Nous avons constaté précédemment
(nombre de langues par continent ou par état) que le multilinguisme
constituait la règle générale plutôt que
l'exception. Dans cette situation de concurrence linguistique, nous avons vu
que, puisqu'on ne parle qu'une langue à la
fois, il s'exerce une pression naturelle qui peut aboutir
à une spécialisation des fonctions (la diglossie), dans laquelle
une variété (Haute) ou une
langue finit par en dominer une autre (Basse ou Low).
En plus de cette pression naturelle, nous avons vu également qu'il y a
deux pressions supplémentaires, l'une économique et l'autre
politique, poussant les états vers l'homogénéité
linguistique. Dans cette section, nous allons examiner la gamme des
différentes politiques linguistiques exercées par les
états allant de l'assimilation à la récupération
linguistique. Nous verrons des exemples concrets de politique linguistique et
nous constaterons que les politiques linguistiques du Québec sont loin
d'être uniques. La référence de base, pour cette section
est l'important volume de J. Leclerc,Langue et société,
Laval, Mondia, 1992 .
Et depuis 2000-01: le site de J.Leclerc, en
particulier la section sur les
politiques linguistiques.
Lorsqu'on parle de politique linguistique, il faut entendre par là les lois plutôt que les pratiques. Ces deux aspects peuvent très bien ne pas coincideret nous le soulignerons.
On peut dégager (7) différentes politiques linguistiques qui se situent entre deux solutions diamétralement opposées, la pulsion de mort: l'assimilation (ex: Indonésie, Turquie) et lla pulsion de vie: a récupération (Algérie, Israel). Entre ces deux pôles, on trouvera des degrés d'entente allant des plus au moins complètes, soit le bilinguisme institutionnel (ex: Norvège, Finlande), l'autonomie régionale (ex: Espagne), le statut juridique différencié (Royaume-Uni), la politique sectorielle (ex: Mexique, USA) et, quand il n'y a plus d'entente possible, la séparation territoriale (ex: Belgique).
LES POLITIQUES LINGUISTIQUES:
Voir J. Leclerc
Une politique d'assimilation consiste à utiliser des moyens planifiés en vue d'accélérer la minorisation et l'assimilation des minorités linguistiques. Ces moyens peuvent être explicités sous une forme légale ou implicite: on peut, d'une part, proclamer l'égalité et accorder des droits, et d'autre part, recourir à des pratiques niant les droits reconnus.
Il y a peu de nations qui n'aient pratiqué l'assimilation à un moment ou l'autre de leur histoire. Nous retiendrons deux exemples parce qu'ils ont fait les manchettes récemment, soit la Turquie (et le kurdistan) et l'Indonésie (et le timor). Soulignons que l'assimilation est rarement une politique avouée (s'appuyant sur des lois).
.
La Turquie et les
kurdes: La population de la Turquie est de 52 millions (cf.
Canada: 30 m.) se répartissant en 35 langues. La langue
officielle est le turc (parlée par 90% de la population).
Entourée par la Georgie au nord, par la Syrie, l'Iraq et l'Iran au sud,
la Turquie était située dans une région stratégique
pour les US, ce qui explique qu'on n'a peu entendu parler du problème
kurde qui n'est pourtant pas récent.
En 1920, après la chute du très grand empire ottoman (turc), qui
s'étendait jusqu'en afrique, le traité de Sèvres
prévoyait la création d'un Kurdistan indépendant. Mais,
trois ans plus tard, le traité de Lausanne unifia plutôt la
Turquie sous la direction de Mustapha Kémal Ataturk, un leader
progressiste mais à la poigne de fer [la sécularisation a eu
comme pendant le fondamentalisme religieux (ex: les talibans) dans plusieurs
pays d'Asie et d'Afrique]. Les kurdes se retrouvèrent divisés et
répartis dans les pays avoisinants: 12 millions
en Turquie, 4 millions en Iraq et 6 millions en Iran. Cyniquement,
les US ont invoqué le problème kurde pour intervenir contre
Saddam Hussein en Irak, ignorant la politique d'assimilation pratiquée
par leur gendarme turc.
Voir J.Leclerc section
3.1
Leclerc, Langue et société p. 278
Le kurde, apparenté à l'iranien (farsi), est une langue indo-européenne alors que le turc est une langue altaîque apparentée au mongol. Le traité de Lausanne (Voir J.Leclerc section 5.1) qui prévoyait la liberté linguistique et l'accès aux tribunaux dans sa langue maternelle ne fut jamais respecté. S'ensuivit une politique d'assimilation et de génocide à l'endroit des kurdes. Le kurdistan était (et est probablement toujours) interdit aux journalistes. La constitution actuelle, datant de 1982, introduit le concept de langue interdite:
La politique turque vise donc explicitement l'assimilation de la langue kurde. Récemment, un documentaire de Radio-Canada confirmait la répression linguitique et politique des kurdes. Le territoire kurde est interdit aux journalistes étrangers. Plusieurs députés viennent d'être condamnés à de lourde peine de prison pour avoir parlé kurde au parlement.turc. Cependant, le reportage faisait état de certaines voix turques s'élevant en faveur d'un début de libéralisation.Voir J.Leclerc section 6
L' Indonésie et le Timor: Autre point de mire de l'actualité, l'Indonésie flotte dans l'océan indien, entre le Vietnam au nord et l'Australie au sud (cf: le film L'année de tous les dangers). Sa population de 170 millions se répartit entre 660 langues dont les plus importantes sont le javanais (70 millions), le soudanais (20 millions), le madourais (9 millions) et, la langue officielle, le malais (15 millions). Le pays a vécu sous la colonisation hollandaise jusqu'à l'indépendance proclamée en 1945 par Soukarno (Parti nationaliste). Le pays est maintenant gouverné par Megawati Soukkarnoputry, fille (petite-fille?) de Soukarno.
Leclerc, Langue et société
En 1928, le Parti national avait déjà commencé à promouvoir le malais comme langue nationale qui fut perçue comme langue d'opposition au colonialisme et d'unification nationale (donc acceptée à l'époque) J.Leclerc, section 3,4,5 . En 1930 se tient le premier congrès linguistique qui vit l'adoption de l'alphabet latin, la standardisation et la codification de la grammaire et du lexique. Après 1950, le malais s'impose comme langue seconde (véhiculaire) en une génération grâce à un effort de simplification de la langue et à une politique planifiée de diffusion (normalisation). Ajoutons: grâce aux espoirs de progrès que promettait Soukarno. La constitution (1959) fait du malais la langue officielle mais exige de l'état le respect des langues régionales.
Langue d'une minorité (javanais: 70 millions contre 15 pour le malais, langue apparentée)J.Leclerc, section 2, la domination du malais a été généralement acceptée sauf dans deux territoires contestés par une lutte armée: le Timor (capitale: Dili) qui vient de voter pour l'indépendance, au sud, près de l'Australie, et en Iran Jaya, à l'est, près de la Nouvelle-Guinée. Dans ces deux régions, on y oblige les habitants à apprendre le malais et on décourage systématiquement l'utilisation d'une autre langue. Encore une fois, comme le souligne J.Leclerc, l'alignement progressif de l'Indonésie sur les politiques américaines lui a valu le silence bienveillant des médias internationaux. On connait les événements récents: à la suite d'un vote chrétiennement majoritaire (78%) en faveur de l'autonomie, les milices ndonéseinnes ont ravagé le pays maintenant sous la protection onusienne. J.Leclerc, section 6
Voir J. Leclerc
Les politiques de récupération linguistique sont généralement associées à des opérations de décolonisation linguistique. Elles consistent à donner une légitimité à la langue de la majorité aux dépens d'une langue minoritaire d'origine coloniale.
Des deux exemples présentés, la politique d'arabisation en Algérie est conforme à la définition. Par contre, Israel ne colle pas parfaitement à cette définition bien qu'elle soit un exemple de récupération linguistique. Cependant, l'exemple d'Israel montre de manière spectaculaire que des langues rayées de la carte peuvent parfois resurgir (à condition de disposer d'un corpus écrit) : un baume au coeur de ceux qui souffrent d'insécurité linguistique.
Algérie: Population de 29,5 millions. Sa langue officielle est l'arabe classique (apprise comme «langue seconde» par 50% de la population) mais la langue majoritaire (83% de la population) est l'arabe populaire (vous vous souvenez de la section sur la diglossie?). Il faut compter 15% de berbères, dont la langue différe de l'arabe. En 1830, la France met fin à la domination de l'empire ottoman sur l'Algérie et la sienne commence. Les colons français imposent leur langue dans toutes les sphères d'activité (commerce, administration, enseignement, affichage...) et en 1938, l'arabe est même déclaré... langue étrangère!!
Leclerc, Langue et société
A la suite d'une rebellion armée (la guerre d'Algérie), l'indépendance est accordée en 1962 (non sans peine, cf. le film Le chacal). Contrairement aux autres colonies françaises de la région (Maroc, Tunisie), la réaction contre le français , sans doute proportionnelle à la violence de la guerre d'Algérie, en réaction, le statut juridique de l'arabe a été défini de façon prononcée. En 1961, Charles de Gaulle avait signé un décret rendant obligatoire l'enseignement de l'arabe à l'école primaire. À partir de 1963, un ensemble de décrets définit la place de l'arabe:
Parlement et cours de justice: En 1963, l'Assemblée nationale vote une motion en faveur de l'introduction de la langue arabe (classique) dans les débats du Parlement. Aucune loi ne précisait auparavant le statut des langues au Parlement. Depuis, l'arabe classique est devenu la langue la plus employée au Parlement et dans les cours de justice, mais l'arabe dialectal et le français sont également utilisés.
Administration publique: C'est là que la résistance est la plus importante. La fonction publique, nombreuse (100,000), a été formée par les français et elle s'oppose à l'arabisation, le français y étant considéré comme une langue de prestige. Le gouvernement ne pouvait se passer de la fonction publique. Le bilinguisme arabo-français y est en pratique la règle malgré un décret rendant obligatoire la connaissance de l'arabe.
Enseignement: C'est surtout dans le domaine de l'enseignement que des mesures importantes furent prises. Etant donné que, en 1962, l'Algérie était démunie d'enseignants pouvant enseigner l'arabe, le gouvernement n'imposa que sept heures d'enseignement de l'arabe par semaine. Depuis 1989, l'arabe classique est la seule langue d'enseignement au primaire (comparativement à 7 h./sem. en 1962). Le français est enseigné comme langue seconde dès la quatrième année du primaire. Au niveau supérieur, l'arabisation a été ralentie par la grogne des étudiants, maintenant arabisés, qui se heurtent à une administration publique et privée qui favorise les diplômes français et le bilinguisme franco-arabe. [On peut se demander si ce blocage n'a pas contribué à la montée du radicalisme islamique qui veut éradiquer toute trace du français... en proposant l'anglais comme langue seconde!]
Affichage Un décret de 1976 exigeait que les affiches gouvernementales soient en arabe uniquement. Cette politique fut appliquée avec un succès moindre dans les villes. Les affiches commerciales sont souvent bilingues ou unilingues françaises.
On voit qu'en ce qui concerne les politiques linguistiques (au Québec ou ailleurs), les mêmes questions reviennent: quelle sera la langue officielle, quelle sera la langue du parlement, de l'administration, du système d'enseignement et de l'affichage. On pourrait ajouter : du système de justice.
Lois de 1991: Devant l'échec relatif de l'arabisation, le gouvernement a adopté en 1991 une loi draconienne interdisant l'usage d'une langue autre que l'arabe dans l'affichage (amende de 150$ à 1500$), sauf dans les lieux touristiques, et dans toutes les sphères de l'administration publique. L'enseignement doit se faire en arabe uniquement bien qu'on puisse enseigner des langues secondes.
Israel: Le cas d'Israel pourrait
figurer autant comme exemple de récupération linguistique que
comme exemple (moins réussi) de bilinguisme officiel. Créé
en 1948, Israel compte 4,4 millions d'individus dont 82% de juifs et 18%
d'arabes. L'hébreu avait disparu comme langue orale au 2e
siècle. Au début du siècle, Ben Yehouda, un immigrant juif
russe de Palestine (alors protectorat britannique), entreprit la restauration
de cette langue essentiellement liturgique, et fonda en 1890 une commission de
la langue hébraïque ainsi qu'un réseau d'écoles
hébraïques. Avec l'immigration massive en Palestine, les premiers
enfants enfants de langue maternelle hébraïque naquirent entre 1910
et 1920. L'hébreu devint alors, par le Palestine Order in Council,
la langue officielle de la Palestine avec l'arabe et l'anglais .
Du point de vue linguistique, les textes juridiques en vigueur sont le Palestine Order in Council, modifié par un article qui annule toute disposition légale requérant l'usage de l'anglais. La Loi fondamentale no 9 adoptée en 1988 stipule que l'hébreu est la langue de l'état mais que les publications officielles doivent être également en arabe qui a un statut spécial quant à l'état, l'administration publique et l'enseignement. Le statut égalitaire de l'arabe est plutôt théorique. Au parlement, la traduction simultanée se fait de l'hébreu vers l'arabe. Si l'affichage et les services gouvernementaux doivent être bilingues, ce bilinguisme varie selon les régions. Les arabes ont droit à une éducation complète en arabe mais doivent apprendre l'hébreu. L'obligation réciproque n'existe pas pour les juifs israéliens.
Israel est un exemple spectaculaire de récupération linguistique. On visait théoriquement le bilinguisme institutionnel, qui est probablement la formule la plus noble, mais en pratique , on a abouti à une formule de statut juridique différencié.
Les politiques de billinguisme institutionnel reconnaissent par la loi ou la constitution l'égalité de deux ou plusieurs langues dans les secteurs contrôlés par l'État. On pourrait parler du Canada, mais l'exemple de la Norvège, en plus de nous permet tre de voir ce qui se passe ailleurs, est intéressant parce qu'il met en jeu non pas deux langues mais deux variétés. De plus, on a l'impression que tout est calme, linguistiquement, dans cette nouvelle Suisse, riche du pétrole de la mer du Nord.
Norvège:
(cf. Trudgill, p.149-157, voir aussi L'État et la planification
linguistique, OLF, pp.173-213, et Leclerc p.375)
En Norvège, (5 millions de population, similitudes avec le Québec), il y a officiellement deux variétés standards: le nouveau norvégien (Nynorsk, ny=nouveau ou Landsmal, land=pays) et le norvégien littéraire (Bokmal, bok=livres ou Riksmal, riks=état), chaque dialecte se subdivisant en une forme radicale et une forme conservatrice. Les deux variétés sont très proches structuralement et sont mutuellement intercompréhensibles. Elles diffèrent surtout par la morphologie (articles, marques de temps, genre, nombre ex: en / ei lommebok, un porte-monnaie) et par certains emplois lexicaux.
Indépendance, variété linguistique et lutte de classe: Historiquement, le Bokmal est du norvégien fortement influencé par le danois, pays voisin, dont la Norvège a obtenu son indépendance en en 1814. La Norvège n'ayant pas à cette époque de langue officielle, on proposa d'adopter variété standard et comme norme le dialecte de la classe supérieure norvégienne, influencé par le danois.
Un autre courant de pensée plus nationaliste proposa plutôt d'adopter comme norme, le dialecte des campagnes, moins « contaminé » par le danois (donc retour aux sources et au passé). En fait, c'est un peu comme si une éventuelle république du Québec avait à choisir entre le montréalais plus contaminé par l'anglais et le saguenéen ou un autre dialecte apparemment moins contaminé.
Bilinguisme: Le
gouvernement norvégien accepta en 1885 de faire du dialecte des
campagnes, le Nynorsk, un dialecte officiel, mais seul le Bokmal devait
être enseigné à l'école. Cette décision
semblait juste. Sauf que les états, comme on l'a vu,
préfèrent l'homogénéité linguistique pour
des raisons économiques, politiques et pratiques. Afin de fusionner les
deux dialectes pour obtenir une norme unique, plusieurs réformes
linguistiques furent instituées à partir de 1917. Par exemple, en
1938, un décret stipula que les diphtongues du Nynorsk devaient
remplacer les monophtongues du Bokmal dans les manuels scolaires. Ex:
| Bokmal | Nynorsk |
| ost « est »=> | aust |
| sten « pierre »=> | stein |
De même, la marque du passé devait être -a plutót que le -et utilisé en Bokmal (ex: vaknet=> vakna, « se lever »). C'est un peu comme si le Ministère de l'éducation du Québec stipulait que maintenant on dira et on écrira « paère » au lieu de « père » et « para » au lieu de « paraît ».
Ces modifications au Bokmal provoquèrent des réactions violentes au sein de la classe supérieure et de la bourgeoisie de l'est. Cela n'est guère surprenant si on pense à la controverse concernant la réforme de l'orthographe proposée en France, il y a quelques années. Les réformes norvégiennes étaient plus radicales. C'était un peu comme si on avait décrété quedorénanvant avec si, c'est maintenant le conditionnel qui sera utilisé (si j'ara su)! Plusieurs parents se plaignirent qu'ils avaient tenté de préserver leurs enfants de ces formes « vulgaires » qui apparaitraient maintenant dans les manuels scolaires. En 1950, une campagne fut menée contre ces réformes et déclencha une chaude controverse. Un météorologue de la radio d'état, baptisé « L'abominable homme des neiges », fut congédié parce qu'il s'entêtait à dire sno (« neige », forme ancienne) plutót que sne (nouvelle forme)!
Devant cette situation, un comité gouvernemental trancha la poire en plusieurs morceaux et décréta qu'il y aurait des formes: obligatoires (seules permises), des formes alternatives (choix de possibilités) et des formes optionnelles, bannies des écrits mais que les enfants peuvent employer dans leurs compositions!! Comme on le voit, ici, ou ailleurs, les questions linguistiques ne sont jamais simples et il n'y a que les québécois qui frissonnent lorsqu'on les accuse de trop se préoccuper de la langue. Les deux dialectes sont utilisés dans les médias écrits et électroniques et les enfants apprennent à utiliser les deux dialectes.
Situation actuelle: Depuis 1966, l'état a adopté une politique de non-intervention et peu à peu, le Bokmal s'est imposé partout. La Loi sur l'usage des langues dans les services publics (1980-88) proclame le bilinguisme officiel dans les organismes de l'état, les communes et les municipalités.
Les individus, les communes et les municipalités peuvent exiger qu'on communique avec eux dans la variété de leur choix. Tout texte intéressant une région utilisant une variété utilisée de façon majoritaire devra être rédigé dans cette variété; dans les régions neutres, les textes devront être rédigés dans les deux variétés.
Dans les cours de justice, le citoyen et le personnel juridique peut utiliser la variété de son choix: un procès peut donc être bilingue.
Dans les institutions scolaires, la variété non maternelle doit être enseignée comme langue seconde et les examens doivent être disponibles dans les deux variétés. (cf: Leclerc pp. 378-380).
Cet exemple (les passions soulevées par les réformes) montre bien que les efforts de planification linguistique, plus précisément de standardisation d'une norme, dépendent beaucoup de l'attitude linguistique, un concept clé de la sociolinguistique. Avec un peu d'imagination, on peut revoir la situation norvégienne en remplaçant le Bokmal par le français standard (ou l'anglais standard américain) et le Nynorsk par l'acadien (ou l'anglais noir américain ).
La Finlande serait un autre exemple de pays pratiquant le bilinguisme institutionnel finnois-suédois. La population est de 5 millions de locuteurs finnois (93.5%), langue non indo-européenne, d'origine ouralienne comme le hongrois, et le suédois (6,5%), langue d'origine indo-européenne (germanique). Dès le 12e siècle, la Finlande était soumise à la domination de la Suède. En 1809, elle subit l'invasion des russes, dont elle ne se libéra que dans les années 50-60. Leclerc souligne les similitudes avec le Québec (p.382-384).
L'autonomie régionale vise à protéger une langue minoritaire sur une base régionale. Elle se caractérise sur le plan politique par une décentralisation et sur le plan linguistique par une reconnaissance officielle de deux langues à l'intérieur des frontières linguistiques délimitées. Cette formule permet le bilinguisme officiel dans une région minoritaire et l'unilinguisme pour l'état central.
Cette formule, comme la séparation territoriale qu'on abordera plus loin, repose sur la concentration d'une minorité sur un territoire précis. Dans le cas de l'autonomie régionale, on vise à protéger une langue minoritaire sur une base régionale en reconnaissant deux langues officielles dans le territoire donné. Dans le cas de la séparation territoriale, on cherche plutôt à éviter la confrontation entre deux langues occupant leur territoire unilingue respectif. L'exemple que nous allons voir est celui de l'Espagne avec la Catalogne et le pays basque.
L'Espagne: Population de 39 millions. La langue officielle: le castillan (70%). Autres langues importantes: le catalan (21%, région de Barcelone), le basque, langue non indo-européenne (2%) et galicien (7%) Selon la constitution de 1978, le castillan est la langue officielle que tous les espagnols ont le devoir de connaître et le droit d'utiliser. D'autres langues seront également officielles dans les différentes communautés autonomes.
Leclerc, Langue et société
Le castillan est la seule langue officielle de l'Espagne. Elle est utilisée au Parlement et au Sénat (les Cortès), dans les cours de justice, dans l'administration, dans la signalisation, les médias... Cependant, certaines langues sont co-officielles dans 5 des 17 communautés autonomes soit le catalan en Catalogne, au Pays valencien, les iles Baléares, le galicien en Galicie et le basque au pays Basque (cf. Leclerc p.408).
Les services relevant des compétences de ces communautés autonomes ainsi que les cours relevant de leur juridiction sont assurés dans les deux langues co-officielles.
L'État s'est réservé des compétences exclusives un peu comme le gouvernement fédéral canadien: le code civil [ici, relève du Québec, code napoléon], la justice, les relations internationales, l'immigration, les douanes, la monnaie, les ports et aéroports, l'armée... Cependant, les services décentralisés de l'État ainsi que les procès de juridiction centrale se déroulant dans les communautés autonomes sont assurés dans les deux langues co-officielles.
La Catalogne: Population de 6 millions (60% de catalans). En 1983, le gouvernement de la communauté autonome a fait adopter une Loi de normalisation linguistique, équivalent de la Charte de la Langue Française, qui proclame le catalan langue de la Catalogne [ce qui distingue bien l'autonomie régionale du statut juridique différencié] et reconnaît à ses citoyens le droit de la connaître et de l'utiliser dans ses rapports avec le gouvernement. Examinons différents secteurs publics:
Le parlement catalan (Generalitat): Le castillan et le catalan peuvent être utilisés. Le catalan y est surtout utilisé.
L'administration locale: Une directive gouvernementale incite ses fonctionnaires (qui doivent être bilingues) à accorder la priorité au catalan. Les inscriptions publiques, la signalisation routière, l'affichage gouvernemental et para-gouvernemental sont en catalan.
L'enseignement: Le droit à l'éducation dans les deux langues est garanti. A la fin du primaire, l'élève doit prouver sa maîtrise de la langue seconde pour obtenir son certificat. A l'université, l'emploi des deux langues est permis.
Les médias: Le catalan est la langue exclusive des médias électroniques et écrits relevant de la Generalitat, qui peut de plus accorder des subventions ou des crédits d'impôts aux médias pour encourager l'utilisation du catalan.
Le secteur privé: Le secteur privé est plus imperméable au catalan, étant orienté vers le commerce avec le reste de l'Espagne. L'affichage commercial est généralement unilingue catalan ou castillan selon la municipalté. La Generalitat a mis sur pied un programme pour encourager (elle ne peut obliger) l'affichage commercial en catalan.
Le pays basque: Population: 2 millions (40% de langue maternelle basque). Le basque est une langue non-indo-européenne qui a disparu en France. La distance linguistique entre l'espagnol et le basque rend la restauration du basque moins facile. Les basques espagnols sont très militants. La Loi de normalisation de l'utilisation de l'Euskara (1982) définit le statut co-officiel du basque. Examinons différents secteurs publics:
L'administration: Le citoyen a le droit d'obtenir des services en basque et en catalan. Les communcations gouvernementales écrites sont bilingues. L'Institut basque forme des fonctionnaires bilingues afin d'assurer un taux de 10 à 25% de fonctionnaires bilingues par région. Aucun service régional de l'état central n'est dispensé en basque.
Le parlement et la justice: Au parlement, l'emploi du basque demeure rare bien qu'il y ait traduction simultanée. Dans l'administration de la justice, l'usage du basque est pratiquement inexistant malgré un article de la loi de normalisation qui garantit le droit à des services en basque.
Les médias: TV: une station unilingue basque (6h./jr). Radio: une station unilingue (16h./jr) basque et six stations bilingues. Journaux: deux quotidiens basques.
L'enseignement: Il n'y a pas d'école public unilingue. Au primaire, les étudiants reçoivent 16 h./sem. de basque et au secondaire, 25 h./sem.
L'affichage: Selon la loi de normalisation, l'affichage public devrait être bilingue. En pratique, les affiches sur les bâtiments gouvernementaux et la publicité gouvernementale sont bilingues mais les toponymes sont encore souvent en espagnol seulement.
Autres exemples de communautés autonomes : La France avec la Corse, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie.
Dans ce type de politique, l'état part du prinicipe que la majorité a tous les droits linguistiques, mais que des groupes minoritaires (généralement des langues historiques) peuvent aussi bénéficier de certains droits. Les droits sont extensifs pour la majorité et nécessairement restrictifs pour les minorités. L'exemple que nous allons voir est celui du Royaume-Uni, où subsiste des commautés de langues celtiques.
Le Royaume-uni: Pop. 57 millions. Le
Royaume-Uni est formé d'un certain nombre de régions (autrefois
des pays) où étaient parlées des langues autres que
l'anglais, d'origine celtes, notamment le gallois au Pays de Galles, le
gaélique en Écosse et l'irlandais en Irlande du Nord. La langue
officielle est (de facto et non de jure) l'anglais.
Le Pays de Galles: (à l'est, près de l'Irlande) Pop: 2,8 millions dont 18% peuvent encore parler le gallois. Le gallois a le statut de langue protégée.
La Loi sur la langue galloise de 1967 précise que le gallois est autorisé au même titre que l'anglais dans les tribunaux du Pays de Galles. Dans les faits, l'emploi du gallois demeure cependant restreint. Les parlementaires gallois au parlement de Westminster doivent s'exprimer en anglais. Le citoyen gallois n'a pas le droit d'exiger des services gouvernementaux en gallois; cependant la pression sociale s'exerçant en ce sens, les citoyens peuvent de plus en plus recevoir des services en gallois.
La Loi sur le trafic routier autorise la signalisation bilingue. Celle-ci n'est bilingue que sur les routes nationales ou dans les régions à majorité bilingue. Ce sont les autorités locales qui prennent les décisions en ce domaine.
Dans le domaine de l'éducation, l'enseignement de l'anglais est prioritaire. Les parents ont le droit d'envoyer leurs enfants dans des écoles bilingues, si la commune dispense un enseignement bilingue.
Les gallois peuvent compter sur quatre stations radiophoniques bilingues et d'un poste de télé diffusant 22h./sem. en gallois (contre 50 h. en anglais).
Aucune loi ne régit l'affichage commercial et celui-ci est généralement unilingue anglais.
En général, la population galloise est insatisfaite des droits linguistiques qui lui ont été reconnus.
L'Écosse: pop. 6 millions. Le gaélique écossais n'est parlé que par 1,5% de la population de l'Ecosse. Comme le gallois, il a le statut de langue protégée. Ses droits sont cependant plus réduits que le gallois: l'usage de l'écossais dans les tribunaux écossais n'est pas reconnu, contrairement au gallois. Le bilinguisme se limite à quelques panneaux routiers. L'enseignement de l'écossais n'est dispensé qu'à 2000 élèves du primaire et 1300 du secondaire. Cependant, la situation risque de changer: nourri par le pétrole de la Mer du Nord, le nationalisme écossais grandit et plusieurs députés nationalistes (dont l'acteur Sean Connery) ont été élus à Westminster.
Les politiques sectorielles correspondent à des objectifs bien circonscrits en matière de langue [d'où l'emploi du terme sectoriel] qui se limitent souvent à un seul aspect (parfois deux) de la langue, sans reconnaître à cette langue un quelconque statut juridique. On applique une politique sectorielle lorsqu'on veut réglementer à la pièce les problèmes au fur et à mesure qu'ils se présentent. Il s'agit souvent de mesures restrictives visant à limiter l'invasion d'une autre langue en visant ultimement l'assimilation de cette langue.
Les États-Unis: Population: 250 millions répartis entre les langues maternelles suivantes: anglais (86%) espagnol (7%) allemand (2%) italien (2%) français (1%) polonais (1%). Sur 800,000 amérindiens, le quart (228,000) parlent encore leur langue ancestrale. République fédérée. Il n'y a pas de langue officielle aux États-Unis en ce qui concerne l'état central mais la langue anglaise est, comme en Angleterre, de facto la langue officielle. La constitution de 1787 délègue certains pouvoirs à l'Etat fédéral, les pouvoirs résiduels appartiennent aux états. La constitution ne contenant à l'origine aucune disposition linguistique, la langue fait partie de ces pouvoirs résiduels. Ainsi, certains états (17) ont déclaré l'anglais langue officielle et d'autres ont légiféré pour maintenir certains services dans une autre langue que l'anglais.
L'état fédéral a cependant adopté quelques lois linguistiques, contestées en Cour suprême, afin de mettre sur pied des programmes d'aide à l'enseignement bilingue destiné aux autochtones et aux hispanophones. Ces programmes ne visent pas la conservation de la langue maternelle mais plutôt l'intégration, ie. à s'assurer que les enfants auront progressivement une maîtrise suffisante de l'anglais pour s'intégrer. Plusieurs citoyens, des états du sud surtout, craignent l'influence croissante des hispanophones autochtones (Nouveau-Mexique, Texas) ou immigrés (Cuba, Mexique).
Leclerc, Langue et société
À titre d'exemple, vous pouvez consulter l'article 28 de l'Arizona, à l'est de la Californie (section 2-3). Cliquez ici.
Californie: La Californie a légiféré plus que les autres états américains et a adopté des lois dans plusieurs domaines. Suite à un référendum [le mot n'est pas québécois!] sur la proposition 63 en 1988, l'article 3 de la Constitution californienne de 1989 stipule que l'anglais est la langue officielle. Le gouvernement californien a également adopté une quarantaine de lois visant à assurer la prépondérance de l'anglais dans les services publics et juridiques, l'enseignement, les examens d'accès aux professions et l'étiquetage spécialisé. L'anglais est soit la seule langue légale ou alors l'utilisation d'une autre langue est permise si elle ne nuit pas à l'anglais. Par exemple, en éducation, l'enseignement bilingue est permis s'il ne nuit pas à la maîtrise de l'anglais:
L'Assemblée législative et les représentants de l'État de Californie prendront toutes les dispositions nécessaires pour que soit maintenu et valorisé le role de la langue anglaise en tant que langue commune de l'État. L'Assemblée legislative ne promulguera aucune loi visant à réduire ce rôle ou à ne pas en tenir compte. (paragraphe 6)
Tous les actes écrits d'une cour de justice de cet État seront en anglais et les travaux juiliciaires ne seront menés, enregistrés et publiés dans aucune autre langue. Code des procédures civiles.
L'anglais est la première langue d'enseignement dans toutes les ecoles [...] L'État at a pour politique de s'assurer que tous les élèves des écoles maîtrisent la langue anglaise. A la condition que l'enseignement bilingue soit dispensé dans les situation où il est jugé avantageux pour les élèves, l'enseignement bilingue est autorisé dans la mesure où il ne nuit pas au programme régulier de formation en langue anglaise de tous les élèves.Code d'éducation
J.Leclerc p.323Louisiane: Le français a déjà été langue officielle de facto en Louisianne aux 17e-18e s. (la portion originale du Code civil est en français). La Louisiane compte 22% de francophones.
La Constitution de 1983 proclame l'anglais comme seule langue officielle, ce qui montre bien le peu d'importance accordé au français par cet état. L'article 12 (section 4) de la Constitution précise que «le droit du peuple de préserver et promouvoir leurs historiques origines (sic) culturelles et linguistiques est reconnu». Cet article constitutionnel ne s'est jamais transposé dans la réalité pour les francophones (environ 22 %) en ce qui concerne les services et l'affichage. [...] Par ailleurs, la Constitution stipule (article 401) que «pour se qualifier comme juré, une personne doit être capable de lire, écrire et parler l'anglais». J.Leclec, p.320
En 1968, le gouvernement de la Louisiane créait le Codofil destiné à promouvoir et préserver le français en Louisiane, geste demeuré sans grandes retombées. La Loi scolaire oblige cependant les écoles à offrir au moins 5 ans de français au primaire et 3 au secondaire, mais la loi permet aussi à tout conseil scolaire qui le demande expressément de s'y soustraire.
Là encore, on constate que les politiques sectorielles ont pour objectif de limiter une langue à un territoire circonscrit.
Autre exemple de politiques sectorielles: Mexique: De l'autre côté de la frontière, on n'a également des problèmes et des lois linguistiques limitant l'usage de l'anglais. La population du Mexique est de 83 millions et la langue officielle est l'espagnol (88%). Les lois linguistiques portent A) sur l'éducation et vise l'alphabétisation des autochtones B) sur la langue de la publicité, des raisons sociales et de l'étiquetage.
Cette politique repose sur le principe que des langues en concurrence doivent être séparées, autant que possible, sur des territoires distincts de façon à éviter toute cohabitation. La séparation territoriale est généralement liée à l'autonomie politique des territoires: les groupes linguistiques bénéficient de frontières linguistiques imperméables et des instruments d'un état qui leur appartiennent.
La Belgique, frites contre
moules: La population de 10 millions se répartit en 58,5% de
flamands (hollandais), 33,6% de wallons (français), 0,6% d'allemands. Il
y a trois langues officielles: le français, le néérlandais
et l'allemand.
L'Histoire explique bien des choses: la Belgique a été
créée en 1830, après la défaite de Napoléon,
à partir de territoires français et flamands (la Flandre) pour
servir d'état-tampon bordant la France. La bourgeoisie (wallonne et
flamande) étant francophone, le pays a d'abord été
dominé par les francophones dans la plupart des fonctions sociales du
pays. Ce n'est qu'en 1932 que le flamand est déclaré langue
officielle de la Flandre et le français, langue officielle de la
région wallonne. Sous la pression flamande, l'état belge a
été réformé de 1970 à 1989 pour devenir un
état fédéral. Son organisation est donc récente.
La Belgique est divisée quatre régions linguistiques: Bruxelles, la région flamande au nord, la région wallonne au sud, une petite région allemande à l'est.
L'état belge comprend pas moins de cinq paliers de gouvernement: l'état central, les communautés (au nombre de 3, représentant les trois groupes linguistiques), les régions (4), les provinces et les communes (=maire et conseillers).
Les régions (flamande, bruxelloise, wallonne et allemande), les provinces et les communes ont des fonctions administratives et n'ont aucune juridiction en matière linguistique. L'état central et les communautés détiennent les pouvoirs linguistiques.
Les communautés: Les trois communautés ont des juridictions dans leur région respective. Pour ce qui est de Bruxelles, les communautés wallone et flamande n'ont juridiction que sur leurs locuteurs respectifs. Les trois communautés disposent de six grands domaines de compétences exclusives: l'emploi des langues, les matières culturelles, l'enseignement, la coopération (intercommunautaire et internationale), la recherche scientifique, les finances, les matières «personnalisables» (santé, famille, aide sociale, handicapés, jeunesse). En ce qui concerne la langue, ce sont les communautés qui adoptent les lois, appelées décrets, relatives à leur groupe linguistique; ces décrets linguistiques sont applicables au sein des régions flamande et wallonne (selon le cas). Quant à la communauté germanophone, elle ne peut adopter de tels décrets puisque, en vertu de la constitution, il n'y a pas de région germanophone (même s'il existe une région de langue allemande), celle-ci étant incluse dans la région wallonne. [Ils sont fous, ces...! Quels sont les pouvoirs de la communauté allemande? Leclerc ne précise pas. p.445]
L'état central:Outre la défense nationale, la politique extérieure (sauf pour les matières qui relèvent des communautés et des régions), la monnaie, la police, etc., l'autorité nationale dispose de compétences en matière linguistique, par exemple lorsqu'il s'agit des institutions communes: les Chambres, l'armée, l'administration centrale, etc. L'administration centrale installée hors de Bruxelles demeure unilingue: elle ne fonctionne qu'en français (Wallonie) ou qu'en néerlandais (Flandre). Mais la fonction publique de l'État belge établie à Bruxelles est conçue en réseaux linguistiques. Les lois et règlements précisent que 40 % des fonctionnaires sont unilingues néerlandophones, 40 % unilingues francophones et 20% bilingues, également répartis entre flamands et wallons. Le réseau francophone et le réseau néerlandophone ne travaillent que dans leur langue; pour communiquer d'un réseau a l'autre, le fonctionnaire francophone ou néerlandophone doit passer par le réseau des fonctionnaires bilingues. Les ministères de la justice et de l'Intérieur sont scindés en deux: l'un est francophone, l'autre, néerlandophone. Quant a l'armée belge, elle est composée de bataillons unilingues néerlandais, français ou allemands. J.Leclerc p.447
Le pouvoir exécutif est détenu par le roi et ses ministres (½ flamands- ½ wallons), le pouvoir législatif par la chambre des représentants et le sénat, tous deux proportionnels. La double majorité (majorité chez les flamands et majorité chez les wallons) est requise dans les deux chambres pour l'adoption des lois. [Les lois sont donc souvent bloquées ou peuvent prendre une décennie avant d'être adoptée].
Chacun chez soi: Dans les régions flamandes et wallonnes, c'est l'unilinguisme qui prévaut dans tous les aspects de la vie quotidienne, y compris pour ce qui relève du privé (langue de travail, publicité, affichage ). Les seuls aspects conflictuels demeurent, on l'aura deviné, la capitale bruxelloise, théâtre des tensions flamands/wallons, et les communes des Fourons (majorité francophone en territoire flamand).
La Suisse serait un autre exemple de séparation territoriale.