La descente du larynx


Chez l'homo sapiens de plus de 4 mois, la distance entre le voile du palais (soft palate) et l'épiglotte (pointe supérieure du larynx) est plus grande que chez les primates non humains et les australopithèques. Chez les primates non humains, le nouveau-né et l'australopithèque, la cavité laryngée débouche directement dans le nez, affectant tous les phonèmes d'une couleur nasale marquée. Cette différence en apparence mineure a des conséquences importantes.

descente1T. Deacon, The symbolic species, p.356


Voyelles cardinales: Pour produire les 3 voyelles cardinales /i, u , a/ (les autres voyelles sont comprises entre ces 3 voyelles cardinales) présentes dans la majorité des langues du monde, il faut que les vibrations des cordes vocales soient filtrées par deux résonnateurs : la cavité buccale et la cavité laryngée. C'est cette dernière qui est en cause ici. Étant pratiquement inexistante chez les primates non humains et l'australopithèque, elle ne permet pas de produire, de manière stable, les voyelles cardinales des langues humaines. La perception de ces voyelles cardinales vous permettent, en quelques millisec. de vous ajuster à votre interlocuteur (-trice), sinon la perception linguistique serait impossible.voyelles

Stabilité acoustique: Pour qu'il y ait stabilité acoustique, il faut que l'espace phonologique soit suffisamment étendu, que chaque phonème ait un espace suffisamment large, de sorte qu'un /i/ produit de façon plus ou moins précise ne soit pas confondu avec un /u/, par exemple. Il est essentiel également de pouvoir produire des voyelles orales ie: non nasalisées. En effet, dans les tests de reconnaissance des phonèmes, les sujets commettent 30 à 50% plus d'erreurs sur les voyelles nasales que sur les voyelles orales.

Chez l'être humain adulte, la cavité laryngée (milieu du cou) forme un des deux tubes et les cavités buccale et nasale (selon que le phonème est nasal ou non) forment le second tube. Par comparaison, chez tous les mammifères (Laitman, p.1169, La Recherche #181, octobre 1986), le larynx est haut, presque au même niveau que la langue et débouche immédiatement dans les cavités nasale et buccale alors que chez l'humain adulte, le larynx est beaucoup plus bas. Cet abaissement donne naissance à la cavité laryngée absente chez les mammifères. Le dos de la langue forme la paroi antérieure de la cavité laryngée. Remarquons que chez les primates, la langue est plate et occupe toute la bouche et que la mâchoire est plus longue chez les primates. Remarquons aussi que le voile du palais chez l'être humain peut se relever et bloquer l'entrée de la cavité nasale alors que chez les primates, le voile ne peut fermer l'entrée de la cavité nasale alors qu'il peut avec l'épiglotte (haut du larynx) bloquer la cavité buccale. Enfin on voit que l'angle de la mâchoire est plus aigu chez l'être humain que chez les primates.

tete humain tete chimp

Nutrition ou jargon : Ces configurations anatomiques différentes ont leurs avantages respectifs. Le primate, les mammifères l'australopithèque et le nouveau-né sont avantagés si on ne tient compte que de la respiration et de la nutrition.

D'une part, l'angle et la longueur de la mâchoire leur assurent une plus grande puissance de mastication. Imaginez que vous dessiniez un ciseau à partir de la base du crâne, quel ciseau coupera le plus?

Plus important encore, la position basse du larynx chez l'être humain entraîne le croisement des voies de l’œsophage et des poumons: une particule de nourriture peut facilement bloquer les poumons et entraîner l'étouffement et parfois la mort. Chez les mammifères, la position haute du larynx et surtout la possibilité de fermer complètement la cavité buccale permet d’éviter le croisement. Comment l'être humain peut-il être aussi mal foutu du point de vue de fonctions aussi vitales? La réponse est évidemment que l'avantage que lui procurait un système de communication valait le sacrifice de ces fonctions vitales.

{short description of image} adulte
Les nouveau-nés et les jeunes enfants respirent, avalent et vocalisent comme les chimpanzés et l'ensemble des mammifères. L'anatomie de leur tractus respiratoire supérieur ressemble en effet à celle d'un singe plutôt qu'à celle d'un adulte humain. Sur cette vue intérieure de la tête et du cou d'un nourrisson tétant le sein de sa mère, on remarque que le larynx est localisé haut dans le cou, comme chez n'importe quel mammifère. Cela lui permet de respirer et d'avaler le lait maternel simultanément le trajet de l'air, symbolisé par la flèche rouge, et le trajet du lait, figuré par la flèche bleue, ne se croisent pas. Les enfants semblent conserver cette position haute du larynx dans le cou jusqu'à l'âge de 6 à 8 mois. Ensuite, la descente du larynx va considérablement modifier la manière dont l'enfant respire, avale et émet des sons. (Cliché T. Laitman) Chez l'homme, la position très basse du larynx dans le cou fait se croiser la voie de l'air, indiquée par la flèche bleue, et la voie des aliments, figurée par la flèche verte. Ce croisement, qui se produit art dessus du larynx, peut être assez dangereux dans la mesure où des aliments peuvent facilement se loger à l'entrée dît larynx. Si ces aliments ne sont pas expulsés rapidement, ils peuvent bloquer le passage de l'air, entraînant l'asphyxie et la mort. Bien que la descente du larynx ait créé ce défaut -le croisement des voies alimentaires et respiratoires - il a aussi engendré une large zone pharyngique, qui rend possible la production du langage articulé. (Cliché T. Laitman)

Fait surprenant, jusqu'à l'âge de un an et demi à deux ans, l'enfant a la même anatomie que celle des mammifères. La position haute du larynx a comme désavantage de ne pas permettre la production des phonèmes stables; elle a par contre l'avantage de permettre d'avaler tout en respirant alors que chez l'adulte humain la position basse du larynx entraîne un croisement de la voie alimentaire (œsophage) et de la voie respiratoire (trachée) et le risque d'étouffement (4: p.1169). L’enfant nouveau-né, comme tous les mammifères, peut donc téter et respirer par le né simultanément (J.Ingram, p.208).

croisement chimp australo
Les mammifères peuvent respirer et avaler des liquides simultanément, ce que l'homme ne peut pas faire. Cette vue de l'intérieur de la téte et du cou du chimpanzé le montre bien. La position haute du larynx dans le cou de l'animal permet au larynx de s'engager dans la partie supérieure du pharynx (nasopharynx). Pratiquement, cela se produit lorsque l'épiglotte, cartilage le plus haut du larynx, recouvre le voile du palais. Dans ce cas, le larynx offre une voie directe à l'air, du nez au poumon (flèche rouge) les chimpanzés, comme la plupart des mammifères. respirent essentiellement par le nez. Pendant que l'animal respire, des aliments peuvent descendre de chaque côté du larynx à travers des voies appelées sinus piriformes, puis continuer leur route jusqu'à l'œsophage et l'estomac (flèche bleue). Les deux parcours ne se croisent pas, de sorte que l'animal peut respirer en même temps qu'il avale. (Cliché T. Laitman) L'australopithèque pouvait-il parler ? La reconstitution ci-dessous nous montre cet hominidé primitif en train d'émettre des sons. Comme on le voit, la portion de pharynx au-dessus du larynx était bien plus petite que chez l'homme moderne. Cet espace pharyngique restreint ne lui permettait pas de moduler les sons produits par les cordes vocales, du moins pas autant que chez Homo sapiens. En conclusion, l'australopithèque utilisait probablement un système de communication un petit peu plus développé que celui des grands singes. Mais son répertoire vocal était très limité par rapporta celui de l'homme moderne. Le langage articulé tel que nous le parlons est donc apparu plus tard. (Clichés J. T. Laitman)

L'abaissement du larynx a entraîné des modifications de la forme du crâne (l'angle plus aigu dont on parlait plus haut) auquel sont attachés les muscles retenant le larynx: plus le larynx est bas, plus la base du crâne est voûtée (Laitman 5: p.1169). A partir de cette donnée et d'autres semblables, les anthropologues sont capables de reconstituer la position du larynx et la forme de la cavité laryngée à partir de fragments de crânes. Ces reconstitutions montrent que l'australopithèque ayant vécu 4 à 2 millions d'années avant nos jours et chez qui on retrouve les premiers outils rudimentaires, avaient une base crânienne semblable à celle des primates.