Le jeudi 14 octobre 1999
Papas et enseignants devront se brasser la cage s'ils veulent que les garçons québécois réussissent mieux à l'école. C'est du moins le coeur des recommandations émises par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) dans un rapport rendu public hier, intitulé Pour une meilleure réussite scolaire des garçons et des filles.
Inquiète de l'important écart de réussite scolaire entre les garçons et les filles, l'ex-ministre de l'Éducation, Pauline Marois, avait demandé au CSE de se pencher sur la question dès janvier 1998. Dans son avis d'une centaine de pages, le conseil constate l'importance de l'écart, cerne les facteurs à son origine et propose cinq pistes de solution.
"Il faut commencer le travail dès le primaire car c'est la base", a indiqué la présidente du CSE, Céline Saint-Pierre, en conférence de presse hier matin. Selon elle, même si l'écart entre les sexes n'est ni récent ni particulier au Québec, il faut agir rapidement. Les chiffres de l'étude confirment ses dires. En 1997-98, 41,3 % des garçons quittaient le secondaire avant la fin de leur diplôme, contre 26 % des filles.
Le document du CSE s'attaque d'abord aux rôles sociaux inculqués aux enfants par les parents, mais aussi par le corps enseignant. Encore aujourd'hui, des comportement sont associés à la masculinité et d'autres à la féminité. Entre quatre et onze ans, les filles aiment en général plus l'école. Professeurs et parents ont tendance à trouver la situation normale, encourageant ce comportement social. Même si elle reconnaît voir à long terme, Céline Saint-Pierre pense qu'un tel changement des mentalités est possible.[...]
Pour réaliser cet objectif, le CSE propose que le personnel scolaire soit formé à reconnaître les effets des rôles sociaux des sexes, mais aussi que les parents, et en particulier les pères, y soient sensibilisés. "Au préscolaire, les parents s'inquiètent très vite si leur garçon s'intéresse à des jeux plus féminins, donne la présidente du CSE en exemple. Mais ce n'est pas le cas quand une fille s'adonne à des jeux plus masculins."
En examinant les résultats scolaires du primaire et du secondaire, le CSE a remarqué que les écarts les plus flagrants entre garçons et filles se situent en lecture et en écriture. En 1995, à peine 38 % des garçons de sixième année détenaient une compétence suffisante ou supérieure en écriture, contre 57 % pour leurs homologues féminines. "Ces domaines font partie des motifs qui amènent à l'identification des élèves en difficulté et qui peuvent faire redoubler un élève", fait remarquer Céline Saint-Pierre.
Encore une fois, le conseil demande aux enseignants et aux parents de renverser la vapeur. Il invite les écoles à utiliser de nouvelles formes d'enseignement, comme les technologies de l'information, pour stimuler l'intérêt des garçons pour la langue. Le CSE souhaite également que les pères soient davantage présents pour superviser les devoirs et qu'ils fassent des activités à caractère culturel avec leurs fils. Dans une étude publiée mardi, Statistique Canada y allait de constats analogues. Selon les chercheurs, les garçons ont besoin de plus de soutien parental pour aider à leur réussite scolaire et le risque d'échec est plus grand si le jeune n'est pas encadré.
Bien qu'elle soit en accord avec les principes et les intentions du CSE en cette matière, Manon Théorêt émet certains doutes. "C'est bien beau, mais il ne faut pas que ça reste un voeu pieux. On demande de transformer des attitudes très profondes qui ne se changent pas du jour au lendemain." Selon elle, très jeunes, les enfants ont déjà une conception étroite de ce qu'est la masculinité et la féminité, et pas seulement dans les sports.
"Chez beaucoup de garçons, être un bon élève, c'est vu comme un comportement de fille, poursuit Manon Théorêt. Et ils n'ont pas appris ça dans les airs. Il y a des gens qui sont des modèles pour eux dans leur famille, parmi leurs enseignants et chez leurs copains et copines." Pour la vice-doyenne, le changement de comportement passe par la formation des maîtres, qui ont un rôle de premier plan. Richard Cloutier est du même avis. "Il va falloir changer la dynamique sociale et trouver des façons de valoriser ces matières pour qu'elles deviennent une zone d'intérêt et de réussite pour les garçons." [Comme le vaccin contre la mort, c'est pas pour demain!]
Mais l'avis transmis au ministère de l'Éducation va encore plus loin. Ayant établi que les garçons se retrouvent plus fréquemment en retard scolaire que les filles, il suggère de tenir compte des rythmes de développement des élèves. Autrement dit, il recommande de revoir le système actuel, basé sur la concordance des apprentissages en fonction de l'âge.[...]
Dans leurs nouvelles stratégies pédagogiques, les enseignants devront aussi tenir compte des différents styles cognitifs. Si garçons et filles engrangent différemment l'information, le CSE croit que le système d'éducation doit le refléter. "Les garçons doivent voir la réussite scolaire comme un défi", lance Céline Saint-Pierre. [Les lunettes sont fournies ?]
Enfin, pour répondre au taux élevé de décrochage masculin au secondaire, le CSE propose que les écoles orientent mieux leurs élèves professionnellement. "Alors que les filles semblent avoir une stratégie et une vision d'ensemble quant à la réussite scolaire, les garçons comptent sur leur bonne étoile pour s'en sortir", pense la présidente du CSE. [!!!! Des arriérés mentaux, quoi!]
Tout en faisant un tour d'horizon de la situation, l'avis du CSE mettra plusieurs années avant de se retrouver dans les manuels scolaires. C'est maintenant à François Legault que la mise en application est confiée. Un autre dossier chaud vient d'atterrir sur le bureau du ministre. Entre le financement des universités, les réformes et les négociations syndicales, le CSE espère qu'il trouvera le temps de s'occuper de ses garçons. [Combien est-ce que ça nous a coûté, ce tissu de banalités!]
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