En guise d'introduction à cette section, on pourrait commencer par citer des passages du résumé (Le Devoir, 14 oct. 1999) d'une étude du CSE (Conseil Supérieur de l'Éducation), qui « propose cinq pistes de solution » (dans la variété technocratique, ça signifie qu'on n'a rien à dire de bien précis) au problème connu de l'écart garçons-filles pour ce qui est de la réussite scolaire et particulièrement (uniquement?) en ce qui a trait aux activités faisant appel au langage (CSE: «...les garçons et les filles réussissent de manière équivalente dans les autres matières scolaires, tant au primaire quau secondaire, même si les garçons éprouvent proportionnellement plus de difficultés à lire et à écrire»).
Pour consulter le rapport de synthèse du Cse: Cliquez ici Bref résumé dans la presse: Cliquez ici. Outre les banalités psycho-pops non vérifiables, un humour involontaire («Les filles, en raison de leur capacité à présenter un plus grand contrôle sur soi ...») et une imperméabilité à l'incohérence [les garçons sont asociaux mais se tiennent en groupe!], le rapport montre bien que les différences entre les rôles basés sur le genre, sont aussi profondes qu'autrefois.
Rappelons, avec Paule des Rivières, le Devoir, 15 oct.1999 que le problème n'est pas uniquement québécois: « Plusieurs pays, dont le Canada, les États-Unis et la Grande-Bretagne, s'affolent du taux de décrochage élevé chez leurs garçons, lequel cache souvent des difficultés d'apprentissage et un désintérêt aux conséquences ravageuses dans un monde où la formation devient chaque jour plus indispensable. » Les « pistes (!!)» vont dans toutes les directions et tournent parfois en rond. On parle du matriarcat et du féminisme, ce qui impliquerait que dans les pays macho [les pays méditerranéens, par exemple], le problème devrait être moins grave. Le tableau 18 p.23 du rapport Pour une meilleure réussite scolaire montre que la proportion de garçons affligés d'un retard scolaire est supérieure à cell edes filles dans plusieurs pays industrialisés.
On parle de l'absence du père. Pourtant, ailleurs, on fait état, dans le même journal, d'une recette pour la réussite scolaire: «Fait étonnant, les tout-petits qui ont fréquenté des garderies éducatives, des garderies et des centres de jour ou qui ont participé à des programmes s'adressant aux mères et aux tout-petits en 1994-95 ont obtenu de meilleurs résultats en calcul, en lecture et en composition, et, dans l'ensemble, «ont mieux réussi en première année et en 1996-97 que ceux ayant été à la maternelle en 1994-95». Ignorance, incohérence?
On invoque les différences physiologiques. On sait que certaines structures phonologiques ne sont pas traités de la même manière chez les hommes et les femmes (adultes) cliquez ici, que le bégaiement touche plus les garçons que les filles, cliquez ici, sans qu'on sache pourquoi. Les données physiologiques doivent être utilisées avec précaution: on sait qu'il n'y a pas un centre unique du langage et que plusieurs parties du cerveau contribuent au traitement du langage et de façon variable selon les individus, ce qui relativise les différences physiologiques. Quant à la différence dans les comportements visuels (garçons) et linguistiques (filles), il n'est pas évident que ces différences soient de nature plus physiologique que culturelle: il existe des cultures où les femmes et les hommes obtiennent les mêmes résultats dans les deux types d'épreuve, le facteur environnement (chasseur vs. agriculteur) jouant le rôle prépondérant. (cf. Sex differences in saptial ability, dans Asymetrical Function of the Brain, ed. Marcel Kinsbourne, Cambridge University Press,1978. p.428)
| Selon Kimura (1999, Cerveau d'homme, cerveau de femme?, Paris, Odile Jacob), les femmes auraient un avantage en ce qui concerne l'orthographe, la grammaire d'usage et réussiraient meiux dans certaines tâches verbales faisant appel à la forme des mots (ex: produire des mots commenençant par t). Elles auraient peut-être une meilleure représentation phonologique des mots. Le langage des filles se développerait plus précocement que celui des garçons. Par contre, le test d'aptitude verbale WAIS de Wechsler qui mesure les aptitudes verbales plus abstraites révèle une légère supériorité des hommes. |
Nous n'apporterons pas la solution à ce problème (pas aujourd'hui !). Cependant, nous allons apporter un éclairage sociolinguistique à certains aspects du problème. Les marques de genre peuvent être évidentes, formelles comme celle qui distinguent le i et le a (=il et elle), ou beaucoup plus cachées et subtiles comme on le verra.
Sexe et genre: Le terme sexe désigne un phénomène biologique. Comme tout phénomène biologique, il est distribué de façon continue, selon la courbe de Gauss, et non de manière binaire. Outre l'existence de femmes ayant des chromosomes sexuels XY et des hommes ayant des chromosomes sexuels XX, on trouve des cas à chromosomes multiples XXY, XXXY... ce qui, normalement, aboutirait à l'avortement ou à de déficiences graves (trisomie). La possibilité de tri- ou quadrisomie sexuelle reflèterait l'importance relativement faible des chromosomes sexuels: «... moins le chromosome en trisomie possède de gènes importants, plus il est compatible avec la vie». (Québec Science, mai 2001, p.15). Il y a peu de différences linguistiques déterminées par le sexe, à part la hauteur de la voix qui résulte de la taille différente des cordes vocales et les différences neurologiques mentionnées ci-haut (cf. Chambers, p.105). Lorsqu'on emploie le terme sexe en sociolinguistique, on fait référence au genre.
Le terme genre désigne un phénomène social, soit l'ensemble des comportements qu'un enfant doit adopter pour être considéré comme un homme ou une femme, dans une société donnée, indépendamment de son sexe. Ce qui inclut évidemment le langage comme on le verra. L'ordre social peut dépendre, selon les sociétés, d'une classification plus ou moins rigide. Certaines sociétés admettent des formes diverses d'intersexualité (ou de «transgenderisme») alors que d'autre sont beaucoup plus rigides. Il suffit de comparer les lois à ce sujet en Hollande et en France.
Basé sur l'article Sexocentrisme d'Ann Bodine, dans Parlers masculins, parlers féminins.
Il existe plusieurs langues qui présentent des distinctions phonétiques ou morphologiques associées au genre soit du locuteur(-trice), de l'interlocuteur(-trice). Il existe même des langues où les deux facteurs interagissent. En général, dans la plupart des langues qui présentent des différenciations sexuelles, les locuteurs sont bien conscients de ces différences: on dira en général, qu'il ne convient pas à une personne d'utiliser les formes du sexe opposé. Selon les cultures, l'attitude peut varier beaucoup: en Gros-Ventre, on rira de cette personne, on dira qu'elle est masculine ou efféminée, selon le cas. Cependant, en Koasati, les erreurs sont corrigées mais ne sont pas considérées comme dramatique.
Ex1 En Gros-Ventre (langue amérindienne du Montana), les femmes utilisent les occlusives vélaires palatalisées /kj, gj/ là où les hommes utilisent des occlusives dentales palatalisées /dj, tj/. Par exemple, "pain" sera dit [djatsa] par un homme et [kjatsa] par une femme. Un homme qui utiliserait la forme [kjatsa] serait considéré comme homosexuel.
Ex2 En Koasati (également en Creek et Hitchiti, langues amérindiennes de Louisiane), les formes verbales varient selon le genre:
| Femmes | Hommes | Traduction |
|---|---|---|
| o:tîl | o:tís | je construis un feu |
| ó:st | ósc | tu construis un feu |
| ó:t | ó:c | il construit un feu |
| lakawwîl | lakawwís | je le soulève |
| lakáwc | lakáwc | tu le soulèves |
| lakáw | lakáw | il le soulève |
| ka:hâl | ka:hás | je dis |
| í:sk | í:sks | tu dis |
| ka: | ká:s | il dit |
Ex3: En Kurux (Inde), on observe des contraintes multiples selon le genre des interlocuteurs(-trices). On utilise une forme A, d'un même verbe, lorsqu'on s'adresse à un homme, une forme B entre femme et une forme C lorsqu'un homme s'adresse à une femme:
| A) H,F-> H | B) F-> F | C) H-> F | Traduction |
|---|---|---|---|
| barday | bardin | bardi | tu viens |
| barckay | barckin | barcki | tu es venu |
Le Yana, le Biloxi, le Chiquita et le Caraïbe (langues amérindiennes) sont d'autres langues présentant ce type de différenciation selon le locuteur et l'interlocuteur.
| F -> F | H-> H, F F-> H | Traduction |
|---|---|---|
| barF en | bardan | Je viens |
| barF em | bardam | Nous (pas toi) venons |
| barF an | barckan | Nous (pas toi) sommes venu |
| barF am | barckam | enfant |
Ex4 En Yana (Californie), on retrouve la langue des hommes, utilisée pour les échanges entre hommes et la langue commune utilisée dès qu'il y a une femme. La langue des hommes n'est pas taboue: une femme peut l'utiliser pour rapporter ce qui a été dit par les hommes. Les formes de la langue commune sont dérivées de la forme masculine:
| langue des hommes | langue commune | |
|---|---|---|
| coyote | mitsi | mits |
| femme | marimi | marim |
| corbeau | gagi | gakj |
| manger | moi | moj |
Selon certains locuteurs du Yana, les hommes maintiennent entre eux les formes archaïques pleines pour affirmer leur statut et le poids de leurs paroles. Les femmes parlent une langue tronquée et relâchée, puisque leurs paroles ont moins de poids. Il s'agit là d'un exemple (rare comme on le verra) de purisme linguistique exercé par les hommes plutôt que par les femmes.
Ex5: En japonais, la forme courante du pronom je est watakushi mais il existe une autre forme dérivée, atashi réservée aux femmes et une forme différente réservée aux hommes: boku.
Enfin, dans plusieurs sociétés, la langue des hommes est taboue. Ainsi, dans une langues des Caraïbes, les premiers explorateurs ont eu l'impression que les hommes et les femmes parlaient des langues différentes, ie: des mots et des structures syntaxiques différentes. Le linguiste Jespersen a expliqué ce phénomène de la façon suivante. Certains mots ne peuvent être utilisés que par les hommes sur le sentier de la guerre ou de la chasse. Ces activités étant tabous pour les femmes, elles ne peuvent utiliser les termes ayant trait à ces domaines réservés sans attirer la malchance: elles doivent donc utiliser d'autres termes ou des périphrases (ex: la lance: le bâton qui sert à tuer) d'où l'impression d'une autre langue. Chez les Zoulous, la femme ne peut mentionner, sous peine de mort, le nom de son beau-père et des frères de ce dernier. Le tabou est tellement fort que si ce nom contient un son (par exemple, /z/), tous les mots contenant ce son devront être transformés (ex: [amanzi]=> [amandi]).
Plus récemment, la linguistique variationniste a mis en lumière des interactions intéressantes et subtiles entre le genre et la classe sociale. Nous examinerons plus loin cette problématique. Contentons-nous de quelques exemple. illustrant ce qu'on appelle le paradigme (ou pattern classique: (tiré de Coates, Jennifer.1993. Women, Men and Language. London, Longman)
Ex6: À gauche, on a la probabilité d'entendre la variante standard du [i] relâché anglais (ex: hill, will) en fonction de la classe sociale, sexe confondu, dans l'anglais de Glasgow. On notera que la classe sociale moyenne supérieure produit le plus haut taux de variante standard (75%) alors que les ouvriers produisent le taux le plus bas. Ceux-ci produisent le i standard dans 50% des cas et le i non standard, semblable à schwa ou e muet, dans l'autre 50% des cas. À droite, lorsqu'on ventile par le facteur genre, on se rend compte que les femmes produisent plus de formes standards que les hommes, quelle que soit la classe sociale.
| % prononciation du i à Glasgow (ex: hill), genres confondus | % prononciation du i à Glasgow en fonction du genre (R. Macauley 1977-78) |
Ex7 Dans l'exemple suivant, on observe une interaction âge et classe sociale. Dans le dialecte de West Mirral, à Liverpool, on voit que les femmes de 50 ans et plus produisent beaucoup plus (50% contre 10%) de variantes du [a] standard britannique, équivalent au â de âme en français: ex: bath. La variante non standard est équivalente au [a] de la en français. Chez les jeunes, le facteur sexe ne joue pas. Dans un tel cas on dit qu'il y a une interaction entre les facteurs âge et sexe, i.e. en mots simples, qu'on ne peut décrire la situation de façon précise sans mentionner les deux facteurs. On voit encore une fois à l'oeuvre le paradigme classique (la préférence des femmes pour la variété standard) mais avec une interaction avec l'âge.
| La variable (a) ex: R.P. "bath" à Liverpool en fonction de l'âge et du sexe. Mark Newbrook 1982 |
Ex8 Pi, i'a sorti avec kossé qu'i voulait...: Les figures suivantes illustrent la répartition des formes ske (ce que), kès (qu'est-ce que) et kos en français montréalais dans la classe ouvrière (.00-.18, plus exactement dans la classe la moins intégrée au marché linguistique) et la classe moyenne inférieure (intégration de .20-.58), en fonction de l'âge et du sexe (W.Kemp, L'histoire récente de ce que..., Le français parlé, P.Thibault ed.:
![]() |
|
On constate (fig1) que dans la classe ouvrière, tranche d'âge 50-85, les femmes utilisent la forme correcte SKE à 36% contre 3% chez les hommes. Pour la variante strigmatisée KOS, on trouve 77% chez les hommes contre 43% chez les femmes.
Kemp rapporte l'étude de Sankoff et Thibault (Langue française no.34) sur l'alternance des auxiliaires avoir et être, qui expose également les préférences des femmes pour être sorti/parti (standard) plutôt que avoir parti/sorti (non standard).
Les exemples du paradigme classique ne manquent pas. Voir d'autres exemples plus bas.
La différenciation entre les genres apparaît très tôt. Les femmes sont-elles incitées à parler tôt et peut-être à devenir les êtres bavards des clichés d'autrefois et les garçons, les êtres muets des stéréotypes contemporains ?
Ces conditionnements différents seraient peut-être à l'origine des différences entre garçons et filles observées dans les tests d'aptitude verbale. Nous allons voir plus en détail une étude dans laquelle on a neutralisé les facteurs hormonaux (il s'agit d'enfants pré-pubères) et les aspects physiologiques (grandeur et taille de l'appareil phonatoire).
Un apprentissage subtil: Une étude de Sachs, Lieberman et Erickson (reprise par Edwards) montre a) que les enfants pré-pubères (4 à 14 ans) ne produisent pas les phonèmes de la même façon selon leur sexe et b) que cette différence n'a pas de justification anatomique et qu'elle est vraisemblablement sociale, attribuable au genre, i.e. à notre volonté d'identification à un genre ou un autre.
Hypothèse: Des études anatomiques montrant qu'à poids et grandeur identiques, les enfants pré-pubères de sexe masculin ou féminin ne présentent aucune différence marquée quant à la dimension de leur appareil phonatoire (taille du larynx, taille du canal supra-laryngé), si des différences se manifestent chez les garçons et filles pré-pubères, elles devraient donc être le fruit de différences plus culturelles qu'anatomiques.
Méthode: Les auteurs ont
monté des enregistrements de 14 garçons et 12 filles
âgés de 4 à 14 ans lisant A) la phrase I think I saw a
big blue meanie outside (phrases contenant beaucoup de /i/ et /u/), B) un
passage d'un texte pour enfant et C) les voyelles /a/, /i/, /u/
prononcées de façon soutenue.
Il faut savoir que des expériences (Peterson et Barney) ont
montré que les /i/ et les /u/ sont des voyelles cardinales qui nous
servent pour évaluer la taille de l'appareil phonatoire de notre
interlocuteur et ajuster la perception que nous avons de nos interlocuteurs
(sans cet ajustement, un /i/ ne pourrait être distingué d'un /e/).
Les 26 phrases-tests enregistrées furent randomisées
(placées en ordre aléatoire) et présentées à
83 adultes qui devaient évaluer (deviner) auditivement le sexe des
locuteurs (-trices).
Résultats et discussion: Les évaluateurs ont pu de façon très significative identifier le sexe des enfants (p<0.001); 81% des évaluations étaient justes; 12 garçons sur 14 et 9 filles sur 12 furent identifiés correctement. Deux filles furent systématiquement identifiées comme des garçons. On y reviendra.
Pour tenter d'isoler le facteur permettant aux évaluateurs de distinguer les enfants, les auteurs ont d'abord étudié les formants des voyelles de 9 couples de garçons/filles qui présentaient une taille et un poids identiques.
Lorsqu'on parle, les ondes acoustiques se divisent en bandes d'énergies appelées formants. F0 donne l'intonation, F1 et F2 permettent de distinguer les voyelles.
Au trapèze: les Flying
Formant:

Le tableau suivant montre les moyennes des formants F0 (=intonation) et F1 et F2 (qualité des voyelles) pour les 9 couples. Les garçons ont une fréquence fondamentale plus haute que les filles de façons statistiquement significative (p < 0.05). Par contre, si on considère les voyelles /i/ et /u/, les voyelles perceptuellement importantes, les garçons ont un F1 et F2 plus bas que les filles de façons statistiquement significative (p < 0.05).
| /a / | /i/ | /u/ | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| F0 | F1 | F2 | F1 | F2 | F1 | F2 | |
| filles | 249 | 968 | 1568 | 321 | 3247 | 420 | 1173 |
| garçons | 274 | 932 | 1611 | 302 | 3136 | 352 | 975 |
Ça sonne comment, cette différence? Un F1 élevé donne un phonème plus ouvert (i -> I). Un F2 élevé donne un phonème plus antérieur (plus tendu). Le /u/ et le /i/ des filles est plus antérieur et plus ouvert que celui des garçons. Le /i/ des filles tend vers le /e/ français et leur /u/ tend vers le /ø/ français. Il y a donc déjà un modèle inconscient sous-jacent à chaque genre et auquel les enfants tentent de se conformer.
Boys don't cry: Lorsqu'on examine les résultats des enfants moins bien identifiés, ceux-ci confirment en partie cette identification active au genre. Le tableau suivant montre les voix les mieux et les moins bien identifiées et confirme les observations précédentes. Par ex. les garçons mal identifiés produisent des F1 et F2 semblables à ceux des filles. En ce qui concerne les deux filles identifiées de façon persistante (par 81% et 86% des juges respectivement) comme des garçons, lorsque les auteurs ont demandé à des connaissances de décrire ces deux filles, sans que ces connaissances ne soient mis au courant des buts de l'étude, ces deux filles ont été décrites, dans un cas, comme athlétique, forte et compétitive et , dans l'autre cas, comme sportive, rude, tomboy (garçonne?). Il semble donc que Lise Watier et Ricky Martin aient acquis très tôt la façon féminine ou masculine de prononcer les phonèmes.
| /a / | /i/ | /u/ | |||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| F0 | F1 | F2 | F1 | F2 | F1 | F2 | |
| GARÇONS | |||||||
| mieux | 270 | 944 | 1370 | 315 | 3178 | 315 | 982 |
| pires | 248 | 926 | 1574 | 352 | 3352 | 444 | 1111 |
| FILLES | |||||||
| mieux | 234 | 982 | 1593 | 333 | 3370 | 426 | 1222 |
| pires | 260 | 963 | 1611 | 296 | 2944 | 426 | 1148 |
Voir aussi, une étude semblable d'Edwards.
Deux mots sur l'intonation: (Souvent femme varie). Dans la même étude, Sachs, Lieberman et Erickson mentionnent une autre source de différence possible: l'intonation des garçons semblait subjectivement plus ferme et plus définie. Or, on sait que l'intonation des femmes varie selon quatre degrés de hauteurs et celle des hommes selon trois degrés et que certaines structures intonatives sont perçues typiquement féminines. Mary Key (Male/Female Language) donne des exemples d'intonation féminine.
Catiner ou se coltiner? Dans une étude classique, Joan Fischer (Social influences on the choice of a linguistic variant) a montré que l'utilisation des variantes [Ih] -ing standard et [In] -in' non standard (ex: swimming / swimmin' ) par les enfants était conditionnée par le genre.
Méthode: Fischer a examiné l'emploi des formes [In]/[Ih] chez 12 filles et 12 garçons, âgés de 3-6 ans et 7-10 ans dans des épreuves de productions verbales (raconter une histoire à partir d'images). Le tableau suivant montre que les enfants utilisant surtout la forme standard [Ih ] étaient des filles (10/12 contre 5/12) et que les enfants utilisant surtout la forme non strandard [In] étaient des garçons (7/12 contre 2/12):
| [Ih ] > [In] surtout standard |
[Ih]
£ [In] surtout non standard |
|
|---|---|---|
| Garçons | 5 | 7 |
| Filles | 10 | 2 |
Remarque pédante: Le test statitique utilisé dans un cas comme ceui-ci est le X2. Il se peut que vous ayez à l'utiliser dans la seconde partie du cours.
Fisher a ensuite comparé les résultats du garçon décrit comme enfant modèle, obéissant et du garçon décrit par ses amis comme typique (le vrai gars). Le tableau suivant montre que l'emploi de la variante [In] est pratiquement inexistant chez le garçon modèle.
| [Ih] | [In] | |
|---|---|---|
| Garçon modèle | 38 | 1 |
| Garçon typique | 10 | 12 |
Cependant, Fisher a ensuite analysé la variation chez le garçon modèle en rapport avec le style (registre) de la conversation (test TAT de production verbale / entrevue formelle / entrevue informelle). Le tableau montre que l'emploi du [In] croit avec le relâchement du cadre.
| [Ih] | [In] | |
|---|---|---|
| TAT | 38 | 1 |
| Cadre formel | 33 | 35 |
| Cadre informel | 24 | 41 |
Mots de filles et mots de gars: Enfin, Fischer a montré que la distinction, bien qu'inconsciente, était bien réelle pour les enfants. L'auteure leur a demandé, d'une part, avec quels mots ils utilisaient la forme [In] et la forme [Ih] et, d'autre part, elle leur a demandé de classer les activités en activité de gars ou de fille. Elle a constaté que les verbes ou adjectifs utilisés avec [Ih] étaient associés à des activités de filles: criticizing, correcting, reading, visiting, interesting et que les verbes ou adjectifs utilisés avec [In] étaient associés à des activités de gars: punchin', flubbin', swimmin', chewin', hittin'.
L'école des femmes et la langue des gars: Nous avons souligné que l'origine exacte des différences sexuelles quant aux aptitudes spatiales et verbales est de nature controversée dans la communauté scientifique. Dans Male/female language (1975), Mary Key conclut qu'il n'y a pas d'études montrant clairement qu'il y a des différences neurologiques entre les aptitudes verbales des garçons et des filles. Elle souligne cependant qu'il y a un conditionnement social marqué qui commence tôt. Les parents ne s'adressent pas à un bébé de la même façon qu'à une bébée, un livre enseignant l'alphabet associait les voyelles aux filles et les consonnes aux garçons... On peut se demander si ce conditionnement ne contribue pas aux différences observées à l'école en lecture et en écriture. De même le bégaiement serait beaucoup plus marqué chez les garçons que chez les filles. Selon une hypothèse, qui rejoint l'étude de Fischer, l'école serait dominée par le "langage féminin": un langage plus aseptisé, moins "actif", un façon de parler plus "civilisée" (on ne parle que lorsqu'on a la parole); le garçon qui réussit verbalement est assimilé aux filles. Les garçons les plus loquaces deviennent alors sous-doués verbalement. Cette façon de voir le mutisme des garçons à l'école rejoint le problème du créole à l'école et du langage des noirs américains et l'école (Labov, La logique des parlers non-standards). Lorsque vient le temps de Rapper, MC Solar (et les noirs américains), c'est comme LG2 qui craquerait! Il y a là un problème de taille pour les puristes.
Nous venons de voir que les différences linguistiques sexuelles commencent tôt, que le « vrai » gars ne parle pas comme il faut. Nous allons voir dans cette section diverses recherches contemporaines sur les différences sexuelles dans la langue allant dans le même sens, reprenant, entre autres, la variable -ing, sensible en anglais. Nous introduirons la problématique à partir d'une étude classique de P.Trudgill (Sexe et prestige linguistique, dans Parlers masculins, parlers féminins). Cette recherche fait bien ressortir non seulement les différences linguistiques sexuelles mais aussi l'attitude différente des hommes et des femmes face à la langue. Nous en profiterons pour introduire le jargon statistique et une méthodologie classique introduite par Labov.
La recherche de Trudgill a été faite à
Norwich (G.B.) à partir d'un échantillon aléatoire
de taille n=60 [tiré au hasard à partir d'un recensement, d'un
bottin...].
Les variables indépendantes (données de départ)
étaient la classe sociale et le sexe. On avait retenu la stratification
sociale suivante: bourgeoisie, petite bourgeoisie, ouvrier supérieur,
ouvrier moyen, ouvrier inférieur, basée sur les
critères de revenu, éducation, évaluation foncière
du domicile, lieu de résidence, emploi du sujet et emploi du père
du sujet.
Les variables dépendantes (ce qu'on mesurait) étaient,
entre autres, la proportion de (ng)-1: [Ih
], la variante standard, et de (ng)-2, variante non-standard
réalisée [Ân]
(voir plus bas pour les autres variables).
Les indices ont été calculés de la façon suivante:
on assigne 1 ou 2 selon la variable réalisée ou non (si on a le
standard -ing, c'est 1, sinon, par ex. -in', c'est 2). On
effectue la somme des indices et la moyenne, ce qui donne un résultat
entre 1 et 2, auquel on soustrait 1 et qu'on multiplie par 100 pour obtenir un
résultat de 0 à 100. Un indice tendant vers 0 indique l'emploi
de formes standards et vers 100, de formes non standards.
CAVEAT ! (Attention !): Dans quelques études, les indices sont présentés de façon inverse (ex.6 et 7 du début).
Exemple pour 7 observations chez le
sujet A: [(å (1,1,2,1,2,1,2) / 7) -1]
* 100=43 .
Remarque: On pourrait aussi utiliser des 0 (=standard
réalisé) et 1 (=non standard réalisé). On
évite la soustraction de -1. La formule devient [å (1,1,2,1,2,1,2) / 7) ] * 100=43
Le tableau suivant montre la distribution de l'indice (ng) en fonction des classes sociales. On constate que pour un style (registre) donné, par ex. informel, le nombre de formes non standard décroît lorsqu'on monte dans la hiérarchie sociale. On constate que le nombre de formes standards décroît en fonction du relâchement du style.
| Indice de (ng) selon le style | ||||
|---|---|---|---|---|
| Classe | liste de mots | texte | formel | informel |
| bourgeoisie | 0 | 0 | 3 | 28 |
| petite bourgeoisie | 0 | 10 | 15 | 42 |
| ouvrier supérieur | 5 | 15 | 74 | 87 |
| ouvrier moyen | 23 | 44 | 88 | 95 |
| ouvrier inférieur | 29 | 66 | 98 | 100 |
| Styles liste de mots,
texte et entrevue formelle avec micro en vue. Style informel: avec micro caché. |
||||
Lorsqu'on ventile les données selon le sexe, on obtient des résultats qui confirment les conclusions des sections précédentes et de la majorité des recherches: en général, les femmes produisent moins de variantes non standards que les hommes. Cependant, la petite bourgeoisie féminine, en style informel constitue une exception remarquable.
| Style | |||||
|---|---|---|---|---|---|
| Classe | Sexe | liste | texte | formel | informel |
| bourgeoisie | M | 0 | 0 | 4 | 31 |
| F | 0 | 0 | 0 | 0 | |
| petite bourgeoisie | M | 0 | 20 | 27 | 17 |
| F | 0 | 0 | 3 | 67 | |
| ouvrier supérieur | M | 0 | 18 | 81 | 95 |
| F | 11 | 13 | 68 | 77 | |
| ouvrier moyen | M | 24 | 43 | 91 | 97 |
| F | 20 | 46 | 88 | 88 | |
| ouvrier inférieur | M | 60 | 100 | 100 | 100 |
| F | 17 | 54 | 97 | 100 | |
Ces résultats convergent avec beaucoup d'autres études. Certaines hypothèses ont été avancées (nous y revenons plus loin). Trudgill en mentionne deux:
Pour Trudgill, la deuxième hypothèse faisait apparaître des tendances contraires: d'une part, la variété non standard était condamnée haut et fort par tous les sujets, hommes et femmes. Or, l'hypothèse 2, si elle est juste, suggère que, de façon cachée, la variété non standard était jugée désirable par les hommes. Il y aurait donc une tension entre une norme explicite, officielle (ce qu'on reconnaît être la façon correcte de parler, le standard) et une norme implicite (ce qui est pour nous la vraie bonne façon de parler, le non standard).
Cette tension entre norme explicite et norme implicite suggère qu'il peut y avoir un écart entre la façon dont les individus parlent et la perception qu'ils ont de la façon dont ils parlent. Trudgill a utilisé une méthode « d'auto-évaluation » (introduite par Labov) permettant de faire ressortir cette tension. Cette méthode compare la façon de parler des locuteurs (ce qu'on relevait dans les enregistrements) avec les résultats d'un test dans lequel ils devaient dire, selon eux, quelle forme ils utilisaient habituellement. Par ex., on présentait oralement des mots contenant deux variantes sur cassette, on demandait de choisir Je dis a) pére b) père. Idem pour d'autres mots avec è/é.
On a donc procédé à des tests d'auto-évaluation: on présentait différentes variables ex: play- In et play- Ih et on demandait aux sujets d'indiquer laquelle des variables ils utilisaient. Les sujets étaient séparés en utilisateurs d'une variable ou d'une autre selon le critère de 50%: ainsi, une personne qui obtenait un score de 40 pour (ng) était considérée comme utilisant la forme (ng)-1. Le tableau 4 donne les résultats de l'auto-évaluation pour la variable (ju) qui se réalise (ju)-1: [ju:] et (ju)-2: [u:], ex: tune, huge, music...
| Forme utilisée | Auto-évaluation (forme rapportée) | ||
|---|---|---|---|
| (ju)-1 | (ju)-2 | ||
| (ju)-1 standard | 60 | 40 | =100 |
| (ju)-2 non standard | 16 | 84 | =100 |
Le tableau se lit comme suit: 60% des utilisateurs de la forme standard (ju)-1 s'évaluent correctement (couleur caramel) et disent utiliser (ju)-1 alors que 40% se sous-évaluent (en bleu) et disent utiliser la forme non standard (ju)-2. Si on prend comme base la forme standard, les personnes peuvent se sous-évaluer, se surévaluer ou s'évaluer correctement. Ainsi, ce 40% se sous-évalue. Lorsqu'un informateur se sur-évalue (ici, 16%, en rose), c'est qu'il parle de façon non standard et pense parler de façon standard, il révèle que sa norme implicite est la forme standard, celle qu'il vise inconsciemment. Lorsqu'un informateur se sous-évalue, c'est qu'il parle de façon standard et pense parler de façon non standard, il révèle que sa norme implicite est la forme non standard, qu'il vise inconsciemment.
| Total | Hommes | Femmes | |
|---|---|---|---|
| Surévaluation | 13 | 0 | 29 |
| Sous-évaluation | 7 | 6 | 7 |
| Evaluation juste | 80 | 94 | 64 |
Lorsqu'on tient compte du facteur sexe, le tableau ci-haut montre que pour la variable (ju), un tiers des femmes se surévaluent (aucune sous-évaluation chez les hommes) et leur norme implicite serait la variété standard.
Les tableaux suivants font bien ressortir les normes implicites selon le genre et montrent que les hommes ont tendance à se sous-évaluer (leur norme implicite serait le non standard) alors que les femmes ont plutôt tendance à se surévaluer (leur norme implicite serait le standard). Dans le cas du (o:), 54% des hommes qui utilisent la variante standard croient utiliser la variante non-standard. Dans le cas du (er), 68% des femmes qui utilisent la variante non-standard croient utiliser la variante standard.
| Tab. 6 : Variable (-er) | |||
|---|---|---|---|
| Total | Hommes | Femmes | |
| Surévaluation | 43 | 22 | 68 |
| Sous-évaluation | 33 | 50 | 14 |
| Evaluation juste | 23 | 28 | 18 |
| Ex: ear, hear, idea. Forme standard [i:], non standard comme è long en français. | |||
| Tab. 8 La variable -è- | |||
|---|---|---|---|
|
Total | Hommes | Femmes |
| Surévaluation | 32 | 22 | 43 |
| Sous-évaluation | 15 | 28 | 0 |
| Evaluation juste | 53 | 50 | 57 |
| Ex: gate, face, main.Forme standard semblable à -eille de veille en français, non standard semblable à -ailde bail en français. | |||
| Tab. 7 La variable [o:] | |||
|---|---|---|---|
| Total | Hommes | Femmes | |
| Surévaluation | 18 | 12 | 25 |
| Sous-évaluation | 36 | 54 | 18 |
| Evaluation juste | 45 | 34 | 57 |
| Ex: road, nose, moan. Forme standard diphtongue schwa+[u:], non standard [U:] comme le -ou- québécois de poule. Le mot road sonnera comme rude. | |||
Ces données font bien ressortir le prestige latent de la variété non standard ouvrière pour les hommes: c'est la norme inconsciente visée par les homme alors que, pour les femmes, la norme inconsciente serait plutôt la forme standard de la bourgeoisie:
Trudgill montre ensuite l'importance de cette norme implicite (prestige latent) dans les chagements linguistiques. On retrouve les résultats suivants pour la variable (o)-1 [¤ ] et (o)-2 [a ] ex:. dog, pot et la variable (e)-1 [\ ], (e)-2 [å ] et (e)-3 [Ú ] ex: hell, tell.
| Style | ||||
|---|---|---|---|---|
| Âge | liste | texte | formel | informel |
| 10-19 ans | 59 | 70 | 139 | 173 |
| 20-29 ans | 21 | 34 | 71 | 100 |
| 30-39 ans | 25 | 31 | 59 | 67 |
| 40-49 ans | 15 | 26 | 55 | 88 |
| 50-59 ans | 6 | 13 | 35 | 46 |
| 60-69ans | 5 | 18 | 55 | 58 |
| 70 ans et + | 5 | 31 | 50 | 81 |
On constate que la classe ouvrière supérieure produit
| Style | ||||
|---|---|---|---|---|
| Classe sociale | liste | texte | formel | informel |
| bourgeoisie | 3 | 0 | 1 | 2 |
| petite bourgeoisie | 7 | 12 | 23 | 42 |
| ouvrier supérieur | 27 | 39 | 89 | 127 |
| ouvrier moyen | 30 | 44 | 91 | 87 |
| ouvrier inférieur | 9 | 26 | 77 | 77 |
le plus grand nombre de formes non standards suivie des autres classes ouvrières puis de la bourgeoisie. Or lorsqu'on examine la répartition par âge, on obtient le tableau suivant qui montre que les formes non standards sont reprises en force par les jeunes de toutes les classes. "L'utilisation de la forme non standard signale l'identification à un groupe ce qui conduit à l'usage plus fréquent et même exagéré de la forme" (hypercorrection). Et on pourrait ajouter de toutes les classes et de tous les sexes puisqu'il y a peu de différences entre les jeunes filles et les jeunes garçons. Trudgill signale que le phénomène de sur-évaluation chez les femmes commence vers 25-30 ans.
Cette recherche a donc illustré a) les différences sexuelles dans la langue b) l'existence d'une attitude face à la langue (norme implicite ou prestige latent) et c) l'effet de cette norme implicite sur les changements linguistiques.
Soulignons qu'il faut éviter de transposer un modèle directement d'une société à une autre. Les stratifications sociales sont plus marquées en Europe (tout le monde sait qu'ici, tout le monde est égal). Il y a fort à parier qu'il existe une norme implicite au Québec, mais il est probable que la dynamique y diffère de celle observée à Norwich.
Moult études allant dans le même sens (paradigme classique):
Wolfram 1969: Échantillon de 48 sujets de Détroit, choisis parmi 700 interviewés, répartis selon le sexe (24 h./24 f.) et les classes sociales HM (haute bourgeoisie), PB (petite bourgeoisie), OS (ouvrière supérieure), OI (ouvrière inférieure). Les variables dépendantes étudiées étaient le -th- standard (th)-1 ex: nothing et les non standards (th)-2 [f] ex: nofin', [t] notin', Ø , no'in'. On constate, encore une fois, que a) les classes sociales inférieures produisent plus de formes non standards et b) que, dans chaque classe sociale, les hommes produisent plus de formes non standards que les femmes.
On obtient des courbes semblables pour la répartition de l'indice (r), (r)-1 standard américain réalisé et (r)-2, réalisé Æ, i.e. absent. Ex: barking, bird, car, mother.
On obtient des résultats semblables lorsqu'on examine des variantes syntaxiques telles la négation standard He did nothing/He didn't do anything vs. double négation non standard He didn't do nothing et la copule, standard He's busy right now, vs. absence non standard He busy right now:
Wolfram obtient à nouveau des courbes semblables pour ce qui est de l'utilisation de la copule, la forme non standard étant l'absence de copule: He busy right now. She a nurse. If we getting beat.
Eisikovits 1988 (citée par Coates) retrouve le paradigme classique chez des kangourous adolescents de Sidney.
![]() |
| 1. Passé non
standard: He woke up and seen something 2. Négation double (ou «Chrétienne»): They don't say nothing.(Bush ne nous a pas demandé rien) 3. Don't invariable: Jim don't want anything |
Newbrooks1982 (cité par Coates) retrouve le paradigme classique dans le liverpoolien de West Mirral:
![]() |
| 1. Ing standard / in non
standard 2. Aspiration standard / non aspiration 3. k standard / x non standard: back sonnera comme Bachen allemand. |
Enfin, Edwards (1977), s'inspirant de l'expérience de Sachs et Lieberman, a demandé à ses sujets d'identifier le sexe d'enfants pré-pubères de Dublin. Encore une fois, les adultes deviennent avec justesse le sexe des enfants. Cependant, les erreurs d'identification ont fait apparaître une tendance intéressante: les garçons identifiés incorrectement (comme filles) appartenaient majoritairement à la classe moyenne alors que les filles identifiées incorrectement (comme grarçons) appartenaient surtout à la classe ouvrière.

Interaction genre et classe sociale: L'hypercorrection des femmes de la petite bourgeoisie. Dans l'étude de Trudgill, nous avons mentionné le comportement inattendu des femmes de la petite bourgeoisie PB Cliquez ici. En style informel, elles utilisent autant et même plus de variantes non standards que les hommes PB. En style formel (surveillé), leur comportment changent et le nombre de formes non standards chute dramatiquement: en fait, elles dépassent les autres classes dans cette suppression. Ce changement dramatique dans le comportement en style formel et informel est appelé hypercorrection. On l'observe dans le tableau suivant, très accentué chez les femmes du groupe Upper working et dans une moindre mesure, chez les hommes du même groupe (ce n'est pas un phénomène exclusif aux femmes).

Le phénomène d'hypercorrection touche particulièrement les classes moyennes (petite bourgeoisie et classe ouvrière supérieure) et perticulièrement les femmes. Les membres de ces classes ont l'espoir d'accéder à un statut supérieur, contrairement aux classes inférieures. Linguistiquement, les membres de ces classes moyennes utilisent, en style informel, un peu plus de variantes non standard que les classes supérieures. Par contre, en style formel, ceux-ci deviennent très soucieux du statut et vont rejoindre et parfois dépasser les membres des classes supérieures. L'hypercorrection est un reflet de leur insécurité lintguistique.
Plus récemment, W.Labov a montré qu'il fallait distinguer deux types de variation, la variation stable et la variation instable, si on voulait expliquer correctement l'interaction genre et classe sociale. (The intersection of sex and social class in the course of linguistic change, dans Langage Variation and Change, 2 1990, voir aussi La transmission des changements linguistiques, dans langage, #?). Labov pose les principes suivants:
Une variation stable (venant du haut, selon ses termes) est une variation qui n'évolue plus ou très lentement, plutôt consciente, pour laquelle il y a une norme plus ou moins explicite. Les exemples de variation stable, en anglais, seraient la variation -ing et -in', -r et ø, -th et -t, qui existent depuis au moins une trentaine d'années. En français, les variantes de -è- ou de -a- seraient du type stable.
Une variation instable (venant du bas, selon ses termes) est inconsciente. Il s'agit d'un changement en cours évoluant rapidement. Comme exemple de variation instable, Labov mentionne entre autres, pour l'anglais, l'antériorisation de la diphtongue aw (ex: house, out) à Vancouver et Toronto: la forme plus ancienne serait près du a postérieur de âme et la forme nouvelle, en progression, est plus antérieure, près du a de lame en français.


Ce type de variation instable en progression est plus difficile à cerner, de par sa nature changeante. Labov donnes plusieurs exemples dans différentes cultures et, entre autres, des exemples français du dialectologue Gauchat (1905). Dans ce type de variation, les femmes ne feraient pas qu'utiliser les formes non standards, elles en seraient les propagatrices, essentiellement par le maternage. L'expression langue maternelle prendrait ici tout son sens. Les figures ci-haut illustrent bien le phénomène: cette fois, les femmes et les jeunes sont en avance sur les hommes, pour ce qui est des formes non standards.
Donc, selon le paradigme standard, qui touche les variantes stables et conscientes, les femmes sont plus conservatrices et utilisent les formes standards. Mais dans le cas de la variation instable, largement inconsciente et en évolution rapide, ce sont les femmes qui mènent le changement, transmettant la variation aux jeunes des deux sexes.
Il existe une pratique, courante à l'UQAC et à Commayeur, qui consiste à déclarer qu'on utilisera le masculin pour référer au deux genres « pour faciliter la lecture » ou « alléger le texte ». Or, l'utilisation du féminin pour les deux genres simplifierait autant la lecture, dans une université où les femmes sont largement sous-représentées dans le personnel enseignant et encore davantage dans l'administration (la direction).
Un passage du Rapport du Groupe de travail sur la place des femmes en sciences et en génie présenté au Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie [du Canada] (http://www.nserc.ca/pubs/condfr.htm) recommande, parmi les Conditions favorisant une plus grande participation des femmes au sein des universités :
En anglais, l'emploi du générique mène parfois à des formulations étranges:
Le générique masculin n'est pas si générique et démocratique qu'on pourrrait le croit: le syllogisme bien connu "L'homme est mortel, Socrate est un homme, donc Socrate est mortel" ne passe plus aussi bien si on substitue Sophie à Socrate. De même, pourquoi la phrase "Comme tous les mammifères, l'homme nourrit sa progéniture avec du lait" sonnerait-elle étrange puisque "homme" est générique. Dans la réalité, le masculin générique n'englobe pas vraiment le féminin, parfois il l'exclue". McKay (1979) a vérifié l'effet du masculin générique avec 10 hommes et 10 femmes. Il présenta à ses sujets des phrases du type (1-3) et leur demandait de décider le plus rapidement possible si la phrase présentée excluait les hommes ou les femmes:
A (1), 90% des hommes et des femmes répondirent que la phrase excluait les femmes, alors qu'en réalité, il s'agit d'un masculin générique (il ne s'agit pas d'une occasion ou d'un individu précis). A (1), 99% des hommes et des femmes répondirent que la phrase pouvait référer à des hommes. A (3), 43% des sujets répondirent que la phrase excluait les femmes, ce qui montre bien que le he en (1) n'est pas vraiment générique. Le taux d'exclusion des femmes passait de 68% à 19% selon que l'occupation était traditionnellement masculine ou féminine. Ainsi, l'emploi du masculin générique est souvent interprété comme excluant les femmes.
L'interaction verbale: (Dans le tango, c'est l'homme qui mène)
Les sociolinguistes Sacks, Schegloff et Jefferson (Language 50, pp. 696-735), ont montré que les conversations sont régies par des règles précises qui déterminent le tour de parole dans des conversations. Il existe des indices (intonation, gestes ...) qui signalent à l'interlocuteur les transitions où il peut intervenir. Dans une transition parfaite, le locuteur A cesse de parler (fin de constituant, baisse d'intonation) et, immédiatement, B débute (ex. 1; les=signalent qu'il n'y aucun délai). Très souvent, il y a chevauchement (B commence à parler alors que A n'a pas tout à fait terminé), en général près des points de transition (ex 2). Les auteurs distinguent également l'interruption, lorsque B commence à parler bien avant un point de transition possible ie: bien avant que l'unité conceptuelle de A n'ait été terminée ou 2 syllabes avant le point de transition(ex 3).
| 1. A: How's everything look | = | |
| B: | = | Oh looks pretty good |
| 2. A: I know what you thought. I know yo | [u ] | |
| B: | [Ya] | still see her anymore? |
| 3. A: It really sur | [ prised me because] | |
| B: | [ It's just so smog ] | gy... |
Zimmerman et West ont enregistré 20 conversations mixtes et 11 conversations non mixtes dans des lieux publics universitaires (cafétérias, épiceries...) et ont constaté les choses suivantes:
Reprise en laboratoire, l'expérience a donné des résultats similaires. A titre de comparaison, les auteurs ont analysé cinq échanges parents/enfants dans le cabinet d'un médecinet ont retrouvé des résultats similaires:
Le bavardage hautement féminin: La plupart des études sur la conversation ou les réunions de groupe montrent que les hommes parlent plus souvent et plus longtemps que les femmes. Pourtant les stéréotypes persistent et les checheurs Cutler et Scott (1990; Speaker sex and perception of speech) ont pu vérifier rigoureusement la persistance de ce stéréotype.
Méthode: Cutler et Scott ont présenté à leurs sujets quatre versions d'un dialogue joués par des acteurs (à l'insu des sujets) dont voici un extrait:
Les quatre versions différaient par le sexe des acteurs: 1) F-F 2) H-H 3) H-F 4) F-H. La durée de chaque version était rigoureusement identique au 100e de seconde près. Les sujets, hommes et femmes, devaient estimer après présentation d'une version du dialogue quel locuteur avait parlé le plus longtemps.
Résultat: Lorsque les dialogues étaient non mixtes (H-H et F-F), les sujets estimèrent que les locuteurs avaient parlé aussi longtemps. Lorsque les dialogues étaient mixtes, les sujets, hommes et femmes, estimèrent que la locutrice féminine avaient parlé le plus longtemps, même si le temps de parole des deux locuteurs était strictement identique.
Les auteures ont retenu deux hypothèses pouvant expliquer les résultats: A) en général, lorsqu'une personne, homme ou femme, est sujette à une émotion, la voix s'élève et le débit augmente: il y aurait donc association hauteur de la voix et débit rapide; comme les femmes ont une voix haute, on a donc l'impression qu'elles parlent plus vite et plus. B) La seconde hypothèse est plus politique: le rôle de la femme étant subordonné à celui de l'homme l'apport de la femme dans la conversation doit être moindre, et non pas égal.