âge est lié à la richesse de l’environnement socio-économique.

AGENCE FRANCE-PRESSE


Washington — Le quotient intellectuel (Qi) d’enfants. provenant de milieux très défavorisés et adoptés tardivement augmente jusqu’à l’adolescence en corrélation avec le statut socio-économique de la famille d’adoption, selon une étude de chercheurs français publiée dans la revue Proceedings of National Academy of Sciences.

Contrairement à l’idée reçue, tout ne se joue pas à la naissance ou dans les premiers mois de la vie, selon cette étude réalisée sous la direction de Michel Duyme et d’Annick Camille Dumaret, de l’unité d’épidémiologie génétique de l’institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), et de StanislawTomkiewicz, du Centre de thérapie familiale Monceau (Paris).

Selon eux, le développement intellectuel des enfants en bas âge est lié à la richesse de l’environnement socio-économique et il serait donc possible de combler une partie des retards cognitifs constatés durant la petite enfance.

Pour illustrer leur théorie, les auteurs de l’étude ont pris l’exemple des cas d’adoption tardive car ils représentent « les seuls types de situation humaine qui fournissent l’occasion scientifique de conduire une évaluation méthodologique de l’impact d’un changement total d’un environnement pauvre â un environnement riche.

Les chercheurs ont donc sélectionné parmi les dossiers de 5003 enfants adoptés ceux de 65 enfants souffrant de maltraitances diverses et provenant de milieux très défavorisés. Tous répondaient à deux critères. Ils étaient âgés de quatre à six ans au moment de leur adoption et avaient en moyenne un QI inférieur à 86.

Les résultats indiquent qu’à l’adolescence, ces enfants avaient tous un QI plus élevé qu’au moment de leur adoption. Toutefois, ceux appartenant à des familles au niveau socio-économique élevé avaient un QI moyen plus. élevé que ceux évoluant dans des familles de niveau socio-économique inférieur, avec respectivement 98 contre seulement 85 (le QI normal est de 100).

« Notre étude contribue de manière directe à répondre à la question de savoir dans quelle mesure l’environnement, défini par le statut économique des parents adoptifs. peut modifier le développement cognitif des enfants défavorisés après la petite enfance », écrivent les auteurs de l’étude.

Selon eux, des retards jugés irréversibles durant la petite enfance pourraient donc être comblés par des programmes éducatifs ciblés, même s’il apparaît que les faiblesses d’acquisition des facultés spatio-temporelles sont plus faciles à combler que les déficiences d’acquisition du langage.

Le Devoir 10/08/1999