71 % des Montréalais parlent le français en public
Mais le français reste fragile, notamment au travail, dit le CLF

 
Pierre O'Neill
LE DEVOIR

Le vendredi 27 août 1999

Les Québécois sont plus nombreux à parler le français dans leurs activités publiques que dans le privé. Mais la langue de la majorité est dans un état de fragilité à Montréal, notamment dans les milieux de travail.

D'après une étude rendue publique hier par le Conseil de la langue française, le français est la langue d'usage public de 87 % des Québécois alors que 11 % parlent principalement l'anglais.

Dans la région métropolitaine, la vitalité du français est moins évidente: 78 % des résidants y parlent principalement le français en public et 21 % l'anglais. Sur l'île de Montréal, 71 % utilisent le français et 28 % l'anglais. Et si l'on se base sur le critère de la langue parlée à la maison, seulement 55 % des Montréalais sont des francophones.

En présentant les conclusions de cette étude, la présidente du CLF a mis en lumière hier ce qu'elle a appelé la «fragilité» du français à Montréal, un état qu'elle attribue urtout à la faiblesse du français au travail et au fait que les allophones font relativement peu de transferts linguistiques. «On ne peut faire abstraction de la fragilité du français dans certains milieux de vie, notamment au travail. De plus, l'adoption du français par les immigrants doit encore progresser. Enfin, il faut reconnaître que l'usage du français n'atteint pas sa pleine mesure, tant dans la région métropolitaine que dans l'île.»

Cette opinion est partagée par la présidente de l'Office de la langue française, Nicole René, qui note que la situation du français a relativement peu évolué depuis le bilan de 1996. À son avis, il faudra investir plus d'efforts à convaincre les entreprises qu'elles ont la responsabilité d'assurer le droit des francophones de travailler dans leur langue.

Le Conseil de la langue française a voulu faire du lancement de cet ouvrage un événement marquant de sa rentrée d'automne en invitant la presse dans les grands salons de l'hôtel Wyndham du Complexe Desjardins. Aux côtés de la présidente du CLF avaient pris place: la présidente de l'OLF, Nicole René; la sous-ministre du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Madeleine Gagné; le directeur des études et de la recherche, Pierre Georgeault; le démolinguiste Paul Béland, auteur du rapport, et Guy Dumas, du Secrétariat à la politique linguistique.

Mais l'idée de faire de la langue d'usage public un nouvel indicateur linguistique ne fait pas consensus. La dissidence du professeur Charles Castonguay a déjà causé beaucoup de turbulence. Il ne voit pas comment on peut considérer sérieusement un indicateur linguistique qui fait passer d'un trait la proportion de francophones de 55 à 71 % sur l'île de Montréal. Le président de la région de Montréal-Centre du PQ, Mario Beaulieu, s'est amené hier à la conférence de presse pour y exprimer lui aussi sa dissidence, une réaction qui risque de se transformer en mouvement de contestation au conseil national que le PQ tiendra les 24 et 25 septembre à Drummondville.

Pourtant, l'étude du CLF n'est pas à tous égards complaisante. Sur la base de l'indice d'usage public, cette recherche tend à démontrer que l'usage du français au travail est le plus faible de toutes les activités publiques des Québécois. Le français est la langue de travail de seulement 70 % des Québécois et de 54 % des Montréalais.

Dans leur analyse de l'évolution du français langue de travail, les chercheurs ont trouvé deux séquences. Jusqu'en 1970, le français avait accompli dans ce domaine des progrès considérables, mais la deuxième phase est plus «difficile, plus laborieuse et plus complexe». En conséquence, Nadia Assimopoulos a annoncé hier que le CLF allait poursuivre ces prochains mois des analyses détaillées sur la langue de travail.

À l'échelle du Québec, 23 % des anglophones parlent le français en public, alors que 11 % affirment le parler presque exclusivement. L'anglais est donc la langue principale de 77 % des anglophones et 60 % en font un usage presque exclusif. Sur l'île de Montréal, l'anglais est la langue principale de 80 % des anglophones et la langue exclusive de 67 % d'entre eux. En 1997, 90 % des anglophones de 65 ans et plus, résidants de l'île, disaient utiliser l'anglais en public.

L'évolution linguistique des allophones est à la fois encourageante et décevante. À ce jour, lorsque les allophones ont opté pour une autre langue, c'est en faveur de l'anglais. Même si seulement 36 % font des transferts linguistiques et que 64 % conservent leur langue d'origine, ils pourraient dorénavant opter en plus grand nombre pour le français. Chose certaine, les allophones choisissent majoritairement le français comme langue de vie publique.

Ce nouvel indice de langue d'usage public repose sur les réponses que 14 000 personnes ont données au cours d'un sondage réalisé par la firme Léger et Léger. Les questions portaient sur un éventail relativement large d'activités: le travail et la consommation de biens et services, tant des secteurs privé et public que parapublic.

Dans leurs activités publiques, les Québécois déclarent massivement (plus ou moins 90 %) utiliser le français dans les centres commerciaux, les petits commerces et les banques. Idem avec les associations professionnelles, les associations non professionnelles, le personnel de l'administration scolaire, le personnel des CLSC, le personnel des hôpitaux, leur médecin en clinique privée. Et dans les communications verbales avec le gouvernement.

En vertu de ses particularités, le nouvel indice d'usage public du français doit permettre, entre autres:

- d'évaluer jusqu'à quel point le français est devenu la langue usuelle du Québec;

- de mesurer le dynamisme du français face à l'anglais dans cette situation de concurrence;

- de réconcilier la persistance d'une langue maternelle d'origine, comme langue d'usage à la maison, avec le fait qu'un citoyen utilise généralement le français dans sa vie publique, signe d'adhésion à une société où le français est la langue commune.

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